vendredi 3 juillet 2015

Les "Amazones de la terreur"

Sur la violence politique des femmes, de la Fraction Armée Rouge à Action Directe. Par Fanny Bugnon - Petite Bibliothèque Payot Editeur.

" L'anthropologie sociale a démontré que faire couler le sang était proscrit pour les femmes, soumises à l'écoulement incontrôlé et souillant du sang menstruel, quand il coule volontairement chez les hommes en raison de leurs activités guerrières ".

Dans les années 60/70, sévissait le terrorisme de groupuscules d'extrême gauche sous forme "d'expériences révolutionnaires armées", notamment sous les appellations de Fraction Armée Rouge (RAF) en Allemagne, Action Directe en France, les Brigades Rouges en Italie et, au Japon, l'Armée Rouge Japonaise. Ce qui caractérise ces groupes, c'est que des femmes, non seulement y étaient partie prenantes, mais elles en étaient soit les fondatrices ou co-fondatrices (Groupe Baader-Meinhoff, Groupe Rouillan-Ménigon...) et dans tous les cas, elles en constituaient la moitié des effectifs. Ce dont vont s'étonner les médias de l'époque : des femmes terroristes, dérangeant l'ordre social des sexes, tuant à bout portant leurs victimes -le Général Audran en 1985 et surtout Georges Besse, assassiné par deux femmes, Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron le 17 novembre 1986, en bas de son domicile parisien, vont frapper les esprits.

" Il n'est pas question d'une quelconque "masculinisation du terrorisme" tant le phénomène est pensé à partir d'un référentiel masculin ".

Le livre de Fanny Bugnon aborde le traitement par la presse de l'époque de la survenue de femmes, à égalité avec les hommes, dans ces phénomènes extrêmement violents. Renvoi à leur catégorie de sexe, construction de représentations, appel aux mythes, psittacisme et manque d'imagination : la bande à Bonnot ayant défrayé la chronique au début du siècle, on va commodément reprendre le terme : les groupes d'extrême-gauche vont devenir la "Bande à Baader", et la "Bande à Rouillan", et encore, dans les années 70 et 80, on n'avait pas les chaînes tout info qui ne savent rien mais tiennent l'antenne 24 H sur 24 ! Vous en avez assez d'entendre "loup solitaire" ou "loup déguisé en mouton", litanie des médias en boucle d'aujourd'hui pour qualifier les "djihadistes" islamo-fascistes ? Ne vous plaignez pas : ce sont des hommes commodément animalisés pour les exclure de l'humanité (il n'y a bien entendu de loups solitaires que dans l'espèce loup) mais ils sont dans leur rôle : la violence EST masculine, tenez-le vous pour dit. "Les hommes ne sont pas distingués par leur sexe, renvoyés à un neutre réaffirmant la norme du masculin dans l'exercice de la violence". Mais les femmes SONT le sexe, elles mettent des enfants au monde, elles nourrissent leurs petits au sein, celles qui tuent à bout portant un homme, "sans concours masculin" qui plus est, transgressent ces lois intangibles, elles seront accusées de "féminiser" le terrorisme !
Déviantes, suiveuses, "soumises (forcément) à un ascendant masculin", ou amoureuses, "elles sont mues par la passion et non par la raison". Sont-elles intellectuelle politisée comme Gudrun Ensslin, ou journaliste rédactrice en chef d'une revue d'extrême gauche comme fut Ulrike Meinhoff, ou militante syndicale comme était Nathalie Ménigon, écrivent-elles des articles et des proclamations pour affirmer leurs engagements ? Peu importe, rien n'y fait, elles sont inaudibles, car femmes.

Perverses, forcément...
Les journalistes dénichent des témoignages sur Nathalie Ménigon : elle "haïssait ses petites copines de classe", alors que, "à deux ans déjà, elle adorait les lapins" ! Quelle petite fille n'a pas eu de détestations pour des copines de classe et n'adore pas tous les animaux à fourrure ou à
plumes ? C'est le contraire qui étonnerait.

Comme toujours, on convoque la mythologie pour qualifier ces femmes, combattantes politiques : sorcières (la "crinière rousse" de Joëlle
Aubron !), égéries, passionarias (a-t-on jamais entendu parler d'un passionario ?), Amazones, Furies, Anges noirs, Anges exterminateurs de l'Apocalypse, les psychiatres et psychanalystes qui feraient bien de s'analyser eux-mêmes, rappliquent pour rappeler l'ordre social patriarcal. D'autant qu'après mai 68, la mode unisexe fait rage : pantalons pour tout le monde. Si on ne peut plus distinguer le mâle de la femelle, où va-t-on ? Ces "féministes" (certaines vont se revendiquer telles) mais le mot est stigmatisant dans la presse, "sèment le chaos". Depuis le temps que les mecs sèment la terreur et le chaos, personne n'en a jamais fait un tel foin ! Le livre est truffé de citations de la presse déchaînée (Le Monde, Paris Match, Le Figaro...), à lire au bord parfois, du fou rire nerveux. Citation du Figaro du 3 août 1977, qui découvre stupéfait qu' "un terroriste allemand sur deux est une femme" ! Oui, comme un homme sur deux est une femme, c'est quand même dingue qu'il faille le rappeler à tout bout de champ.

" Elles s'inscrivent résolument dans le registre du désordre, au panthéon des femmes fortes et des femmes vénéneuses, celles par qui le mal arrive. [...] Résolument dépolitisé, le traitement dont elles font l'objet, qu'il passe par leur vie sentimentale, leur corps ou leur trajectoire militante, s'inscrit dans le registre d'une dangerosité proportionnelle à la dissonance qu'elles incarnent à l'égard des normes de genre. "

Érudit, documenté, féministe grand teint, argumenté, didactique et militant, rappelant précisément l'histoire récente à toutes celles et ceux qui l'ont  vécue, ce livre vous plaira comme il m'a plu, sans aucun doute. A lire et à faire lire, mon billet n'étant qu'un court résumé.

ELLES ONT FAIT LE CHOIX DES ARMES


Nathalie Ménigon - 1957-  Militante syndicale, membre fondatrice d'Action Directe - Condamnée à la prison à vie en 1989, libérée sous conditions en 2008. Elle n'a pas le droit de s'exprimer sur ses actions passées.


Joëlle Aubron - Militante d'Action Directe - 1959-2006 - Condamnée en 1989 et 1994 à la réclusion perpétuelle - Morte d'un (dernier) cancer en 2006.


Ulrike Meinhoff - 1934-1976 - Journaliste, cofondatrice avec Andreas Baader du Groupe Fraction Armée Rouge en Allemagne dans les années 70, et


Gudrun Ensslin - 1940-1977 - Universitaire, cofondatrice avec Andreas Baader de la Fraction Armée Rouge. Toutes deux sont mortes, ainsi que leurs camarades hommes, dans des circonstances étranges au bloc de haute sécurité de la prison de Stuttgart-Stammheim. Les rapports officiels ont conclu au suicide.


Fusako Shigenobu - 1945- Cofondatrice de la Japanese Red Army. Evadée en Palestine, elle combat aux côtés du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine, marxiste-léniniste). Condamnée en 2006 au Japon à 20 ans de prison, elle purge toujours sa peine en luttant contre un cancer.

Je ne montre que les plus emblématiques, collectivement, elles représentaient la moitié des effectifs de ces groupes, soit plusieurs dizaines, en France, en Italie, en Allemagne, au Japon, et même si le terrorisme est une impasse dans le combat politique aussi noble soit-il, elles font partie de l'histoire, elles y ont pris toute leur place, qu'elles ont payée de leur liberté, de leur santé et de leur vie, comme les hommes. Elles agissaient à visage découvert car "à la différence du banditisme classique, les militant-es des organisations révolutionnaires ne dissimulent jamais leur visage au cours des opérations de financement ou d'attentats". Il n'y a donc aucune raison, sauf à vouloir comme toujours évincer les femmes, de leur appliquer un double standard. Elles n'étaient pas, surtout à cette époque de combats féministes, à la remorque des hommes.

"Aujourd'hui, aux quatre coins de la planète, des femmes continuent de faire de la violence un moyen d'action politique, quitte à mettre, en plus de celles de leurs victimes, leur propre vie en jeu. Que ce soit dans les rangs de la New people's Army aux Philippines, des mouvements naxalistes en Inde, des Forces Armées Révolutionnaires en Colombie (FARC), des groupes pro-palestiniens ou des séparatistes tchétchènes, ces femmes demeurent toujours perçues à travers un filtre quasi identique : celui des "amazones de la terreur. "

Liens supplémentaires
Terrorisme : histoire et définitions 
Sociétés et terrorisme par Michel Wieviorka

samedi 27 juin 2015

"Les femmes c'est le diable" par Juliette - La Radio de blogueurs de l'été

La radio de blogueurs/blogueuses de l'été 2015, organisée depuis 6 saisons par Lolobobo, is back !
Pour ma participation de cet été, j'ai choisi la chanson de Juliette Noureddine, "Les femmes c'est le diable".



Un texte interprété, chanté sur la diabolisation des femmes, le business lucratif de la religion dictatoriale nommée Patriarcat. Et, puisque c'est la règle du jeu, je tague Euterpe et Zoé Lucider : si elles veulent participer (mais elles feront ce qu'elles voudront), la manière de faire est aussi bien expliquée chez Affichage libre.

Mes précédents chansons de l'été pour la Radio de Blogueurs :

Get a job par Beth Ditto - Gossip en 2013
Jenny par De Palmas en 2014
Le player de la radio des blogueurs/euses

Je rajoute en cadeau Bonux : un Chaperon Rouge antispéciste et antisexiste, assez dans le ton de ce qui précède :



Antisexiste, parce que Chaperon Rouge n'a plus peur du Grand méchant loup, destiné à effrayer les filles pour les faire rentrer et rester à la maison. Au contraire, elle a même l'air plus inquiétante que le lui.
Antispéciste, car les deux se protègent l'une l'autre : elle, un main dans sa fourrure, lui devant elle, montrant les crocs. Un tandem pareil ne craint plus personne, ce sont les garçons qui font peur qui doivent surveiller leurs arrières : le conte traditionnel loupe sa cible et son propos, la fille et la bête ont fait alliance.
Tremblez, boys.

Lien supplémentaire :  De 15 au 18 juillet 2015, la Maison des Métallos Paris 11è adapte le texte subversif et culte de Valerie Solanas SCUM manifesto : Scum RODEO Valerie Solanas / Sara Chaumette / Mirabelle Rousseau. Si vous êtes à Paris ou avez l'occasion d'y aller, réservez une soirée dans les dates ci-dessus, dites que vous venez de ma part (vous serez bien reçu.e.s) et... racontez-moi dans un commentaire ;))

dimanche 21 juin 2015

Phallocentrisme du désastre - 2

En ces temps d'encyclique pontificale, et en regardant Nicolas Hulot au 13H15 de France2, dimanche 21 juin, faire le tour du monde des grands ducs au pouvoir, en substance, les barbus en robe à dieu viril (pape, patriarches coptes, orthodoxes, imams...) pour les sensibiliser au changement climatique, j'ai eu envie de citer une nouvelle fois Naomi Klein " Tout peut changer", son troisième opus, dont j'ai déjà parlé une première fois ici. Bien que certains chapitres soient ardus, je recommande chaudement la lecture de cet ouvrage passionnant.


Au chapitre 12, "Partager le ciel", Naomi Klein voit un espoir pour le climat se lever du côté des Premières Nations. Klein est canadienne : les autochtones, (le Canada est à cette époque une colonie britannique), ont obtenu au 18ème et 19è siècles la signature de traités avec la couronne britannique, au gré des alliances, la guerre faisant rage entre France (au Québec) et Angleterre, pour la possession de territoires. La plupart de ces traités signés avec la monarchie, reconnaissant des droits aux autochtones (piégeage, fourrures, non exploitation de certaines terres des ancêtres...) sont restés inappliqués ou ont été largement bafoués par les ex-colons à l'époque moderne, bien qu'ils n'aient jamais été révoqués. Or, il se trouve que les compagnies extractivistes ont besoin des sols pour creuser et déposer des gravats, et de larges bandes de terres pour faire traverser des oléoducs, de voies ferrées pour transporter le produit de l'extraction, charbon, pétroles de schistes et gaz. Ces installations toutes très polluantes, traversent les territoires concédés aux Premières Nations qui se sont réveillées pour défendre la "terre des ancêtres" contre la prédation des extractivistes. Le mouvement Idle No More (Jamais plus l'inaction) a vu le jour, créé en 2012 par quatre femmes (Nina Wilson, Sylvia McAdam, Jessica Gordon et Sheelah McLean) en lutte contre la colonisation et le patriarcat, puis contre la vente de terres autochtones prévue unilatéralement, sans concertation, par une loi omnibus de Stephen Harper, grand extractiviste devant l'Eternel : Stephen Harper Premier Ministre conservateur du Canada et plus qu'accessoirement, protestant évangéliste. Naomi Klein place beaucoup d'espoir dans toutes les tribus autochtones, tous les peuples premiers de la planète pour défendre le climat et les énergies renouvelables contre l'extractivisme forcené des industriels.

Voici ce qu'elle écrit à propos de Red Cloud (Nuage Rouge) ancien ouvrier métallurgiste devenu pionnier des énergies renouvelables :

" En regardant [Red Cloud] s'affairer autour des maisons, une étincelle dans les yeux, je comprends soudain que c'est cette nécessité de s'adapter à la nature qui rend certaines personnes hostiles aux énergies renouvelables ; il qualifie d'"indianisation" ses bricolages et ses adaptations, qui lui rappellent la construction de sa première éolienne à partir d'une vieille camionnette Chevrolet Blazer 1978 qui rouillait sur sa réserve. En le regardant s'affairer autour des maisons, une étincelle dans les yeux, je comprends soudain que c'est cette nécessité de s'adapter à la nature qui rend certaines personnes hostiles aux énergies renouvelables : même à très grande échelle, ces dernières requièrent une humilité tout à fait contraire à l'esprit qui préside à la construction d'un barrage sur une rivière, à la fracturation de la roche-mère en vue d'en extraire du gaz ou à la domestication de la puissance de l'atome. Les énergies renouvelables exigent de l'être humain qu'il s'adapte au rythme des systèmes naturels, et non qu'ils soumette ceux-ci à sa volonté par la force brutale. [...]

C'est précisément de cette nécessité de s'adapter à la nature que la machine à vapeur de James Watt aurait affranchi l'humanité à la fin des années 1770, en libérant les manufacturiers de la contrainte de construire leurs établissements près des meilleures chutes d'eau et en permettant aux capitaines des navires de se moquer de la direction des vents. Le premier moteur à vapeur commercial, écrit Andreas Malm, "était apprécié pour n'être soumis à aucune force qui lui fût propre, à aucune contrainte géographique, à aucune loi extérieure, à aucune volonté résiduelle autre que celle de ses propriétaires ; il était absolument -ou plutôt ontologiquement- asservi à ceux qui le possédaient".

C'est à cette envoûtante utopie d'une maîtrise totale de la nature que tant de défenseurs des énergies fossiles sont si peu disposés à renoncer. D'ailleurs, lors de la conférence climato-sceptique du Heartland Institute, on n'a pas manqué de tourner en dérision les énergies renouvelables, réduites à des "rayons de soleil" et à des "brises agréables". Le sous-entendu était sans équivoque : les vrais hommes font brûler du charbon. Et il ne fait aucun doute que la transition vers les énergies vertes n'est pas une simple substitution de sources d'énergie, car elle suppose aussi une transformation fondamentale des rapports de pouvoir entre l'humanité et le monde naturel qui maintient celle-ci en vie. La puissance du soleil, du vent et des marées peut certes être exploitée, mais, contrairement aux combustibles fossiles, ces forces ne pourront jamais être entièrement contrôlées par des êtres humains. Et chaque écosystème dicte ses propres règles.

L'humanité se retrouve ainsi à la case départ, en dialogue avec la nature. Les défenseurs des combustibles fossiles et du nucléaire affirment que les énergies renouvelables ne sont pas "fiables", car elles nécessitent de prêter attention à des facteurs comme l'endroit où on vit, la durée d'ensoleillement, la force des vents ou le débit des rivières. Et ils ont raison : les énergies renouvelables, du moins telles que Henri Red Cloud les envisage, imposent une rupture avec le mythe d'une humanité devenue maîtresse de la nature par la volonté de Dieu, et une reconnaissance du fait que nous vivons en relation avec le reste du monde naturel. Mais cette relation est maintenant fondée sur une connaissance de la nature qui dépasse de loin tout ce que nos ancêtres d'avant l'ère des combustibles fossiles auraient pu imaginer. Nous en savons assez pour être conscients de l'ampleur de ce que nous ne pourrons jamais prétendre connaître, mais également pour trouver des manières ingénieuses d'optimiser les mécanismes de la nature dans le cadre  de ce que l'historienne féministe Carolyn Merchant appelle l'"éthique de la coopération". "

Les caractères en gras sont de mon fait.


Il va nous falloir renoncer à la domination et à la maîtrise absolue du singe nu sur la nature et toutes ses autres espèces pour tenter de nous maintenir sur la planète : je ne suis pas sûre que le Pape Bergoglio, malgré son encyclique, et tous les autres hiérarques des religions patriarcales, y soient prêts. Pourtant, il devra en être ainsi si nous voulons que l'aventure humaine continue encore un peu sur la Terre, cette force géologique qui nous a laissés passer, et vivre de ses ressources. Le maintien du climat tel qu'il nous a permis de prospérer jusqu'à aujourd'hui est un enjeu colossal pour l'humanité.

Liens supplémentaires :
Le facebook de Idle No More Paris
Brasiers et cerisiers : le réveil des luttes autochtones au Canada
Widia Larivière : A la défense des femmes autochtones

mercredi 17 juin 2015

Mon album photos #StopAbattoirs Paris

Samedi 13 juin 2015, sous un soleil radieux, plus de 2000 personnes (1500 selon la préfecture de police) défilaient à Paris pour la fermeture des abattoirs. Pas un mot dans les médias. Après une rapide recherche sur Google, seul Le Soir de Bruxelles a fait un article sur la manifestation belge du 14 juin. Voici mon album photos de la marche parisienne :


La tête du cortège


On se prépare à partir


La gendarmerie mobile était là, devant, derrière et sur les côtés !


Sur le parcours : un die-in*


Un autre die-in


N'hésitez pas à double cliquer sur l'image (et toutes les autres) pour l'avoir en grand, c'est impressionnant : die-in



Une participante :


Un panneau citant Jacques Derrida, philosophe français


Les véganarchistes radicales étaient là


Ca fait plaisir de voir autant de monde !



Un autre album photos dans la side bar à droite de mon blog.
Liens supplémentaires : La VIDEO de la marche ; Le site de la marche mondiale ; Toronto ;
" Rien n'est plus puissant qu'une idée dont le temps est venu !" Video Philippe Wollen ici.
" There is nothing more powerful than an idea whose time has come ! " - Victor Hugo
* Die-in : to die en anglais, mourir. Littéralement : on meurt sur place.

mercredi 10 juin 2015

Phallocentrisme du désastre


Le Comité Interprofessionnel du Saint Maure de Touraine, sis à la Chambre d'Agriculture d'Indre et Loire, en manque de relève et préparant l'avenir, les contraintes de son label AOP vont se durcir, décide d'une campagne produit. Le Sainte Maure de Touraine est un fromage de chèvre frais : on  fait faire des chevreaux aux chèvres, lesquels sont envoyés impitoyablement à l'abattoir afin d'extorquer le lait des chèvres pour notre propre usage et pour en faire des fromages. L'élevage, cette triste et habituelle histoire de l'exploitation du corps des femelles animales. Comme dans toute campagne produit (opposée à corporate où n'apparaissent que les "valeurs" et image de l'entreprise) on voit clairement le produit sur le visuel. Là où ça coince, c'est que non contents de montrer le produit, on pose à côté un corps de femme allongé, minci et courbé à la palette graphique, orné de cheveux évoquant les cornes de la chèvre : deux mauvaises actions en une, animalisation et réification d'une femme pour vendre un  produit. Contre promesse d'hydratation (?) de pureté et de régénérescence. Une sale habitude de l'industrie agroalimentaire : femmes réifiées, consommables et consommées de toutes les façons imaginables. Les hommes consomment, comme dans cette publicité KFC pour un hamburger au poulet "Big Boss" (il faut qu'ils s'identifient au boss sans doute), et les femmes sont consommées, comme des services (je vais y revenir) ou des produits alimentaires.En entier ou surtout en morceaux, comme de la viande dans la restauration, dans la pornographie et dans la prostitution.

Une des thèses de Carolyn Merchant dans Death of nature est que les femmes et la nature sont considérées et utilisées comme "récréatives" dans le sens étymologique du terme, re-créer, se renforcer, reprendre des forces : terrains de jeux et de ressourcement des hommes (mâles). Vampirisation et parasitisme des deux, pillage et exploitation organisées, institutionnalisées : travail bénévole et gratuit dans le mariage, au service du mari et de la famille, non inclus dans les PIB des nations rappelons-le, exploitation forcenée de la nature et des animaux sans autre contrepartie que quelques investissements en capitaux, et, corollaire, des milliards de tonnes de gaz à effet de serre balancés dans l'atmosphère. A tel point que, devenus une force géologique, nous sommes en train de modifier de façon irresponsable le climat de notre maison commune, la Terre, en cours d'incinération, avec nous dessus.

Je lis "Tout peut changer, Capitalisme et changement climatique" de Naomi Klein. Entre autres sujets d'intérêt, elle raconte dans un chapitre la naissance du mouvement environnementaliste, ou plutôt conservationniste, puisque c'était son appellation à la genèse du concept. Quand Watt invente le piston et le moteur à vapeur, il change radicalement le destin de l'humanité, jusque là dépendante des sources d'énergie là où elles se trouvaient : fleuves et cours d'eau notamment, pour faire tourner des turbines et des moulins. Or la machine à vapeur qui libère du lieu de production d'énergie marche au charbon, ressource minière, qu'on brûle. D'où la naissance de l'extractivisme : on va donc creuser, retourner la Terre dans ses moindres boyaux et entrailles (violer, disent les écoféministes) pour trouver du charbon, du gaz et du pétrole. Tant et tant que patatras, dès le milieu du XIXème siècle, les sites naturels commencent à en porter les stigmates. Les mêmes industriels milliardaires enrichis par l'extractivisme (ressources minières, pillage en règle des pays colonisés, hévéa, coton, main d’œuvre mise en esclavage...) ont l'habitude pour se délasser après leur boulot harassant d'enrichissement, d'aller pêcher le saumon, la truite, ou chasser "le gros gibier", dans les torrents, les rivières et les forêts où ils s'achètent des parts dans des sociétés de chasse : vous reconnaissez aisément la "nature récréative", re-créative du début. Sauf que le gibier disparaît, les saumons ne remontent plus les rivières, la nature est déjà à ce moment-là mise à mal par les activités humaines. Et ce sont eux qui vont s'en apercevoir les premiers : plus de gibier à tuer, plus de poissons à pêcher (tuer aussi donc), plus d'endroits où se retrouver hormis le bordel où ils vont tirer d'autres sortes de coups pour partager des moments ré-créatifs de communion virile ! Ils vont donc à coups de millions (ils sont riches et puissants) créer des sociétés conservationnistes (Sierra Club, qui comme son nom l'indique est un club huppé, créé dès 1882 !),  NRDC...) pour défendre D'ABORD leurs terrains de chasse et de pêche. Ce sont les prémices du mouvement qui deviendra avec une femme, Rachel Carson en 1964, au XXème siècle, le mouvement environnementaliste et écologiste. L'énorme différence entre les deux, entre conservationnisme et environnementalisme, entre capitalistes mâles chasseurs pêcheurs et Rachel Carson, c'est que les premiers défendent leurs privilèges de caste, et que la seconde défend l'intérêt général de la biosphère que nous habitons tous, notre seul vaisseau spatial, dont nous n'avons pas de double en secours. D'ailleurs, Rachel Carson s'intéresse au passereaux, aux insectes et aux verts de terre, au contraire
des chasseurs !


Sauf que toutes les organisations humaines portent dans leurs ADN les gènes du début de leur HIStoire, sans rémission. Nature et culture indissolublement liées. Il m'arrive régulièrement de donner ma signature à NRDC et à Sierra Club, devenues des ONG de protection de l'environnement. Comme au WWF ou a Greenpeace. Il m'arrive même d'adhérer. Mais après la lecture de ce livre, je vais faire des arbitrages. En effet, certaines de ces ONG reçoivent des financements des pires criminels climatiques de la planète (Shell, Total, Suez, BP, ConocoPhillips, certains engagés dans les pétroles de schistes) en quête de verdissement de leurs activités. Pire, elles financent via des associations intermédiaires afin de brouiller les pistes. Il est impératif de faire ses enquêtes avant de soutenir des associations qui deviennent, par la force des choses, otages de leurs financeurs.

Un autre exemple du cynisme de pseudo "défenseurs de l'environnement", avant tout conservateurs désireux de reconduire leurs discours et surtout leur prédation en gagnant le maximum d'argent : lundi 8 juin, j'écoute sur Europe1 l'édito économique de Nicolas Barré des Echos (sur ce lien). La France est la deuxième puissance maritime du monde avec ses kilomètres de côtes. Patrimoine exploitable par l'homme (lome, le genre humain sauce sexiste), il est donc plus sage, selon l'éditorialiste, de nettoyer les continents de plastique plutôt que de ne rien faire, puisque la mer est une ressource qui rapporte du pognon. Notez qu'arrêter de saloper n'est pas au programme, en effet, ça ne rapporte pas de dividendes, au contraire, c'est des contraintes, donc des entraves à la croissance. Je rappelle que les PIB masculins croissent bibliquement (croissez et multipliez, soumettez la nature et les bêtes, ordre de leur dieu phallocrate) en détruisant, puis en réparant, puis en se faisant rembourser par les adhérents/clientes des sociétés d'assurances qui augmentent leurs cotisations ! Privatisation des gains et socialisation des pertes, selon un modèle éprouvé.
Si on fait un petit relevé du verbatim de l'éditorial de Barré, on trouve : exploitation et exploiter, leur mantra, Lome, PATRImoine, puissance, rapporter, calcul économique, s'enrichir, et, bien sûr, la mythique et biblique croissance. Avec des défenseurs de l'environnement pareils, clairement, on n'est pas sorties de la fournaise menaçante.

Et ça risque de ne pas s'arranger lors de la prochaine COP21 à Paris, en décembre prochain, présentée comme décisive pour sauver le climat, la biosphère et nous qui sommes dedans : le tandem receveur des dirigeants du monde entier, François Hollande et Laurent Fabius, hôtes fauchés, font appel au patronage de criminels climatiques bien contents de l'occasion qui leur est offerte de faire du greenwashing dans cette caisse de résonance planétaire que promet d'être la réunion de Paris. Attac vient d'éditer une affiche sur le sujet.


Si les choses s’aggravaient, il reste aux hommes au pouvoir une dernière idée : une bonne guerre -éditorial des Echos. SIC. Quand les cliques consanguines auto-reproduites (comme écrit Naomi Klein) sont à cours d'idées pour régler une fois pour toutes les problèmes par eux créés, il reste la bonne vieille guerre qui permet d'imposer des sacrifices aux opinions publiques, puis quand la paix est revenue après une bonne saignée, on reconstruit sur les décombres, les femmes sont priées de retourner au gynécée pour pondre, et tout ça fait de la bonne croissance biblique : idée nihiliste de prophètes de malheur.  
Phallocentrisme du désastre.

Je vous propose deux paragraphes de Naomi Klein sur un paysage de l'Alberta, état canadien ravagé par l'extraction de sables bitumeux.

" Avant même d'apercevoir les mines géantes, alors que défilait encore devant moi le paysage d'une luxuriante forêt boréale parsemée de marécages verdoyants, j'ai cru sentir leur odeur qui me prenait à la gorge. Puis passée une petite colline, ils me sont apparus : les fameux sables bitumeux de l'Alberta s'étendaient devant moi, tel un désert gris, à perte de vue. Des montagnes de résidus si hautes que les travailleurs disent à la blague qu'ils ont leurs propres systèmes météorologiques. Des bassins de rejet si vastes qu'on peut les voir de l'espace. Un immense barrage, le deuxième plus grand du monde, destiné à contenir ces eaux toxiques. La terre écorchée vive. 
La science-fiction regorge d'utopies de terraformation où des humains colonisent des planètes sans vie qu'ils transforment en habitats semblables à la Terre. Les sables bitumeux canadiens en sont l'exact contraire : il s'agit d'une entreprise de "terradéformation", où l'on accapare un écosystème grouillant de vie pour le transformer en paysage lunaire où pratiquement rien ne peut vivre. Si les travaux se poursuivent, la zone touchée pourrait atteindre une taille comparable à celle de l'Angleterre. Le tout pour avoir accès à une forme semi-solide de pétrole non conventionnel connue sous le nom de bitume, dont l'extraction, très difficile, demande tant d'énergie qu'elle émet de trois à quatre fois plus de GES que celle du pétrole classique."
GES : Gaz à effet de serre
Tout peut changer - Naomi Klein - Actes Sud.


Liens : Les sables bitumineux, un fardeau environnemental exorbitant.
Chez les Panthères Roses : Ecoféminisme - Défaire les dualismes

vendredi 5 juin 2015

Marche Mondiale des Femmes 2015 - Nantes



"Beaucoup de femmes, je pense, résistent au féminisme car c'est une agonie d'être pleinement consciente de la misogynie brutale qui imprègne la culture, la société, et toutes les relations personnelles."


 " Cendrillon, la Belle au Bois Dormant, Blanche Neige, Rapunzel, se caractérisent toutes par la passivité, la beauté, l'innocence et la victimisation. Elles de gentilles femmes archétypales, victimes par définition. Jamais elles ne pensent, agissent, initient, confrontent, résistent, défient, éprouvent, prennent en charge, ou questionnent. Quelques fois elles sont forcées de faire le ménage. Elles n'ont qu'un rite de passage. Inertes, elles sont déplacées de la maison de leur mère à celle du prince. D'abord elles sont objets de malveillance, puis objets d'adoration romantique. Elles en font rien pour justifier ni l'une ni l'autre.
- Andrea Dworkin -

Pour dénoncer ces états de fait, La Marche mondiale des femmes est à Nantes 6 et 7 juin 2015 

Le programme de ces deux jours est sur l'Espace Simone de Beauvoir. Il n'est certainement pas trop tard pour s'inscrire.


Actualisation : L'association Femmes Contre les Intégrismes publie un texte manifeste A SIGNER ICI -  Pour en finir avec les intégrismes "gangrenés par l'ignorance, le machisme et l'obscurantisme jusqu'au meurtre".

samedi 30 mai 2015

Les tunnels solaires de Nancy Holt

Nancy Holt est une artiste photographe et plasticienne américaine (1938-2014) qui a notamment produit des ouvrages de Land Art dans les années 60. Elle reste assez peu connue, normal, c'est une femme ! Elle a réalisé une œuvre appelée Sun tunnels dans un bassin désert de l'Utah en s'inspirant des monuments de pierres des peuples du Néolithique qui rendaient un culte au soleil, comme à Stonehenge dans le Sud de l'Angleterre, ou à Hovenweep Castle, un ancien palais solaire construit par les amérindiens, situé entre les états du Colorado et de l'Utah, pour ne citer que ces deux-là. Nos ancêtres n'avaient pas l'électricité, ni de livres, ni d'écrans, ils levaient donc la tête et voyaient, lisaient le ciel à livre ouvert, ciel que nous ne voyons plus, puisque nous sommes devenus des peuples citadins sédentaires penchés sur des écrans et des livres, aveuglés par la pollution électrique et lumineuse des villes !


Nancy Holt installe dans un morceau de désert, dont elle acquiert la propriété, quatre buses gigantesques, en X : elle se fait aider par un astrophysicien pour orienter les buses de façon à capter les rayons de l'astre solaire lors des solstices d'été et d'hiver. Le propos de son œuvre est de faire descendre le ciel vers la terre, et de faire du soleil le partenaire de sa création.

Voici ce qu'en dit Michel Onfray dans Cosmos :

" Nancy Holt (1938-2014), une artiste américaine de Land Art, permet d'effectuer la liaison entre le beau classique et le sublime contemporain avec son travail, notamment avec une œuvre de 22 tonnes intitulée Sun tunnels (1973-1976) -elle figure sur la couverture de ce livre. Après de longs voyages prospectifs qui constituent autant de méditations et d'expériences sur soi, elle choisit soigneusement un lieu. Ensuite, elle en prend intimement connaissance : géologie, géomorphologie, faune, flore, astronomie, astrophysique. Puis elle campe sur les lieux et se met dans la disposition d'esprit des hommes qui, des millions d'années avant elle, ont vécu dans cet endroit, dans une nature désertique presque inchangée. Dans son champ de vision se trouvent des montagnes et des humains qui ont habité des cavernes qu'on y trouve encore. L'artiste part à la quête ontologique de la spiritualité de ces premiers hommes.


Nancy Holt travaille ensuite avec les mouvements du soleil et particulièrement avec les solstices en produisant une œuvre qui permet au regardeur de se retrouver  au centre du cosmos et de prendre conscience qu'il est petite partie d'un grand tout, infime morceau d'un univers infini, insignifiant fragment d'une totalité incommensurable. Dix jours en amont et dix jours en aval des dates de solstice d'hiver et d'été, mais pas seulement, l’œuvre permet au regardeur d'effectuer une expérience qui lui permet de faire coïncider le paysage extérieur dans sa configuration astronomique et le paysage intérieur dans sa conformation cosmologique. 


L’œuvre installée dans le désert de l'Utah à 60 kilomètres de la première ville, à une quinzaine de kilomètres de la première route, non loin de Lucin, une ville fantôme, se compose de quatre buses orientées en fonction de l'arrivée des rayons du soleil au moment des solstices. Les pièces sont dans un matériau d'une couleur presque semblable à celle du sable du désert à cet endroit. Elles sont disposées en X, alignées par couples, placées dans l'axe de la direction des lumières verticales de l'été et horizontales de l'hiver. Chaque tunnel comporte des trous minutieusement percés qui permettent le dessin de motifs lumineux à l'intérieur des pièces dans lesquelles un humain peut entrer - elle font plus de cinq mètres de long, près de trois mètres de hauteur, le tout s'étalant sur vingt six mètres. Par ces orifices, on peut voir les constellations du Dragon, de Persée, de la Colombe et du Capricorne. Le projet esthétique de cette installation dans le désert ? Que chacun sente et découvre son appartenance au cosmos. "















Cosmos, ouvrage de philosophie (accessible, bien écrit, premier tome d'une trilogie) de plus de 500 pages de Michel Onfray, où il plaide pour une ontologie matérialiste affranchie des "fictions de papier des trois religions du Livre et de leurs altermondes", ne cite comme d'habitude, que des penseurs et philosophes masculins, puisque les hommes (mâles) ne voient qu'eux-mêmes et jamais les femmes, pourtant bien présentes à toutes les époques. Mais c'est vrai aussi que ce sont surtout les hommes qu'on publiait. Il cite toutefois les travaux d' une deuxième femme, après Nancy Holt, l'archéoastronome Chantal Jègues-Wolkiewiez qui fait l'hypothèse que les humains des cavernes (il y a 35 000 ans !) avaient non seulement une excellente connaissance des étoiles, mais qu'ils auraient peint leurs relevés astronomiques sur les murs de leurs grottes selon cette vidéo en anglais, filmée à Lascaux. J'ai trouvé ces deux femmes, l'une artiste, et l'autre scientifique, très inspirantes.


Femme regardant le soleil levant - Caspar David Friedrich - Vers 1818. 

vendredi 22 mai 2015

Mad Max Fury Road : Féminisme cavernicole


Puisque tout le monde y va de sa critique dithyrambique sur Mad Max Fury Road, allons-y, j'apporte moi aussi ma contribution, discordante, je vous préviens.
L'humanité s'est crashée en 1979, aviez-vous appris en regardant le premier Mad Max, avec la fin du pétrole ? Bon débarras, vous étiez-vous dit, par devers vous, histoire de ne pas vous brouiller avec votre prochain et en n'allant surtout pas voir la fin pénible des derniers australiens parcourant le désert sur des grosses caisses à la recherche des dernières gouttes de pétrole. Je n'avais pour ma part, jamais tenu plus de 10 minutes montre en main devant les exploits de Mel Gibson et de sa milice de motards, lors des diffusions télé. La poésie dystopique de ce premier "opus", comme des deux autres, m'est toujours passée largement au-dessus de la tête. C'est donc la toute première fois que je vois un Mad Max en entier. Et comme j'ai le goût du risque, c'était aussi ma première expérience en 3D ! Tentée par les critiques qui nous annoncent un film "féministe" où des femmes luttent pour leurs droits reproductifs, et végétarien défenseur des animaux, j'ai payé ma place, plus un euro cinquante pour la 3D, et un euro de lunettes.

Le scénario tient sur un confetti. Ce pauvre Mad Max, joué par Thomas Hardy, passe au second plan : la tête engoncée dans une calandre de voiture, il sert de pare-choc aux autos-tamponneuses d'une horde de dégénérés qui rationnent l'eau d'un peuple des cavernes desséché. Sort terrible pour un héros viril, finir en pare-choc au quatrième opus ! Une femme nommée Furiosa, vraie héros du film, jouée par Charlize Theron, sorte d'Amazone au bras coupé (normalement, c'était le sein ?) convoie à travers le désert un groupe de femmes surtout jeunes, belles et très déshabillées, dont l'une est très enceinte. Comment "tombe-t-on enceinte" (enfer et damnation de la langue française qui associe enceinte avec chute) dans le désert alors qu'on vit entre femmes, ne me demandez pas, je n'ai pas l'info. Pour être tout à fait honnête, il y a parmi elles quelques vieilles sages qui transportent, en y veillant comme à la prunelle de leurs yeux, un sac de graines, message végétarien subliminal.



Tout ça est prétexte à un fracas de batailles entre autos augmentées, roadsters, gros camions à moteurs boostés -97 % du film. Je suis sortie sourde de la salle. Les trois seules phrases énoncées clairement sont dites par les femmes : "Nous ne sommes pas des choses", en est une. Féminisme très basique. En revanche, les mecs ne s'expriment que par des hon hon, grouarff et autres borborygmes attestant qu'effectivement, leurs trois neurones ont définitivement migré en dessous de la ceinture. D'autant qu'ils sont tous difformes, augmentés d'accessoires pathétiques, en un mot dégénérés. Ils se contentent de cogner sans même discuter après. Ce qui est mauvais signe. Dans les anciens westerns, ils défouraillaient d'abord et éventuellement négociaient après, s'il restait des survivants. En plan à la grue, ça donne ça :


On reconnaît aisément l'hybris masculine. Contrecarrée quand même par un geste énigmatique d'une des femmes


que je vous laisse interpréter à votre fantaisie.

Le pensum dure deux longues heures. La 3D est une catastrophe, de mon point de vue. Un truc pour vous faire raquer des euros supplémentaires. Mais d'après les information de quelqu'un de mon entourage, je n'avais pas les bonnes lunettes à piles intégrées donc chères, et du coup, c'est comme si je n'avais vu le film que d'un œil avec mes lunettes polarisées à un euro, selon l'explication technique ici entre lunettes passives et actives (SIC). Bon. Moi en fait, j'ai vu les très gros plans à 10 centimètres de mon visage, et au deuxième plan, des nabots genre figurines Kinder chocolat, pour la taille. J'en ai eu froid dans le dos en rétrospective pour Interstellar que j'avais bien aimé, proposé à l'époque au choix dans la même salle : j'avais prudemment vu la 2D. Tout ça confirme que les techniciens, au cinéma aussi, ont pris le pouvoir sur les metteurs en scène qui sont des artistes.


D'après ce que je lis ici ou là, Georges Miller, metteur en scène australien de la franchise Mad Max, serait végétarien. Plausible, car il est aussi le producteur-scénariste des Babe, Le cochon devenu berger 1, Dans la ville 2, et de Happy feet. Mais, croyez-moi, il est certainement atteint du syndrome Peta (qui célèbre sur son site l'amitié entre Thomas Hardy et son chien Woodstock), le végétalien tablettes de chocolat, qui surcompense son végétalisme par une hypervirilité, la nourriture des végétariens étant habituellement décriée par les hommes, "les vrais", comme "nourriture de femmelette". Ce qui contrarie le message soit disant féministe du film.

Liens vers les critiques déchaînés : Télérama (un pour et un contre les vrombissements), Les Inrocks, un mépris souverain des dialogues dans Le Monde, et Charlize Theron, une Mad Maxette polytraumatisée. Même Charlie n° 1191 y va de sa critique positive, en lui trouvant des allures de road movie, misère ! Mad Max est féministe dans un système cinématographique accro au principe de la "schtroumpfette" chez L'Actualité. Il ne passe pas le test de Bechdel.
Mad Max accusé de "propagande féministe" par un blogueur masculiniste au cerveau cramé qui, en plus, confond l'Amérique (USA) avec l'Australie.

Le film de Georges Miller a été tourné dans les dunes de sable de Namibie en Afrique australe, les australiens ont aussi un désert mais sans dunes. Le film aurait ravagé la flore et la faune dans des zones protégées, pendant le tournage et ensuite pendant la "remise du site en état ", selon cet article de Maxisciences. Le cinéma est une industrie comme les autres : en matière environnementale, après nous le déluge.

vendredi 15 mai 2015

Margot Wallström applique le féminisme


Photo : Kristian Pohl - Gouvernement de Suède

Margot Wallström est l'actuelle ministre des affaires étrangères du gouvernement social démocrate de Suède. Après avoir été Commissaire européenne deux fois, notamment à l'environnement de 1999 à 2004 (Commission Prodi), et vice-présidente de la Commission Barroso, puis de 2010 à 2014, la première représentante spéciale auprès du Secrétaire Général des Nations Unies, reportant sur la violence sexuelle dans les conflits. Lors de la formation en 2014 de la coalition gouvernementale au pouvoir en Suède, Margot Wallström promettait une "politique étrangère féministe". Elle a tenu parole : critiquant les manquements aux droits des femmes en Arabie Saoudite, théocratie monarchiste, (où rappelons-le, elles ne peuvent sortir que sous la surveillance d'un gardien mâle, n'ont pas le droit de conduire, entre autres droits humains bafoués...), Margot Wallström vient de révoquer un contrat d'exportation d'armes à destination de l'Arabie Saoudite, pour ces motifs. Du coup les saoudiens ont rompu leurs relations diplomatiques avec la Suède, les businessmen suédois ne décolèrent pas, leurs visas ont été révoqués, et pour faire bonne mesure, les saoudiens ont annulé le discours de Wallström devant la Ligue Arabe, et même un échange de quatre singes amazoniens du Zoo de Suède avec le leur. Bref, ils ne sont pas contents du tout. Les "hommes d'affaires" suédois non plus. Quoi, annuler de juteux contrats d'armement pour des histoires de bonnes femmes ?

Ce n'est pas François Hollande qui ferait pareil : au nom de la "realpolitik" et de l'emploi, il signe des contrats avec l'Inde, le Qatar et l'Egypte qui "se goinfrent des avions de papy Dassault, et préparent leurs petites guerres dans leur coin", comme écrit Charlie Hebdo dans son N° 1190. Et qui bafouent eux aussi allègrement les droits humains, et bien sûr, les droits des femmes. Après nous le déluge, le business avant tout, l'argent n'a pas d'odeur, les hommes n'ont aucune vista, ou ils estiment ne pas avoir les moyens d'en avoir une. Je penche pour la première proposition.

Margot Wallström a été, rappelez-vous, observatrice de la situation des femmes dans les conflits auprès des Nations Unies, et elle a constaté que la situation des femmes et des filles est largement ignorée dans la résolution de ces conflits, que les aides étrangères ne prennent jamais en compte leur besoins parce que les femmes participent rarement aux négociations de paix. Dix ans après la résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui parlait de la nécessité d'inclure les femmes dans les processus de paix, 97 % des peacekeepers sont toujours des hommes. Avec des conséquences dramatiques, comme le rappelait l'excellent documentaire de France 3 rediffusé par LCPan "Putains de guerre" : les bordels à soldats du temps de guerre sont remplacés par des bordels pour Casques Bleus, que l'ONU tolère pour des raisons de différentialisme culturel (les casques bleus viennent de tous les pays adhérents aux Nations Unies), ce racisme mou qui ne dit pas son nom. La situation et la sécurité des femmes sont rarement appréhendées comme issues-clés de sécurité globale, or une approche genrée de la résolution des conflits, et plus généralement de la situation des femmes et des filles, sont considérées comme pragmatiques et le fameux "clash des civilisations" n'est pas basé sur des différences politiques et ethniques, mais plutôt sur les croyances et pratiques en matière de genre. Les intérêts et droits humains des femmes doivent primer sur les intérêts de caste étroits des hommes, en d'autres termes, "les femmes doivent arracher le pouvoir aux hommes pour le rendre à l'humanité entière", c'est ainsi que s'exprimait François d'Eaubonne dans Le féminisme ou la mort. L'exemple de Margot Wallström est donc un exemple à suivre par les hommes et femmes politiques de tous les bords et de tous les gouvernements : le féminisme est surplombant, toutes les instances exécutives doivent fonctionner sous son étroite supervision. Dans tous les domaines : économie, environnement, gouvernance, éducation, résolution des conflits et maintien de la paix. Margot Wallström, issue d'une nouvelle classe de politiciennes, de femmes exécutives au pouvoir, affermies dans leurs convictions, ringardise la politique appliquée par les hommes depuis toujours et montre le chemin à suivre. Merci Madame la Ministre.

Mon billet a été inspiré par cet article du New-Yorker : Who's afraid of a feminist foreign policy ?
Le compte Twitter de Margot Wallström : @margotwallstrom 
Mali : pour une approche holistique de la paix, les femmes marchent : Pas de paix sans les femmes !

jeudi 7 mai 2015

Le sexe des villes

Il y a 16 mois, ma vaillante 205, 450 000 km au compteur, 20 ans de bons et loyaux services, me lâche dans un (gigantesque) rond-point, de retour de mon club de lectrices : en rétrogradant, le levier de vitesse me reste quasiment dans la main ! Je suis rentrée en 3ème, redémarrages aux feux rouges inclus. Brave voiture : même subclaquante, elle a mis son point d'honneur à me ramener chez moi ! Les signes de fatigue étaient de fraîche date : jamais en panne, sauf quand Peugeot s'arrangeait pour me la rendre cassée après une révision, c'est arrivé deux fois. Je ne vous dis pas comme ça avait bardé !

Bref, je me retrouve piétonne, moi, l'embagnolée, mais ayant de solides excuses professionnelles. Après une heure d'affolement, j'ai décidé de le prendre avec philosophie. To-morrow is another day. Donc je l'ai laissée dans mon garage. Quatre mois exactement. Je trouvais que le garagiste m'avait assez vue, et surtout que moi je l'avais assez vu, lui aussi, avec sa tête de corporation que je déteste. Je suis allée, à pied, voir les loueurs de voiture, histoire de me faire peur avec leurs tarifs, au cas où je déciderai de louer au lieu d'acheter. Ou d'avoir à faire face à un déplacement intempestif. Et puis, j'ai sorti mon trolley pour aller faire les courses une fois par semaine.


 Et là, j'ai compris : le malheur d'être mère de famille ou nounou à poussette, handicapée en fauteuil roulant, et ménagère de plus de 80 ans survivant dans un monde masculin hostile. Travaux, barrages, fondrières, panneaux (comme dans tomber dans le panneau), chausse-trappes, gros engins partout ! Emprise sur les trottoirs, les rues, vous passez sous des lests de grues, des tracto-pelles, des échafaudages (échafauds) branlants, des nacelles élévatrices avec un mec qui stimule le joystick sans vous regarder, d'ailleurs, ils vous ignorent, ils vous méprisent, poussez vos culs les dindes, nous on travaille. Les femmes, c'est connu, ne travaillent pas, elle se contentent de tenir la boutique bénévolement pendant que les mecs défoncent le plancher des vaches, violent la Terre, et construisent des grosses merdes de plus en plus hautes. Ou enterrent des métros de plus en plus profond. Avec un gros tunnelier, plus c'est gros, meilleur c'est, proverbe virilo-patriarcal. La moindre "dent creuse" est vidée de ses occupants : un vieux ou une vieille généralement, dans un pavillon avec jardin, pommier et cerisier, des merles, un hérisson, un chat ou un chien. La cage à lapins prolifère sur la biodiversité, on est une région d'élevage industriel en cages, l'urbanisme moderne empile les cages : collèges, boîtes à bac, boîtes de-technicIENS-une-seule-tête-un-seul-T-shirt, centres d'affaires (?), palais des congrès, maisons de retraites sur des parcs arborés qu'on abat pour entasser des vieux ensemble, maternités industrielles privées et publiques à 300 lits, j'espère qu'ils y mettent les mêmes barrières et parkings payants que dans les hôpitaux de façon à prévenir que la place est limitée et qu'il faudrait enfin le comprendre !
Là je vous parle de l'occupation corporatiste, dans les boîtes de BTP et "Génie" civil, où on ne voit jamais une femme, ce qui valide la sur-occupation masculine et la fait paraitre légitime. Mais comme dit ma voisine, en soupirant à déraciner un chêne "il faut bien que ça se fasse" ! Sans jamais questionner ni discuter les modalité du "comment" ça se fait et du "comment" on traite les riverain-es. Vous l'aurez compris, ma voisine et moi, nous n'avons pas le même positionnement face aux emmerdements auxquels les patriarcaux nous soumettent. Elle soupire, et rase les murs avec son panier à provisions, moi je m'énerve et je représaille.



L'occupation individuelle. Dans mon quartier, dans un rayon de 800 mètres, trois streetparks gratuits, avec rien que des mecs dessus. Si vous ne me croyez pas, je peux faire des photos. Quand il pleut, comme eux et leurs planches sont en sucre, ils se réfugient sous les auvents et les passages de tout le monde ; malgré des terrains de foot avec pelouse en plastique (ça salit moins les maillots) partout pour tenter de calmer la frustration masculine, en pure perte d'ailleurs, ils jouent brutalement au ballon dans les squares, jardins publics, allées et trottoirs. Ou au volley, ou aux boules. Ils occupent les débords dont les architectes parent leur monuments : une de mes bibliothèques a dû rajouter des obstacles pentus et pointus pour éviter que les abonnées, dont je suis, soient traitée de "putes" dans le passage où stationnent les mâles, étalant leur vacuité existentielle en soutenant les murs et en jouant, là aussi, au ballon. Quand ils partent (ouf), les canettes et bouteilles de coca, les papiers gras jonchent le passage, voilà ce que c'est que de les habituer à nettoyer bénévolement derrière eux.

Clairement, les municipalités, truffées d'élus prostatiques chauves (ou de femmes soucieuses de donner des gages pour chauffer, gagner et garder la place), bâtisseurs désireux de laisser une trace en béton dans l'HIStoire, trouvent que la place des femmes est à l'intérieur, mieux, à la cuisine. La soupe est prête quand ils rentrent, plus qu'à se mettre les pieds sous la table. Au contraire, moi quand je souhaite avoir accès aux bibliothèques de quartier pour trouver un livre que je veux lire, je dois payer une SURTAXE aux Champs Libres ! Deux poids, deux mesures, normal, moi je ne fais pas de boucan, mon travail est intellectuel et GRATUIT !  
80 % des subventions vont aux garçons : même les maisons de quartiers sont sur-fréquentées par les garçons. Leurs loisirs coûtent plus cher que ceux des filles, et on leur en propose plus. Quand je vais marcher histoire de m'aérer les neurones et les poumons, au bout de 10 kilomètres, j'aimerais me trouver un banc pour m'asseoir, mais ceinture. Circulez, tout stationnement est suspect, sauf quand il s'agit des mecs. Une femme inoccupée dans la rue, faisant les cent pas, appuyée à un mur, c'est une prostituée, une péripatéticienne, les hommes sont fondés à lui demander "C'est combien ?". Les femmes, c'est OCCUPE, dans tous les sens du terme : busy, abeille ouvrière, pas une minute à soi, elles circulent de l'école au travail, du bureau au médecin, il n'y que des mecs pour glander dans les espaces publics ou les bars, en faisant le même boucan qu'au travail.


Des géographes ou des sociologues éminents abordent régulièrement le sujet, car on en parle à défaut d'agir. Mais les femmes se prennent en main. Des marches non mixtes s'organisent régulièrement pour "reprendre la rue", des campagnes contre le harcèlement voient le jour et sont relayées par les médias, et puis des femmes investissent les bars comme ce collectif de militantes féministes d'Aubervilliers "Place aux femmes" qui investit les bars une fois par quinze jours, et les labellisent après évaluation. Quand aux encombrants travaux conjoints de la corporation du BTP et des municipalités bâtisseuses qui auront bétonné toutes les terres cultivables qui les ceinturent, et au-delà, elles pourront toujours manger les briques et les parpaings des centres commerciaux et des palais de congrès qu'elles ont construit, il ne restera rien d'autre. Némésis aura son heure : l'hybris humaine provoque la colère des déesses et des éléments. L'orgueil et la démesure sont suicidaires sur une planète limitée où la mythique croissance reste l'alpha et l'oméga de la pensée économique.


Pendant tout le temps d'écriture de cet article, une nacelle élévatrice rouge, louée chez Loxam access, "l'érection en toute confiance", loueur d'engins phalliques, a émis un boucan insupportable de moteur, notamment pendant l'érection par action sur le joystick.

Les 2 premières illustrations sont des photos des dessins de Coco illustrant, dans Charlie Hebdo N° 1186 du 15 avril 2015, l'article "Le sexe des villes a deux boules".