dimanche 19 février 2017

Steak Machine : souffrance animale, souffrance sociale



Abattoirs, boîtes noires :
" Les barons de l'élevage industriel savent que leur modèle d'activité repose sur l'impossibilité par les consommateurs de voir (ou d'apprendre) ce qu'ils font. " Jonathan Safran Foer - Faut-il manger les animaux ? 2011

" Il est plus facile de rentrer dans un sous-marin nucléaire que dans un abattoir " - " Les abattoirs sont des lieux totalement clos et cachés. Pour les trouver physiquement, il n'y a jamais de pancarte, même le GPS ne trouve pas... " - Olivier Falorni - Député de Charente Maritime, Président de la Commission d'enquête sur les conditions d'abattage - 2016

" L'occultation totale du sort réservé aux animaux est le pilier de la consommation  de masse de viande "Paul Bigard, patron de Bigard Charal, premier groupe français, 4,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Sur une suggestion de son éditrice, Geoffrey Le Guilcher, journaliste,  change d'apparence, de prénom, se bidouille un nouveau CV plus conforme à la sociologie des abattoirs, et l'envoie à une société d'intérim de Bretagne "région-abattoir" : une quarantaine pour 4 départements, sur les 183 abattoirs que compte le territoire français.
Évidemment, trois semaines plus tard, sur ces métiers en tension qui peinent à embaucher et fidéliser des salariés, il est engagé pour trois semaines, à l'essai, au parage dégraissage dans une nacelle qui le porte au niveau des carcasses de vaches qui arrivent de la tuerie dûment saignées.

Pratiques de la profession : minimum 15 mois à deux ans en intérim avant (s'ils tiennent !) le mythique CDI, graal du travail posté industriel. Soit environ deux ans à 2 ans et demi sans prendre de congés, alors que les abattoirs sont des hachoirs à viande aussi bien animale qu'humaine. A petits chefs qui parlent mal à leurs salariés, allez comprendre quelque chose à cet "univers viril de taiseux" ! Pressions au rendement, cadences infernales : ne tiennent que les plus solides qui vieilliront prématurément, puis seront jetés au rebut, sans reconnaissance de "maladie professionnelle", l'homologation pénalisant le coût du travail et les caisses de protection sociale. " Les abattoirs, comme n'importe quel employeur payent des cotisations en fonction de leur sinistralité... ils ont intérêt à contester l'origine professionnelle d'une maladie ". Alors que le fordisme (chaîne d'assemblage, travail en miettes) s'inspirait directement des chaînes de désassemblage des abattoirs de Chicago à la fin du XIXème siècle, et que le fordisme a intégré des robots sur ses postes les plus éprouvants pour ses ouvriers, " les abattoirs eux n'ont pas réussi la mutation. [...] Chaque animal étant différent, l'humain dominera encore longtemps le sujet avec son couteau". Seule piste envisageable pour le moment, la recherche sur les exosquelettes. En attendant, les ouvriers d'abattoirs se démolissent sûrement les cervicales et lombaires, les phalanges et les épaules. Ils tiennent en prenant des substances psychotropes -hachich, LSD, alcool... Sans parler de la casse morale et psychique : " On a auditionné des gens qui faisaient des cauchemars la nuit et voyaient des êtres humains pendus à des crochets. " témoigne Olivier Falorni, président de la Commission d'enquête de 2016 sur les conditions d'abattage.

" De toutes façons, soyons lucides, qui se soucie des damnés de la viande ? "

Cadences infernales et saisonnalité de la viande :

Alors que les trois quarts de la viande sont achetés via la grande distribution, sa consommation fait des pics saisonniers aux fêtes religieuses (Noël, Pâques, Ascension, Aïd,... occasions incontournables de faire couler le sang des animaux), aux rentrées scolaires (redémarrage des cantines, achats en gros des collectivités) et à la rentrée tout court, pour les ménages qui ont vidé leur congélateur en juillet au départ en vacances pour le remplir fin août, à coups de promotions "deux gigots pour le prix d'un" de la grande distribution, qui profite de l'occasion. Évidemment, cela se traduit à l'abattoir par des coups de feu, heures supplémentaires et extension de plages horaires sur des ouvriers déjà épuisés, qui rattrapent les jours fériés non travaillés en heures supplémentaires.

Comment dans ces conditions parler de "bien-être animal" dans un abattoir ? 

Depuis que les activistes et whistleblowers de L214 (la photo de Sébastien Arsac de L214 est accrochée aux fléchettes dans les bureaux de tous les directeurs d'abattoirs de France, selon Le Guilcher) publient des vidéos accablantes d'animaux mal étourdis et mal tués, des vaches et des veaux pendus par la patte arrière "qui font l'hélicoptère" au dessus des bacs à sang et à viscères, la tuerie de l'abattoir breton de Le Guilcher a été invisibilisée derrière un mur aux visiteurs occasionnels, aux personnels n'appartenant pas à la tuerie stricto sensu, et aux éventuels journalistes ou témoins, munis d'une camera dissimulée, devenus la terreur de tous ces industriels. Il va se soi que parler de "bien-être animal" à l'abattoir est un sinistre fumisterie incompatible avec des cadences infernales, la course au profit et la réduction de coûts, de la poudre aux yeux pour ministres, ONG welfaristes réformistes, et clients consommateurs cherchant à calmer leur (mauvaise) conscience. Dans chaque abattoir, il y a bien une formation "bien-être animal" de 7 heures, et un "responsable de la Protection Animale" -RPA) MAIS ce sont les cadres responsables de la cadence qui portent le badge RPA ! Tout ceci démontre que nous avons affaire à des cyniques qui ne veulent en aucun cas de la transparence qui tuerait leur industrie : c'est impossible de mettre à mort facilement un animal jeune et en bonne santé, qui a la vie chevillée au corps, en une minute temps requis, étourdissement et égorgement-saignée incluses, sous peine d'arrêter la chaîne ! Ni de l'amendement de leurs pratiques maltraitantes.
Le pouvoir, ce ne sont pas les directeurs d'abattoirs qui le détiennent, ni à fortiori les prolétaires qui les servent, c'est bel et bien le consommateur : vous arrêtez d'acheter, ils arrêtent de tuer !


Le livre de Geoffrey Le Guilcher raconte une plongée dans un des infernaux hachoirs industriels qui broient en France un milliard de volailles par an, 3 millions de bovins, porcs, moutons, volailles... par jour, et plus de 50 000 ouvriers qui s'y abîment la santé. Le style en est alerte, drôle parfois, humain toujours ; l'auteur finira par déjouer la surveillance et traverser le mur infranchissable de la tuerie pendant quelques minutes. Avant de quitter en fin de mission l'abattoir, où resteront derrière lui les maliens, les tunisiens, les roumains qui tentent leur chance hors de leurs pays frappés de misère, et les sous-prolétaires bretons des élevages hors-sol et de l'industrie du bâtiment au chômage. Clairement, l'option abattoir n'est pas une vocation professionnelle. Après son immersion dans la broyeuse Machine à steaks, Geoffrey Le Guilcher se déclare désormais "flexitarien" : végétarien chez lui, omnivore en société. Allez, encore un effort...

" L'abattoir est le dinosaure qui a permis la naissance de l'ère de la consommation de masse. Un vieil animal toujours bien vivant. "

Les phrases en caractères gras et rouge sont des citations de Steak Machine.

vendredi 10 février 2017

Who cooked Adam Smith's dinner ? Qui cuisinait le dîner d'Adam Smith ?

Ce livre d'économie écrit par Katrine Marçal, journaliste suédoise, que j'ai lu en anglais car il n'est pas traduit, m'a été suggéré par un de mes abonnés canadiens dans une conversation Twitter sur l'économie et les femmes. Je l'en remercie. En plus d'être un pamphlet contre l'économie au masculin, c'est un bon manuel rappelant l'HIStoire économique, ses principes et ses auteurs.


La main invisible du marché

A la serpe, la théorie économique d'Adam Smith, père de l'économie, est la suivante : les agents économiques (vous, moi, votre boucher..) sont des entités mues par leurs propres intérêts et égoïsmes. Votre boucher ne vous vend pas sa viande (c'est le malheureux exemple utilisé) par altruisme et goût pour son prochain, mais par self-interest, il en fait son profit, ce qui lui permet de vivre. La sphère économique est une constellation d'agents atomisés, dominés par leur égoïsme, qui tous mis ensemble forment un ensemble cohérent qui se régule lui-même en convergeant vers l'intérêt de tous, cela s'appelle "la main invisible du marché". Une somme d'intérêts individuels parfaitement divergents aboutissent à une cohérence générale qui profite à tous. L'agent économique de base, toujours selon Adam Smith, serait parfaitement rationnel, il n'a pas d'affect, pas d'histoire, pas de liens, il serait mû, dans un vide affectif et émotionnel, par la gagne et la satisfaction de ses besoins immédiats.

Les économistes tous mâles qui succéderont à Adam Smith, entérineront cette théorie (on devrait écrire croyance, car la "main invisible du marché" rappelle furieusement Dieu) en l'enrichissant de leurs propres remarques et commentaires : Bernard de Mandeville, Jean-Baptiste Say, Friedrich Hayek, Gary Becker, Karl Marx, même Keynes, puis Milton Friedman et l'Ecole de Chicago, aucun ne remettra en cause le dogme. Tous qui ont pourtant des épouses (sauf Keynes qui était homosexuel, mais il avait une mère) sont frappés de cécité sur les contributions des femmes à l'économie et à leur confort : affection, soins, élevage, éducation, sollicitude, bien-être. Les femmes et leur travail* sont et demeurent les invisibles de la sphère économique. Il y a bien Marilyn Waring, seule femme économiste citée, qui publiera dans les années 80 un travail sur les dépenses publiques alors qu'elle est députée à la Chambre de Nouvelle-Zélande, thèse où elle démontre que les femmes ne comptent pas. Seul comptent dans les PIB (Produits Intérieurs Bruts) les emplois masculins marchands, destructeurs et pillant sans contrepartie les ressources naturelles, préparant la guerre (industries de l'armement), faisant la guerre, puis réparant les dommages de guerre. La destruction crée de la croissance et du profit. Dans le brouhaha général et la pensée (masculine) unique, son œuvre est toujours ignorée et passée sous silence par les pontifes et prélats de l'économie qui, rappelons-le tout de même, n'est pas une science exacte.

Pourtant on sait, comme de nombreuses études universitaires de psychologues l'ont démontré au siècle dernier, que ce n'est pas l'égoïsme qui meut notre espèce -comme chez tous les mammifères et pas mal d'autres animaux : c'est l'altruisme et la coopération. Pas de chance on est tombés sur des économistes autistes et égotiques. Mais il y a pire.

"Les hommes jouent, et le jeu suprême, c'est la guerre" - Pierre Bourdieu

Théorie des jeux et comportements économiques - John Von Neumann

" Entre deux joueurs rationnels, il n'y a rien de mieux pour chacun que de choisir une stratégie optimale et de s'y tenir " selon la Théorie des jeux à somme nulle du mathématicien John Von Neumann, utilisée pour modéliser les comportements économiques. C'est ici qu'il faut souligner que John Von Neumann a participé au Manhattan Project qui a mis au point la bombe A et l'a expérimentée in vivo en 1945 : Little Boy** le 6 août 1945 sur Hiroshima, puis Fat Man** trois jours plus tard sur Nagazaki, le 9 août 1945. La théorie des jeux de Von Neumann fut utilisée pour tirer au sort les villes japonaises où il était le plus "stratégique" de frapper, Tokyo étant le premier choix des militaires US. " Kurt ( Gödel) m'avait expliqué qu'ils y démontraient qu'une description des phénomènes sociaux ou économiques peut être donnée par des jeux de stratégie appropriés comme le Kriegspiel. A son grand regret, toute cette matière grise était consacrée une fois encore, à un sujet militaire " In La déesse des petites victoires - Yannick Grannec -Anne Carrière Édition, contant sous forme de roman la vie de la femme de Kurt Gödel, logicien, pur génie des mathématiques, neurasthénique, paranoïaque et anorexique, il ne mangeait que quand sa femme avait goûté tous ses plats et ça se corsait quand il prétendait qu'elle aussi voulait l'empoisonner ; à sa mort en 1978, il pesait 30 kg ! Madame Gödel, totalement effacée de l'histoire, était pourtant la seule à rattacher à la vie terrestre ce pur esprit perdu dans ses conjectures mathématiques et théorèmes d'incomplétude. Je digresse à peine, le roman est l'histoire d'une femme effacée, sur fond de grande HIStoire.

" John Von Neumann meurt en 1957. En plus de son implication dans Hiroshima, il nous a légué les développements de l'informatique moderne, avec aussi la suggestion moins fructueuse de peindre les calottes polaires en noir pour que l'Islande ait le même climat que Hawaï. (!) Sa théorie des jeux devint le fondement de la finance moderne. Docteur Folamour s'en alla travailler à Wall Street ".

Conséquences pour les femmes - Leur travail : une inépuisable ressource naturelle

" Women's work is a natural resource that we don't think we need to account for. Because we assume it will always be there. It's considered an invisible, indelible infrastructure."
" Without importance for the whole, and actually it wasn't an economy at all but an inexhaustible natural resource ".

Les conséquences concrètes de cet effacement des femmes comme agents économiques et de leur exclusion des moyens de production -sauf quand elles font supplétives du travail masculin dans le secteur marchand, généralement à moins 20 % de salaire à responsabilités égales, différentiel basé sur la croyance issue du XIXème siècle qu'elles n'ont pas la force physique donc pas la même productivité que les hommes, c'est la pauvreté plus ou moins grave où elle végètent. Rôdant dans les parages des banquets des mecs, après avoir fait les courses, la cuisine et la vaisselle, elles doivent se contenter des miettes qui tombent de la table. A la retraite, par exemple : le montant de leurs pensions trahissent l'effacement de leurs contributions (soins aux plus faibles et dépendants, -vieux et enfants-, reproduction, affection, entretien...) à l'économie. Évidemment, tout cela sert un propos : fournir en désespérées un pool de prostituées rendant des services sexuels payants aux mâles à "pulsions et besoins irrépressibles" selon eux. D'ailleurs le développement radical de la théorie d'Adam Smith aboutit à l'économie informelle : mon outil de travail c'est moi et mon corps, j'en suis l'auto-entrepreneure, et en gérant bien mon "capital humain", je dois pouvoir m'en sortir. Nous serions tous égaux devant le dieu Marché et There is no alternative.

Finance casino - Les autres conséquences économiques sont les bulles spéculatives (tant que je gagne je joue ! pense le parasite de casino), les cracks boursiers et les milliards de dollars qui s'évanouissent dans la stratosphère supposément, suivis de quelques suicides de banquiers et traders mâles (franchement, tant mieux,des parasites en moins) et d'encore moins de mises en examen et de procès, comme en 2008 -crise du crédit- et en 2010 -crise des liquidités financières. En moyenne, une bulle spéculative crève tous les 2 ou 3 ans. Prochaines à venir : une anecdotique, les footeux, ces autres parasites poussifs dopés aux anabolisants payés des milliards pour courir derrière un ballon ! Et plus grave, la faim, les traders mâles pariant sur les marchés à terme en jouant avec les céréales qui nous nourrissent, et en général avec toutes les matières premières. Jouer, gagner, PERDRE, et faire perdre l'humanité entière au casino de la finance. Si on ne débranche pas rapidement le patriarcat parasite, de graves ennuis nous attendent. La nature n'est pas inépuisable, au contraire de l'égoïsme d'homo économicus, modèle Adam Smith.

Il devient urgent de calculer les PIB autrement : je ne suis pas comptable ni statisticienne, je ne peux donc pas fournir la formule du mode de calcul idéal. Je suis évidemment contre un salaire de femme au foyer, l'enfermement dans la sphère domestique est déjà suffisamment une calamité. Ce que je sais en revanche, c'est que le pillage de la nature (extractivisme forcené, atteintes graves aux pollinisateurs, destruction de forêts pour le bois et les terres cultivables, pollution des eaux, avancées des déserts), des animaux et de la biodiversité, en plus de l’extorsion aux femmes des services utiles et indispensables à l'humanité, ne peuvent plus continuer sous peine de disparition de notre espèce irresponsable. Les politiques doivent imaginer une solution, et autre que celle du BNB, le bonheur national brut, cette autre fumisterie destinée à noyer le poisson. S'illes passent par ici -au lieu de me solliciter via la DM de mon compte Twitter- pour cause de campagne électorale, voilà un sujet sur lequel travailler. Il est indispensable de retire des PIB (et pas d'ajouter) les dommages causés à l'environnement, la déplétion des ressources, et de faire payer LE JUSTE prix des choses, de la viande et du poisson par exemple, en y incluant tous les coûts et d'arrêter de subventionner ces activités délétères. Et d'y tenir en compte les fonctions infrastructurelles de coopération et de sollicitude, sans lesquelles il n'y a pas d'aventure humaine.

Who cooked Adams Smith's dinner ? Elle s'appelait Margaret Douglas.

Margaret Douglas - 84 ans - Oeuvre de Conrad Metz - 1778

De fait, Adam Smith est resté célibataire toute sa vie. C'est sa mère, puis ensuite sa cousine, qui ont tenu le foyer du père de l'économie, assurant son bien-être et ses besoins quotidiens. Margaret Douglas nait en 1694 dans une noble famille écossaise et elle épouse à 26 ans Adam Smith senior, plus âgé qu'elle de 15 ans. Son mari meurt deux ans plus tard, 6 mois après la naissance de son fils, Adam Smith junior, notre distingué économiste. Margaret Douglas ne se remariera jamais. Elle consacre sa vie à son fils, le suivant dans ses différents postes et affectations. Elle est totalement dépendante économiquement, puisque c'est le fils qui hérite de la fortune de son père. Après la mort de sa mère, le foyer d'Adam Smith est pris en charge par sa cousine Janet Douglas, dont on sait encore moins de choses que sur Margaret. Quand Janet meurt en 1788, Adam Smith écrit à un ami : "Depuis qu'elle n'est plus là, je suis l'un des hommes les plus destitués et désarmés d'Ecosse."

Comme on comprend ce pauvre garçon ! Plus de cuisinière, ménagère, intendante, secrétaire : la catastrophe. Pourtant en contraste, les femmes sont totalement absentes de la pensée économique d'Adam Smith ! Fourmis ouvrières invisibles œuvrant à rendre le quotidien supportable, confortable, comme ceux de la nature, leurs services sont considérés comme un dû dans lesquels puiser sans contrepartie : ils sont "naturels". " Derrière la main invisible du marché, il y a surtout un sexe invisible ". Si Margaret, puis ensuite Janet Douglas avaient abandonné Adam Smith en choisissant de vivre leur vie d'êtres libres, sans doute que la pensée du grand homme, soit n'aurait pas émergé, soit aurait été d'une autre nature. Il est temps d'arrêter de leur servir la soupe. Nous contribuons à notre propre effacement. Les hommes sont des trous noirs, ces objets célestes qui absorbent la chaleur, la lumière, l'énergie des femmes, sans rien restituer. Le trous noirs ont été nommés d'après les travaux d'Einstein, physicien, ami et contemporain des mathématiciens Kurt Gödel et de John Von Neumann.

*Ne pas confondre travail et emploi : on peut parfaitement travailler sans avoir d'emploi et sans toucher un salaire. Qui pense que les bénévoles ne travaillent pas ? Hormis certaines associations, je veux dire ?
** Quand les hommes enfantent, ils engendrent des monstres. Marylin French

Les citations en gras et rouge sont tirées du livre de Katrine Marçal, traduites ou non. 

jeudi 2 février 2017

Noms de métiers : double standard - Fillongate

Au nom de l'universalisme, porté par le masculin en français qui n'a pas, comme l'anglais de neutre, les noms de métiers et professions, à l'origine masculins puisqu'il n'y a que les hommes "qui travaillent", les femmes se contentant de "rester à la maison" où les corvées qu'elle accomplissent, extorquées dans le mariage, comptent pour des cacahuètes dans les PIB masculins marchands, les noms de métiers et professions donc sont tous déclinés au masculin : pompière, policière, avocate, bâtonnière à fortiori, écrivaine..., sont considérés comme non légitimes par celles même qui exercent ces métiers. Sur ce sujet, allez voir le Tumblr militant d'Adelphité* du langage qui s'est donné pour mission de relever ce qui est bien dit et mâle dit, mâle exprimé, dans les journaux, productions culturelles, et ailleurs.
* Adelphe : épicène grec, frère, sœur, né de même parents.

J'ai souvent entendu des féministes beauvoiriennes (ceci écrit sans irrévérence) pour qui une femme se doit d'être un homme comme les autres, tordre le nez devant un métier dit au féminin, comme si on avait proféré une obscénité : menuisière, ingénieurE, peuh, n'y pensez même pas, "c'est d'un ridicule" ! Toutes les écoles à dominante mâles (ingénieurs notamment) qui font mine de faire des appels du pied aux femmes se lamentent : "elles ne viennent pas, on n'y peut RIEN", refrain habituel, et articles lénifiants, il y en a dans tous les coins sur les réseaux sociaux où la misogynie serait de plus en plus mal portée. Mais ça s'arrête là : si les femmes veulent venir, qu'elles acceptent les contraintes du vocabulaire, porter le nom du métier au masculin garant de leur légitimité au sein de la confrérie, et... des vêtements qui grattent et ne sont pas faits pour leur morphologie ni leurs besoins spécifiques, je pense entre autres, aux femmes CRS et aux policières et à leurs gilets pare-balles !

Le/la sage-femme

Mais que l'on veuille attirer des gars dans les professions dites "de femmes", infirmières par exemple, traditionnellement formées dans des Écoles d'infirmières, s'applique immédiatement le double standard : on masculinise vite fait, bien fait, plus personne n'a d'états d'âme ! Ainsi les écoles d'infirmières sont-elles devenues des "instituts de formation en soins infirmiers" comme lettre à la poste. Il est inconcevable de nommer un infirmier "infirmière" au motif que ce sont les femmes qui ont inauguré la profession, alors que c'est l'inverse chez eux ! Le comble du ridicule -et de l'inexactitude- est atteint avec la profession de sage-femme : en 1984, l'Europe, toujours en pointe pour voler au secours des mâles discriminés, a imposé l'entrée d'hommes dans cette profession historiquement féminine ; s'est aussitôt posé LA question de comment les appeler, "femme" étant caca beurk pour un mec, certainement ? Sexisme doublé d'ignorance crasse : dans le nom composé sage-femme, femme réfère à la parturiente, pas à la personne qui exerce le métier : la/le sage qui assiste la femme parturiente. Du coup, on a eu des propositions ridicules comme "maïeuticien *" en référence à Socrate dont la pauvre mère effacée de l'HIStoire était sage-femme, ce qui a bien aidé son génie de fils à mettre au point -j'allais dire à accoucher de- ses théories philosophiques ! Bizarre, vous avez déjà vu une école d'ingénieurs qui aurait féminisé son intitulé pour mieux accueillir les femmes, vous ?
* J'ai entendu dans un coin de lucarne que la première année de médecine est désormais commune aux futurs médecins, pharmaciens, dentistes, "maïeuticiens" SIC, le présentateur s'est fait préciser : il n'avait pas compris que c'était sage-femme. C'est donc entériné. Les hommes arrivent, les femmes sont effacées de l'HIStoire.  

FillonGate et cafouillages freudiens

L’affaire du penelope gate du nom de la femme de François Fillon qui aurait occupé un emploi fictif d’assistante parlementaire au service de son mari en touchant 500 000 euros pendant 4 ans (puis 900 000 pour la famille entière sur une plus longue période selon le dernier développement), en dit long sur la psyché française, et sur sa mauvaise foi, à propos du travail des femmes, généralement extorqué dans le mariage : travail RÉEL mais NON REMUNERE, et sur les éternels gaps toujours irréductibles et béants, de salaires entre femmes et hommes quand il s'agit de travail marchand posté, modèle masculin !
Festival de grosses boulettes : du député François de Rugy soucieux de transparence qui publie les bulletins de salaire de deux de ses assistants parlementaires, dévoilant involontairement le différentiel de salaire entre son assistANT et son assistANTE dû à l’assignation des tâches, et donc des salaires, en fonction de leur sexe/genre -en gros le profil assistANTE convient mieux pour commander les billets d’avion et elle travaille plus d’heures, c’est affligeant-, et du président du sénat Gérard Larcher qui se banane lui-même dans un communiqué où il tente d’affirmer que la profession d’assistant parlementaire est la seule où les femmes sont plus payées que les hommes, en omettant de préciser que c’est dû à la prime d’ancienneté -accessoire de salaire et pas salaire de base- les femmes y restant stagner plus longtemps que les mecs, qui tentent d'autres aventures de grands fauves politiques on suppose ? Le factchecking était assuré par France Info Radio. Last but not least, François Fillon lui-même qui, il y a une semaine, condamnait le sexisme de la presse à propos de son épouse, est pris en flagrant délit de discrimination dans la "PME familiale" : sa salariée de fille touchait 27 % de moins que son fils à qualification égale selon le Canard Enchaîné. Espérons que Madame Fillon, épouse effacée et muette de son député puis ministre de mari, réputée bosser pour la peau dans son mariage avec François, était au courant du présumé salaire qu’elle a perçu pour travail parlementaire « fictif ». Au point où on est…

Petit bonus video, tranche de vie saignante :


jeudi 26 janvier 2017

Le piège de la "lutte contre l'islamophobie"

Déniché par Natacha Polony (mais si !) et cité cette semaine dans sa revue de presse sur Europe 1 -que j'écoute, bien m'en prend, même si elle m'agace souvent- cet article de LUTTE OUVRIÈRE m'a vraiment plu. Avec leur accord, je le partage ici. L'extrême gauche et les mouvements altermondialistes pratiquent le relativisme culturel sous couvert de lutte contre l'"islamophobie". A l'opposé, cet article de Lutte Ouvrière propose un décryptage matérialiste convaincant.

    " Une politique de construction de fronts pour « lutter contre 
 l’islamophobie » est de plus en plus défendue par une partie de l’extrême gauche. Au point de perdre tout repère de classe, et d’user de démagogie vis-à-vis de l’islam politique.
Le débat sur cette question s’est amplifié avec les différentes affaires de jeunes filles voilées à l’école, à partir de 1989, et surtout après la loi de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école. Il s’est poursuivi avec la polémique sur l’interdiction du voile intégral dans l’espace public, adoptée en 2010.
Depuis les attentats de 2015 et 2016, cette question a pris de l’ampleur. Par exemple, le lamentable épisode de l’affaire du burkini a remis en lumière, l’été dernier, la façon dont les politiciens de droite comme de gauche sont prêts à faire feu de tout bois pour détourner l’attention de l’opinion des problèmes essentiels du moment, par démagogie électorale.
Cette récupération de la question du voile, de la burqa ou du burkini par des politiciens qui se moquent de l’oppression des femmes et ne sont laïcs que lorsqu’ils parlent de l’islam, est choquante. C’est une campagne raciste.
Pour autant, en tant que militants communistes, nous sommes aussi des adversaires résolus de toutes les religions et de toute oppression, et l’actuelle campagne ne doit pas faire perdre aux révolutionnaires toute boussole.

La galaxie de l’anti-islamophobie

Depuis plusieurs années, une galaxie de groupes se donnant pour objectif la « lutte contre l’islamophobie » se développent et prennent diverses initiatives. Certains, comme l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) ou PSM (Participation et spiritualité musulmanes), sont ouvertement des associations de prosélytisme religieux. D’autres se défendent d’être des organisations religieuses et se cachent derrière des revendications d’égalité, de lutte contre le racisme et contre l’islamophobie. C’est le cas du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), de Mamans toutes égales, du Collectif une école pour toutes, Féministes pour l’égalité, et plus récemment d’Alcir (Association de lutte contre l’islamophobie et les racismes). Le Parti des indigènes de la République (PIR) est aussi à ranger dans cette galaxie.
Depuis l’attentat contre Charlie hebdo, en janvier 2015, les initiatives de ces groupes se sont multipliées : rassemblement anti-islamophobie le 18 janvier 2015 à Paris ; meeting contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire le 6 mars 2015 à Saint-Denis ; Marche de la dignité et contre le racisme organisée par le PIR le 31 octobre 2015 ; meeting à Saint-Denis contre l’état d’urgence le 11 décembre 2015, ou encore, le 21 septembre dernier, le meeting d’Alcir baptisé « Pour un printemps de la liberté, de l’égalité et de la fraternité », organisé dans le 20e arrondissement de Paris.
Ces différentes initiatives ne prêtent pas forcément à la critique. Le rassemblement du 18 janvier 2015 était une réponse à une manifestation d’extrême droite organisée le même jour pour « expulser tous les islamistes ». Et organiser des réunions contre l’état d’urgence ou marcher contre le racisme peut sembler juste. La question est de savoir qui organise ces initiatives, quelles idées s’y expriment, et ce que des militants qui se disent d’extrême gauche y font et y disent.
Ces rassemblements ont tous été en réalité des tribunes pour des organisations islamistes et communautaristes.

Lors du rassemblement du 18 janvier 2015, des jeunes brandissent des drapeaux algériens, turcs, marocains, des panneaux portant des sourates du Coran, et une grande banderole : « Touche pas à mon prophète ».
Le meeting du 6 mars 2015 était coorganisé par l’UOIF. Celui du 11 décembre faisait, lui aussi, la part plus que belle aux militants religieux. Certes, des laïcs (journalistes du Monde diplomatique ou représentante du Syndicat de la magistrature) s’y sont exprimés, mais en partageant la tribune avec Tariq Ramadan, Ismahane Chouder, porte-parole de PSM, ou Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF.
On retrouve les mêmes parmi les signataires de l’appel pour le meeting d’Alcir du 21 septembre 2016. Le nom des porte-parole des associations et groupes religieux musulmans figure sur l’affiche, ornée d’une photo d’une femme voilée drapée… dans un drapeau bleu-blanc-rouge.
Parmi les signataires de cet appel on trouve le NPA, qui a appelé à ce meeting sur son site, avec cette affiche puant le patriotisme et le républicanisme.
Ces différentes initiatives se sont faites avec la participation ou le soutien de groupes ou partis de gauche (Attac, Ensemble, EELV) ou d’extrême gauche (anarchistes libertaires, antifas, NPA). Et le 18 décembre 2016 encore, a eu lieu une conférence internationale contre l’islamophobie et la xénophobie, à Saint-Denis, à laquelle appelaient conjointement le Parti des indigènes de la République et le NPA, et dont l’appel était signé par Olivier Besancenot et Tariq Ramadan.

Des organisations obscurantistes et réactionnaires

Il est vrai que le NPA reconnaît des désaccords politiques avec certaines de ces organisations. Certes ! Quand on sait qui sont ces porte-parole de l’anti-islamophobie à côté desquels une partie du NPA juge bon de s’afficher, on est même en droit de juger que le mot est faible.
L’UOIF ? Elle a participé, en toute logique, aux défilés contre le mariage homosexuel. Elle a notamment accueilli dans ses congrès Christine Boutin, Dieudonné, Alain Soral, et les deux égéries de la Manif pour tous, Frigide Barjot et Ludovine de La Rochère. Réactionnaires de toutes religions, unissez-vous !
Le CCIF est représenté par Marwan Muhammad. Cet ancien trader donne aujourd’hui des conférences en compagnie d’Abou Houdeyfa, l’imam de Brest qui explique dans ses prêches que ceux qui écoutent de la musique « seront transformés en singes ou en porcs ». Marwan Muhammad signe régulièrement des communiqués communs avec Idriss Sihamedi, responsable de l’association BarakaCity, lequel, sur un plateau télé en janvier 2016, expliquait qu’il était « un musulman normal », et qu’en conséquence il « ne serre pas la main des femmes ». Récemment Marwan Muhammad, lors d’un débat, a affirmé que la polygamie ne le regardait pas, puisqu’elle était, « comme l’homosexualité, un choix de vie 
personnel ».
Terminons ce bref tour d’horizon avec l’association PSM (Participation et spiritualité musulmanes), représentée entre autres par Ismahane Chouder, militante provoile, antiavortement et homophobe, qui se définit pourtant comme féministe et a pris la parole dans tous ces meetings. Hassan Aglagal, un militant marocain du NPA, plus lucide que nombre de ses camarades, écrit dans une tribune intitulée Assez de PSM dans nos luttes : « Participation et spiritualité musulmanes (PSM) est l’association qui représente en France le mouvement Al Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance), mouvement de l’islam politique fondé en 1973 au Maroc par le mystique soufiste Abdelassame Yassine. » Ce groupe est notamment responsable, au Maroc, « de l’assassinat de deux étudiants d’extrême gauche », en 1991 et 1993...

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Le retour des « races »


Continuer la lecture sur le lien vers le site du mensuel Lutte de classe

Lutte de classe à lire et télécharger sur le site du mensuel de Lutte Ouvrière.

« La religion est irréconciliable avec le point de vue marxiste. Celui qui croit à un autre monde ne peut concentrer toute sa passion sur la transformation de celui-ci.» Léon Trotsky

mercredi 18 janvier 2017

Némésis

Je vous propose cette semaine un billet du blog de Volu Bilis : la biographie de Némésis, Grande Déesse primordiale d'avant le patriarcat qui a certainement inspiré le dieu des religions révélées (petit copier-coller revanchard) lors du grand Renversement où les déesses-mères ont été chassées des spiritualités humaines pour cause de faillite à nous protéger contre les catastrophes naturelles, et ont été remplacées par des dieux mâles, éruptifs et de colère : Jupiter puis Yahvé. Si Némésis n'est pas passée dans le langage en français, elle hante celui des anglo-saxons qui répètent à l'envi que tel ou telle va trouver sa némésis. Mais place à Volu Bilis.

Némésis - Alfred Rethel - 1837

" Némésis est une fille comme je les aime... Son nom vient du grec nemeinn qui signifie "répartir équitablement". Le surnom qu'on lui donne dans certaines tragédies antiques, Adrastée, signifie "celle à laquelle on ne peut échapper" ; on la surnomme aussi l'implacable.
Bref, une bonne copine à moi. Si vous la croisez, c'est plutôt mauvais signe, c'est pas une rigolote.

Cette -discrète- déesse de la mythologie grecque personnifie la vengeance divine, non pas cataclysmique et aveugle, mais juste et source d'équilibre. En quelque sorte, elle distribue les bons et les mauvais points. Elle punit tout particulièrement l'hybris, la démesure humaine masculine, celle qui consiste à se croire l'égal des dieux, le truc qui a poussé Prométhée à voler le feu de l'Olympe. Mais pas seulement : elle fesse les enfants désobéissants, venge les crimes d'infidélité ou massacre le trop grand bonheur des nantis. Ses attributs sont le sablier et la tige de mesure, la roue de la fortune, la balance, l'épée et le fléau..., elle est parfois ailée, ou montée sur un chariot tiré par des griffons (c'est quand même plus facile pour harceler de remords le quidam trop avantagé).

Némésis - Georghe Tattarescu - 1853

Elle punit Aura, une nymphe orgueilleuse qui avait mis en doute la virginité d'Artémis. Il est "amusant" de voir que les textes que j'ai trouvé affirment que le châtiment n'a pas été aussi cruel que l'aurait voulu Artémis, qui voulait la voir changée en statue par Némésis... or sa punition consista a être violée par Dyonisos, lui retirant la virginité dont elle était si fière.

D'ailleurs, Némésis se fera surprendre à son tour par Zeus qui courait tous les jupons du monde et au-delà. Elle repoussa longuement le dieu tout-puissant en prenant diverses formes animales, malheureusement Zeus en était tout aussi capable qu'elle. Feignant un jour d'être un cygne pris en chasse par Aphrodite, il se réfugia auprès de Némésis qui avait elle-même pris l'apparence d'une oie... blanche donc, puisqu'elle l'accueillit sous le tendre duvet de ses ailes avant de s'endormir. Suite à l'union qui ne manqua pas d'avoir lieu, elle pondit un œuf qui fut ensuite remis à Léda, femme de Tyndare. Il en sortit Hélène ainsi que Pollux. Ne vous étonnez pas, en suivant le lien, de lire que Léda est aussi considérée comme la victime de Zeus, c'est apparemment la famille tuyau-de-poêle, ces dieux de l'Olympe.

Némésis elle-même est née de parents inconnus. Parfois, elle n'a pas de père : quand elle naît, selon les versions de Nyx, la Nuit, ou d'Anankè, la Nécessité, le Destin, ou encore de Dikè, la Justice, elle naît alors par parthénogenèse, une reproduction uniquement féminine ; d'autres fois, elle n'a pas de mère -elle a alors pour père Océan ou même Zeus. Ce flou artistique est peut-être dû au fait qu'elle est l'une des déesses les plus primitives, avatar de la Grande Déesse originelle. Cette primauté lui vaut de n'être pas soumise aux lois des dieux de l'Olympe et donc de pouvoir agir en toute autonomie.

Plus tard dans la mythologie latine, elle devient la patronne des gladiateurs. Ces hommes (et ces femmes) tâchaient de mériter leur gloire et leur fortune, ou encore de se racheter une conduite dans la douleur, un truc qu'elle devait kiffer !

Dès l'Antiquité, en encore aujourd'hui, le nom commun némésis désigne désigne la vengeance et la juste colère, et par extension, l'ennemi.

Mais, ce n'est pas tout. En 1984, un chercheur de l'Université de Berkeley, Richard A Muller, utilise son nom pour désigner une étoile hypothétique compagne de notre cher soleil. Hypothétique, car elle n'a jamais été observée ni même détectée.




On soupçonne son existence à partir de la périodicité des grandes extinctions des espèces vivantes de la Terre, dont on l'accuse sans détour. Elle serait une toute petite étoile, plus légère, moins brillante que le Soleil, forte d'une période de 26 millions d'années. Lorsqu'elle est au plus près du soleil, elle fout un bronx monstre dans le Nuage d'Oort, où se trouve un grand nombre de comètes, ce qui provoque la ruée de ces corps célestes dans notre système solaire, et donc potentiellement sur notre planète. Ainsi seraient morts les dinosaures.

Quoique en cherchant un peu vous trouverez des allumés qui vous expliquent qu'elle est très réelle et très proche et serait responsable de l'inversion des pôles et des dérèglements climatiques, je vous rassure son existence est très contestée et, si tant est qu'elle existe, elle serait aujourd'hui logiquement à son apoastre, c'est à dire à son point le plus éloigné du soleil. La vengeance (avec un V comme Volu), c'est pas pour tout de suite."

PS par Hypathie  : pas pour tout de suite, sait-on jamais, à force de la tenter, les arbres ne montant pas au ciel, il vaut mieux recommander la prudence. Nous sommes tout aussi triomphants sur la planète que l'étaient les dinosaures, juste au moment où ils ont rencontré leur némésis.

Le billet écrit par Volu Bilis est par ici en suivant ce lien.

mardi 10 janvier 2017

Les poches sont politiques

" Les hommes ont des poches pour ranger des choses, les femmes ont des poches pour la décoration " Christian Dior

"Les hommes s'occupent à faire des choses, les femmes sont occupées à être regardées, qui a besoin de poches ?"
Au début tout le monde porte des sacs, la poche cousue sur le vêtement est une technologie avancée. Des sacs genre tote-bags, des pochons tissés ou en peau de bête au bout de bâtons, ou en bandoulière, sans doute pour transporter des bébés, de la nourriture, et des armes. Puis les sacs, ou bourses de toile (qui évoquent bien un petit sac), vont prendre toutes sortes de tailles et être accrochés à une ceinture, perdus dans des plis de vêtements amples pour éviter les vols ou d'être détroussé -le mot implique bien le déshabillage imposé- pour vous piquer votre monnaie d'or ou d'argent : se faire détrousser au coin d'un bois ! L'expression est restée dans le langage. Tout le monde a des bourses ou des aumônières accrochées à la ceinture ou au poignet. L'aumônière est portée aussi bien par les hommes que par les femmes. Puis à la Renaissance, les aumônières pour hommes disparaissent au profit de poches dans les vêtements, et, pour les femmes, par des châtelaines où elles accrochent leurs parfums, pièces, carnets... car les vêtements perdent en volume. Pas commode du tout l'aumônière, les femmes continuent à être encombrées de choses qui pendent. 



Au XVIIIème siècle, les hommes ont des poches cousues sur leurs vestes et pantalons, alors qu'à la même époque les femmes cachent sous leurs bustiers et paniers de lourds sacs décorés contenant tout ce qui peut leur servir : sels, carnets, clés, monnaie, montres, peignes, bref les mêmes choses qu'on trouve aujourd'hui dans les sacs à main de femmes.


Le réticule, ancêtre du sac à main, s'impose définitivement à la
Révolution : les mètres de tissus des robes d'avant disparaissent au profit d'une robe plus étroite, culminant en colonne, la ceinture sous les seins avec  l'Empire. Plus moyen d'y dissimuler des sacs dans les plis des vêtements. Le sac apparent, extérieur, s'impose aux femmes. Les vêtements des hommes ont eux définitivement adopté les poches cousues dans leurs pantalons et vestes. Or la Révolution française redéfinit les termes de propriété, de droits, de privé et de public. Les poches des femmes deviendraient des espaces privés où elles pourraient transporter ce qu'elles veulent : une arme pour se défendre, un pamphlet séditieux, après tout la Révolution peut aussi donner des idées aux femmes, et même pour un révolutionnaire, c'est dangereux ! Moins elles peuvent transporter de choses dans des poches, moins elles ont de liberté. Les hommes ne font que des demi-révolutions, le contrôle des femmes reste leur priorité, la révolution oui, mais pas pour tout le monde. Qui cuirait le dîner ?


A la fin du XIXème siècle souffle un vent de liberté : les corsets qui serrent la taille sont abandonnés pour des tenues plus rationnelles, des blouses et des robes déstructurées, des bloomers, même des pantalons qui favorisent le mouvement, notamment à bicyclette. Les poches abondent dans les vêtements, ceux des hommes peuvent en avoir jusqu'à 15. En 1899, le respectable New york Times proclame que plus on est civilisé, plus on a besoin de poches ! Le mouvement féministe, les Suffragistes, les Blue Sockings (bas-bleus), les femmes diplômées qui revendiquent les mêmes droits que les hommes renoncent aux vêtements étroits à la mode et se pavanent les mains dans les poches. D'autant que le costume de la suffragette en a plein, 7 ou 8 parfaitement visibles, et accessibles par sa propriétaire. Et commence à apparaître l'inquiétude qu'elles peuvent y cacher des choses secrètes, privées, voire dangereuses. Pour les hommes : rien n'est plus dangereux qu'une femme libre qui transporterait dans ses poches une arme pour se défendre ! 

Image du film "Les suffragettes" - Sarah Gavron - 2015

Insidieusement, les choses vont évoluer en faveur du sac : les couturiers hommes dessinent des vêtements de plus en plus étroits avec des poches minuscules à but décoratif, où il est impossible de rien glisser. Le sac, d'outil (in)commode est passé au statut d'accessoire de mode : il est donc devenu désirable. Les femmes l'assortissent à leur tenue et aux occasions ; elles y mettent leur vie : photos de famille, papiers d'identité, tube de rouge à lèvre, spray de défense, chéquier, mouchoirs, tranquillisants, téléphone, éventuellement pied de biche (c'est mon cas quand je voyage en voiture, on ne sait jamais, une serrure qui se bloque ou la clé qui tombe du mauvais côté, sans compter que si un quidam vient vous emmerder, il est dissuasif, celles qu'on a essayé de tuer sur les routes ou aires d'autoroutes comprendront !).

Vous l'avez compris, les femmes sont en-com-brées ! D'enfants, de paniers à provisions, de poussettes, de sacs A MAIN. C'était le but de la manœuvre : l'encombrement sied aux femmes. Il les empêche de courir et de courir vite, il les entrave, elles avancent ainsi moins librement dans la vie. Petite pochette pour le soir, elle ne peut rien contenir, même pas un trousseau de clés qui la déformerait, vous devenez dépendante des autres pour le ranger ; gros, il devient lourd et vous ne trouvez plus rien dedans, l'objet que vous cherchez est descendu au fond quand vous en avez le plus besoin. Pendant que les hommes se déplacent les mains dans les poches, "les femmes portent dans leur sac le poids de la famille". Et bien sûr tout ça est voulu, construit socialement. A nom de quoi les femmes devraient-elles transporter sur elles dans un sac leur vie privée, familiale et celle de leurs enfants, ou même une trousse de maquillage, alors que les hommes s'en dispensent* ? Parce qu'ils comptent sur nous pour faire mules pour transporter leurs affaires ? Les poches sont décidément politiques. Sortir les mains dans les poches -plusieurs grandes poches pouvant contenir une trousseau de clés, un mouchoir, et un petit livre, voire un spray d'autodéfense, est un acte d'émancipation. Mains libres, tout dans les poches, le nez au vent, éventuellement un chien sur les talons, la liberté et la légèreté, quoi ! Vivent les poches.


Ces 2 images trouvées sur Pinterest

Liens : Mon billet s'inspire librement de cet article en anglais :
The politics of pockets
Libération : Le sac, témoin de la place de la femme dans la société.
Chez Womenology : Le sac à main : révélateur du quotidien des femmes.

* Les hommes peuvent porter aussi des sacs : mon père allait au travail aux champs avec sa musette contenant son casse-croûte ; les ouvriers ont des besaces et des gamelles contenant leur repas ; les hommes d'affaires ont des attachés-cases et des mallettes d'ordinateurs ! Tous très relatifs à la fonction. Mais, avec l'avènement du métrosexuel, voici le sac pour homme (pas à main, quelle horreur, il ne doit surtout pas émasculer le viril) : sac de sport, sac à dos, sac polochon qui peut passer pour un sac de sport, et même cabas ! A lire cet amusant article de 2006 à propos des précautions employées pour ne surtout pas faire chochotte avec un sac quand on est un mec. D'ailleurs si vous êtes un homme à sac (à dos, polochon...) et que vous passez par ici, laissez-moi un commentaire pour me dire ce que vous y mettez, c'est intéressant. Merci d'avance.

vendredi 6 janvier 2017

Notre Dame des Landes : On veut garder notre grosse éponge !

J'ai trouvé sur Twitter ce petit film tourné au printemps 2016 par l'association Yemanja dans le bocage de Notre-Dame des Landes. A 20 Km au nord de Nantes, ce morceau de terre d'environ 1800 hectares à été conservé depuis les années 50 par le département de Loire-Atlantique qui a racheté les terres des paysans au fur et à mesure de leurs départs en retraite, dans le but d'y construire une piste d'aéroport pour le Concorde. C'est beau, c'est magnifique. Personne n'y a touché, les talus et les haies d'arbres y sont toujours, les paysans restants et les zadistes se contentant d'y vivre sans agresser le milieu. Ce morceau de terre est irremplaçable et si on le touche on ne le retrouvera jamais, dit Françoise Verchère, opposante au projet : ni le paysage, ni ses habitants animaux, insectes, végétaux..., ni les services qu'il nous rend ; la biodiversité y est exceptionnelle, il nous sert de grosse éponge contre le ruissellement des eaux sur les toiles cirées qui nous entourent et de garantie contre les inondations. Alors oui, on veut garder notre grosse éponge, ses haies, ses arbres et ses petits habitants : oiseaux, grenouilles, tritons, libellules, campagnols et ragondins !
C'est beau et vivant le bocage de Notre-Dame des Landes. Voici neuf minutes de bonheur :




Plus que jamais : non aux expulsions, non à l'aéroport ! Aménagez Nantes-Atlantique, la Bretagne et le Pays de Loire n'ont pas besoin d'un aéroport de plus. Le Concorde est mort. Gardons cette merveille, arrêtez de bétonner, arrêtez de vitrifier la nature et d'empiéter sur le territoires des autres espèce. L'abandon, c'est maintenant. 

Lien : Léo Leibovici : Notre-Dame des Landes : un site écologique unique

dimanche 1 janvier 2017

Bonne année 2017

En 2017, suivez les sorcières, elles indiquent le chemin ! Vu l'année virile qui se profile avec tous les burnés fraichement ou anciennement élus, mais toujours en train de montrer les muscles, ça me paraît une bonne prophylaxie : un peu de paganisme dans toutes les bondieuseries ambiantes et concurrentes ne nuit pas :)



J'emprunte avec sa permission cette image à ValKPhotos, artiste photographe à suivre sur les médias sociaux : Flickr, Valk agrégateur, SeenThis. Elle fait régulièrement des reportages sur la ZAD de Notre-Dame des Landes.

Je vous encourage à aller lire cet intéressant article, un peu tunnel, sur Le Partage, site français du mouvement Deep Green Résistance (écologie profonde) : Réflexion sur notre situation écologique planétaire ; mais pas une seule fois, il ne mentionne le patriarcat, cette construction sociale qui infeste toutes les sociétés humaines, des "civilisés" aux "primitifs" entre lesquels il n'y a pas où glisser l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette ! Le site est "contre la civilisation, contre l'état, contre le progressisme", mais apparemment, pas contre le patriarcat qui en est le grand ordonnateur ! Les maux qui y sont décrits sont la croyance au progrès, le saccage des ressources et de la biodiversité par les populations humaines, l'industrialisation et le marketing, la récupération des idées les plus nobles pour les dévoyer et en faire de l'argent et du profit, mais il n'y voit pas l'ombre des méfaits du patriarcat, cette construction sociale parasite.

J'aime beaucoup cette citation de Virginia Woolf, tirée de son Journal : tout ce dont elle a dit avoir besoin, la solitude (sauf l'ultra moderne dans la multitude), l'espace, l'air (surtout pur), les champs vides, et l'existence des animaux. Ils nous manquent déjà cruellement, 70 ans après. Qu'elle accompagne votre année.


o0o

PS qui n'a rien à voir. Je profite de ce billet pour dire à mes trois cents abonné.es Facebook où j'ai ouvert un compte en juillet 2016 -si jamais illes passent par ici- que le grand Oracle du big data m'a bloqué mon compte une première fois au motif que je DEVAIS avoir une page plutôt qu'un compte (ah bon, c'est lui qui décide, pour prix de mon remplissage de ses tuyaux ?) et la deuxième fois parce que JE DOIS mettre mes vraies coordonnées : nom, prénom, adresse, téléphone, et ENVOYER une PIECE d'IDENTITE pour confirmer tout ça ! C'est la règle d'airain de FB, sauf que depuis que j'en parle autour de moi, évidemment, tout le monde est sous un pseudo, -le dernier en date le propriétaire de ma laverie automatique qui fait 12 000 clics par mois sous un pseudo - et il n'y a qu'à moi que ça arriverait !
Bon, comme je ne bloque même plus sur le fait de donner mon identité (comme si l'anonymat existait sur le net et le numérique, encore une légende urbaine, si vous êtes un mauvais garçon et que la maréchaussée vous cherche, elle vous trouve, voici ce qui est arrivé à un djihadiste de Marseille qui twittait sous un pseudo), MAIS sur le fait 1) de faire voyager sur le réseau une pièce d'identité -même ma carte de bibliothèque- avec les risques d'usurpation d'identité que cela comporte, et 2) que je refuse absolument que le Maître du big data stocke une de mes pièces d'identité dans ses serveurs (piratables) en Californie, c'est à dire échappant à la loi française : il va de soi qu'il peut se brosser. C'est de l'abus de pouvoir au plein sens du terme. D'autant plus que FB viole ses propres lois, et la vie privée de ses abonné.es ! Donc wait and see, je ne maîtrise rien du tout, et ce n'est pas de la bouderie de ma part. Je ne peux même pas supprimer mon compte, pour autant qu'un compte FB soit supprimable avec des sauvegardes de toute sa base de données toutes les deux heures, puisque je n'y ai plus accès. En revanche on peut me trouver, outre ici sur Blogger, sur Twitter, Pinterest, exactement sous le même avatar-pseudo. Ces médias ne me demandent pas de carte d'identité. Merci de votre fidélité :)

dimanche 25 décembre 2016

Noël au balcon

Le débat toxique sur les crèches en mairies et espaces républicains font rage, les tweets vengeurs de la cathosphère/fachosphère à destination de Najat Vallaud-Berkacem qui souhaite de "bonnes fêtes" à ses fonctionnaires sans mentionner Noël, comme tout le monde : décidément la fête consumériste se barrant en couilles, let's get mad about it ! Voici une sélection d'images iconoclastes émanant des meilleures épingles sélectionnées sur Pinterest !

Chrismas horror :

" C'est une fille ! " Zut, ça marche du coup beaucoup moins bien ! La question m'a été posée par un de mes lecteurs sur Twitter : si ç'avait été une fille, est-ce que cela aurait été différent ? Mais si c'était une fille, il n'y aurait tout simplement pas de célébration, pas d'histoire, la naissance d'une fille n'est pas une occasion de réjouissance et les femmes sont les anonymes de l'HIStoire. "For most of history, anonymous was a woman". Virginia Woolf. J'ai écrit un billet sur ce sujet il y a deux ans.


" Il l'a tué avec une hache, a traîné le corps jusqu'à sa maison et l'a décoré de façon festive dans son salon "



Révolte dans les étables
" Je me fiche que ce soit un "bébé spécial". Il dort sur mon lunch " !


" Tu mets un arbre dans la maison, et je suis supposé ne pas pisser
dessus ? "


Christmas horror dans la cuisine !

" Mais quelle horreur. Dégage cette chose morte de ma cuisine ! "


Sol Invictus ! 
Noël a été plaqué à dessein par l'Eglise Catholique sur la fête païenne du Solstice d'hiver (la nuit du 21 décembre, la plus longue de l'année), nuit où
le soleil triomphe des ténèbres : Sol Invictus, que célèbrent les druides à Stonehenge par exemple, ce temple de plein air dédié au Soleil. Car le
seul dieu bienfaisant de l'humanité, c'est le Soleil, sans lequel nous ne pourrions tout simplement pas vivre ! Neue Helle, Néo Hélios, No ël, ou Nouvelle Soleille, dans les cultures du Nord pour qui le Soleil (le Seul) est féminin, héritage des déesses -solaires- avant qu'elles ne soient supplantées par des dieux mâles.
Explication sur le lien vers un billet d'Euterpe.

Joyeuses fêtes de solstice !

dimanche 18 décembre 2016

De l'amour, du mariage et du servage - Ti Grace Atkinson

Servage - Définition Wikipedia :
" Succédant à l'esclavage, le servage, dans l'analyse marxiste, représente l'une des trois formes d'exploitation du travail avec l'esclavage précisément et le salariat. Au niveau général, l'exploitation désigne le fait qu'une personne travaille gratuitement pour une autre. Ce travail gratuit peut prendre des formes simples, comme dans l'esclavage, ou complexes. Au niveau du servage, le serf se voit contraint de travailler gratuitement sur les terres du seigneur et de lui donner en nature une partie de sa récolte. Pour indiquer ce travail gratuit on dit qu'il est soumis à la taille et à la corvée seigneuriale : entretien du château, des douves ou des bois."

" L'Histoire n'a connu aucune vraie révolution. Les nombreux incidents qu'on a appelés "révolutions" n'étaient à proprement parler que des révoltes. Ces prétendues révolutions n'ont jamais rien touché à l'oppression des femmes ".  Ti Grace Atkinson - Odyssée d'une amazone -Manifeste féministe radical.

Cette semaine, je vous propose un texte tiré de Odyssée d'une amazone, proposant carrément de détruire le mariage, ce contrat de travail issu du servage, le serf étant une personne (contrairement à l'esclave qui est un bien meuble, comme les animaux actuellement) attachée à un fief, à une terre, liée par un contrat et devant des "corvées" à son suzerain, sans rétribution, sans pouvoir changer sa condition, sans pouvoir quitter sa terre. La seule contrepartie est la protection du suzerain et un lopin pour se nourrir ainsi que sa famille. Ce statut social rappelle furieusement la condition des femmes dans le mariage, condition souvent évoquée sur ce blog, voir mes articles Christine Delphy


" Certaines femmes du Mouvement prétendent que le phénomène de l'amour, en particulier celui de "l'amour romantique" , est relativement récent. Mais avant d'entrer dans la polémique, je dois signaler l'importance même du problème de l'amour. Le trait peut-être le plus pernicieux de la classe des femmes est probablement que, devant la terrible évidence de leur situation, elles affirment obstinément que malgré tout, elles "aiment" leur Oppresseur. Or, quelques féministes soutiennent que les femmes, jusqu'à une date plus ou moins récente, résistaient à leur oppression et que le passage de la haine à l'amour est un phénomène relativement moderne.
Cette condition mentale, si désespérément recherchée par les femmes, ne me semble pas particulièrement mystérieuse. Apparemment "l'amour" est une réponse traditionnelle à l'oppression accablante. De plus, il fait partie du processus d'identification avec "l'Homme". Aimer c'est s'abandonner. C'est probablement pour l'opprimée la seule façon d'échapper à son oppression. Elle "flippe".
La prostitution est le type même de fausse alternative au mariage. Cette sinistre leçon de choses permet à l'Oppresseur de maintenir la femme moyenne enfermée dans la prison du mariage, subordonnée à son Oppresseur.
Le viol est une activité terroriste.
Les rôles, distincts de la fonction, sont l'expression des caractères de classe des institutions.
Ce que le Mouvement appelle les activités pour les "droits civils", par exemple la lutte contre la discrimination dans l'emploi, sont à n'en pas douter des aspects secondaires de l'oppression des femmes dans la mesure où ils reflètent les rôles attribués aux femmes au sein des principales institutions sexuelles. Combattre la discrimination dans l'emploi et en faire le pivot de la lutte contre l'oppression des femmes est plus ou moins analogue au cas des noirs qui combattaient pour la même cause dans les années 1850, croyant attaquer le cœur de leur oppression. Tactique suicide !
La religion est, semble-t-il, le type d'instrument officiel destiné à faciliter l'adaptation de la conscience des femmes à l'oppression. Il ne faut pas oublier qu'une théorie de l'oppression des femmes doit envisager tous les cas, toutes les structures et toutes les institutions de cette oppression.

Je voudrais proposer brièvement un programme* destiné à enrayer l'oppression des femmes. Manifestement, les femmes -le plus grand nombre de femmes- doivent avant tout se couper des institutions sexuelles et s'organiser pour créer un contre-pouvoir opposé à celui des hommes. Aussi, je vous en prie, pour votre bien et celui du Mouvement, ne vous mariez pas. Une fois les institutions majeures minées ainsi, il faut lutter pour trouver les moyens de passer de l'oppression à la liberté.
Les féministes (The Feminists) ont avancé un programme de dédommagements élaboré sur le modèle des programmes de l'Administration des Anciens Combattants. Ceci pourrait être fait par un Ordre de l'Exécutif. Ce programme, comme celui de l'Administration des Anciens Combattants, comprendrait trois catégories de bénéficiaires : femmes célibataires, femmes mariées et femmes ayant des personnes à charge. Ce serait un engagement national à une telle échelle que les dépenses se rapprocheraient vraisemblablement de celles que nous consacrons à la "défense" militaire. Il serait naïf de croire que n'importe quel gouvernement, et à plus forte raison le nôtre, est prêt à admettre la nécessité d'un tel engagement sans une énorme pression.
Quant à la tactique, je crois que la méthode la plus efficace consiste à isoler l'objectif et à l'attaquer sous tous les angles, jusqu'à la chute définitive. Prenons le cas du mariage. Il faudra développer une campagne d'éducation massive. Et ensuite faire un procès au mariage en s'inspirant du Treizième Amendement de la Constitution des États-Unis qui déclare l'illégalité de l'esclavage et du servage involontaires.
Notre gouvernement, comme tous ceux que je connais, peut prétendre que le mariage est une forme de servitude volontaire. Mais les femmes n'étant pas informées des termes du contrat et cette ignorance étant à l'origine de l'annulation de toute autre forme de contrat de travail, force est de déclarer nul le contrat de mariage.
Même les Nations Unies, peu favorables aux points de vue "radicaux" affirment que le servage ne va pas de soi dans la condition humaine. Ainsi, à moins de proclamer que les femmes ne sont pas humaines - idée qui n'est pas neuve- la servitude volontaire est une contradiction dans les termes. "
Ti Grace Atkinson
Odyssée d'une amazone
4 mars 1970 : Kingston, Rhode Island.

*De toutes mes lectures féministes, la théoricienne mais pragmatique Ti Grace Atkinson est la seule à ma connaissance à proposer un programme de lutte contre le patriarcat, toutes les autres sont dans l'analyse et la dissection du patriarcat et de ses conséquences. Ti Grace Atkinson est une féministe radicale qui dès le début affirme que l'oppression des femmes est liée à un affrontement de classe.