vendredi 11 avril 2014

Math is for girls - Comment les menstrues ont inventé les mathématiques

Qui a inventé les mathématiques ? Quand et pourquoi ont-elles commencé ? Les ethnomathématiques peuvent nous aider à répondre. Ethnos : Contexte culturel, 25 000 ans avant notre ère, c'est l'époque des Vénus (Willendorf, Laussel...), des grandes déesses, les hommes (mâles humains) ne savent pas qu'ils sont pour quelque chose dans la procréation humaine. Mathema : comprendre et ordonner le monde de façon à faire face à la réalité, survivre, puis prospérer. Tics : techniques pour compter, ordonner, assembler, mesurer, peser, chiffrer, classer, déduire et modéliser.


On trouve, datant de cette époque, des os, des pierres, des cornes d'animaux marqués et encochés. Ci-dessus The Ishango Bone, trouvé dans l'actuel Congo : il a entre 20 000 et 25 000 ans, porte des coches et représenterait un calendrier lunaire de 6 mois. Ce sont les plus vieux calendriers connus prouvant que l'humanité pense quantitativement et qu'elle a conscience du passage du temps et des cycles de la nature. Ce sont les preuves les plus anciennes d'une activité humaine basée sur des techniques quantitatives. Les plus vieux rituels peuvent avoir honoré le cycle menstruel des femmes, leurs règles, leur sexualité et leur capacité à donner la vie, tout cela étant au centre de la vie communautaire. A cette époque on observe juste que les femmes mettent des petits au monde après avoir arrêté de saigner un certain temps. Il faut donc enregistrer le temps pour comprendre, attendre et anticiper/prévoir.

Les mathématiques servent aussi à honorer les ancêtres : pour ce faire, il faut ordonner dans le temps les génitrices et les liens familiaux des femmes. Rappelez vous : le rôle des hommes dans l'affaire est inconnu.

Troisième application : la divination. Aujourd'hui divination renvoie à des croyances irrationnelles dites "de bonnes femmes", à coup sûr une calomnie du patriarcat revanchard. La divination, pratique sacrée de l'époque, et ce sont les femmes qui font de la Divination comme toutes les pratiques sacrées, et ses différents supports (tarots, yijing, runes...,) sont en réalité des modélisations rudimentaires de probabilités statistiques. Faire des prévisions, c'est toujours regarder les données du passé (connu) pour tenter d'anticiper l'avenir (inconnu). De nos jours, la divination, que l'humanité pratique toujours sous le nom de prévisions, pour, par exemple, prédire/prévoir la météo, est basée sur des modèles statistiques complexes : calculs statistiques, probabilités, algorithmes...

Compte tenu de tout cela, les ethnomathématiciens pensent que les femmes auraient inventé les mathématiques pour ordonner le temps, les cycles de la nature, le culte de leur ancêtres, et la pratique de la divination.

Pour approfondir, il faut consulter ces deux liens, en anglais, malheureusement pour celles qui ne le parlent pas :
How menstruations created mathematics et le cours en video de 49 minutes en anglais de John Kellermeier professeur d'ethnomathématiques à l'Université de Tacoma : From menstruation to triathlons. Je vous conseille d'afficher les sous-titres en anglais, le professeur ayant une très mauvaise diction et mangeant certaines syllabes : cela facilite la compréhension en anglais. Son cours est vraiment intéressant et ses explications sont claires, même si vous pensez être fermée à triple tour aux mathématiques.
Quelques pisse-vinaigres aigris font des commentaires en dessous de la vidéo : les mathématiques appliquées (les ethnomathématiques sont en effet des maths appliquées, comme les statistiques et les probabilités) c'est beurk ! Evidemment, pour EUX, ne valent que les mathématiques pures et la recherche. Il n'empêche que sans nécessité d'application immédiate pour la survie de tous les jours, les mathématiques n'auraient jamais vu le jour. Doit également les faire brailler le fait que ce seraient les femmes qui auraient inventé un domaine où sévit de nos jours une majorité d'hommes. Dans les mathématiques appliquées à la finance, par exemple.

D'ailleurs, à ce propos, si l'humanité ne veut pas retourner dans les cavernes compter avec un boulier, il serait peut être prudent de ne pas leur laisser, là non plus, le pouvoir et la place.


Un livre fait fureur actuellement à Wall Street : Flash BOYS ! Comme l'indique le titre, la finance qui gouverne le monde est entre les mains des BOYS, des GARÇONS pour ceux qui ont besoin d'une traduction. Depuis le crash boursier de 2008, on n'a rien appris. Selon la thèse du livre, la richesse ne serait plus l'argent mais la vitesse (flash). Des ordinateurs programmés avec des algorithmes sophistiqués maîtrisés (?) par quelques polytechniciens vendent à la vitesse de l'éclair des masses d'actions de façon à faire baisser le cours puis corrigent ensuite la tendance pour racheter à meilleur prix, créant ainsi de la richesse fictive qui ne correspond à aucune réalité économique. Rappel : en 2010, un programme informatique avait provoqué un krack d'une journée en revendant en cascade des actions : ce qui avait attiré l’œil des "spécialistes" largués, c'est que c'étaient des actions de bons "pères de famille" (gniark, le patriarcat ne désarme jamais) qui étaient vendues massivement, provoquant une chute des cours alors qu'il n'y avait plus d'acheteurs ! C'étaient des logiciels ultra-rapides de vente qui agissaient automatiquement, sans ordres, sur les marchés à termes, ces fameux "futures" qui sont pure spéculation. Le parasitisme des boys financiers aura un jour raison de nos sociétés. Si on les laisse faire, ils vont nous renvoyer à l'âge de fer. Laisser le pouvoir à des techniciens parasites qui jouent avec le feu et créent une dévolution de gestion de l'économie (qui est politique) à des machines qu'ils ne maîtrisent pas ou plus, c'est vraiment tenter le diable. Alors oui, là comme ailleurs, il faut que les filles et les femmes reprennent le pouvoir et surtout, leur propre destin en mains. Les MATHS C'EST POUR LES FILLES !

Lien : Femmes et mathématiques


vendredi 4 avril 2014

Christiane Rochefort - La porte du fond

La porte du fond - Editions Grasset - Par Christiane Rochefort - Prix Médicis 1988.


C'est l'histoire d'une fille de 8 ans qui compte les jours qui restent avant sa majorité, de sa guerre contre un père incestueux. "Le combat a duré sept années. J'en ai perdu chaque bataille. Mais pas la guerre." - Impossibilité à exprimer, à appeler au secours, "mon bœuf sur la langue" : à une voisine bourrue mais amicale et de bon sens, à un oncle aimant mais lâche face à son frère aîné, à sa mère qui ne voit rien, ne comprend rien : "qu'est-ce que tu as donc de si laid à cacher que tu doives t'enfermer ?". Il n'y a rien de misérabiliste dans ce roman : l'écriture est célinienne avec quelques "merde" et "bondieu", et à deux reprises, j'ai même été prise de fou rire tant il est parsemé de remarques alertes, corrosives et, malgré tout, drôles. Tenants de la bienséance et de la famille, "cet affreux nœud de serpents des liens du sang" selon André Breton cité par Rochefort, passez votre chemin : ce roman n'est pas consensuel. Et vous allez prendre une leçon de survie. C'est dur, la survie en milieu hostile.

"La scène se passe au Palais de Justice. J'ai sept ans. On ne m'a pas indiqué ce qu'on est venus faire là. Il y a cet inconnu planté comme une pelle avec un sourire niais. On me plante devant. Elle, ma mère, dit : Embrasse ton père. Et moi : "Non". Elle me file une baffe. Ma première. On est rentrés les trois à la maison et on a été une famille."

Le père touche sa fille, mais sans laisser de traces, dit-il.

Tente-t-elle la messe pour être tranquille ? Le père abusif est cautionné par Dieu-Le-Père-Tout-Puissant : " Notre Père. Tout haut. Notre Père ! Qui êtes aux cieux ! Que votre volonté soit faite ! Merde. Sur la Terre comme au ciel, merde !". La confession de la "triste religion grand'maternelle" ? "Le truc était pas pour moi. C'est pas me confesser que je voulais c'est porter plainte. Mais ils ne sont pas outillés. Dieu aurait quand même dû prévoir ça.". La police ? "Ils sont probablement Pères de famille. D'ailleurs, il m'avait prévenue, "en cas" : ils ne te croiront pas ils voudront des preuves."..."Il détenait la force et le droit et sans doute aussi ce foutu dieu que nous avons". Le psychiatre ?* "De toutes façons chez le psychiatre on est amené par parents et on cause en présence, donc on ne peut rien lui sortir du tout au mec. On n'a pas de vie privée." Tombe-t-elle sur l'envie du pénis ? "Moi j'ai envie d'un cheval, d'une décapotable bleue, d'un trois-mâts, de patins, d'un piano, de génie, et d'un tas d'autres choses, toutes rigoureusement non symboliques, [...] non mais qu'est-ce que c'est que ces gens qui savent mieux que moi ce que je veux et pour qui ils se prennent ?".

Elle se fait des serments : "Je ne serais pas épouse-et-mère, je m'en fis le serment : j'aurai eu trop peur de donner un père à une fille". "Je serai une crapule sans foi, ni loi sauf la mienne, une brigande toutes griffes dehors, semant la pagaille sur mes pas commençant tout finissant rien et complètement folle ma pauvre fille, et poète bancale et boiteuse et emmerdant le monde. Et je ne reproduirai pas de Nature Humaine."

L'infamie est une affaire qui marche : "L'infamie fonctionne. L'infamie d'état, donnée cadeau à tout homme qui épouse et engendre, pour qu'il en use à son gré".

Ravages d'antan ? Refus de la victimisation quand l'oppresseur/prédateur n'est plus là : "Je ne sais pas pourquoi mais je n'y arrive pas. Sale mentalité, hein. Il paraît que je ne marche pas dans la combine. La combine profitable qui est : on est prié de continuer à s'opprimer soi-même quand il n'y a plus personne pour le faire. Sinon c'est l'anarchie quoi. Un de ces foutus consensus à se fabriquer des cancers. Voyez Jésus, on n'a gardé que les plaies. Quand le type était un formidable optimiste". "Comme disait ma mère : tu es capable de tout. Ouais. Faut bien.".

La porte du fond est sans doute un témoignage, mais c'est un roman, une oeuvre littéraire, d'une écriture et d'un tonus incroyables. C'est aussi un roman libérateur et féministe.
Toutes les phrases en caractères gras rouge et noir sont des citations du roman La Porte du fond.
Liens : Les oeuvres de Christiane Rochefort - Sa biographie sur Wikipedia.
Christiane Rochefort était une militante féministe convaincue. 
* Certains psychanalystes, et pas des moindres -Françoise Dolto- disent que dans l'inceste la fille est consentante parce qu'elle adore pouvoir narguer sa mère !

jeudi 27 mars 2014

Reprenons la rue et la nuit !

Let's take back the night !


Cette affiche a été sélectionnée 3ème parmi les lauréates du concours EgalitéE 2014 du Ministère des droits des femmes pour le 8 mars. C'est ma préférée parmi toutes les propositions.

Les marches de nuit existent depuis les années 70 : la première a eu lieu en 1975 à Philadelphie à la suite du meurtre d'une jeune femme marchant seule le soir dans la rue. Elles seront reprises par les féministes partout dans le monde pour affirmer le droit des femmes à être présentes dans l'espace public la nuit, au même titre que les hommes. Des marches de nuit sont organisées régulièrement dans des villes européennes, françaises, et notamment en régions. J'ai personnellement participé à deux à Rennes, la dernière fois le 8 octobre 2012. Mon reportage texte et photos est ICI. Il est important d'en organiser et d'y participer : cela renforce la solidarité entre femmes, rappelle aux hommes qu'ils n'ont pas toute la place, et c'est facteur d'empowerment pour les femmes qui marchent.

Liens pour vous tenir informées (vous pouvez aussi organiser la vôtre) :  Le collectif Marche de Nuit (arrêt de publication en 2010) - Rage de nuit.


Une autre façon de s'approprier la rue, ce sont les inscriptions au stencil sur les murs ! Le stencil ou pochoir, c'est pratique, rapide (il vaut mieux éviter de se faire prendre : il a été inventé pour pouvoir déguerpir plus vite en cas de surgissement de la maréchaussée) et votre message est tout prêt à l'emploi. Utilisez des formules en français : vous serez plus sûre d'être comprises par les gros lourdauds qui harcèlent les femmes dans la rue. Il ne faut jamais sous-estimer l'adversaire, mais il est quand même douteux qu'ils soient tous bilingues anglais. Et puis, il peut y en avoir de crispés sur la francophonie. Donc, vos formules seront en français : "Joli cul" barré comme ci-dessus, ou "non, c'est non", ou "Je souris si je veux !".
Lien pour fabriquer vos stencils, doc PDF  : NON - JOLI CUL - Hé SEXY (à superposer avec NON) - J'ai trouvé tous ces PDF sur ce site STOPStreetHarassment.

Vous pouvez aussi préparer vos affiches et vos bandeaux à coller comme dans la vidéo ci-dessous :



Plus les formules sont courtes, plus elles sont percutantes ! Utilisez les murs, les escaliers, le bitume ! Il n'y aucune raison que là encore, les hommes occupent l'espace, la plupart du temps pour des gribouillis sans signification : eux, ils ne font que salir. Vos messages à vous seront signifiants, donc il n'en seront que plus visibles.

La ville est faite pour les garçons, comme le rappelle dans le journal du CNRS, yves Raibaud, géographe du genre. L'invasion de street parks, dernière lubie à la mode pour calmer leurs frustrations et leur rage, leur violence en un mot, en témoigne. J'en ai deux dans mon quartier : un a coûté la bagatelle de 500 000 euros, et il enlaidit avec son béton omniprésent l'arrière d'un jardin public. Passant auprès plusieurs fois par semaine, je peux témoigner que bien qu'ouvert aux deux sexes, il n'y a que des garçons dessus ! Lors d'une réunion de quartier avec l'élue municipale (la femme du Ministre actuel des armées, au passage) je m'étais ouverte de ce scandale, soulignant que malgré cela les garçons du quartier jouent au foot dans les squares et les rues où les femmes passent, faisant un hold up permanent sur des espaces qui sont à tout le monde. Succès garanti : personne évidemment n'avait vu les choses de ce point de vue féministe. Je suis passée pour la pétroleuse du quartier, mais peu importe, on m'a écoutée. Mais le street park est là : et il ne les empêche pas d'aller faire rouler leurs planches ailleurs quand il pleut. Un d'eux, un jour que je râlais qu'il était dans le passage et que le street park était à 40 mètres, m'a expliqué que sa planche ne supportait pas l'eau ! Non mais, ce culot phénoménal ! Donc, quand j'ai des trucs à dire, moi aussi, je prends la rue d'assaut, le jour, la nuit. Sans masque de fantômette, mais le cœur y est. On n'a pas besoin de leur permission !

Liens :
Pour trouver de l'inspiration, du matériel militant et des pochoirs, on peut visiter mon board Féminisme sur Pinterest. Si vous êtes parisienne, Les Effrontées font une "criée dans le métro" le 28 mars.
Miss Tic, graffeuse et artiste de rue, femme de l'être.

jeudi 20 mars 2014

Les dernières boulettes du lobby de la viande


Oui aux poulets bien élevés. Oui aux dindes bien élevées. Non aux volailles sans papiers. Les trois slogans sexistes, racistes et réactionnaires, écrits au  marqueurs sur la poitrine nue d'un homme campé devant un tunnel à poulets : c'est la dernière campagne de l'Association de Promotion de la Volaille française.
Voici la video montrant les trois clips que vous pouvez voir sur vos télévisions, hors écrans publicitaires, puisque je l'ai vue sur France 2 après 20H30, horaire où la pub est normalement bannie de leurs écrans. Ce ne serait pas de la pub, ce seraient des messages à caractère informatif d'intérêt général !



La poitrine nue du monsieur vous rappelle-t-elle quelque chose ? Les activistes FEMEN et leurs slogans anti-patriarcat écrits sur la poitrine ? Ils n'ont quand même pas osé mettre une femme bien que "dinde"", volaille", "poule", "poulette", "oie" font traditionnellement partie du vocabulaire sexiste/spéciste péjoratif dont on affuble les femmes pour les animaliser et les diminuer. Mais c'était bien l'idée de départ ! Ici, ils ont mis un homme, "un Hommen", dit le site sopeople qui dénonce le spot. STOP Homophobie a également réagi sur son compte Twitter :

A ceci près que FEMEN est un mouvement féministe, donc de libération (quoi qu'on pense par ailleurs de leurs méthodes d'activisme) et que Hommen est un mouvement réactionnaire d'hommes voulant contrecarrer le combat féministe. Mettre ces deux mouvements en parallèle est donc une mauvaise action. De plus, les Hommen avancent masqués au contraire des Femen qui manifestent à visage découvert. Ça fait deux grosses différences. Aussi, merci à l'APVF de comparer les femmes à de la volaille pour nous vendre ses productions industrielles maltraitantes des animaux, en prétendant en plus défendre la condition animale !
Car le monsieur est campé devant un concentrationnaire tunnel à poulets, sans air et sans lumière. Je vous garantis qu'il suffit de pénétrer dans un de ces tunnels à poulets ou à dindes, avec des milliers d'oiseaux à l'intérieur, pour savoir que c'est absolument irrespirable. On nous prend pour des gogos.

Pour faire bonne mesure, Les Nouvelles de Sablé, un journal local sarthois, rapporte que Loué "pays de la volaille, de la poulette" (entend-on sur la vidéo de promo en bas de l'article) aurait servi de décor au tournage d'un film porno, impactant négativement l'image de la ville, de la marque Poulets fermiers de Loué, et de ses valeureux producteurs de poulets de plein air ! Pas un mot sur l'outrage fait aux femmes, traitées de volailles dans la bande annonce, bien entendu. Je ne parle même pas de l'exploitation et de la dégradation de leur corps par l'industrie de la pornographie. J'espère que les éleveurs de volailles de Loué ne regardent jamais un seul film porno, mais j'ai des doutes. L'affaire a traversé la Manche : le Télégraph rapporte que le tournage d'un film porno (interdit dans un lieu public en France, précise l'article) a "hérissé les plumes du maire" (ah, ha, ah), que la gendarmerie s'en est mêlée et a mené l'enquête pour savoir si la dame filmée dans la bande-annonce serait par hasard du coin. On aimerait que les gendarmes mettent autant de zèle à lutter contre la violence maritale, les femmes exploitées par l'industrie de la pornographie, et à traquer les mâles-traitants de toutes obédiences, y compris les contrevenants aux lois de protection animale dans les élevages !
oOo

Une mention sur un excellent article de Charlie-Hebdo de cette semaine "Du compost dans la tête" de Gérard Biard (A la manivelle) qui revient sur l'abstention de José Bové et Daniel Cohn-Bendit lors du vote du parlement européen sur l'égalité femmes-hommes à cause de la phrase "La prostitution est une violence faite aux femmes", dans le texte qui compte 90 recommandations relatives aux droits des femmes. Un court extrait de l'article de Gérard Biard : "Les verts sont contre la marchandisation, sauf celle des corps. Ils sont contre les lois du marché sauf lorsqu'elles s'appliquent à la sexualité et à l'intime. Ils sont pour la décroissance sauf celle des violences que subissent quotidiennement des millions de femmes contraintes de subir un moyenne une vingtaine de rapports sexuels par jour. [...]. Ils prétendent vouloir changer le monde, mais défendent un privilège archaïque qui met des êtres humains -des femmes- à la disposition sexuelle d'autres êtres humains -des hommes." Super article, qui vaut d'être lu en entier -page 5 ! Certains Verts sont vraiment désespérants.

vendredi 14 mars 2014

Revue de web féministe


Affiche du site de la campagne STOP au déni : campagne lancée le 8 mars, qui dénonce la non-reconnaissance des victimes de viol. Vous trouverez sur le site, le clip vidéo, le dossier de presse, et des ressources à destination des victimes, des professionnels et des aidants.

Stéphanie la Renarde me signale ce beau documentaire de LCP-AN que j'ai loupé lors de ses diffusions mais que j'ai regardé ICI : Le ventre des femmes, sujet sur une campagne de stérilisation forcée entre 1996 et 1997 sous la dictature Fujimori au Pérou. Au départ, il s'agit d'une bonne intention de développement  et de réduction de la pauvreté après la Conférence de Pékin organisée par l'ONU en 1995, conférence mondiale sur les femmes : égalité, développement et paix. Il s'agissait de lutter contre la pauvreté et de développer le planning familial, projet dont s'empare le Pérou de Fujimori. Aidé par du beau monde : USAID, un organisme américain d'aide au développement, la Banque Mondiale, et les Nations Unies. Ça va vite tourner à la violation des droits humains : une dictature qui a besoin d'emprunter de l'argent à la Banque Mondiale, une organisation industrielle des opérations de "planning familial", des objectifs chiffrés, et une compétition entre hôpitaux : au final 300 000 femmes indiennes stérilisées quasi de force, pour une dépense de 240 millions de dollars qui auraient été mieux investis dans la santé reproductive de ces femmes. Rappelons que le Pérou, conservateur et très catholique, est un pays où les femmes n'ont pas accès à l'IVG. Devinez qui au final a tiré les marrons du feu en faisant un gros lobbying auprès du Congrès américain ? Le PRI (Population Research Intitute) une ONG résolument anti-avortement ! Contrôler de toutes les façons possibles le ventre des femmes est l'objectif des barbons du patriarcat : que ce soit en stérilisant de forces des femmes pauvres sous couvert de lutte contre le sous-développement, ou se proclamer "prolife" en empêchant les femmes de contrôler elles-mêmes leurs ventres et leur vie ! Rappel à ces stupides : la seule façon de lutter contre le sous-développement et de maîtriser la démographie, c'est l'EMPOWERMENT des femmes par l'éducation (école, collège, université), le planning familial VOLONTAIRE des intéresséES, et le droit IMPRESCRIPTIBLE à l'IVG ! Pardon pour les majuscules et les adjectifs, mais avec les patriarcaux, il vaut mieux rabâcher.

Sinon, toujours sur ce même thème, je lis en ce moment le très documenté livre de Patrizia Romito : Un silence de mortes - La violence masculine occultée, Syllepse éditeur, paru en 2006, et totalement d'actualité. Il décrit parfaitement toutes les tactiques et stratégies de la société patriarcale et de ses institutions (policiers, magistrats, médecins et soignants, psys en tous genres, la société en général...), pour occulter la réalité de la violence masculine contre les femmes et les enfants, massif fait de société. L'auteure y accuse -entre autres- la psychologisation et la médiation sociale au sein des instances juridiques, qui individualise les rapports sociaux, nie l'oppression des groupes dominés (les femmes) et dépolitisent la lutte des femmes. Il est très accessible et passionnant. A lire, surtout si vous êtes professionnel-le de soins, magistrat-e ou
policièr-e ! On le trouve dans toute bibliothèque un peu conséquente. Vous pouvez en trouver un extrait de l'introduction sur le site Sysiphe.

Edit 16 mars 2014 - Une citation du livre qui me paraît cruciale, page 147. Dans le paragraphe "Distinguer pour séparer" du chapitre Tactiques d'occultation, Romito cite Robin Morgan :
Si je devais citer une seule qualité propre au patriarcat, ce serait la compartimentation, la capacité d'institutionnaliser les déconnections. L'intellect, séparé de l'émotion. La pensée séparée de l'action. [...] Si je devais citer une seule qualité propre au féminisme radical, ce serait le sens des connections, - une aptitude dangereuse pour tout ordre établi, en raison de l'insistance à remarquer et faire savoir les choses."


Un article didactique sous forme de bande dessinée, dans Le Monde, sur l'endométriose, une affection méconnue (normal, tant que ça ne touche pas le glorieux appareil reproductif masculin et ses troubles de l'érection, ça n'est pas prioritaire !) dont souffre quand même une femme sur 10, et qui se soigne quand le diagnostic est posé, soit en moyenne 7 ans après les premiers symptômes ! Comme pour la campagne Stop au déni, n'hésitez pas à partager sur vos réseaux sociaux.

Enfin, une article trouvé dans l'Express : Comment les blogueuses féministes servent-elles la cause des femmes ? avec dedans surtout des réformistes libérales qui trouvent les féministes "canal historique" trop "dogmatiques" ou trop "féministement correctes" (???). Pas de bol : soit les féministes sont trop jeunes, trop belles et trop blondes, comme les Femen, soit elles sont trop "dogmatiques" et "institutionnelles" quand elles ont un peu de bouteille. En féminisme, point de salut. A propos de féministes sur les réseaux sociaux, à droite de ce billet, il y a deux blogrolls sur les adresses URL desquelles vous pouvez aller cliquer : c'est ma sélection, donc c'est qu'ils valent le coup d’œil !

vendredi 7 mars 2014

8 mars toute l'année

8 mars, Journée Internationale des droits des Femmes partout sur la planète. J'entends d'ici quelques-uns dire ou penser fort que le féminisme, c'est dépassé, que les femmes ont tout gagné et qu'il est temps de passer à autre chose. Sauf que partout sur la planète, un fait est incontournable, la pauvreté a le visage d'une femme.



Situation économique :
70 % des pauvres de la planète sont des femmes : chiffres PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Les femmes travaillent toujours bénévolement : les corvées indispensables qu'elles exécutent ne sont toujours pas comptabilisées dans les PIB mondiaux, basés sur le travail marchand généralement destructeur et pilleur de ressources non renouvelables, selon le modèle du travail masculin. Quand on n'est pas associé à la production de richesses, au moment de partager les dividendes, les femmes n'ont rien. Cela vaut pour les femmes européennes qui bossent bénévolement dans le mariage. Les pensions de retraite des femmes qui ont produit à mi-temps (forcé) un travail marchand, parce qu'elles assurent bénévolement et seules les indispensables corvées du ménage et de l'élevage des enfants, sont au moment de la retraite dramatiquement lésées, le travail bénévole pour toute la famille n'étant pas compté, ou seulement à la marge. Si elles décident de quitter le foyer et de vivre seules, elles sont pénalisées économiquement. L'indépendance économique est un facteur clé d'émancipation. On comprend donc tout l'intérêt des hommes à conserver les choses en l'état : l'indépendance économique des femmes favorise les divorces si elles s'estiment mal accompagnées, ils y perdent une ménagère gratuite. Non accès à l'école, non accès à la propriété des terres, accès moindre à la nourriture (sur les 800 millions de mal nourris que compte la planète, 7 sur 10 sont des filles et des femmes), pas de matériel agricole pour cultiver la terre et pas d'accès au crédit bancaire pour s'équiper. On a vu ces derniers jours en France, que les Atelières, coopérative de femmes ex-Lejaby, se sont vu refuser les crédits dont elles avaient besoin pour continuer leurs activités.



Santé et violences :
Le constat ci-dessous est fait par l'OMS (Organisation mondiale de la Santé).

Violences exercées contre les femmes au cours de leur vie.
Avant la naissance
- Avortements sélectifs
- Conséquences des violences subies par la mère pendant la grossesse.
Petite enfance
- Infanticide des filles
- Négligences sélectives dans les soins
- Violences physiques, sexuelles et psychologiques
Seconde enfance
- Mariage forcé des très jeunes filles
- Mutilations génitales
- Violences physiques, sexuelles (inceste) et psychologiques
- Prostitution infantile
- Pornographie
Adolescence et âge adulte
- Inceste
- Viol par abus de confiance (date rape)
- Viols collectifs (dits "tournantes")
- Jets de vitriol
- Sexualité pratiquée par nécessité économique
- Violence du partenaire -jusqu'au meurtre
- Assassinat pour dot insuffisante (dowry death)
- Gynocide (précédé ou non de tortures, de lapidation)
- Viols et grossesses forcées en temps de guerre
- Harcèlement sexuel sur le lieu de travail
- Prostitution forcée.
Troisième et quatrième âge
- Homicide et suicide forcé des veuves
- Violence physique, sexuelle et spychologique.

Beaucoup de ces pratiques sont la plupart du temps justifiées par la "tradition", cet infâme mot patriarcal : tradition égale manque d'imagination, blocage dans les culs de basse fosse d'un passé révolu, conservatisme forcené, crispation sur des "privilèges" injustifiables et obsolètes, justification par les pires croyances irrationnelles, obscurantistes, anti-démocratiques et haineuses des femmes. Ci-dessous un échantillon (non-exhaustif) de ces misérables défenseurs des traditions (appréciez le jeu de mots) :



J'y inclus bien entendu TOUS les curés de toutes obédiences (y compris les bonzes), l'Opus Dei nous ayant démontré fin 2013, début 2014 toute l'influence et le pouvoir de nuisance qu'ils peuvent mobiliser quand il s'agit de combattre les droits chèrement acquis des femmes, en Espagne, pour ne citer que ce seul exemple.



Alors oui, plus que jamais 8 MARS TOUTE L'ANNEE !

Liens : Le programme et le live tweet de cette journée
Le viol, arme de destruction massive en Syrie.
Dans l'Est du Congo, les viols comme arme de guerre.
PS Inutile de nous offrir des savonnettes parfumées, des fleurs, ou du chocolat : le 8 mars n'est pas la Saint-Valentin ni la Fêtes des mères. C'est le rappel militant de l'oppression féroce que vivent les femmes sous la férule du patriarcat.


lundi 3 mars 2014

Dirty week-end - Peut-être est-ce eux qui devraient avoir peur...


Je viens de lire ce roman d'Helen Zahavi publié en 1991 et qui m'avait totalement échappé : merci à une de mes abonnées/abonnements sur Twitter de me l'avoir révélé.

Bella est une jeune femme de Brighton, station balnéaire anglaise ; elle vit dans un appartement en sous-sol sans air et sans soleil. Elle est petite, menue et fragile, et elle ne demande pas grand-chose à l'existence. Comme toutes les filles, "elle avait appris à être une bonne perdante". Elle veut juste qu'on lui fiche la paix, qu'on la laisse prendre ses thés et chocolats au lait, et lire les petites annonces des journaux gratuits qui arrivent dans sa boîte aux lettres. Elle croit aussi qu'on peut vivre sans souffrance car "son seuil de tolérance est extrêmement bas".

Malheureusement pour elle, son voisin d'en face la mate derrière ses fenêtres surplombant son sous-sol, se met à la harceler au téléphone, à la suivre, puis l'aborder dans la rue, et à la menacer carrément de lui "faire mal, parce qu'il en a très envie". Alors Bella va s'insurger, se révolter. Après une période où, terrorisée, elle s'enferme à double tour chez elle, et que les choses ne s'arrangent pas, Bella décide de se venger : elle pénètre de nuit chez le voisin, et le tue avec un marteau.

Le roman de 200 pages est parsemé de notations très précises et justes sur la situation faite aux femmes dans la rue, dans les bars, sur la jetée et à la plage, dans les voitures des mecs qui ont proposé de les raccompagner chez elles, dans les ascenseurs..., tous endroits où les mâles font régner la terreur. Bella va en tuer sept : tous terroristes machistes qui viennent au devant d'elle ou la suivent pour lui pourrir la vie ! Le dernier est même un violeur/ tueur en série qui laisse une trace sanglante derrière lui et que la police n'arrive pas à prendre, alors qu'il assiste aux enterrements de ses victimes ! (Avis aux gendarmes et aux policiers, à toutes fins utiles). Conseil également aux agresseurs qui, après vous avoir forcée à une fellation brutale dans leur voiture, laissent la clé sur le contact pendant que leur victime est sur le siège passager avant, et qu'ils sortent pisser contre un mur sans se méfier : vous faites une erreur mortelle. Bon, je ne vais pas vous raconter tout de ce petit polar noir jouissif, ce serait une mauvaise action. Mais en voici quelques phrases-culte :

"Il la voyait comme un récipient vide que lui seul pouvait remplir".
"Peut-être que sa mère lui répétait qu'il était beau, en le nourrissant de mouillettes. Peut-être lui disait-elle qu'aucune femme ne serait jamais assez bien pour son garçon, et peut-être le croyait-il".
"Des hommes à la voix douce dont la haine épaississait l'air".
Quand ses (futurs) agresseurs lui demandent dans quelle branche elle travaille, elle répond :
"Je suis dans l'hygiène publique, je désinfecte, je bosse dans l'enlèvement des ordures". (Oui, c'est drôle en plus !).
"Il redoute ses sarcasmes. Elle redoute sa fureur. Elle pourrait se moquer de lui. Il pourrait la tuer".
"Plus l'homme est petit, plus grand est son ego".

"Ce que Bella désire, c'est ce qu'elle ne peut avoir. Ce qu'elle désire, ce sont des fenêtres ouvertes les nuits d'été. Des promenades solitaires au bord de l'eau. Sans la crainte de la panne sur l'autoroute. Sans la peur du noir. Sans la terreur des bandes. Sans réflexions dans les rues. Sans attouchements furtifs dans le métro. Ne plus être obligée de flatter leur ego par peur du poing en pleine figure, du nez cassé, du sang et de la morve qui coulent dans sa bouche. Bella est née libre et partout elle est enchaînée. Des usurpateurs lui ont volé son héritage, et elle doit le récupérer."
Alors, faites gaffe : "sans le savoir, sans réfléchir, sans le vouloir, vous aurez peut-être posé votre grosse main sur Bella. Or, elle s'est réveillée ce matin, et elle s'est aperçue qu'elle n'en pouvait plus."

Figurez-vous qu'à la sortie du roman en 1991, le Parlement britannique s'est ridiculisé en demandant son interdiction pour "atteinte aux bonnes mœurs". Sans rigoler. Quand le roman de Bret Easton Ellis "American psycho" (durant tout le roman, on est dans la tête d'un tueur en série qui torture longuement ses victimes, toutes des femmes, avant de les tuer) est sorti dans les librairies, PERSONNE, et surtout pas le Parlement britannique, n'a demandé son interdiction. Pas plus que ne sont interdites toutes ces "productions culturelles" nihilistes et nécrophiles : séries télé, films de tueurs psychopathes et sociopathes, romans policiers, où les femmes vont éternellement à l'équarrissage ! Alors ?

Ce petit roman est une perle noire, drôle, juste, et il fait vraiment du bien à la tête tant il est anti-assommoir culturel. Les scènes de meurtres sont factuelles, courtes, sèches, jamais voyeuristes, Bella est toujours en situation de légitime défense  De plus, le roman est très bien écrit et très bien traduit.

Lien supplémentaire : Le permis de tuer du patriarcat.

vendredi 28 février 2014

Guérillères 4

" Elles disent, esclave tu l'es vraiment si jamais il en fût. Ils ont fait de ce qui les différencie de toi le signe de la domination et de la possession. Elles disent, tu ne seras jamais trop nombreuse pour cracher sur le phallus, tu ne seras jamais trop déterminée pour cesser de parler leur langage, pour brûler leur monnaie d'échange leurs effigies leurs œuvres d'art leurs symboles. Elles disent, ils ont tout prévu, ta révolte ils l'ont d'avance baptisée révolte d'esclave, révolte contre nature, ils l'appellent révolte par laquelle tu veux t'approprier ce qui leur appartient, le phallus. Elles disent, je refuse désormais de parler ce langage, je refuse de marmotter après eux les mots de manque manque de pénis manque d'argent manque de signe manque de nom. Je refuse de prononcer les mots de possession et de non possession. Elles disent, si je m'approprie le monde, que ce soit pour m'en déposséder aussitôt, que ce soit pour créer des rapports nouveaux entre moi et le monde.


Elles disent, malédiction, c'est par la ruse qu'il t'a chassée du paradis de la terre, en rampant il s'est insinué auprès de toi, il t'a dérobé la passion de connaître dont il est écrit qu'elle a les ailes de l'aigle les yeux de la chouette les pieds du dragon. Il t'a faite esclave par la ruse, toi qui a été grande forte vaillante. Il t'a dérobé ton savoir, il a fermé ta mémoire à ce que tu as été, il a fait de toi celle qui n'est pas celle qui ne parle pas celle qui ne possède pas celle qui n'écrit pas, il a fait de toi une créature vile et déchue, il t'a bâillonnée abusée trompée. Usant de stratagèmes, il a fermé ton entendement, il a tissé autour de toi un long texte de défaites qu'il a baptisées nécessaires à ton bien-être, à ta nature. Il a inventé ton histoire. Mais le temps vient où tu écrases le serpent sous ton pied, le temps vient où tu peux crier, dressée, pleine d'ardeur et de courage, le paradis est à l'ombre des épées.

VINCENTE   CLOTILDE   NICOLE   SUKAINA   
XU-HOU   ANACHORA OLYMPE   DELPHINE   LUCRECE   ROLANDE   VIOLE   BERNARDA   PHUONG   PLANCINE   CLORINDE   BAO-SI   PULCHERIE   AUGUSTA

Elles disent, vile, vile créature dont la possession équivaut au bonheur, bétail sacré qui va de pair avec les richesses, le pouvoir, le loisir. En effet n'a-t-il pas écrit, le pouvoir et la possession des femmes, le loisir et la jouissance des femmes ? Il écrit que tu es monnaie d'échange, que tu es signe d'échange. Il écrit, troc, troc, possession acquisition des femmes et des marchandises. Mieux vaut pour toi compter tes tripes au soleil et râler, frappée de mort, que de vivre une vie que quiconque peut s'approprier. Qu'est-ce qui t'appartient sur cette terre ? Seule la mort. Nulle force au monde ne peut te la dérober. Et -raisonne explique-toi raconte-toi- si le bonheur c'est la possession de quelque chose, alors tends à ce bonheur souverain- mourir.

Elles disent, honte à toi. Elles disent, tu es domestiquée, gavée, comme les oies dans la cour du fermier qui les engraisse. Elles disent, tu te pavanes, tu n'as d'autre souci que de jouir des biens que te dispensent des maîtres, soucieux de ton bien-être tant qu'ils y sont intéressés. Elles disent, il n'y a pas de spectacle plus affligeant que celui des esclaves qui se complaisent dans leur état de servitude. Elles disent, tu es loin d'avoir la fierté des oiselles sauvages qui lorsqu'on les a emprisonnées refusent de couver leurs œufs. Elles disent, prends exemple sur les oiselles sauvages qui, si elles s'accouplent avec les mâles pour tromper leur ennui, refusent de se reproduire tant qu'elles ne sont pas en liberté.


Quatre paragraphes choisis dans "Guérillères" de Monique Wittig - Les Editions de Minuit - 1969.
Photo : Monique Wittig en 1979.

vendredi 21 février 2014

L'aéroport NDDL, c'est toujours NON !

Puisque le projet n'est pas abandonné et qu'il est toujours sur les rails : manifestation anti-aéroport Notre-Dame des landes à Nantes samedi 22 février 2014 à 13 H devant la Préfecture.



Après trois mois d'inondations en Bretagne, à Morlaix (29), Quimperlé (29) -à propos Kemper en breton veut dire confluent-, Guipry (35)..., pour causes de pluies incessantes, de ruissellements qui gonflent les ruisseaux et les rivières, on continuerait à artificialiser des sols, à les couvrir de béton et de bitume, à détruire des zones humides dont on sait qu'elles ont cruellement fait défaut pendant ces pluies hivernales ? Les agriculteurs industriels ont rasé depuis 40 ans des milliers de kilomètres de talus en Bretagne, planté des hectares de maïs pour nourrir des animaux, pieds distants de 15 cm, sur des terres tassées qui n'absorbent pas l'eau mais au contraire la font ruisseler sur les pentes, ils ont abattu des haies d'arbres dont les racines tenaient la terre et absorbaient l'eau, aujourd'hui on entend leur plainte devant leurs champs détrempés et leur future récolte compromise : ils sont à la fois cause et victimes de ces inondations.

A Notre Dame Des Landes, nous tenons encore ces bocages et ces zones humides dont nous avons besoin. Il est temps de prendre conscience des ravages conjugués de cet acharnement de béton et de bitume, de colonisation des milieux de biodiversité par les humains expansionnistes et imprévoyants, et par les éternels barons locaux qui veulent inscrire leur mandat politique dans le béton et dans des équipements coûteux et obsolètes qui plombent l'avenir, et dont l'utilité n'est pas prouvée. Transporter dans une zone reconstituée des salamandres et des grenouilles, plus quelques plantes (ce sont les mesures de compensation prévues) pour mieux accaparer leur ancien habitat est une comédie sans nom.


Le projet d'aéroport NDDL est un projet du XXème siècle. Nous sommes au XXIème : les circonstances ont évolué, les besoins de gens ont changé et la menace climatique se précise. La place du projet NDDL est maintenant au musée. Il est temps d'envisager de faire autre chose, en concertation avec les gens qui l'occupent et y habitent, de ce bout de territoire préservé, acheté par la puissance publique et qui donc appartient aux contribuables. Il n'y a pas qu'en Amazonie qu'on détruit la biodiversité.

Non au projet NDDL ! Vinci, dégage.



Liens : Naturalistes en lutte, ACIPA, les infos de la ZAD : Triton-nes crété-es contre béton armé, Pétition Avaaz : Sauvons les espèce menacées par le projet d'aéroport.

ACTUALISATION 22/2/14 - 13 H
Pour suivre en direct la manifestation de Nantes, cliquez sur
les fils Twitter : @BleuLoireOcean
EN DIRECT Notre Dame des Landes
@alexandreturcat journaliste AFP Nantes, ou @telenantesinfo.

ACTUALISATION 23/2/14 - 12 H


Lien - Récit et photos de la manif du 22 février à Nantes heure par heure sur le site PARIS-LUTTES INFO 
NON à la violence !
 

vendredi 14 février 2014

Virilité, rites et fantasmes de dévirilisation

Pendant que la France se déchire sur les études de genre (les éditocrates surtout, le peuple français a autre chose à faire et à penser !), que le mal nommé "Printemps Français" veut expurger les bibliothèques municipales de livres qu'il déclare unilatéralement non conformes à sa conception rance des rapports sociaux de sexe, pendant que Copé dans la foulée propulse un livre (Tous à poil, Rouergue Editeur) dans les meilleures ventes d'Amazon, des images de la virilité en action envahissent les réseaux sociaux -ceux en tous cas suivis par les militant-es de la cause animale.

Une première image émane d'un twitterstorm (un des rites de la Twittosphère : déclencher un orage de tweets pour dénoncer une pratique jugée nocive), ici à destination d'Andrew Cuomo, Gouverneur (@NYGovCuomo) :  en effet l'état de New York initie les jeunes garçons à la chasse. Ils ont le droit d'exercer leur (mal)adresse en tirant sur les écureuils, gibier présumé à leur taille.


L'exemple vient de l'aristocratie. Cette semaine, le Prince William (toute sa famille chasse, privilège d'ancien régime réservé aux aristocrates qu'en France la Révolution a malheureusement, non pas aboli, mais étendu au peuple, ce qui en fait un acquis intouchable, notre deuxième amendement à nous en quelque sorte), William donc, est pris en photo à la chasse au sanglier juste avant le lancement d'une campagne qu'il parraine, destinée à lutter contre le braconnage (SIC). Vous noterez que c'est comme d'habitude l'homme (mâle), top model auto-proclamé de la Création, qui décide de qui peut vivre et qui doit mourir : le sanglier "pullule", selon sa déclaration unilatérale, on peut donc le tuer, la biodiversité n'en souffrirait pas, en tous cas, celle non tolérée par le déclarant.

Du même ordre, grosse émotion sur Internet cette semaine à propos d'un girafon né en captivité au zoo de Copenhague (Danemark, l'autre pays de l'élevage et de la boucherie) qui a été abattu (put down) par les éleveurs du zoo au motif qu'il n'avait pas les bons gènes car il était consanguin. Il était en bonne santé, jeune, et un autre zoo avait même proposé de l'adopter : en pure perte. Le zoo en a fait un spectacle : vous noterez la présence d'enfants très jeunes au premier rang des spectateurs. On peut retrouver l'article sur CNN incluant une vidéo. Marius, le girafon est  ensuite autopsié et découpé en morceau, puis donné à manger aux lions de l'enclos voisin, toujours devant les "spectateurs", comme si la mort était un spectacle !

Le directeur du zoo explique que tout cela est fait pour montrer aux enfants les lois de la nature, la "leçon de vie" habituelle des chasseurs qui donnent la mort (voir dernier lien en bas d'article) : les lions mangent les girafes, triste loi de la jungle, n'en déplaise aux citadins niais que nous serions devenus. Oui, les lions, carnivores, mangent des girafes et d'autres animaux, après une sélection minutieuse de leur proie, après une course poursuite harassante et dangereuse (une ruade de girafe doit vous étaler, mort pour le compte), pas en attendant qu'on sacrifie au fusil ou à la seringue une pauvre bête à qui on ne laisse aucune chance. Dans la jungle, Marius aurait eu sa chance, celle de la solidarité de son troupeau, de la course, de la fuite et de sa force. A Copenhague, il n'a eu qu'à venir sans méfiance, au devant de ses soigneurs qu'il connaissait. Quand les hommes se prennent pour un deus ex machina ou la Nature, ça donne l'affaire Marius. Mais à quelque chose malheur est bon : Marius et son histoire mettent les projecteurs sur les pratiques des zoos, enclaves artificielles de conservation de vie sauvage où l'on doit mimer les lois de la nature pour ne pas se laisser déborder par les naissances : les zoos conservatoires euthanasient. C'est désormais au vu et au su du public. Boycottez et girlcottez les zoos.

Je vous épargne les nombreuses images qu'à généré le massacre, rituel masculin japonais, des dauphins de la baie de Taijiet celui des globicéphales, tradition patriarcale ancestrale des Iles Féroés, toujours au Danemark, (vous noterez, sur une photo de l'article en lien, un jeune garçon chevauchant un cadavre mutilé), puisque certaines personnes ne supportent pas les images de massacres. Je ne les blâme certainement pas : mais je rappelle que ce ne sont pas les images de massacres qui sont choquantes, ce sont les massacres. STOP aux massacres d'êtres vivants : pour le plaisir, pour la chasse de loisir, pour des rituels d'entre-soi masculins, et pour des raisons utilitaires. Les animaux ne nous appartiennent pas, ils existent pour des raisons qui leur sont propres (Alice Walker). Nous ne sommes qu'une espèce parmi les autres.

Je termine par un appel à signature et à manifester (pour celleux qui habitent dans le Nord-Pas de Calais ou qui peuvent s'y rendre) : la très virile Fédération du Chasse du 59 organise du 17 au 23 février des "Ch'tis Fox Days" (déjà, rien que le nom patois globish, c'est pathétique), une semaine de piégeage de renards, animal "nuisible" (sans rire), le chasseur, étant lui, UTILE et INDISPENSABLE, selon son oukaze vous l'aurez compris. Donc, le samedi 15 février, 14 H Place du Théâtre, les associations de protection animale vous donnent RV à Lille pour une manifestation contre cette abomination. La pétition d'Avaaz est à signer ICI. Vous pouvez aussi écrire au Préfet du Nord ICI. Il est temps de mettre fin à ces pratiques virilistes d'une autre époque.

Les tenants obscurantistes conservateurs -et intéressés- des rôles stéréotypés de genre ne craignent pas tellement les fillettes en pantalon jouant aux jeux de construction Lego : ils n'admettent surtout pas qu'on touche aux privilèges des garçons (préférence de la société, meilleurs postes et salaires, accès au corps et aux services gratuits des femmes...) en les dévirilisant, leur grande frayeur. Il n'y a qu'à entendre les tirades de Zemmour et des pères sur les grues pour s'en convaincre ! Toutes ces pratiques (novilladas, grindaprap aux Féroés, chasses, vénerie, piégeages,...) où l'on initie les jeunes garçons, servent en réalité à les désensibiliser, à engourdir leur empathie naturelle, à les rendre sans pitié, cette qualité réputée de "femme ou de femmelette". L'absence de statut des animaux non humains en droit y aide puissamment. D'où leur résistance à légiférer : voir les écrits de Luc Ferry et de Jean-Christophe Rufin sur le sujet. Exercer sa cruauté sans risque et sans avoir de comptes à rendre à la société, dans différentes formes de chasse et de meurtre des animaux, reste un de leurs derniers privilèges. Il faut que cela cesse.

Liens : Nostalgiques des "vrais hommes" ? 
De l'importance du témoignage des survivants, en récit ou en images.

ACTUALISATION 17/2/14
Plus d'un millier de personnes à la manifestation anti "Fox days" de samedi 15/2 à Lille, à lire sur  France 3 Nord
L'homme a une préférence marquée pour les objectifs "virils", la guerre et la mort  - Valerie Solanas in SCUM Manifesto