lundi 15 septembre 2014

Femmes et économie - L'économie pour toutes

Quand, dans un sondage, on demande à des gens de calculer combien de capital ils ont au bout d'un an de placement de 100 € à 2 %, 39 % de femmes donnent la bonne réponse (102 €) contre 64 % des hommes ! Timidité en face de la discipline (ce n'est pas possible autrement) alors que les femmes font tous les jours des arbitrages économiques chez elles pour la vie de tous les jours. Les femmes sont les ministres des finances de leurs foyers.



J'ai vu, en début d'été, un sujet sur les ventes de voitures dans le magazine Reportages sur TF1 : on suivait un excellent vendeur de voitures avec un couple de clients (Monsieur et Madame) qui souhaitait acquérir une nouvelle voiture en vendant l'ancienne à bon prix sur le marché de l'occasion. On a très vite compris, comme le commercial, que Monsieur parlait le premier sur les détails techniques (vroom vroom) de la future voiture, Madame écoutant sans rien dire, mais au moment de parler budget et décision d'achat, c'est Madame qui reprenait la parole et discutait le morceau. Le vendeur n'a d'ailleurs pas fait d'erreur : il a parfaitement compris au bout de quelque minutes de questionnement sur le besoin et désir d'achat de ses clients, sur le budget qu'ils voulaient y mettre, que le ministre des finances du foyer était Madame et qu'aucune vente ne se conclurait sans son arbitrage final.

L'économie, c'est cela : décider d'acheter ou au contraire d'épargner, s'engager pour 25 ans dans le remboursement d'un appartement en devenant propriétaire ou au contraire, être locataire pour rester mobile et épargner la différence en plaçant son argent en produits financiers diversifiés. Toutes les femmes font cela tous les jours. C'est de la micro-économie. Les mêmes recettes s'appliquent à la macro-économie : PIB, endettement, équipement, emprunts sur les marchés financiers, investissements et bas de laine. Normalement, les ministres de finances et les gouverneurs de banques centrales devraient, à compte-là, être des femmes !

Quand j'ai commencé ma lecture de ce livre écrit par deux économistes femmes, Jézabel Couppey-Soubeyran et Marianne Rubinstein, économistes et Maîtres de conférence en université, j'ai eu un peu peur d'une vulgarisation bas de gamme ; j'ai en effet eu des cours d'économie il y a longtemps : assiette de l'impôt, Milton Friedman et l'Ecole de Chicago, Keynes et le Keynésianisme, Marx économiste classique, Joseph Schumpeter, croissance et rapports de production, etc... et j'adorais ça ! Ma professeure était d'ailleurs une femme. La discipline, "fumeuse quand présentée par les hommes", ne m'a jamais rebutée. C'est juste du bon sens. Ne jamais se laisser intimider par les formules des économistes. Les faire expliquer jusqu'à parfaite compréhension du sujet, et jeter un œil de temps en temps sur la presse économique. Mais non, cet ouvrage est une excellente vulgarisation ou un rappel bienvenu de ce que nous savons de l'économie. Aucun sujet n'est occulté : les explosions des bulles financières et immobilières de 2008, la crise des dettes souveraines en 2010, le pourquoi, les solutions bancales et partielles qui ont été apportées, l'Europe, l'Euro, le rôle de la monnaie et des banques, les inégalités hommes-femmes qui impactent tant l'économie et le bien-être personnel et général, le calcul des PIB qu'il faut dénoncer : "destruction créatrice" (affreux oxymore) des richesses limitées de la planète (voir billet précédent) : la production domestique (le travail des femmes en majorité) non comptabilisée dans cet indicateur de création annuelle de richesse, 60 milliards d'heures de travail domestique représenteraient environ 636 MILLIARDS D'EUROS, soit UN TIERS du PIB de la France ! "Vous repasserez bien un petit coup d'aspirateur" demandent les autrices ! Et quand on n'est pas reconnue comme productrice, on n'est pas non plus associée au partage des fruits de la production. Voilà pourquoi les femmes sont pauvres. Armer des bateaux de guerre à Saint-Nazaire et les livrer (Ou pas ? dilemme de cette semaine) à un Poutine hyper viril qui joue des muscles, fait un gros chiffre d'affaires qui gonfle bien le PIB aux risques de la guerre, mais pas élever des enfants ni les nourrir et les éduquer ? On a vraiment un problème !

Dans l'impasse où nous sommes, "On sait qu'il faut trouver des solutions nouvelles - et, vu l'état du monde, il y a urgence- il n'y a rien de pire que l'entre-soi masculin qui conduit au conformisme de la pensée". La féminisation de l'économie doit profiter à toustes concluent les autrices. Lisez ce livre : il évite le jargon flanelle grise et techniciste des hommes et rend l'économie (c'est-à-dire la vie de tous les jours) compréhensible.

Liens : La finance pour tous parle de L'économie pour toutes.
Et mon économiste préférée : Marilyn Waring et ses travaux dans un ancien billet.

"Nous enseignons l'économie de la même manière qu'auparavant, quand les femmes ne comptaient pas. Or, maintenant les femmes comptent. Alors comment traduire l'économie en girlish ?" - Claudia Goldin Professeure d'économie à Harvard.

lundi 8 septembre 2014

Effondrement de l'éco-système global

Au même moment que l'annonce du Jour du dépassement (Earth OverShoot Day) qui arrive cette année le 19 août, ce qui veut dire que le 20, l'humanité vit au crédit de ses enfants sur la planète -car nous avons en effet dépensé toutes les ressources produites par la Terre en une année- je tombe sur l'article "Global Ecosystem Collapse" du Docteur Glenn Barry sur EcoInternet, site de deep ecology, écologie profonde en français. Après avoir obtenu son accord, je vous en propose la traduction ci-dessous. En effet, ça urge.


L'environnement global est en train de s'effondrer car la croissance industrielle humaine ravage les habitats qui rendent la vie possible. Soit nous choisissons maintenant d'embrasser les changements nécessaires à une écologie globale soutenable, d'abord et avant tout nous arrêtons la destruction des écosystèmes, ou nous ferons face à l'effondrement et à la fin de l'être. Le sens de la vie est la liberté radicale, l'écologie soutenable, la liberté de pensée, la vérité et la justice, et l'amour de toute vie comme faisant partie de notre famille – ainsi la biosphère, l'humanité et toute la vie pourront continuer à évoluer.
DESTRUCTION DES HABITATS

L'écosystème global est en cours d'effondrement et mourant. L'humanité détruit délibérément la nature et les modèles climatiques qui fournissent ses habitats à la vie. Notre unique biosphère partagée, surpeuplée, écologiquement diminuée, affreusement injuste, se dirige vers la rareté, la guerre, la maladie, et enfin l'effondrement social et économique de l'écosystème.
Les menaces à l'environnement sont plus nombreuses que le seul changement climatique, elles incluent la détérioration de l'eau, des forêts, de la nourriture et des océans, tous mettent en péril, en se cumulant, la vie de tous les êtres. De grandes et intactes forêts anciennes et tous autres écosystèmes naturels maintiennent l'habitabilité et les moyens de subsistance locaux et régionaux. Sans le contexte des grands écosystèmes naturels et de l'agro-écologie entourant l'humanité, notre propre espèce et les autres subiront le changement climatique et l'effondrement de la biosphère.
Ce qui renforce le problème du changement climatique et de la perte des écosystèmes, c'est que nous pensons avoir du temps. Or ce n'est pas le cas. Nous faisons face à l'urgence écologique pendant que les écosystèmes qui permettent la vie disparaissent et meurent sous le poids de la croissance industrielle humaine. Notre terre surpeuplée, surconsommatrice, inéquitable, et finalement ravagée, court au collapsus, à moins que nous ne trouvions une voie pour unir la famille humaine et changer rapidement.

LA FIN DE L’ÊTRE

La chute des écosystèmes globaux est cause de guerres supplémentaires, d'épidémies, de pauvreté, d'émigrations et du surgissement de corporatismes autoritaires. La perte des écosystèmes, la surpopulation, les inégalités, les guerres nationalistes, la pauvreté abjecte et le manque de justice menacent la Terre et l'humanité dans son être. Soit l'humanité s'unit immédiatement pour embrasser la liberté universelle, l'écologie, l'équité et la justice, ou nous verront la fin violente et terrifiante de l'être.
L'humanité sur terre est devenue une surespèce ignorante et menaçante, trop obsédée d'elle-même pour remarquer que nous dévorons notre propre habitat juste pour consommer toujours plus de produits nouveaux. Notre monde écologique mourant s’engouffre dans la guerre permanente, les épidémies, la famine, le fascisme, le chaos, la mort de masse et l'effondrement de la biosphère. Des siècles de progrès social sont menacés par un changement climatique abrupt, et par l'avènement des autoritarismes.
Les crises d'émigration des enfants que nous voyons entre les frontières américaine et mexicaine, entre l'Afrique et l'Europe et ailleurs, sont le résultat de cet effondrement, de la surpopulation et de siècles d'exploitation impérialiste des pauvres par les riches. Tous les enfants partout doivent être élevés correctement en restaurant les écosystèmes et en encourageant les familles peu nombreuses. N'importe le/laquelle d'entre nous peut être un-e réfugié-e n'importe quand, et beaucoup d'entre nous le seront quand des régions entières s'effondreront et que la biosphère mourra.

CHERCHER LA VÉRITÉ OU PÉRIR

Il y a une petite fenêtre d'opportunité pour franchir ensemble la transition vers une écologie soutenable. Mais cela dépend de notre capacité à comprendre quelques vérités déplaisantes. La guerre est le meurtre. Le développement industriel est un écocide. Dieu est un mythe. L'inéquité est le mal. Les nations n'existent pas.
La réponse est la vérité. La famille humaine doit s'unir pour une écologie globale, et s'accorder sur d'autres concepts tels que la liberté, la justice, les producteurs/productrices, et l'équité, -ou nous perdrons tout.
Encore une fois, il n'y a ni pays ni dieux, seulement la famille humaine et les autres espèces sœurs, partageant les fruits d'une seule biosphère vivante. De la plus petite créature jusqu'à l'écosystème global, nous sommes toustes parties prenantes du même voyage de l'évolution naturelle, et nous devons aimer tous les êtres comme notre parentèle. C'est une folie sociétale absolue que la famille humaine ne puisse être tenue pour responsable de ses actions alors qu'elle ne cesse de détruire les écosystèmes, au lieu d'apprendre à partager et à vivre en paix pour éviter l'apocalypse écologique.
De large portions des forêts restantes de la Terre, des océans et d'autres écosystèmes naturels doivent être protégés et restaurés pour soutenir la biosphère. Des administrations bureaucratiques bénéficiant de bonnes ressources financières faillissent malheureusement dans leurs actions de promotion, faute d'une vision suffisante pour défendre l'écologie globale : elles doivent être révoquées et leurs fonds redirigés vers de petites communautés de transition soutenable.
Devant la menace, utiliser toujours plus de combustibles fossiles et exploiter les forêts anciennes sont des crimes contre la Terre et contre l'humanité. Pour survivre et prospérer, l'humanité doit renoncer aux combustibles fossiles, protéger et restaurer les écosystèmes, embrasser l'agro-écologie, renoncer à l'agriculture industrielle, avoir moins d'enfants tout en s'occupant mieux de ceux déjà nés.
Pour la survie des humains, de larges portions de forêts anciennes et la permaculture agro-écologique doivent rester notre contexte. Le salut écologique peut être trouvé dans nos jardins, en cultivant de la nourriture bio, en restaurant les éco-systèmes, en diminuant nos émissions et en retournant à la terre.
La vie, c'est la liberté verte -remplir nos obligations vis à vis de l'environnement et du bien-être des êtres vivants, tout en restant radicalement libre. La divergence d'opinions et la paix sont patriotiques ! La guerre, l'écocide, l'ignorance, le corporatisme, la surconsommation ostentatoire et l'inéquité ne le sont pas. Soyons patriotes, pas nationalistes. Aimons notre pays, mais aimons la famille humaine, toutes les vies, et la Terre encore plus. Sachons comment le patriotisme diffère du nationalisme et du militarisme.
C'est à tous et à chacun d'engager notre être entier pour soutenir l'écologie et de vivre de façon modérée sur la Terre... ou alors notre SEULE BIOSPHERE PARTAGEE s'effondrera et nous cesserons d'exister.

Liens supplémentaires - Le texte de ce billet en anglais :
Global Ecosystem Collape by Glen Barry
Sommet des Nations Unies sur le Climat - 23 septembre 2014
Grande Marche Mondiale pour le Climat - 21 septembre 2014
People's Climate March - NYC 9/21/14
Les articles du Monde sur l'Overshoot Day

La terre est une merveille : un complexe agencement d'espèces dans des écosystèmes. Le Facebook de EcoInternet.

mercredi 3 septembre 2014

La marche pour l'abolition de Rosen Hicher

Ce 3 septembre 2014, Rosen Hicher, survivante de la prostitution, dont j'avais relayé le témoignage ICI, entame une marche pour l'abolition de la prostitution (la loi votée par les députés est actuellement bloquée, et les sénateurs ont retoqué l'amende aux clients), marche de 743 KM entre Saintes en Charente Maritime, et Paris : elle fera une halte dans toutes les villes où elle s'est prostituée. Les étapes seront de 25 KM par jour.



Si vous voulez marcher avec Rosen sur un ou plusieurs jours, parce qu'elle passe dans votre région, ou pas loin, ou encore parce que vous souhaitez la soutenir, vous pouvez aller voir le planning ici, en actionnant le menu déroulant "J'indique l'étape où je marche avec elle". La carte plus visuelle de sa marche est par ICI.

Liens : Marche pour l'abolition
Un article du Monde Diplomatique : L'utopie libérale du service sexuel.

vendredi 29 août 2014

Landes 'Art : pique-nique à NDDL

Landes' Art est une exposition d’œuvres d'art sur le site de Notre Dame des Landes, dans le bocage nantais, sur l'ex (espérons !) futur site de l'aéroport NDDL. Le land art est une tendance de l'art contemporain, utilisant pour ses œuvres des matières naturelles ou recyclées, œuvres ensuite exposées in situ. Les contributeurs et contributrices sur le site de NDDL sont des artistes, évidemment, mais aussi des gens de la région : élèves des écoles et collèges, et toute personne inspirée par le thème ou le site. Je l'ai visité en compagnie d'amis pendant une après-midi de dimanche d'août. Je vous propose un échantillon des meilleures photos de cette merveilleuse journée.


Ici, la boule rouge de Sophie Vinet, plasticienne. J'avais relayé son appel à envoi de tissus rouge ici même.

Les noms des personnes contributrices sont inscrits sur 4 panneaux derrière l’œuvre. Vous pouvez cliquer sur chacune des photos, elles s'agrandissent.



Le parcours de 5 km dans le bocage, parfaitement fléché, part de la place de l'église et égrène les nombreuses installations sur le bord du chemin, dans les arbres, dans de petites combes, dans une prairie... La promenade permet de découvrir également quelques espèces végétales signalées par une étiquette et un ruban de même couleur sur la plante décrite.






Deux installations à base de boutons :




Faite de pédaliers, d'un vieux pneu de vélo et sa selle, on voit une tête :



Une dizaine de panneaux triangulaires de danger représentant des animaux en possession d'un fusil rappellent que le lieu leur appartient. Ci-dessous, le triton crêté, totem du lieu :




Un jeu de mot :



Un détail de yarn bombing (tricot ou crochet dans les arbres) :



Sculpture aérienne et légère "oiseau" en grillage à poule :




Un petit train avec des races de vaches :



Art brut sur une souche d'arbre :



Le monstre du Loch Ness ?



Une autre créature mi féline, mi-humaine se repose :



Une suspension en brindilles, très Blair Witch Project ;)))



Au détour d'un chemin, un énorme loup :



Un soleil avec des couleurs de vitrail :



Il vous reste tout le mois de septembre pour parcourir de cette dixième édition. Notre Dame des Landes est située à 25 km au Nord ouest de Nantes, et à 90 Km au sud de Rennes. Un jour de beau temps, en surveillant la météo, un pique-nique (végane), et c'est la promesse d'une excellente journée.

Le bocage : comment imaginer un aéroport, ses accès, ses pistes, et ses parkings là-dessus ?




La totalité de mon reportage photos sur mon board Pinterest Notre Dame des Landes. Cliquer sur une photo pour l'agrandir : à droite de la photo, vous aurez une mosaïque, il suffit de cliquer sur ses images, vous éviterez ainsi le gros bandeau de bas d'écran que Pinterest nous inflige depuis une semaine !

La Zad du Testet dans le département du Tarn résiste contre un projet de barrage, grand projet Inutile Imposé. Voici leur blog : Tant qu'il y aura des Bouilles. Et Le journal de la ZAD de Notre Dame des Landes.

samedi 23 août 2014

Entrez dans la Matrice

Vidéo Matrix  - La Matrice
Extrait du film des Frères Wachowski de 1999.

"Choisis la pilule rouge, on reste au Pays des merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre. La Matrice est universelle, omniprésente, Elle est le Monde ! Elle est une prison pour ton esprit."
La pilule rouge, c'est le féminisme vu au prisme du matérialisme historique, de la lutte des classes et des rapports de production, Tome 1 de L'ennemi Principal : Economie politique du Patriarcat. Recueil de textes et d'articles publiés entre 1971 et 1975, malgré quelques petits anachronismes dans quelques données statistiques qui ont désormais 40 ans, ces textes gardent toute leur force.
Christine Delphy est sociologue.


Lisez-le et entrez dans la Matrice



Il est partout. C'est le Patriarcat, une construction sociale interactive qui nous bombarde de misogynie. C'est un programme de domination qui imprègne la société à tous les niveaux : les lieux de travail, l'école, le foyer...
Il tient les personnes enfermées dans des rôles sociaux de genre rigides, une situation intenable qui conduit à la frustration et à l'aliénation.

La plupart des gens ne voient pas le patriarcat : ils sont immergés dedans, et jusqu'à leur libération, ils en sont même les conspirateurs, les agents du système. Tout le monde est un agent du système jusqu'à l'éveil...

Citations sur l'économie du mariage (dans Mariage et divorce) : "...le mariage est l'institution par laquelle un travail gratuit est extorqué à une catégorie de la population, les femmes-épouses".

"Partis tous deux d'une situation sensiblement égale (si on ne tient pas compte de la discrimination), le mariage amène une mobilité descendante de la femme et au contraire une mobilité ascendante de l'homme qui se conjuguent pour creuser un écart considérable entre les possibilités économiques des deux.".

"La charge des enfants est l'aspect de l'état de divorce qui éclaire le plus le mariage et en même temps confirme la continuation du mariage après le divorce. [Des travaux ...] ont confirmé que le niveau de vie des divorcés un an après le divorce, tombe de 40 % pour les femmes et s'élève de 
70 % pour les hommes".
"La garde des enfants, considérée comme un privilège et même une compensation pour les femmes : toute une mise en scène a pour but de dresser les conjoints l'un contre l'autre, des faire peser des incertitudes quant à l'issue du combat, et d'ériger la garde des enfants en enjeu de combat, mise en scène au terme de laquelle, celle (celui) qui obtient la garde des enfants considère avoir remporté une victoire. Bien entendu, il n'est jamais question de leur entretien -de leur charge- mais seulement de leur "garde" -notion juridique qui dénote officiellement la responsabilité civile, et officieusement le droit d'en jouir comme d'une propriété."
[...] La société ne reconnaît pas le travail domestique des femmes, et les tribunaux omettent de veiller à ce que les pensions soient versées, pensions fixées à un montant dérisoire la plupart du temps, donc :
"Objectivement l'"intérêt de l'enfant" a contribué à appauvrir la mère, enrichir son père, et à créer ainsi les conditions dans lesquelles son intérêt ultérieur est de revenir à son père".
Remarque - L'"intérêt de l'enfant" est une fiction juridique, dans la mesure où ce sont des juges, et non des enfants qui en parlent.

Lien : Delphy :  Le féminisme matérialiste - La préséance du social sur l'être humain
La réédition du tome 1 de L'ennemi principal porte désormais cette couverture.

dimanche 17 août 2014

Idée lecture : Comment rêvent les morts

Sur les conseils d'un abonné Twittos québécois, j'ai lu Comment rêvent les morts, roman américain de Lydia Millet. Une excellente idée de lecture pour l'été, ou n'importe quand.

Thomas, dénommé T. par sa mère, le héros du roman, "fait" de l'argent en bétonnant, vitrifiant, artificialisant tous les bouts de terres vierges qu'il trouve "valorisables". Il adore l'argent et d'ailleurs, quand il était petit, il pouvait passer des heures à contempler un billet usagé de 20 dollars (les neufs font trop fausse monnaie !). T. est promoteur immobilier, il trouve des terrains, les financeurs et les capitaux, et il construit des lotissements pavillonnaires pour retraités de la classe moyenne supérieure, clés en mains. Il y a bien quelquefois des interdictions émanant des services fédéraux ou locaux de protection de l'environnement, car abritant une espèce endémique d'animal, mammifère, insecte..., mais rien qui résiste réellement à une armée de bons avocats.

Seuls inconvénients de son métier lucratif, les protestations mesquines de ses nouveaux propriétaires qui souhaitent redresser une allée de garage voulue légèrement courbe par l'architecte : ce serait tellement mieux s'ils pouvaient entrer en ligne droite, sachant que c'est, bien entendu, pire pour sortir du garage en marche arrière. Le roman est plein de petites notations drôles et saugrenues de la sorte sur les frustrations perçues dans une société d'hyper consommation.

Et puis un jour, T. blesse mortellement une femelle coyotte sur une bretelle d'autoroute. Cela lui cause un choc émotionnel dont il va tenter de se remettre en allant adopter une chienne dans un refuge. Puis son père abandonne le domicile conjugal : mâle alpha hétérosexuel quinquagénaire, patriarcal ne doutant pas de ses prérogatives dues à sa naissance dans le bon sexe, il réapparaît cependant quelques temps plus tard barman dans un bar gay, où il goûte une nouvelle jeunesse, un nouveau look, un nouvel appétit de la vie, débarrassé des contraintes du conjugo. Pendant que sa femme, la mère de notre héros, abandonnée, incapable elle, de se retrouver une raison de vivre, aliénée par des années d'asservissement dans la routine du mariage, se laisse aller à folleyer, perdant progressivement contact avec le réel. C'est injuste, mais le patriarcat est injuste, par la haine de soi paralysante qu'il provoque chez les opprimées. Toutes ces épreuves successives imposées par la vie, la mort brutale aussi de la femme à laquelle il était profondément attaché, font que T. va aller du côté de l'empathie et de la compassion.

Roman sur la perte, et sur l'effacement progressif mais inéluctable des espèces animales autour de nous, sur la destruction de la nature par notre parasitisme et nos aveuglements de consommateurs-rois, roman assez mal foutu quand T. commence à aller visiter des zoos (la partie la moins convaincante), il se termine -les cinquante dernières pages formidables- par une confrontation avec la nature, la vraie, celle qui ne fait pas de cadeaux aux humains. Fin ouverte, à nous d'inventer ce qu'il adviendra du héros, mais fin bouleversante grâce à une rencontre. Avec un animal, bien sûr.

Lydia Millet dédie son livre au rhinocéros noir, disparu d'Afrique Occidentale pendant l'écriture de son livre ( 2008) et à toutes les espèces animales qui vont disparaître dans les mois et les années qui viennent.

Lien : La critique de Télérama

mardi 12 août 2014

Avoir foi en l'humanité, malgré tout ?

J'ai reçu dans ma boîte mail, car je suis abonnée à leur mailing-liste, cette vidéo émanant de l'ONG Animals Australia, ONG qui donne une voix à tous les animaux, y compris ceux dits "de rapport" ou "de boucherie", ce qui, en soi, est remarquable. Après une série de mauvaises nouvelles et d'appels à militantisme, and now, the good news, restaurez votre fois en l'humanité en moins de 4 minutes, écrivent-ils, proposant un montage de différentes vidéos tournées par des activistes de la cause animale, dont il n'est pas question de discuter la véracité, ces images témoignent de situations réelles. C'est l'été, aussi place aux "bonnes nouvelles" : l'humanité (dont sa moitié masculine montrée ici -qui sature les postes de pompiers, les "anges des animaux" étant généralement massivement des femmes, rappelons-le) au meilleur d'elle-même. Notez dans les sous-titres que ces témoignages proviennent de partout sur la planète.
ENJOY !


mardi 5 août 2014

Pornographie de la viande

Un restaurant steakhouse ouvre à Washington DC ; sa stratégie marketing est d'attirer les femmes (...not your daddy's steakhouse, dit la promesse de leur affiche). Voici le matériel publicitaire et RP utilisé pour l'évènement :





























Un morceau de viande pendu à un crochet de boucher (animal déréalisé et fragmenté, coupé en morceaux dans la viande) et une femme coupée en deux, juste au dessus du "jarret" ou du "gîte" ? Rappelons que des corps de femmes sont aussi montrés - consommés en morceaux dans les industries de la prostitution et de la pornographie.










Dans l'affiche d'ouverture avec bouteille de champagne : éjaculation faciale (même pas) subliminale ?






















Les happy few invitées à l'ouverture sont marquées (branding) comme du bétail dans le dos ou sur le bras


Dans la vidéo publicitaire long cut ci-dessous, vous pouvez repérer tous les codes de la pornographie filmée : à la seconde 34/35, il y a même une Cène très fugitive (dernier repas du Christ, sujet inépuisable de la peinture sacrée) composée uniquement de femmes, qui se veut sans doute dans la transgression blasphématoire, et outre des femmes se rentrant des morceaux dans la bouche, des éjaculations symboliques, et bien sûr un couteau phallique trancheur en gros plan.



La promotion du Happy hour du lundi fait clairement appel à la culture du viol :


J'entends d'ici certain-es penser : mais ce n'est pas en France qu'on verrait des choses pareilles !

Eh bien si : déjà traitées sur ce blog ou d'autres, une pub pour la saucisse de Morteau  et le calendrier des Chefs 2013 avec des hommes habillés et des femmes dévêtues en cuisine.

Liens qui ont inspiré ce billet :
Human-Animal studies images ;
L'article du Huffington-Post consacré à l'évènement (en anglais) qu'ils présentent comme "female friendly" c'est à dire favorable aux femmes (merci de votre vision des femmes et de vos projections sur ce qu'elles sont sensées aimer). Le diaporama Sexy Pizzas est du même tonneau.

lundi 28 juillet 2014

Les vrais mâles préfèrent la viande

La veille de la finale de Coupe du Monde FIFA 2014, opposant Allemagne-Argentine, et suivie en majorité par les hommes, Euterpe m'envoie la une du Berliner Morgenpost :


L'agriculture argentine (qui occupe 7 % de la population et 5 % du PIB) est constituée d'élevages extensifs qui couvrent presque la moitié de son territoire (c'est ce que veut dire extensif : ça prend de la place sans être très rentable), mais c'est le soja, le maïs et le blé qui comptent en majorité dans sa production, notamment à l'export. Alors pourquoi pas un morceau de tofu ? Quand aux allemands, je sais qu'ils exportent plutôt des machines-outils et non pas des couteaux et des fourchettes ! Si la machine-outil est totalement virile (allez au Salon de la Machine-Outil, si vous ne me croyez pas), le tofu (fait avec du soja, légumineuse très protéinée) lui, l'est moins. Et puis, les hommes veulent du bacon enroulé dans du bacon !


"Un vrai gars, ça a tout le temps faim, ça mange un ours avec la peau et les poils, et pas de salade. Et un gars, ça mange du gras, si vous aimez les légumes, enlevez 5 points" -à votre virilité. Vous pouvez vous amuser à aller sur ce lien Êtes-vous un VRAI gars, faites le test ! Et gaffe à ne pas faire de réponses de chochottes : vous débutez avec un capital de 100 points et à chaque mauvaise réponse, vous perdez des points, je vous aurais assez prévenus en vous donnant tous ces indices. La viande, c'est viril, se tue à vous dire le Guide (québécois) des Restaus 2014

tandis que le melon, lui est nettement plus féminin :


Ces illustrations sont furieusement dans la tendance Foodporn qui fait un tabac sur Internet et les réseaux sociaux en ce moment. Foodporn : photos consistant à glorifier de la nourriture comme substitut du sexe selon ce lien Wikipedia en anglais.

Tout ça pour vous introduire l'excellent billet d'Elise Desaulniers sur le Site québécois Françoise Stéréo :

Les vrais mâles préfèrent la viande – Convergences du féminisme et de l’antispécisme

(Antispécisme : lutte contre les préjugés liés à l'espèce, ou spécisme)

"Sur la couverture de son numéro « spécial hommes » présentement en kiosque, Ricardo s’est entouré de six semblables pour nous offrir des côtes levées, du poulet frit et des trucs technos. Entre les fumoirs et les meilleures coupes de bœuf pour le BBQ trône une section sur le bacon – où quelqu’un a trouvé le moyen d’ajouter quatre tranches de fesses de cochon à une tarte aux pacanes. Certains y verront un florilège de clichés, mais le magazine défend son manque d’imagination : si on patauge dans les stéréotypes, c’est que le client en redemande. « Lorsqu’on a fait un appel à tous auprès de nos lecteurs pour savoir quel genre de plat ils aimeraient avoir dans notre numéro spécial gars, le message qu’ils nous ont envoyé était clair : “On veut du bacon au bacon enroulé dans du bacon.” C’est donc à leur demande que nous avons décidé d’ajouter ce dossier 100 % cochon. »
Dans le monde de Ricardo, tous les hommes sont blancs, plutôt riches, plutôt forts, plutôt d’âge moyen. Et assurément hétérosexuels et carnivores. Seul Ricardo peut se permettre un peu de sensibilité avec des framboises et des poivrons en nous faisant visiter son jardin. Les autres gars, les vrais, maintiennent la ligne dure : « Les filles seraient étonnées de voir qu’on mange de la salade quand elles ne sont pas là… c’est parce qu’elle contient du steak », affirme Hugo dans le reportage sur le « party de gars 100 % bœuf ». Il serait sans doute d’accord avec l’analyse du rapport des hommes à la viande que fait le publicitaire Jimmy Berthelet, sur le site Web du magazine : « Le barbecue nous connecte avec nos origines les plus primaires. Des flammes, une pièce de viande, l’odeur de la fumée… c’est une expérience imprégnée en nous. C’est une cuisson d’instinct et de toucher. »
Les vrais mâles préfèrent la viande. Cette idée simpliste est bien ancrée dans notre culture. La viande est associée à la force physique : les hommes sont forts, les hommes doivent être forts; les hommes ont besoin de viande. Dans la grande dichotomie patriarcale, la symbolique de la viande résonne avec des qualités typiquement masculines : le courage, la puissance sexuelle, la richesse et le prestige. L’entrecôte, c’est la nourriture de ceux qui ont atteint le penthouse de la chaîne alimentaire. À l’opposé, les légumes inspirent l’ennui, la passivité. Végéter, c’est vivre de façon inerte, sans volonté.
Si l’identité masculine est associée aux côtes levées, les femmes, elles, sont du côté des légumes en papillote. Au 19e siècle, Hegel écrivait d’ailleurs que « la différence qu’il y a entre l’homme et la femme est celle qu’il y a entre l’animal et la plante. L’animal correspond davantage au tempérament masculin, la plante davantage à celui de la femme. Car la femme a davantage un développement paisible, dont le principe est l’unité indéterminée de la sensibilité[2] ». On l’aura deviné, Hegel n’était pas très queer."

Pour lire la suite, dans la même verve passionnante et argumentée, citant Sexual politics of meat de Carol J Adams dont j'ai parlé sur ce blog, comparant le sort fait aux femmes, aux colonisés, aux animaux dans nos sociétés patriarcales, et établissant une convergence entre féminisme et antispécisme. C'est par ici : paragraphe

jeudi 24 juillet 2014

Le cœur des femmes

Je relaie ici la campagne pour la détection des maladies cardiaques chez les femmes. Il existe une idée fausse mais qui a la vie dure : les femmes seraient mieux protégées par leur système hormonal contre les crises cardiaques et les infarctus. Encore une légende patriarcale : dans ce domaine il y a parité. Et les femmes meurent plus ! Nous sommes moins bien détectées, moins bien traitées, et bien sûr, comme d'habitude, pas prises en considération par la Recherche. Les symptômes des femmes ne sont pas les mêmes en matière de pathologie cardiaque et nous en mourons plus souvent, nous avons 7 fois plus de risques de mourir d'une crise cardiaque que d'un cancer du sein.

Le film est beau et réussi, avec Julie Depardieu dans le rôle principal :



Mesdames, faites surveiller votre coeur !

Liens : Le coeur des femmes en danger
Recherche médicale : les femmes défavorisées ?
Le PDF de l'Institut de France (avec rien que des hommes à la tête du pool recherche)