vendredi 5 février 2016

Pornification : De la folie des grandeurs au cinéma porno


" Le cinéma est impitoyable. Le porno est pitoyable. Les deux veulent toujours de nouvelles chairs fraîches à exposer, des innocences à sacrifier et à vénérer ".

Elle s'appelle Karin Schubert, et vous la connaissez même si son nom ne vous dit rien. Elle jouait le rôle de la reine d'Espagne dans le film La folie des grandeurs de Gérard Oury (choisie après un casting féroce très bien raconté), récemment rediffusé (janvier 2016 sur France 2 un dimanche
soir ?) à la télévision : film sexiste, film de mecs, avec Yves Montand à contre-emploi dans un rôle comique de valet, Louis de Funès en grand d'Espagne radin, et les actrices femmes, rôles secondaires valorisant les personnages masculins : Sapritch dans le rôle d'une vieille duègne laide et prude, gardienne des vertus de la reine, et Karin Schubert donc, présentée comme une ravissante idiote blonde à accent teuton, toutes deux prétextes aux joutes entre Don Salluste et son valet, une comédie librement inspirée du Ruy Blas de Victor Hugo. Cette comédie franchouille de 1971 fera plus de 5 500 000 entrées, apportant notoriété et fortunes diverses à ses acteurs (surtout) et actrices. Dont les destins vont diverger en fonction de leur genre, puisque le cinéma est cannibale pour les femmes.

J'ai lu Pornification de Jean-Luc Marret - Editions Intervalles. Sous la forme d'un roman, il raconte le parcours, la gloire puis la déchéance de Karin Schubert dans le siècle qui invente avec la contre-culture et la libération sexuelle post-mai 68, le cinéma érotique populaire post Emmanuelle -" Le summum de l'intellectualisme prétexte à galipettes, c'est Emmanuelle "- des salles de quartiers qui fermeront inexorablement avec l'apparition du standard VHS développé par JVC rendant la pornographie consommable à domicile, cassettes immédiatement suivies par Internet, le destin de ses actrices évoluant vers l'abattage de la pornographie accessible aux masses, où les capitalistes mâles de cette autre industrie de la viande se font des couilles en or. Ce sera le destin de la blonde Karin, étoile filante du cinéma, née en 1944 dans les décombres de la guerre à Hambourg, maltraitée par son père alcoolique incestueux, mais qui a la foi (protestante et germanique) en une saine sexualité, qui pense que la nudité n'est pas sale, que c'est la façon dont les gens la regardent qui l'est. Karin est blonde, donc elle sera la victime toute désignée des hommes vampires et équarrisseurs de blondes, consommateurs de chair fraîche. Mais Karin Schubert rêvait d'autre chose que la carrière de secrétaire trilingue que lui permettait son diplôme fraîchement obtenu.

Elle croit en la chance, et puisqu'elle part s'installer à Rome après le succès de La folie des grandeurs, elle espère tourner des films avec les metteurs en scène du cinéma politique italien des années 70, les Rossi, Scola, Bertolucci..., mais elle a un accent allemand, lui oppose-t-on, ou avec les allemands Fassbinder, Herzog, Schlöndorff..., sauf que les femmes n'ont aucune chance d'avoir de la chance dans un système broyeur qui la mènera d'Italie, où elle fait l'essentiel de sa carrière dans de médiocres films italiens populaires, à l'Espagne, dans la porno industrie où Karin Schubert, à bout de ressources, rentre à l'âge où les autres actrices en sortent habituellement. On la suit même lors d'une pénible et angoissante virée en Iran dans le lit du Shah, "queutard" consommateur de blondes contre la promesse de financement d'un film, après un examen médical et gynécologique minutieux et dégradant. La turpitude des puissants n'a pas de limite ni de frontières. Autant vous prévenir, c'est une descente aux enfers à laquelle nous assistons. La pseudo-libération sexuelle des soixante-huitards s'est en fait transformée en victoire patriarcale, asservissant les femmes dans une sexualité à leur service, celles qui refusent étant taxées de prudes coincées. Attention, je ne dis pas qu'il ne fallait pas fiche en l'air cette triste sexualité honteuse du conjugo, mais tout de même, il faut reconnaître que les patriarcaux gagnent toujours.
" Le Kapital est à ce point supérieur qu'il s'approprie ceux-là mêmes qui prétendaient s'en affranchir. Les censures, reliques du passé 
s'allègent ? Le commerce en profite."

Karin Joubert a aujourd'hui 72 ans, et même si la fin du roman la présente apaisée, en Allemagne, au milieu d'animaux, (dont elle s'est dans la réalité toujours entourée, animaux compagnons, remparts contre les saloperies que la société des hommes inflige aux femmes), la réalité est sans doute moins douce. Après avoir gagné pas mal d'argent -avec des cachets en chute libre en fin de carrière-, vite dépensé en fêtes cocaïnées (il faut tenir dans la violence de la pornographie où elles sont enfilées en gros plans par tous les bouts !) et en frais de clinique de désintoxication pour son fils héroïnomane, en avoir fait gagner  mille fois plus aux capitaines des industries du cinéma et de la pornographie, il est plus que vraisemblable qu'elle vive aujourd'hui sous le seuil de pauvreté, et/ou enfermée dans une maison de santé.

Jean-Luc Marret est spécialiste de sécurité et de terrorisme : il est chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, Pornification est son deuxième roman.


Porno-actrice : " Je suis l'ange de l'individualisme de masse, celle qui va jusqu'au bout de soi, de la destruction des valeurs bourgeoises, comme on disait dans les années 60, quand j'étais belle et jeune !... Et vous savez ce que j'ai trouvé au bout de tout ça ? Au bout de l'affirmation de soi, de l'authenticité et de la libération du corps ? ! Le narcissisme... Le trafic d'êtres humains !... L'exploitation de la femme par l'homme !... Rien d'autre que ça !!... Au-delà de la morale, il n'y a rien... Rien que de la sauvagerie, rien que de la barbarie... "

Liens supplémentaires :
Une autre critique chez Cultural Gang Bang : Pornification d'une femme.
Un résumé de sa filmographie "eurosploitation" chez Vodcaster : L'étrange destin de Karin Schubert
Les citations en rouge sont tirées du roman.

vendredi 29 janvier 2016

Les maîtres du monde


A Davos au World Economic Forum 2016 : cherchez bien les femmes. Club des riches de la planète, swiss non profit foundation, ce qui a fait dire à Nicolas Barré un matin sur Europe 1 que c'est une ONG type Croix Rouge (si, il a osé), sauf que pour être membre il faut être le(s) dirigeant(s) d'une compagnie mondialisée de plus de 5 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Un club restreint donc, qui veille à ses intérêts, très opportunément confondus avec l'intérêt général. Leur principal meeting se tient une fois par an à Davos, meeting qui leur permet d'inviter des politiques, (Macron et Valls y étaient cette année, une première pour des ministres socialistes qui avaient jusqu'ici toujours refusé de s'afficher avec les hyper riches !) et des journalistes internationaux influents et triés sur le volet. Vous avez compris : il s'agit avant tout de remplir son carnet d'adresses entre copains d'un club très masculin, limite mafieux, puisqu'un club est ontologiquement d'essence masculine, et que l'on s'y coopte entre mêmes. Vous me direz qu'il y avait aussi Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, évidemment inoffensive au pouvoir masculin, car première femme à diriger cette instance, puisqu'elle a été soigneusement sélectionnée selon les critères virils nécessaires pour occuper le poste ! La seconde aura plus de facilités, la terreur que leur provoque les femmes au pouvoir, femelles réputées incontrôlables, sera atténuée car Lagarde aura essuyé les plâtres... et endormi leurs préventions.
Ces 1% se sont tout de même fendus d'une déclaration sur la nécessité d'inclure les femmes (en majorité les pauvres de la planète, faut-il le rappeler ?) dans la prise de décision : "Il est temps de briser les chaînes de la dépendance pour les femmes et les filles" -en anglais sur ce lien-, ça ne mange pas de pain et ça leur donne un air furieusement progressiste. Puis, back to business as usual, status quo ante : on reste entre gars, la méthode est éprouvée. Rendez-vous l'année prochaine avec les mêmes.

Dans le même temps l'ONG OXFAM a publié une étude sur le gap qui se creuse entre les riches et les pauvres sur une planète aux ressources à bout de souffle. Selon les calculs d'Oxfam, 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale : c'est dû à l'appauvrissement des producteurs de richesses (ouvrier.es, agricult.rices..., gagnant de moins en moins bien leur vie) et aux comptes offshore des grands contributeurs à l'impôt, l'évasion fiscale privant les états des moyens de la redistribution. Selon cette infographie du journal l'Humanité, 80 milliardaires les plus riches possèdent davantage que 3,5 milliards les plus pauvres de la planète, soit la moitié de l'humanité. La moitié des humains pauvres = 80 plus riches milliardaires. 1 % contre les 99 %.

Les 28 et 29 janvier 2016, la France déroule le tapis rouge à l'Elysée et aux Invalides au Président iranien Rohani, notre nouvel ami, en visite en France pour signer des contrats commerciaux (en s'asseyant au passage sur les droits humains et les droits des femmes) : Vinci, Peugeot, Airbus, SNCF, l'agro-industrie, ils sont tous là ! Comme Rohani professe que les femmes doivent rester à la cuisine, on lui a composé un tour de table à hauteur de ses désirs :
Les hommes fabriquent et vendent des armes, ils font de la mauvaise politique et la guerre, ils sont aussi les plus gros carbonés donc ils ruinent le climat, et on leur laisse les clés du pouvoir ! Je laisse le dernier mot à Paola Tabet, anthropologue (in La construction sociale de l'inégalité des sexes) : de tous temps ont été assignées aux femmes les corvées non mécanisables, la prohibition des outils et des armes, elles travaillent de façon harassante à la main, à la binette, à la houe, avec des rendements très faibles ; aux hommes les outils, charrues, machines, les ARMES, et donc de hauts rendements ; avec le temps dégagé, ils ont des loisirs qu'ils utilisent à se réunir, à palabrer, à chasser, à faire de la politique et la GUERRE ! Avec des irresponsables pareils au pouvoir, je ne donne pas cher de l'avenir de l'aventure humaine sur la planète : le féminisme ou la mort !
Car "le problème central devant les possibilités technologiques est : Qui décide ? Qui décide de quoi et contre qui décide-t-on ? " Colette Guillaumin.

jeudi 21 janvier 2016

Guerre des mots : les mots de la guerre

La guerre passe mieux dans l'opinion en édulcorant son vocabulaire : "frappes chirurgicales", victimes collatérales"..., pour mieux faire oublier que sous les bombes, il y a des gens. Guerres presse-boutons par écrans vidéo interposés : propre, pas de sang sur les murs, c'est tout de suite plus présentable. Les mots de la guerre servent aussi à vilipender l'ennemi, à le décrédibiliser.



Le week-end de la manifestation des pro-loup à Lyon et Nice les 16 et 17 janvier 2016, France Info invite la sous-préfète de la Drôme à s'exprimer sur le sujet, brûlant en France, puisque chez nous le sujet clive. Le loup est reconnu espèce protégée par la Convention de Berne et par la Directive Européenne Habitats, deux traités ratifiés par la France. Or, chez nous, un préfet peut décider d'abattre des loups : 36 exactement pour 2015, avec la bénédiction du Ministère de l'Ecologie. A la question du journaliste "comment peut-on décider d'abattre une espèce protégée ?", la sous-préfète répond "on ne dit pas abattre on dit prélever !" Et d'expliquer que le "prélèvement" se fait par un lieutenant de louveterie, et pas avec une arme de chasse. C'est d'ailleurs comme ça qu'on reconnaît un loup braconné -abattu illégalement par un braconnier au fusil de chasse, vous suivez jusque là ?- d'un loup tiré, pardon "prélevé" par arrêté préfectoral en toute légalité, -à condition de s'asseoir sur la signature des traités supranationaux que la France ratifie, tout de même !-. On tue donc le loup avec des mots avant de le tuer au fusil à lunette. Mais c'est une habitude. Echantillon : " l'homme est un loup pour l'homme ", "voir le loup", "loup solitaire" qui sert pas mal en ce moment, etc... En plus, on est en face d'une superbe inversion patriarcale : les éleveurs, concurrents directs du loup, veulent des brebis et moutons non gardés dans la nature sauvage, et les espèces sauvages derrière des barrières et des clôtures. Evidemment, tout cela aboutit à un carnage (indemnisé !) : plusieurs milliers de brebis et moutons meurent... de tas d'autres raisons aussi (dont la brucellose ovine), mais comme le loup a le dos large, chargeons le loup, ça sert les intérêts de la corporation des éleveurs ennemis de la biodiversité.
La guerre des mots continue d'ailleurs dans les élevages : ils ne disent jamais envoyer à l'abattoir, mais "envoyer à la réforme" ça permet de mieux digérer, en passant sous silence la mort industrielle promise si les vaches laitières par exemple "ne prennent pas l'insémination" forcée : "allez, hop, ma vieille à la réforme !".

Pamela Anderson contre le gavage : "Dinde, oie, pintade" 

En pleine "crise" de suspicion de grippe aviaire (des dizaines de milliers d'oiseaux sains, gazés et envoyés à la benne dans le sud-ouest, et des vides sanitaires synonymes de perte d'exploitation pour les gaveurs intégrés hors-sol -90 % de la production), les intérêts des éleveurs auraient été attaqués (c'est leur façon de présenter les choses, pas la mienne) d'une autre façon cette semaine à l'Assemblée Nationale, où la députée EELV, Laurence Abeille, dans une campagne contre le gavage a fait venir Pamela Anderson, ex actrice, lobbyiste de la cause animale, plaider la cause des canards et des oies de l'industrie du foie gras. Je ne suis pas une groupie de Pamela Anderson, ex porte-parole de PETA et de ses campagnes sexistes et classistes, je ne suis pas fan non plus des "personnalités engagées dans des causes" qui servent surtout à leur réputation personnelle d'ailleurs -je suis sûre que l'engagement d'Anderson est sincère- et qui éclipsent le travail fait par des dizaines de milliers de bénévoles anonymes et généralement déconsidérées (90 % de femmes) voire maltraitées, des associations de protection animale (pendant que les mecs dirigent et perçoivent un salaire, comme partout), mais les quolibets sexistes, spécistes, l'animalisation des femmes pour mieux ridiculiser les causes qu'elles défendent me débectent ! Extraits du festival (il y a eu des centaines de posts) :

Loïc Besson, journaliste (sexiste) au Figaro :
Une quidame spéciste :
Le Président de la Fondation Jérôme Lejeune qui y trouve l'intérêt de placer son message contre l'IVG, quitte à mélanger les genres, mais ils n'en sont plus à une saloperie près :
Les Nouvelles News et les féministes réagissent :
Réponse d'un beauf :
Laurence Abeille elle-même :
Pascale Boistard, secrétaire d'état aux droits des femmes :
J'y ai mis mon grain de sel en plusieurs posts, en voici deux :
On connaît la stance patriarcale : la parole des hommes est légitime (ils se sont arrogé le magistère de la parole, le pouvoir de nommer), tandis que les femmes sont frappées de la malédiction de Cassandre, fille de Priam douée du don de prophétie, mais punie par le dieu Apollon à qui elle se refuse : elle dira la vérité mais plus personne ne la croira ! Les médiocres vilains jaloux, tout de même.
"C'est l'oppresseur qui écrit les définitions " Ti grace Atkinson

vendredi 15 janvier 2016

Relativisme culturel ou fermeté sur les principes ?

Il aura fallu 8 jours à la presse et au personnel politique allemand pour reconnaître qu'une vague peut-être préparée d'agressions sexuelles a déferlé sur les lieux festifs de la Saint-Sylvestre à Cologne et d'autres villes d'Allemagne et d'Autriche. La maire de Cologne a tenu des propos indignes, donnant des conseils de comportement et de tenue aux femmes dans les lieux publics : l'habituelle stance patriarcale, dire aux femmes de ne pas provoquer au lieu de dire aux hommes de ne pas agresser. Depuis, les langues se délient et les plaintes affluent, quelques agresseurs ont été arrêtés. La Suède vient de reconnaître qu'un festival de musique a subi le même phénomène en 2014 et en 2015 ! La chose avait été mise sous le tapis et tenue sous silence jusqu'à aujourd'hui. En France, après une "période de sidération" (ai-je entendu une femme politique dire), suivie de quelques jours d'expression d'indignation qu'on ose accuser les "migrants" ou "réfugiés" selon le positionnement de chacun à leur endroit, les associations féministes se sont enfin insurgées que les femmes soient instrumentalisées par les partis politiques de tous bords. Le basculement était visible sur Twitter le 11 janvier.

Pourquoi ce silence et cette sidération ? Parce que les victimes et témoins ont dit que les agresseurs étaient des immigrants : maghrébins, et moyen-orientaux. Les arrestations semblent confirmer le fait. Mais le sujet c'est le trouble à l'ordre public et la sécurité des personnes, dont les femmes ! Le harcèlement, les insultes, les agressions, de la plus bénigne à la plus grave -attouchements et viols- sont le lot des femmes partout dans l'espace public (20 %) et dans l'espace privé ( 80 %). Les mauvaises habitudes consistant à victimiser les coupables et à culpabiliser les femmes ont toujours cours. D'où les bons conseils de la Maire de Cologne.

Le mal , c'est le mâle. La frustration et la rage sont consubstantielles du masculin, ontologiquement constitutives de la virilité. Beau bétonner des terres cultivables pour leur construire des street parks, des stades de foot, d'énormes structures olympiques, de gigantesques stadiums en expropriant des paysans, structures payés par toustes les contribuables et fréquentées à 80 % par les hommes, des ressources astronomiques qui pourraient être utilisées ailleurs et autrement, à meilleur profit, sont détournées en salaires et compétitions sportives qui emmerdent tout le monde (l'Euro 2016 à venir où papa va s'acheter une grosse télé avec l'argent du ménage ou s'organiser un voyage de tourisme sexuel dont les femmes et fillettes feront les frais), tout ceci en pure perte, alors qu'on nous les vend justement comme une garantie de calmer leur rage et leur frustration ! Résultat ? Le hooliganisme sévit, ils se tapent sur la tronche dans les vestiaires et sur les pelouses entre équipes adverses, il cognent sur les arbitres. Rien n'y fait, leur parasitisme sur des ressources forcément limitées est avéré, indéniable, sans contrepartie.

Les sociétés patriarcales en font des petits princes héritiers ayant-droit : accès à un poste bien payé, à vie, accès à une carrière politique, accès aux femmes pour la tenue de leur intérieur et pour le sexe, sans se fouler ni séduire au besoin, etc... Et gare si les promesses ne sont pas tenues ! Les méfaits commencent : vols de mobylettes, trafic de drogue et enfin, dans les cas extrêmes, ils partent faire le djihad en Syrie. Il faut les comprendre aussi, nous rabâchent certain.es, la/leur vie est une succession de désillusions. Mais pour les femmes aussi ! C'est même pire -se retrouver le lendemain de l'union avec le "Prince Charmant" transformée en ménagère pour pas un rond, confinée à la cuisine, franchement il y a mieux comme destin- mais les femmes ne retournent leur frustrations que contre elles-mêmes, pas contre la société, elles ne se sentent jamais légitimes ! Pire : aux femmes de servir de pansement, béquille, assistante sociale et infirmière, oreiller et punching-ball aux hommes ! Ils sont frustrés ? Ils cognent. Mais silence, non-dit, bœuf sur la langue : on ne s'attaque pas à la Confrérie qui tient fermement tous les leviers de pouvoir partout, police et justice incluses. Et quand ils sont des damnés de la terre, des réfugiés fuyant la guerre et la famine ?


Djemila Benhabib sur le relativisme culturel : La gauche communautariste a assassiné Charlie Hebdo

Le différentialisme culturel est une plaie. Un racisme "light" insupportable. Il installe un double standard : il y aurait les éclairés par les Lumières (nous), et les péquenots arriérés (les autres), qui n'auraient forcément pas accès aux valeurs universelles, d'ailleurs ils n'y comprendraient rien. N'essayez même pas de leur expliquer le concept de laïcité, c'est trop français, même les étatsuniens ni pigent rien, alors que leur Constitution est directement inspirée d'Alexis de Tocqueville, penseur politique français, et qu'ils ont une culture démocratique de deux siècles en commun avec nous, c'est dire. Le ventre mou des démocraties consensuelles est la deuxième plaie, meilleure traduction par "pas d'amalgame" ! Mettre les faits sous le tapis en prétendant qu'ils n'ont pas eu lieu est une double faute : les victimes subissent un déni de justice et les pertes politiques, quand la vérité éclate, sont considérables. Les femmes (spoliées de la justice) sont ensuite instrumentalisées par les partis d'extrême-droite, justement ce qu'on avait paraît-il voulu éviter en camouflant les faits. C'est un cercle infernal toxique.

Il n'y a pas à faire d'angélisme : une politique d'intégration ça se définit et s'applique sans défaillance. Compte tenu des inévitables différences culturelles, nous devons rappeler fermement nos principes -en les appliquant aussi chez nous, c'est plus convainquant : les femmes s'appartiennent à elles-mêmes pas aux hommes, elles sont égales des hommes, indisponibles, sauf si elles disent oui. Libres de leurs choix, elles disposent d'elles-mêmes, elles s'habillent comme elles veulent, elles circulent où elles veulent, à l'heure qui leur convient, jour et nuit ! C'est non négociable. Tout contrevenant est fermement puni. Et c'est vrai pour tous les mâles, y compris nos nationaux, qui n'en sont pas toujours convaincus non plus.

Et n'oublions pas les réfugiés politiques à qui nous donnons l'asile : les Taslima Nasreen, Ayan Irsi Ali, Whalid Al Husseini, Chahdortt Djavann.., qu'on héberge quand ils arrivent, dans des quartiers où, stupéfaits, ils voient les mêmes fanatiques que ceux qu'ils ont fui chez eux et qui les menacent directement. Les accueillir, c'est bien, mais c'est mieux en leur assurant la sécurité et la fermeté sur nos valeurs républicaines et démocratiques qu'ils défendent quelquefois avec plus de conviction que nous, le comble.

Liens : L'Allemagne et son éléphant invisible au milieu de la pièce : le lourd signal de la légalisation de la prostitution -Par Rebecca Mott.
Pétition demandant la démission de Jean-Louis Bianco de la Présidence de l'Observatoire de la Laïcité que j'ai signée. Lisez bien le texte.
Place Tahrir en Europe - De l'européocentrisme comme cache-sexe et de l'art de la prestidigitation en politique - Secularism Is a Women's Issue.
Cologne : non au silence et au déni des crimes misogynes - SIAWI

jeudi 7 janvier 2016

Organisations criminelles

En ces tristes jours de commémorations d'attentats terroristes islamo-fascistes aux motivations géo-politico-religieuses, je vous propose des extraits d'un discours de Ty Grace Atkinson, féministe radicale, prononcé à l'Université Catholique de Washington DC, en 1971 : il semble que nous expérimentons aujourd'hui un backlash, un retour du religieux tout à fait alarmant, notamment en matière de liberté d'expression et de droits des femmes. Evidemment, l'Eglise présentée ici comme "la plus vaste organisation criminelle que le monde ait jamais connue" rappelle quelques-unes des organisations religieuses qui sévissent actuellement ; et même si les obédiences ne sont pas les mêmes, les obscurantismes profitent les uns aux autres, le succès et l'ascension de l'un peut donner des idées aux autres. Ils ont tous les mêmes intérêts, dominer les masses, contrôler les femmes, toutes deux forcément infantiles. Le retour du religieux, la connexion entre le pouvoir temporel des états et le pouvoir spirituel et religieux présente un grand danger, c'est, il me semble ce que rappelle ce texte. On peut d'ailleurs remplacer "Eglise" par pouvoir religieux, ou tout autre nom de secte qui a réussi ou est en train de réussir, le texte fonctionne aussi bien.


L'Eglise catholique est la plus grande entreprise des Etats-Unis. Elle a des succursales dans presque tous les quartiers. Ses biens mobiliers et immobiliers sont plus importants que ceux de la Standard Oil, de l'AT&T, et de US Steel réunies. Et la liste de ses membres imposables n'est inférieure qu'à celle du Gouvernement des Etats-Unis.
La "collaboration" entre l'Eglise et les gouvernements (la force de l'Eglise s'accroît en proportion directe du caractère plus ou moins fasciste des gouvernements) a été reconnue mutuellement profitable, mais elle n'a pas fait l'objet d'une analyse détaillée. Dans les régimes les plus oppressifs, l'Eglise prospère-t-elle parce qu'elle vient au secours des pauvres ? Ou bien prospère-t-elle dans des pays comme l'Espagne, sous le régime de Batista, et dans les pays sud-américains en général, parce qu'elle profite des pauvres et les exploite, en accroissant ainsi sa capacité de déterminer la politique -extérieure ou intérieure- d'un pays donné ? Le pouvoir politique de l'Eglise dépend de sa force économique, donc de la pression qu'elle exerce. Le principe et les pratiques qui en découlent -à savoir la main-mise d'une minorité sur les biens et les richesses- facilitent considérablement l'interdépendance des dictatures et de l'Eglise. L'Eglise est une sorte de vautour pour les pauvres. L'Eglise dévore la chair des pauvres, qui ne s'y opposent pas, en échange de la promesse de vengeance dans une vie ultra-terrestre. [...]


L'Eglise ne survit que par l'oppression, elle ne peut survivre sans cette condition politique. Tous les groupes, à l'exception des femmes, peuvent alternativement entrer ou sortir des classes opprimées, tant qu'ils ne défient pas l'oppression elle-même. Mais c'est sur la classe des femmes que l'Eglise a besoin de garder un contrôle absolu.
Le contrôle exercé sur les femmes est essentiel pour diriger et manipuler la population. a) le contrôle de la population est nécessaire en cas de guerre importante. b) le contrôle de la population est nécessaire pour connaître le nombre de fidèles, surtout quand le taux de conversion diminue. c) le taux de population, ou surpopulation doit être maintenu et manipulé afin de garantir le chômage, qui maintient une rigide hiérarchie des classes économiques et permet de contrôler les salaires en utilisant la peur suscitée par le chômage.
Il est évident que la planification des naissances ou l'avortement, laissés à la discrétion de l'individu, menaceraient l'un des plus puissants leviers de l'Eglise. " [...]

Nous devons rester vigilantes : les droits des femmes et les droits des peuples sont fragiles, ils subissent des attaques incessantes, dès que nous croyons avoir gagné, ces organisations délétères et leurs agents en profitent pour faire des retours mortifères et liberticides.

En contribution aux victimes des attentats du 7 janvier 2015, ci-dessous la couverture de Charlie Hebdo n° 1224, spécial "1 an après", paru ce mercredi 6 janvier et disponible quelques temps en kiosques.


Le texte de Ti-Grace Atkinson est tiré de Odyssée d'une amazone aux Editions des femmes.
Un article sur Mère Thérésa, fausse sainte, vraie fanatique, béatifiée par le Vatican.
Les sanguinaires de Daesh et les femmes.

vendredi 1 janvier 2016

Bonne année 2016

C'est une histoire vraie, un signe avant-coureur des bouleversements que nous prépare le changement climatique : en 2006, après des pluies diluviennes en Hollande (plat pays de polders) la mer monte et 100 chevaux et poulains se retrouvent piégés sur une langue de terre entourée d'eau. La situation dure, la mer ne redescend pas, les chevaux ont froid et faim, dix-neuf d'entre eux meurent même d'épuisement. Quelques tentatives de sauvetage en bateau échouent : les chevaux ne veulent pas embarquer et les bateaux s'échouent. Puis quelqu'un poste un message sur un forum spécialisé en équidés : une idée germe, ces animaux sociaux à fort instinct de troupeau suivent des chevaux de tête expérimentés. Une cavalière relaie l'idée, qui est adoptée, puisqu'il faut tenter le tout pour le tout ! Un chenal est choisi et préparé, sommairement drainé et balisé. Six femmes volontaires à cheval se rendent sur l'île en traversant le bras d'eau de 600 mètres ; le troupeau en détresse accepte de suivre les chevaux des cavalières qui se mettent en tête, et traverse la mer en cortège : une collation méritée de foin les attend sur le rivage ! Grâce à six femmes volontaires et empathiques, la majorité des chevaux est sauvée. Femme et cheval : un magnifique couple mythique !

Le sauvetage a été filmé - VIDEO ci-dessous - Musique d'accompagnement : Vangelis



C'est avec cette belle histoire que je souhaite à mes lectrices/teurs assidu.es et à celles/ceux de passage, une belle et bonne année 2016 !

Un lien pour en savoir davantage et voir plus de photos.


samedi 26 décembre 2015

Léviathan

" L'industrie porte en elle la guerre, comme la nuée porte l'orage " - Jean Jaurès



Dans ce petit pamphlet de 124 pages -Les échappés Editeur, chez tous les bons libraires - Fabrice Nicolino raconte l'histoire du monde paysan de ces 80 dernières années, de la grande boucherie de 14-18 où mourront des milliers de jeunes paysans d'une France à 80 % rurale, au désastre de la FAO (Food and Agriculture Organisation), organisme des Nations Unies dont la principale occupation est d'éradiquer la faim : malgré l'industrialisation de l'agriculture, son objectif est toujours inaccessible. 900 millions de personnes dans le monde connaissent la faim ! Après la deuxième guerre mondiale, les industriels de l'armement se lancent dans la fabrication de tracteurs et d'engins agricoles, les industries chimiques qui fabriquaient les gaz utilisés dans les camps de la mort combattent désormais les "nuisibles" qui s'attaquent aux récoltes, dont le doryphore amené par les américains en Europe, le DDT fait des merveilles ; et Henri Ford s'inspire de la "disassembly line" des abattoirs de Chicago pour inventer l'assembly line de ses usines de montage de tracteurs et de voitures.

A partir de la Libération, une classe de technocrates va imposer sans aucune concertation démocratique un modèle agricole basé sur la productivité : on bourre les maisons de retraites de paysans "inadaptés" et on met en coupe réglée la nature : la Terre, cette rebelle à mater". Les Jean Bustarret, Raymond Février, Fernand Vuillaume, Michel Debatisse, Edgar Pisani..., tous issus de Polytechnique ou des JAC (Jeunesses Agricoles Chrétiennes) vont imposer d'abord une idéologie, la croyance dans le progrès technique, puis des mesures drastiques : mécanisation, productivisme, remembrements brutaux, disparition des chemins creux et des zones humides, tant et si bien qu'entre 1950 et 1985, 280 000 Km de haies et de talus sont arasés en Bretagne, soit 7 fois le tour de la terre !
Pas une femme à l'horizon, hormis une qui résiste : Rachel Carson, qui invente l'écologie en 1962 avec la parution de son livre Silent Spring, et finit par faire interdire le DDT malgré la guerre implacable que lui mène l'industrie chimique.

Les animaux de ferme aussi sont transformés en machines à produire du lait et de la viande : négation des liens tissés entre éleveurs et animaux, négation des cultures paysannes, négation des besoins des bêtes qui seront parquées sur caillebottis en bâtiments, sans accès à l'herbe, l'air pur et la lumière du soleil. La vidéo de l'INA ci-dessous où l'on voit l'ineffable Raymond Février, parler de la maîtrise des organismes et de la biologie des animaux pour notre propre intérêt, fait froid dans le dos. Jusqu'à la fin grandiose, où le journaliste lui pose tout de même la question qui fâche : peut-on imaginer qu'on applique un jour ces techniques aux humains ?


1970 - Sauver le boeuf par ina

Vaches à hublots, culards, vagins artificiels pour tromper le taureau, insémination artificielle, implacable asservissement reproductif des femelles animales, Docteurs Mengele des animaux à l'INRA, hybris masculine : "avec un père, nous aurons 100 000 fils" (en fait des filles, Raymond, puisque les mâles sont considérés surperflus en élevage !), le Raymond part littéralement en sucette avec sa croyance obscurantiste en ce qu'il appelle "le progrès" qui est en fait un fantastique recul dans notre approche éthique des animaux et de la nature dont nous faisons partie. Aujourd'hui, il reste en France environ 800 000 agriculteurs pour 66 millions d'habitants, la FNSEA, premier syndicat agricole (11 présidents, tous mâles, multipliant les conflits d'intérêts) continue à promouvoir la réduction de ses effectifs de 25 % tous les 10 ans !

L'épuisement de la terre, l'accaparement des nappes phréatiques et des terres agricoles pour produire des céréales et des légumineuses destinées à la consommation animale, le hold-up des semenciers sur les variétés de plantes et de graines induisant l'appauvrissement et la destruction de la biodiversité, le crime contre l'humanité que représentent les nécrocarburants, le suicide massif des paysans partout sur la planète, l'épidémie d'obésité couplée avec 900 millions de mal nourris, le changement climatique qui fait planer sa menace sur la Terre : à quand un sursaut contre ce système financiaro-militaro-industriel ? On ne le voit pas arriver et pourtant, c'est urgent. Némésis attend son heure.

samedi 19 décembre 2015

Noyel

Noël est la fête de la famille hétéro-patriarcale, célébrant la naissance d'un garçon (s'il s'agissait de la naissance d'une fille, la fête n'existerait même pas) et qui offre l'occasion d'un dressage social de grande ampleur.


Ce dessin parodique, codes couleurs genrés inclus, montre que le désordre est semé par les garçons dont le coût social est élevé, pendant que les filles et les femmes nettement moins "turbulentes" (disons-le comme ça :(( elles, paient souvent l'addition, au minimum par les impôts. Exemple : mercredi, je sors de chez moi et bute dans une allée sur un sapin couché en travers, portant encore ses guirlandes et décorations, des paquets-cadeaux enveloppés de papier brillant de toutes les couleurs. En me demandant d'où il peut bien provenir, je jette un œil aux balcons en me disant qu'il est peut-être tombé d'une fenêtre, hypothèse idiote, car je me rappelle soudain que la mairie a "décoré" une placette à quelques mètres de là d'un sapin de 3 mètres avec les mêmes décorations. Je m'y rends et bingo, le sapin est tronçonné à mi-hauteur, il lui manque la tête. Revenant dans l'allée, je vois deux mecs en train de photographier la tête du pauvre sapin. Puis, là je me dis, comme il est plus de 9H, que la sous-succursale de la Mairie sise juste à côté doit être ouverte, c'est le moment d'aller rappeler que je suis la contestaire du quartier. J'ai une réputation à tenir quand même ! Je tombe sur une secrétaire d'une zénitude surprenante derrière un ordinateur, qui me répond qu'elle est au courant, qu'on "s'en occupe" !?! Histoire de rendre service, je lui dis que c'est un coup des mauvais garçons du quartier qui n'ont rien d'autre à fiche que d'emmerder le monde. Et là, rien : bœuf sur la langue, omertà, mer d'huile. Aucune conscience de classe ! On va pas de fâcher avec les mecs, on en a à la maison, tout de même. Comme si c'était antinomique. Fin de l'histoire : ils ont remis ce qui reste du sapin à la même place, il n'est plus que l'ombre de lui-même, il ne mesure plus qu'un mètre cinquante, et les gars du quartier peuvent continuer à vaquer à leurs occupations délétères dans le silence de plomb de la société !

Femme = viande, l'équation gagnante des bouchers-charcutiers

Le syncrétisme de Noël fait qu'il est quasi universellement célébré, et qu'il est devenue une occasion de consumérisme effréné : certains commerçants y font l'essentiel de leur chiffre d'affaires. En plus d'être obligatoire, comme toutes les fêtes religieuses, il se célèbre dans le sang des animaux. Dans les semaines qui le précèdent, les industries de la mort tournent à plein rendement. Rajoutez-y, cet automne, les dizaines de milliers d'oiseaux gazés (canards et oies à foie gras) dans les élevages du Sud-Ouest, car ils ont été détectés porteurs d'anticorps du virus H5N1, déclarés "foyers d'infection" par la grippe aviaire. En pleine COP21, on envoie à la benne des milliers d'animaux sains, dans l'indifférence générale, là aussi. Et puisque pour vendre de la viande, rien ne vaut une femme, voire une femme à poil, on trouve ça sur les sucettes en ville


Et ça aussi : appréciez le jeu de mot "plan crus" qui évoque "plan cul" !


Femmes et viande toujours associées. Animaux fractionnés et consommés en morceaux, femmes assimilées à de la viande -"elle est bonne"-, fragmentées et consommées en morceaux dans les industries de la prostitution et de la pornographie.
Il n'y a pas que Noël, les américains ont à peine digéré et dessoûlé de Thanksgiving, il y a tout de même persistence rétinienne dans le Washington Times (un journal conservateur fondé par Moon, le patron de la secte du même nom) qui attaque la campagne de Hillary Clinton, 25 ans à la Maison Blanche : animalisation d'une femme. Femme dinde, quelle créativité. Ou n'importe quel autre oiseau éteint, puisque l'article évoque la disparition de l'aile démocrate quasi d'extrême gauche (!) de Bill Clinton. Sexisme et spécisme se renforçant pour vilipender une femme politique et la renvoyer à l'altérité et au néant.

Pour contrer ces métaphores et traditions patriarcales, vous pouvez vous inspirer des recettes de ces 5 blogs proposant de la cuisine végane pour vos plats de fêtes. Bon solstice d'hiver, si vous le fêtez !
100 % végétal 
La tarterie de Béné
Antigone XXI
France végétalienne
Pigut

vendredi 11 décembre 2015

"Je l'avais dans la peau" - Jacqueline Sauvage

La Cour du Loir et Cher a confirmé en appel la condamnation à 10 ans de prison ferme de Jacqueline Sauvage, meurtrière de son mari/bourreau de trois coups de fusil dans le dos. 47 ans de sévices : coups, abus sexuels sur elle-même et ses enfants, menaces de mort et finalement, un jour avant le meurtre, son fils, lui même victime du père/bourreau, se suicide par pendaison. Selon le Procureur, Jacqueline Sauvage aurait dû avoir une "réponse proportionnée" aux actes de son mari, "trois coups de feu dans le dos, ce n'est pas admissible" ! Et l'abandon pendant 5 décennies par la société d'une femme battue, c'est admissible, ça ?

Les traumas dont souffrent les femmes battues sont analysés par quantité de médecins et de psychologues. Quelques analyses figurent sur les blogs de mon widget ci-contre. Mais qu'en est-il de l'analyse -politique- des féministes radicales ? Voici ce qu'en disent Ty Grace Atkinson et Andrea Dworkin.

"Je l'avais dans la peau : elle était éperdument amoureuse ". 
"Je dirais que le phénomène de l'amour est le pivot psychologique de la persécution des femmes. L'intériorisation de la contrainte jouant un rôle fonctionnel clé dans l'oppression des femmes (ne serait-ce qu'en raison de leur importance numérique) et étant donné le caractère évidemment grotesque de l'unité politique qui "apparie' l'Oppresseur et l'Opprimée, l'agresseur et l'impuissante, isolant de cette façon l'Opprimée de toute aide politique, il n'est pas difficile de conclure que les femmes doivent par définition vivre dans un état psycho-pathologique spécialement fantasmatique autant vis-à-vis d'elles-mêmes que dans leurs rapports avec la classe opposée.Cette situation pathologique considérée comme l'état le plus désirable* où peut se trouver une femme, est ce que nous appelons le phénomène de l'amour ".
Ty Grace Atkinson -Odyssée d'une amazone

"Elle était devenue sa chose, elle était sous son emprise"
Cannibalisme métaphysique
C'est ce processus que j'appelle le "cannibalisme métaphysique". Il consiste à manger quelqu'un de la même espèce, en particulier l'élément de la victime considéré comme le plus puissant de son vivant, à savoir son imagination constructrice. Ce processus absorbe le libre-arbitre de la victime et détruit la preuve que l'agresseur et la victime sont des semblables. Le principe du cannibalisme métaphysique semble satisfaire les deux besoins de l'homme : gagner en puissance (pouvoir) et décharger la frustration (hostilité).
Une moitié de la race humaine a donc obtenu un certain soulagement psychique aux dépens de l'autre. [...] Les hommes ont envahi l'être de ces individus que l'on défini ensuite comme fonction, ou "femmes", en s'appropriant leurs caractéristiques humaines et en occupant leur corps. Le "viol" originel était politique : on a volé l'humanité d'une moitié de l'Humanité. [...] La distinction masculin-féminin est le commencement du système des rôles où certaines personnes fonctionnent pour d'autres."
Ty Grace Atkinson - Odyssée d'une amazone

"Trois coups de feu dans le dos, ce n'est pas admissible" - Le Procureur de la Cour d'Appel de Blois

" Les hommes ont le pouvoir de propriété. Historiquement, ce pouvoir a été absolu ; refusé à certains hommes par d'autres hommes, en temps d'esclavage ou d'autres persécutions, mais généralement protégé par la force armée et les lois. Dans plusieurs parties du monde, le droit de propriété des hommes sur les femmes et sur tout ce qui provient d'elles (enfant et travail) demeure absolu, et  aucune considération de droits humains ne semble s'appliquer aux populations de femmes captives.
Andrea Dworkin - Pouvoir et violence sexiste

* L'assommoir culturel du Prince Charmant, les dressages hétéro-sexuels permanents dans toutes les productions culturelles ou sous-culturelles (publicité, jeux télévisés et vidéo...), l'injonction patriarcale à "réussir sa vie" sentimentale dans le mariage et la reproduction (tout autre destin est dévalorisé, voire proscrit, surtout le célibat, les célibataires étant taxé.es d'égoïsme !), toutes ces constructions sociales sont au bénéfice des hommes pour avoir à la maison une ménagère gratuite et pour reproduire leurs gamètes de mâles puisqu'ils sont obligés de passer par nous pour avoir une descendance. Mâle, bien sûr, c'est mieux. La contrainte est donc le chemin le plus court pour les obtenir, contrainte individuelle confirmée, réaffirmée sans cesse par la société. C'est ce que rappelle le Procureur de Blois.

Liens :
L'EXPRESS : Une femme battue condamnée à 10 ans pour avoir tué son mari
A signer sur Change Org  : Pétition au Président Hollande pour obtenir la grâce de Jacqueline Sauvage

vendredi 4 décembre 2015

Des hommes rongeant des steaks

Après la traduction du billet de Corey Wrenn « Des femmes riant seules avec des salades », je propose la traduction du deuxième volet : « Men gnawing on steaks » sur son blog Vegan Feminist Network.



" A la suite de mon essai "Des femmes riant seules avec des salades ", un collègue curieux google-ise ce qu'on pourrait considérer comme le contraire : des hommes mangeant des steaks. Ce qu'il a trouvé, et qui s'est trouvé confirmé lors de mes propres recherches d'images sur Google, est le thème répétitif  d'hommes s'agaçant les dents sur une grosse tranche de viande, souvent avec la fourchette et le couteau fermement plantés de chaque côté de leur assiette. 

Le message primordial envoyé par ces images semble être " JE SUIS UN HOMME ; L'HOMME A BESOIN DE VIANDE ". Ses poings bien alignés et leur prise ferme sur les ustensiles sont des codes genrés communs, présentant les hommes aux commandes et au contrôle de leur environnement. 


De façon intéressante, les steaks sont presque toujours montrés crus. L'intention vraisemblable est de montrer la consommation de chair crue par les hommes (un comportement anti-naturel) comme naturelle. Le fait est souligné par l'abondance de photographies qui montrent des hommes consommant le steak directement sans l'aide de couverts, rongeant la chair comme s'ils étaient une espèce carnivore non humaine. A contrario, quand je cherche des images de femmes mangeant des steaks, à maintes reprises, elles sont aux prises avec de la viande crue positionnée au-dessus de leur tête, l'air accablé -personne ne mange la tête à la renverse. Ceci suggère aussi la soumission, une soumission souvent sexualisée à travers leur pose et leur nudité. Quand elles ont des couverts, elles sont davantage montrées les utilisant de manière faible ou peu sûre.



Par dessus tout, les images de femmes mangeant des steaks sont moins nombreuses, car la notion est contraire aux normes de genre. Quand on en trouve, il est clair que la hiérarchie des genres doit être préservée en démontrant que la consommation de chair (un acte de domination et de pouvoir) est moins naturelle et plus maladroite chez les femmes.


La viande est un symbole de masculinité. Donc, les hommes interagissent avec la viande pour démontrer leurs prouesses, les femmes interagissent avec la viande pour démontrer leur soumission. "

Ce billet est reposté simultanément en français sur le blog Vegan Feminist Network.

Corey Wrenn est professeure de sociologie et activiste éco-féministe de la cause animale. Elle anime le Vegan Feminist Network et Human-Animal Studies Images, entre autres activités.