samedi 28 mars 2015

Tueurs de masse et droits acquis lésés

Depuis le crash de l'A320 dans les Alpes mardi 24 mars, les chaînes tout info ont d'abord fait défiler des experts en aviation se battant les flancs devant le mystère de la descente en pilote automatique programmée pendant 10 minutes, puis ensuite les experts psychologues et psychanalystes sommés d'expliquer le comportement d'un suicidaire souffrant de troubles mentaux, en réalité tueur de masse ayant prémédité et planifié son acte. L'homme en question fait partie de la caste dominante, il ne défend pas d'idéologie religieuse, et il semble en tous points appartenir à la classe moyenne supérieure, il a fait un bon cursus scolaire, il exerce un métier prestigieux payé 63 000 euros par an dans une belle boîte internationale, ce qui ne le classe pas d'emblée dans les prolétaires "aigris". Il n'est pas non plus le physiquement défavorisé par la nature qu'on pourrait plaindre en se disant que la drague ne doit pas marcher, pauvre garçon. Mais alors, QUID ? Devinez :


La petite amie, bon sang, mais c'est bien sûr. Ça tombe sous le sens, cherchez la femme. Bon, ok, pour être honnête, j'ai entendu un psy de bon sens dire que si tous ceux qui ont des ennuis sentimentaux se comportaient de la sorte, il n'y aurait plus personne sur terre. Le cas est rare, mais quand même, on vient de grimper d'un cran dans la tuerie industrielle : 149 passagers et membres d'équipage emmenés à la mort pour se venger prétendument d'une déception amoureuse ! On en était restées aux lycéens qui se commandent de super guns bien phalliques sur internet, qui se livrent à un "killing spree " comme disent les américains, dans leur lycée ou dans la rue, dégommant tout ce qui bouge avant de se faire suicider par les policiers (suicide by cops) ; avec Lubitz, on a un "suicide by A320 ", un gros avion commercial de ligne lancé à 700 km/h, si on veut trouver plus phallique, il reste le lanceur de satellites orbitaux ! Plus haut , plus gros, plus fort.

Après avoir accusé les femmes, au lieu de chercher ce qui ne va pas chez eux, certains préfèrent accuser le féminisme : la preuve, trouvée par une twittas vigilante, un article de blog dont je ne vais pas mettre le rétro-lien, je ne tiens pas à le faire monter dans l'algorithme de Google en faisant cliquer dessus, sachez juste qu'il s'agit d'un masculiniste auto-proclamé "Alpha" qui écrit en anglais, et qui se propose de "briser les chaînes, gagner la partie et sauver la Civilisation Occidentale", rien de moins et avec des majuscules, s'il vous plaît !

Résumé : Ce pauvre Lubitz, 28 ans (la vie devant lui, co-pilote d'une filiale de la Lufthansa) "était un mâle Omega (notez l'Alpha hiérarchique qui considère l'Omega avec condescendance ou tout au moins en opposition avec lui) profondément amer et en colère qui effrayait les femmes à raison, car ils sont capables d'actes terribles et sans pitié d'auto-destruction ". Il le décrit d'après la photo le montrant assis, souriant près d'un pont, comme "un petit homme à calvitie naissante, un peu en surpoids (???), son métier montre qu'il est un peu plus intelligent que la norme MAIS son sourire incertain indique un rang socio-sexuel inférieur ". Le pauvre mâle Omega donc, qui ne s'accouple avec les femelles qu'en contrebande quand les alphas tournent le dos. On se pince devant une vision aussi réductrice des hommes entre eux. Toutefois, rajoute-t-il, "Lubitz est le seul à blâmer, même s'il est effrayant de penser à toutes ces vies qui pourraient être sauvées chaque année si les putes (SIC) de la planète étaient un peu moins sélectives et plus équitables dans leur distributions de pipes ", auxquelles les hommes ONT DROIT de DROIT DIVIN naturellement. Et de conclure son post du siècle : "A 28 ans, dans une société plus traditionnellement structurée (la tradition immuable, le temps cyclique, il n'y a que ça de vrai !) il aurait sans doute été marié. Il n'est donc pas impossible que les morts de la Germanwings représentent plus que les coûts indirects du féminisme ". Merci mec pour l'injonction faite aux femmes de faire infirmières soignantes palliatives de la rage et de la frustration masculines. On fait ce qu'on veut, d'abord. L'idéologie du mâle suprémaciste telle qu'on la lit ici n'est évidemment pas la plus largement répandue, mais tout de même, elle incite à rester sur ses gardes, les attaques au féminisme sont courantes et de plus en plus décomplexées.

Il est permis de penser que ce dont souffrait Lubitz, c'était d'un sentiment de "droit acquis lésé" (aggrieved entitlement), -voir article en lien ici - ce sentiment du masculin hégémonique qui fait d'eux des ayants-droit des considérations spéciales de la société, et quand ce droit est lésé (être dans les meilleures écoles, ne pas souffrir de la concurrence des femmes, noirs..., ne pas perdre le pouvoir, et sans doute dans ce cas précis, droit de devenir rapidement commandant de bord à la Lufthansa, plutôt que co-pilote dans une filiale low cost), ils passent à l'acte violent, estimant devoir se venger de la société qui ne tient pas compte de leur statut ; les symptômes de leur sociopathie ne sont détectables qu'après coup, car la société en général, les femmes de leur entourage aussi, sont indulgentes envers les divers comportements violents ou annonciateurs de violence chez les hommes, notamment les hommes blancs. Tout cela a un but : garder le pouvoir en faisant régner la terreur machiste.

Liens supplémentaires :  
Pourquoi ne parlerions-nous pas de violence et de masculinité par Soraya Chemaly
Désespéré ou tueur de masse ? Une interview de criminologue chez Atlantico
La capacité de terroriser par Andrea Dworkin sur mon blog
Le déclin de la virilité, ce modèle archaïque immémorial, résumé d'une conférence de Georges Vigarello.

vendredi 20 mars 2015

Revue de web : Chalon sur Saône, PIB masculins, Femen...

Lundi, le maire UMP de Chalon sur Saône a annoncé qu'il supprimait le menu de substitution (voir le lien vers le journal Le Monde) proposé aux élèves dans ses cantines municipales. Depuis 10 ans, la municipalité offrait aux  élèves de manger végétarien : pas de viande du tout au menu, tous les jours, pour celleux qui le souhaitaient. Ce qui incluait les élèves de confession juive, de confession musulmane, et les végétariens. La disposition était intelligente : elle permettait de sortir de la binarité porc/pas de porc, pour passer en mode ternaire : pas de viande du tout, mais un menu végétarien équilibré. Le végétarisme n'est pas un tabou alimentaire religieux : c'est un mouvement pacifiste et non-violent. Une "utopie active, l'honneur de l'Humanité " ai-je entendu dire Elizabeth de Fontenay, qui n'est pas végétarienne, à un cycle de conférences aux Champs Libres.  
Le végétarisme est donc parfaitement laïque et républicain. Tous les végétarien-nes que je connais sont minimum agnostiques, voire athées. Illes sont végétarien-nes d'abord pour les animaux, même s'illes se trouvent ensuite d'autres raisons supplémentaires de rester végétarien-nes ; ils ne croient pas au paradis ni à l'enfer, mais si vous leur demandez ce qui leur semblerait l'image la plus plausible de l'enfer des croyants de toutes obédiences religieuses, illes vous répondraient à coup sûr que c'est, pour eux, un abattoir -ou un couvoir de l'ovo-industrie pris sur le fait, en caméra cachée, comme le montre la vidéo très dure ici. Le maire UMP -parti notoire de chasseurs et de viandards- de Chalon sur Saône est un opportuniste qui se cherche des électeurs à l'extrême-droite. Cela explique sa décision lamentable de mettre la zone dans un système qui satisfaisait tout le monde.

Poussins mâles sexés, destinés à la poubelle, car ils ne pondent pas

Liens : Pourquoi je suis féministe et végétarienne.
Une conférence de Patrick Llored 

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La demande insatiable de viande est préjudiciable aux éco-systèmes, aux paysages et à l'environnement, mais des projets de fermes-usines hors-sol poussent partout, le dernier en Vendée, à Poiroux au sud de La Roche sur Yon, sur le modèle de la maternité porcine de Trébrivan, inaugurée en 2011, et illégale en fonction des jugements rendus par les tribunaux, mais tout de même en activité. J'en avais parlé sur mon blog ici.
Le 4 avril prochain, le collectif de Vigilance Environnementale appelle à mobilisation aux Sables d'Olonne à 14H30. Toutes informations complémentaires sur ce lien et on peut signer leur pétition ICI.

Lien supplémentaire : Environnement, le vrai poids de la viande, vidéo sur le site du Monde.

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Caliban et la sorcière, un article où Caroline Laplante aborde la naissance du capitalisme à la Renaissance : les hommes et leur conception mécaniciste de la vie et de la matière s'approprient le corps des femmes, leur capacité de production et de reproduction, sans contrepartie économique, créant ainsi l'ordre mondial capitaliste, en dressant des bûchers de sorcières où des milliers de femmes trouveront la mort. La gratuité du travail ménager, ainsi que la reproduction et l'élevage des enfants ne sont pas reconnus comme travail produisant de la richesse, au même titre que tous autres services rendus par la nature. Ainsi ne sont comptés dans les PIB nationaux que les activités marchandes, extractivistes ou préparatrices de la guerre, les réparations des dommages de guerre, toutes activités fondées sur le modèle du "travail" masculin. "Ce qui n'est pas salarié n'a ni valeur ni pouvoir " : aussi les femmes sont de plus en plus pauvres, et les abeilles et les forêts meurent, les terres cultivables, nos plages de sable disparaissent sous leurs excavateurs et leur faim minière inextinguible.
Sorcières, à vos balais !

Liens : Une perspective féministe du capitalisme
Sexe, mensonge et mondialisation - Marilyn Waring, un de mes précédents billets

Le Manifeste des FEMEN

Après l'action, le manifeste : les Femen proclament leur haine assumée du Patriarcat dans un livre à paraître aux éditions Utopia, mais dont on peut trouver des extraits dans cet article de Libération.

samedi 14 mars 2015

Quelques définitions...

Tirées du Wickedary -dictionnaire à malices- de Mary Daly où elle analyse finement le vocabulaire patriarcal, je vous propose 7 définitions très drôles et assez faciles à traduire, bien que les jeux de mots que permet la langue anglaise y abondent. Hilarants en anglais, ils peuvent s'affaiblir en français, ou être carrément intraduisibles. Je dédie ce billet aux fabricants de voitures et à leurs publicitaires qui nous polluent le paysage et plombent tous nos écrans avec leurs pubs phalliques (alors même que la décision d'achat est prise à 60 % par les femmes). Notamment à Fiat et sa dernière bouse pour la 500X.

Renversement : Mécanisme fondamental employé dans la construction et le maintien du monde patriarcal ; méthode basique employée pour la fabrication des mythes, idéologies, institutions, politiques et stratégies patriarcales ; folles manœuvres fomentées, caractéristiques du royaume des miroirs - Inversion -tout mettre à l'envers, sens dessus dessous. Exemples : a) l'histoire absurde qu'Eve serait née d'Adam b) la croyance que l'homme* est supérieur aux animaux c) le culte de la divinité mâle d) la croyance que la vision du monde par les féministes radicales est "étroite" et /ou "datée".

Phallocratie : La loi de Dieu, Père, Fils et Compagnie.

Phallocentrisme1 -Disposition habituelle de fixation sur le phallus et laisser-aller au culte du phallus. Commentaire connaisseur "Le pénis est le chef du corps" - Norman O. Brown   2 -Tendance à l'érection de monuments et structures phalliques partout.

Phallosophie : Follosophie boursouflée ; "sagesse" chargée d'idées séminales, disséminées par arguments éjaculatoires. Exemple : "Le pont vers le futur est le phallus" - DH Lawrence.

Envie du pénis : Renversement classique et projection propagée par le frauduleux Freud et Cie ; stratagème conceptuel destiné à cacher la honte et l'inadéquation des mâles. Commentaire :
"Je regardais Buddy pendant qu'il dézippait son pantalon, l'enlevait et le déposait sur une chaise, qu'il enlevait son caleçon fait d'une sorte de filet en nylon...
Puis il resta là juste en face de moi et je le regardai. La seule chose à laquelle cela me faisait penser était un cou et des gésiers de dindon, et je me sentis très déprimée". Sylvia Plath - La cloche de détresse (The bell Jar)**.

Infini phallique : Attribut essentiel de l'Etat Phallique, l'Etat où RIEN n'arrive. Etat sans fin.

Phallotechnologies : technologies de mort et de damnation ; technologies qui ont la violation pour agenda caché, et la destruction de toute vie comme but ultime.

* "Man" dans le texte : donc sans doute, l'homme mâle. Je ne vois pas Mary Daly désigner l'humanité entière par "man".
** C'est ma traduction : je n'ai pas le roman et je n'ai pas trouvé la citation en français sur internet. Inutile de vous dire que j'ai  la chair de poule (goosebumps -on reste dans la métaphore précédente) à l'idée de traduire moi-même la grande Sylvia Plath ! Qu'elle me pardonne mon audace, où qu'elle soit désormais.


samedi 7 mars 2015

8 mars - Ecologie et féminisme par la Marche Mondiale des Femmes

Cette année pour le 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, il me paraît indispensable de relayer le billet de La Marche mondiale des Femmes 2015 Ecologie et féminisme. Compte tenu de ce qui s'est passé à Sivens en Tarn le 6 mars, où l'intérêt public a été confondu avec l'intérêt corporatiste d'une vingtaine de maïsiculteurs dans un projet de barrage démesuré, dossier truffé de conflits d'intérêts et d'entorses à la démocratie locale, où les droits des générations futures sont bafoués, où des baronnies locales PS et UMP, toutes à dominante masculine, se permettent de bétonner, vitrifier, des zones humides d'autant plus indispensables que la crise climatique menace la survie d'une partie de l'humanité dès la fin de ce siècle, il est temps que les féministes se mettent en travers de ces abus du pouvoir patriarcal en faisant valoir les intérêts des femmes, qui coïncident avec ceux de l'Humanité entière. Quand la crise climatique nous touchera (elle est déjà là), ce seront une fois de plus les femmes qui morfleront, c'est habituel. Voici leur texte :


Souveraineté alimentaire et justice climatique

La crise environnementale est aussi une crise systémique du modèle social de production du capitalisme patriarcal, postcolonial et néolibéral.

L'écologie politique, qui a débuté dans les années 70, a conduit à une prise de conscience environnementale globale. Cependant, le concept de "développement durable" se trouve dévoyé dans les années 90 par les néolibéraux pour légitimer la continuité d'une économie basée sur le libre-échange et sur le pouvoir des grandes entreprises transnationales. L'empreinte écologique a un visage capitaliste, masculin et colonialiste

Le modèle capitaliste est fondé sur l'exploitation et la marchandisation des ressources naturelles, à tel point qu'on entend aujourd'hui parler de "financiarisation du vivant" (molécules, semences, cours d'eau, zones humides, etc.). Lors des négociations sur l'environnement est mise en avant la notion d'économie verte comme solution. Considérant que les entreprises doivent contribuer à la préservation de l'environnement , elle se réduit à des mécanismes de marché attribuant à la nature un prix d'achat et de vente.

Le système capitaliste a transformé l'alimentation saine en un objet inaccessible à touTES. Dans les pays du Sud, entre 60 et 80 % de la production alimentaire est le fruit du travail des femmes. Paradoxalement, ce sont les femmes qui souffrent à 60 % de faim chronique

Ce sont aussi les femmes qui majoritairement se chargent du quotidien alimentaire au sein de leurs familles. Du fait des inégalités économiques et sociales, nombreuses sont celles qui ne peuvent accéder à une alimentation saine et de qualité. 

Pourquoi les féministes doivent-elles se préoccuper et agir sur cette question ?
Les analyses sur la division sexuelle du travail montrent que le travail masculin, assimilé à la production, est largement valorisé à tous les niveaux (matériel, symbolique...) pendant que le travail féminin est considéré comme subalterne. L'exploitation du corps des femmes, du travail et du temps des femmes en sont un des "symptômes".

Nous pouvons voir un parallèle entre l'exploitation de la nature et l'exploitation du temps des femmes : l'une comme les autres sont traitées comme des ressources inépuisables et flexibles, utilisées comme variable d'ajustement. Cette exploitation s'appuie sur la culture dominante patriarcale dans laquelle les représentations symboliques et matérielles de ce qui est masculin ou féminin sont hiérarchisées et binaires, à l'image de l'association homme/culture contre femme/nature.

En tant que féministes, nous dénonçons :

- Le modèle de l'industrie agroalimentaire qui privatise les ressources naturelles, les biens communs, les semences, qui se base sur la production en monoculture de vastes étendues de terres, l'utilisation d'engrais et de pesticides de synthèse, d'OGM et l'utilisation de machinerie lourde et industrielle. Ce modèle pollue nos sous-sols, réduit l'accès à l'eau potable et provoque des dommages sur la santé, en particulier celle des femmes.

- L'agronégoce et la privatisation des terres, de l'eau, des mers, de la biodiversité et des semences et les fausses solutions basées sur la surexploitation des ressources et du travail des femmes, sur la marchandisation et la financiarisation de la nature. Nous refusons ces privatisations qui s'accompagnent de spoliation de terres agricoles collectives dans des pays trop pauvres pour renoncer à les céder. Ces pratiques constituent la forme moderne du colonialisme et touchent en premier lieu les coopératives de femmes.

- Les grands projets destructeurs de l'environnement : aéroports, fermes-usines, barrages, stades, villages de vacances, centres commerciaux. Notre-Dame des Landes et le Testet ne sont que deux exemples.

Contre ce modèle capitaliste, patriarcal et néocolonial, nous affirmons :

- Le principe de souveraineté alimentaire qui place au cœur du modèle agricole les besoins des peuples, le respect de la terre, et qui questionne les inégalités sociales et économiques. Ce principe permet aux communautés et aux femmes de décider et d'organiser la distribution, l'échange et la consommation des aliments en quantité et en qualité, selon les besoins, en priorisant les liens sociaux solidaires, culturels, et la santé.

- La biodiversité, les semences et les sols sont des biens communs. Les ressources ne sont pas inépuisables et ne doivent pas constituer une source de profit pour les entreprises et les Etats. L'avenir n'est pas dans l'extraction de ces ressources, mais dans la recherche d'énergies renouvelables et dans le recyclage de matériaux déjà extraits.

Vers la COP 21

En décembre 2015, lors de la Conférence des Nations Unies sur le climat, les gouvernements du monde se retrouveront à Paris pour essayer de trouver des solutions au réchauffement climatique de la planète (COP 21). Si le changement climatique est bien une évidence scientifique qui touche l'environnement de toute la planète (augmentation des phénomènes climatiques extrêmes, augmentation de la température moyenne du globe, fonte des glaciers, destruction d'écosystèmes), ces conséquences sont aussi sociales, économiques et politiques, productrices d'inégalités.

Les pays et les populations pauvres sont de plus en plus vulnérables, aggravant les inégalités d'accès à la santé, à une alimentation saine, à l'eau. Les femmes sont les premières victimes des catastrophes compte tenu de la division sexuelle du travail, de la charge des enfants, des personnes âgées et de l'éducation différenciée.

Nous exigeons que nos gouvernements entendent les revendications des altermondialistes, féministes, chercheurs, chercheuses et associations. Nous demandons qu'ils rejettent les fausses solutions de l'économie verte comme la financiarisation de la nature, les droits à polluer, et qu'ils s'engagent dans des politiques de remplacement des énergies non renouvelables et de recherche d'alternatives économiques dans des industries non polluantes.

Notre alternative féministe

La Marche Mondiale des Femmes lutte pour de réels changements : dépasser la division sexuelle du travail, changer les mentalités et en finir avec l'exploitation. Nous proposons de suivre avec un regard critique et féministe le processus de la COP21.

Notre méthode consiste à fédérer les luttes menées par les femmes, des milieux ruraux et urbains pour leur donner un plus grand pouvoir politique. Nous proposons des actions d'éducation populaire, comme par exemple des formations sur la souveraineté alimentaire pour créer des alliances entre les femmes qui produisent, qui distribuent et qui préparent l'alimentaire.

Il n’y a pas de justice climatique et environnementale sans les femmes !

Liens :
Le texte de la Marche Mondiale des Femmes
Le programme de la Marche Mondiale des femmes (elle passe peut-être près de chez vous)
La déclaration de Laurent Fabius envers les femmes pour la COP21
Le blog du Collectif anti-barrrage de Sivens

Avec eux, "Les fermes deviennent des exploitations agricoles, les bocages deviennent des aéroports, les forêts deviennent des parcs ou des center parcs".

lundi 2 mars 2015

Despentes : Vernon Subutex


"Qu'est-ce qu'on a besoin d'éduquer des gens dont on n'a plus besoin sur le marché de l'emploi ?"

" Les jeunes meufs la dépriment souvent, avec leur look de mormones ou leur voile à la con. Quand c'est pas la religion, c'est la famille, ou comment arriver vierge au mariage... le niveau zéro du romanesque. On dirait qu'elles vont consacrer leur vie à faire des ragoûts et des tartes aux pommes".

Le dernier roman de Virginie Despentes, premier tome d'une série de trois, décrit âprement la dérive inéluctable vers la rue de Vernon, un ancien propriétaire de magasin de disques, du temps "de l'opération CD -revendre à tous les clients l'ensemble de leur discographie, sur un support qui revenait moins cher à fabriquer et se vendait le double en magasin... sans qu'aucun amateur de musique n'y trouve son compte, on n'avait jamais vu personne se plaindre du format vinyle" . Rocker à ses heures et donc bien inséré dans un réseau de musiciens grands amateurs ou professionnels, DJ à l'occasion, et incollable sur la musique d'avant les années 2000. Jusqu'au jour où on lui coupe le RSA et le vire de son appartement après une longue période de chômage à 50 ans, l'âge où on devient incasable dans une société vampire qui n'aime que la chair fraîche. S'ensuit une déambulation dans Paris au gré des canapés d'ex-amis, d'appartements prêtés contre garde du chien ou encore de loft chez un ami d'amie, trader sous cocaïne. Une galerie de personnages étonnants ou ordinaires, empathiques ou cyniques : pigiste, scénariste sans contrats, producteur de films, patron de chaîne de télé, un mec qui bat sa femme, d'anciennes hardeuses de quand le porno n'était pas encore de l'abattage (dont une ancienne "grosse" qui a subi la dévalorisation de soi par le regard des autres, fine analyse), une community manager lesbienne qui travaille en free lance, et un transgenre female to male (ce qui nous change !), bref les personnages d'une société de la précarité où il n'y a que des perdants, les gagnants payant le prix fort pour rester au sommet. C'est très très noir. Et c'est une espèce de polar, car Vernon serait seul à détenir les rushes d'une interview exclusive d'un rocker légendaire qui vient de mourir. J'ai bien aimé : toujours l'écriture coup de poing de Despentes. La citation ci-dessous va vous rappeler des situations vécues, tranches de vie saignantes :

"Il faut une certaine dose d'arrogance pour remonter de Bastille à Oberkampf à pied, seule, en talons hauts et jupe au-dessus du genou, passé onze heures du soir. Tous les connards sont de service. Les miliciens se sentent investis d'une mission : pourrir la vie aux filles seules dans les rues . Eviter tout contact visuel. Avancer vite. Se tenir droite, en imaginant avoir un sabre dans son Balenciaga, façon Beatrix Kiddo. Fermer sa gueule, tracer. Les petits bruits de bouche pour attirer son attention. Les insultes -salope, connasse, grosse pute, sac à foutre viens par là, où tu vas toi viens par là, raciste, bobo de merde on va te défoncer, on voit ton gros cul, fais attention à toi doudou, toi t'as une bouche à bien me sucer. Ne pas ralentir. Elle aime les garçons, elle les aime avec pragmatisme, avec énergie, elle les aime de toute sa peau et de l'intérieur de son ventre. Mais elle aimerait aussi pouvoir en tuer quelques-uns. Qu'il y ait une license -légitime défense. Vous êtes en bande, vous me suivez en me menaçant - je sors mon sabre et je décapite. Elle a l'habitude. Il faut du caractère pour être une chaudasse. Tu n'as le soutien de personne, sur cette terre. Ni des mecs avec qui tu traînes, ni des meufs qui sont tes copines, ni des mecs que tu ne suceras pas."

Le deuxième tome sort en mars et le troisième en septembre 2015.

Liens : Le Monolecte l'a lu et en parle sur son blog : Une saison froide et rêche.
Une interview de Virginie Despentes chez les Inrocks : Dans Vernon Subutex, Virginie Despentes cartographie la société.
Toutes les citations du roman de Virginie Despentes sont en caractères rouges.

lundi 23 février 2015

Trivia, prédécesseure de la "Sainte" Trinité masculine


Je vous propose cette semaine la traduction d'un texte tiré de Gyn / Ecology sur la mystique de la Trinité masculine : Père, Fils et Saint-Esprit. Mary Daly, l'auteure (1928-2010), est une féministe radicale américaine, docteure en théologie, philosophe et professeure d'université. Les dieux mâles mentent, les dieux des mâles racontent l'HIStoire d'une revanche sur les femmes.

"J'ai déjà discuté de la Trinité chrétienne comme étant le paradigme des processions, représentant le système clos de la communion auto-congratulatoire, yeux dans les yeux, entre les pères et les fils. C'est la fusion modèle, le comité central, le conglomérat suprême. Quelques théologiens ont généreusement alloué aux femmes une vague identification avec la troisième personne, si nous acceptons l'implication fausse que la féminité du Saint Esprit a quelque chose à voir avec les femmes. [...] La Triple Déesse pré-héllénique est parfois identifiée comme Hera-Demeter-Korê, et dans le mythe irlandais, il y a une triple déesse Eire, Fodhla et Banbha... Le modèle basique selon certains est Fille, Nymphe et vieille femme, et selon d'autres, Fille, Mère et Lune. Ces trois volets ne sont en aucune façon un modèle familial. Ils sont signification temporelle, spatiale, cosmique. [...]

Le fait est que le monde ancien ne connaissait pas de dieux. La paternité n'était pas honorée. Quand le patriarcat devint la structure sociale dominante, un moyen commun de légitimation de cette transition d'une société gynocentrique fut le mariage forcé de la Triple Déesse, dans ses différentes formes, à une trinité de dieux. Ainsi Hera fut remplacée par Zeus, Demeter par Poséidon, et Korê par Hadès.

Quand nous regardons la Triple Déesse dans le panorama des différentes trinités de dieux qui ont précédé la Trinité chrétienne, d'autres symboles chrétiens se présentent comme de pâles dérivés : ainsi le mythe Pélagien de la Création, Eurynome, la Déesse de toutes choses, est représentée sous la forme d'une colombe et elle pond l'Oeuf universel. Son nom sumérien était Iahu, signifiant "noble colombe". Ce titre passera plus tard à Yahvé (il y a similarité phonétique, y compris avec Jupiter), Créateur. Quand nous voyons le symbole du Saint Esprit représenté sous la forme d'une colombe dans ce contexte, son absurdité devient évidente. On est tenté de se demander comment il pourrait pondre un oeuf ! [...]

Statue "Hecate Chiaramonti", sculpture romaine 

Mais il y a plus à considérer concernant la triplicité de la Déesse. Kerényi fait allusion au fait étonnant qu'un des noms de la Déesse était Trivia -nom utilisé de façon équivalente à ceux d'Hécate, Artémis et Diane. La figure classique d'Hécate, Déesse des sorcières, était construite sous forme de triangle, les trois faces regardant trois directions différentes (remplacées plus tard par trois jeunes filles dansant). Les statues d'Hécate étaient installées aux croisements de trois routes : d'où le nom Trivia (Trois voies, en latin). L'idée du croisement de trois routes était naturellement cosmique, car ces croisement pointent la division possible du monde en trois parties -ce que faisaient les anciens. Ainsi Hésiode dans la Théogonie acclame la Déesse comme la maîtresse de trois royaumes -terre, ciel et mer- une suzeraineté qui a été sienne bien avant l'ordre de Zeus. Même au Moyen Age, les croisements*, spécialement les endroits où trois routes convergeaient, étaient vus comme des lieux de prédiction et d'avènements surnaturels. En Suède, par exemple, les sacrifices aux elfes étaient faits à la "rencontre de trois routes". Dans les Highlands d'Ecosse, la divination devenait possible si on s’asseyait sur un tabouret à trois pieds** à la rencontre de trois routes quand l'horloge sonnait 12 coups de minuit à Halloween (le sabbat des sorcières). De telles croyances n'ont évidemment pas totalement disparu.

Les Trois Grâces 

A la lumière de la signification cosmique du terme trivia, croisement de trois routes et Déesse qui porte ce nom, la signification contemporaine du terme en anglais (en français aussi) doit être réexaminée. Le terme anglais (français aussi) est selon le dictionnaire Merriam Webster, dérivé du latin Trivium (croisement, carrefour, littéralement, trois voies), défini comme "choses sans importance", "triffles" (des nèfles ou tripette en français populaire). L'adjectif trivial est défini comme "commun, ordinaire, sans distinction"..., de peu de valeur ou d'importance : insignifiant, faible, mineur, léger". Naturellement, selon les valeurs patriarcales, ce qui est "commun' est "de peu de valeur", car dans une société hiérarchique basée sur la compétition, la rareté est intrinsèquement associée à la "valeur". Donc, l'or est plus important que l'air frais, et par conséquent, nous sommes forcé-es de vivre dans un monde où l'or est plus facile à trouver que l'air pur !

L'étrangeté de cet état d'esprit / mythologie devient évidente quand nous réalisons que la Trinité chrétienne est dogmatiquement déclarée "omniprésente". Cette omniprésence n'est jamais équivalente à la trivialité, inutile de préciser. Cependant, il y a une apparente contradiction dans le fait que l'androcratie, qui fait de la rareté un prérequis inhérent à la grande valeur, trouve convenable de nommer son prétendu infini, parfait et suprême dieu "omniprésent". L'apparente contradiction disparaît quand nous réalisons l'implication du fait que le Patriarcat est la Religion des Retournements. Le dieu "omniprésent" n'est pas "un lieu commun" parce qu'il n'a pas de lieu. Correctement nommée, son "omniprésence" est une "omni-absence". Son absence de partout est nommée "présence" partout, et la "présence" consiste précisément en nommer-faux. L'ubiquité du nommer-faux masque la menaçante Absence, qui est l'essence du dieu patriarcal. Elle lui confère une valeur infinie dans le royaume raréfié du système de valeurs de la Religion des Renversements. L'infinie absence de la divinité du dieu patriarcal est l'ultime rareté - raréfiée jusqu'au Point Zéro. Il y a un sens caché dans l'appellation "Omega" qui, décodée, signifie Rien Ultime.

Le nom de la Déesse, Trivia, devrait alors fonctionner comme un rappel constant de cette réduction du réel par la religion patriarcale, multidimensionnelle présence du Rien, créé par les pères à leur image et à leur ressemblance. Quand les femmes entendent les termes trivia, trivial, trivialiser, ils devraient leur rappeler l'omniprésence du Retournement, dont l'ultime signification est le re-tournement de l'énergie de l'engendrement de la vie, symbolisé par la Déesse, en un nécrophilique Amour du Rien. Dans la terre des pères, les femmes sont triviales, concernées par la trivialité, méritant d'être trivialisées. Dans le Temps Préhistorique des femmes, l'espace-temps de Trivia, les femmes sont libres de trouver la trivialité cosmique de leur propre génie créatif. "
MARY DALY - GYN / ECOLOGY

Mes propres commentaires sont en italique.
*En Bretagne, les calvaires sont toujours placés aux croisements de routes ou chemins, ils sont évidemment postérieurs et remplaçants de rites plus anciens que l'Eglise chrétienne n'a pas réussi à éradiquer
** Dans un passage des Guérillères, Monique Wittig parle d'un fourneau à trois pieds "Je reste aussi ferme que le fourneau à trois pieds", écrit-elle. Je n'hésite pas à faire le lien. Elle fait sans doute allusion à cette triplicité de la Déesse.

lundi 16 février 2015

Guerilla girrrrrls !


Il n'y a pas que dans les sphères industrielles et dans les nouvelles technologies que l'entre-soi masculin fait des ravages : les musées ne sont pas en reste. Savez-vous qu'il y a moins de 5 % de femmes artistes dans les sections d'art moderne des musées ? Est-ce que les femmes doivent être nues pour être dans les musées, se demandent les Guerilla Girls, un groupe de féministes anonymes (et masquées de têtes de gorilles) qui dénoncent le tout masculin dans les musées et les expositions d'art. Quelques-unes de leurs nombreuses productions peuvent être vues en suivant ce lien : 

LES AVANTAGES A ETRE UNE FEMME ARTISTE 
(Au deuxième degré) 


- Travailler sans la pression du succès
- Ne pas figurer dans des expositions avec des hommes
- Pouvoir s'échapper du monde de l'art en ayant 4 jobs en free-lance
- Avoir l'assurance que, quelle que soit la matière où vous excellez, elle sera labellisée "féminine"
- Ne pas être coincée dans des boulots contractuels d'enseignement
- Voir vos idées vivre dans les travail des autres
- Avoir l'opportunité de choisir entre carrière et maternité
- Ne pas devoir s'étouffer avec de gros cigares, ni peindre en costume italien
- Avoir plus de temps pour travailler après que votre compagnon vous a laissée tomber pour une plus jeune
- Etre incluse dans des versions révisées de l'HIStoire de l'art
- Ne pas connaître l'embarras d'être appelée "génie"
- Avoir votre photo dans les magazines d'art, portant un costume de gorille.

Deux oeuvres de Man Ray : artiste photographe surréaliste, il représentait ainsi Vénus dans ses wrappings (emballages) : 1936 "Vénus restaurée", un buste, sans bras, ni jambes et sans tête, ligotée par des cordes !


et Vénus 2, une tête de femme emmaillotée dans un filet ! On peut interroger, au-delà de la prestation artistique, ce qui passe par la tête de ces hommes quand ils représentent ainsi les femmes ! La peur, la détestation, les deux ?


lundi 9 février 2015

Rôles-modèles : les femmes pionnières du codage informatique

Pour compléter le billet précédent sur l'entre-soi masculin en informatique software, tant dans les écoles que dans l'industrie, et montrer aux filles qu'en codage informatique les garçons ne sont pas plus légitimes que nous, voici quelques modèles de pionnières scientifiques mathématiciennes et cryptologistes qui ont tracé le chemin. Sans elles, l'informatique et l'électronique, telles que nous les connaissons, ne seraient pas ce qu'elles sont.


Adélaïde (Ada) Lovelace - 1815-1852 - Premier programmeur de tous les temps, elle invente le premier algorithme (une suite d'instructions à plusieurs paramètres qui toutes exécutées dans le bon ordre permet d'obtenir un résultat), trouvé dans ses notes, et destiné à être exécuté par une machine. Au début, personne ne sachant qui elle était, on la présumait fiancée ou maîtresse de l'ingénieur Charles Babbage dont elle contribuait aux travaux, jusqu'à ce qu'on trouve sa formule mathématique ! Le diminutif de son prénom est donné au langage de programmation ADA, conçu pour le Ministère de la Défense américain entre 1977 et 1983, par CII Honeywell Bull.


Grace Hopper - 1906-1992 - Dite la Sauterelle (grasshopper en anglais), surnom donné par ses camarades. Scientifique mathématicienne et amirale de la US Navy. Conceptrice du premier compilateur en 1951, et du langage COBOL (langage de programmation indépendant pour les machines) en 1959. Elle popularise les termes "bug" et "débuguer", et laisse son nom à un super ordinateur Cray.


Ann Caracristi -1921- Scientifique spécialiste de la cryptanalyse : elle travaille sur les messages de l'armée japonaise en 1942, et sur des applications de crypto-analyse pour ordinateurs. Elle est nommée Directrice adjointe de la NSA, l'agence nationale américaine de sécurité, entre 1980 et 1982.

Hedy Lamarr - 1914-2000 - Actrice, productrice et SCIENTIFIQUE mathématicienne américaine - Conçoit un code de brouillage de fusées sur 88 différentes fréquences, code encore utilisé aujourd'hui sur les systèmes GPS et Wi-Fi Bluetooth.




Les Women Code breakers de Bletchley Park, (code breaker : aujourd'hui on dit hacker) Milton Keynes, Buckinghamshire (sud UK) pendant la 2ème guerre mondiale. Elles étaient 9000 (80 % des 12000 personnes qui travaillaient dans ce service de renseignements), ces premières codeuses qui travaillaient à casser le code d'Enigma, la machine qui cryptait les messages radio du IIIème Reich et de l'armée allemande (149 milliards de milliards de probabilités changées toutes les 24 H) : à ce titre, elles ont participé à la Victoire des Alliés en 1945. Priées de rentrer chez elles en gardant le secret défense sur leurs activités pour le MI6 de l'Intelligence Service britannique, elles ont littéralement été effacées de l'histoire pendant 70 ans. Parmi celles qui travaillaient dans l'équipe d'Alan Turing :

Joan Clarke - 1917-1996 - Mathématicienne, cryptologue, elle travaillait à Bletchley Park sur la machine Enigma, qui codait les messages radio stratégiques de l'armée allemande. Son rôle auprès de Turing dans le film Imitation Game est tenu par Keira Knightley : sortie janvier 2015.
Et
Mavis Batey - 1921-2013 - Crypto-analyste - Code breaker  
Margaret Rock - 1903-1983 Crypto-analyste - Code breaker

Elles ont inspiré la minisérie britannique Enquêtes codées, où, démobilisées, tenues au secret (officiellement, elles étaient secrétaires !) même vis à vis de leur famille, elles tentent de mener une vie de ménagères soumises quand des meurtres se produisent, elles se remettent au travail pour tenter de trouver des "patterns", sortes de séquences répétées dans les comportements humains des meurtriers. Excellente série de 2 saisons pour l'instant.






Les programmeuses américaines de l'ENIAC, premier ordinateur entièrement électronique (leurs ancêtres étaient électro-mécaniques) "Turing complet", programmable pour résoudre tous problèmes calculatoires. Le codage était considéré comme subalterne, donc confié à des femmes, les hommes préférant le hardware : résistances, tubes à vide, condensateurs, câblage et soudures de la machine. Comme quoi, tout est relatif, en fonction des époques et du prestige accordé au poste de travail ! Quand un poste de travail s'anoblit, les hommes l'investissent et l'industrialisent, renvoyant à l'oubli les premières à avoir fait le travail de défrichage. C'est même une sale habitude.
Betty Jean Bartik (à gauche sur la photo) - 1924-2011 en est une des premières programmeuses. Elles sont bien oubliées aujourd'hui, effacées de l'HIStoire, alors qu'elles ont inventé les technologies modernes de l'information.

Irène Greif  - Première femme à obtenir un doctorat en informatique au MIT. Rencontre en 1964 son premier ordinateur qui ne parle qu'en langage machine à base de 0 et de 1. Son domaine de recherche sera l'interface homme-machine. Autrement dit, c'est grâce à elle si nos ordinateurs d'aujourd'hui sont accessibles à tout le monde.

Evidemment, cette petite liste n'est pas exhaustive : il en manque. J'accepte toutes suggestions. Les hommes ne sont pas plus destinés ni légitimes que nous à la programmation software et il est important que les femmes y investissent leur génie et leur sensibilité, c'est une question de démocratie. Laisser toute la place aux hommes dans des technologies qui engagent notre avenir est une faute.  Je termine par une citation du Feminist Cyborg Manifesto de Donna Haraway : The INFORMATICS of DOMINATION : nous sommes engagés dans la mutation transition d'une société organique et industrielle vers une société d'information polymorphe travail/jeu qui peut s'avérer mortelle si nous n'y prenons garde. Dans une tentative épistémologique et politique, le graphique ci-dessous (en anglais) donne un aperçu du changement de domination en train de s'accomplir sous nos yeux :

Representation       Simulation
Bourgeois novel, realism        Science fiction, postmodernism
Organism       Biotic Component
Depth, integrity     Surface, boundary
Heat      Noise
Biology as clinical practice        Biology as inscription
Physiology        Communications engineering
Small group       Subsystem
Perfection       Optimization
Eugenics       Population Control
Decadence, Magic Mountain        Obsolescence, Future Shock
Hygiene      Stress Management
Microbiology, tuberculosis         Immunology, AIDS
Organic division of labour     Ergonomics/cybernetics of labour
Functional specialization      Modular construction
Reproduction        Replication
Organic sex role specialization       Optimal genetic strategies
Biogical determinism        Evolutionary inertia, constraints
Community ecology        Ecosystem
Racial chain of being      Neo-imperialism, United Nations humanism
Scientific management in home/factory       Global factory/Electronic cottage
Family/Market/Factory        Women in the Integrated Circuit
Family wage       Comparable worth
Public/Private      Cyborg citizenship
Nature/Culture       Fields of difference
Co-operation    Communications enhancement
Freud        Lacan
Sex         Genetic engineering
labour      Robotics
Mind        Artificial Intelligence
Second World War        Star Wars
White Capitalist Patriarchy       Informatics of Domination
The mode is the message - The code is the collective

lundi 2 février 2015

Entre-soi masculin et exclusion des filles

Ce blog et mes deux autres comptes sur les réseaux sociaux me servent, entre autres choses, à dénoncer l'entre-soi masculin : celui du Festival du Film de Cannes et ses sélections masculines, les plateaux de C dans l'air, les Conseils d'administrations exclusivement masculins des entreprises, la hiérarchie vaticane, la non mixité de l'Assemblée Nationale et du Sénat, et les écoles de techniciens et d'ingénieurs qui excluent les filles et les femmes ainsi que les technopoles qui les emploient. "Madame, chez nous, c'est très technique et très spécifique", ai-je entendu pendant toute ma carrière, que je sois candidate à un poste dans l'industrie ou l'électronique/informatique, ou que je sois commerciale/consultante dans ces mêmes disciplines. Sous-texte : les bonnes femmes, ça ne comprend RIEN à la technique.

Quand je suis sur Twitter, généralement, je n'ai pas de réponse ni d'objections des boîtes citées, sauf de certains masculinistes et des teigneux qui ne supportent pas une telle pierre dans leur jardin. Ils trollent. Soit sollicités par l'entreprise ou école dont ils sortent, soit en ouvrant un compte pour faire poids aux féministes honnies qui, forcément, disent des bêtises avec de mauvaises intentions, celles de mettre l'accent sur leurs injustices, qu'ils nient farouchement. Ces trolls me renvoient, croient-ils, le super argument qui tue, genre "mé dans les écoles d'esthéticiennes, y a pas de mecs, ouh, les vilaines qui discriminent les hommes, tiens prends ça !", assorti pour les plus branchés d'un #facepalm qui se veut désobligeant (synonymes : #fail, #stupid, #epicfail, #failure #retarded) vengeur. Le pas fini qui ferait bien de s'acheter un cerveau et de s'en servir pour lire des livres. Féministes, par exemple.

Aussi ce billet (argumenter sur Twitter en 140 signes, surtout avec des ignorants de mauvaise foi relève de l'impossible) pourra me servir lors d'un prochain échange où j'aurai juste à leur envoyer le lien. Ces ignares posent A PRIORI que toutes choses sont égales par ailleurs, que les relations entre les hommes et les femmes sont SYMETRIQUES, ce qui bien sûr est faux, il n'y a qu'un technicien de mauvaise foi, qui prend Pearl Harbour pour une actrice américaine qui ne le sait pas. Un gros philistin, en d'autres termes.

Les esthéticiennes, les coiffeuses, les infirmières ne mettent pas en place de stratégies d'évitement pour ne pas avoir de mecs chez elles ; je pense même que pas mal d'entre elles seraient contentes d'en accueillir. Mais les mecs, eux, ne veulent pas faire de "boulots de gonzesses", peu ou mal payés. Voire pénibles et mal payés, comme dans le cas des infirmières ou des aide-soignantes.
Alors qu'informaticien, développeur informatique, électronicien ou mécanicien..., c'est bien payé, et selon la légende urbaine des patriarcaux, on en manquerait cruellement, ou alors ON VA EN MANQUER, c'est imminent. D'où l'intérêt d'ouvrir des écoles partout et de les mettre en concurrence. La compétition il n'y a que cela de vrai, mais entre eux, des fois que les filles seraient meilleures ! Des infirmières, on n'en manque et on n'en manquera pas, et ça se trouve sous le sabot d'un cheval,
bien sûr ?

Voyons quelles stratégies ils mettent en place pour que les filles ne viennent pas, de la plus bénigne à la plus criminelle, de l'exclusion institutionnelle, à l'exclusion purement individuelle sexiste.

L'exclusion institutionnelle :

- Entendu en permanence dans l'industrie : "chez nous, ya pas de chiottes et de vestiaires séparés, on ne peut pas avoir de femmes". Locaux insalubres, sales, moches, INHOSPITALIERS, graisseux, sont les marques des industries masculines. Ça peut sentir le renfermé aussi, voilà ce que c'est que de ne jamais ouvrir une fenêtre, au propre et au figuré. Quand ils n'ont pas de raison formelle pour que ça renifle, ils s'arrangent pour vous mettre trois gros sacs poubelles devant les lavabos où vous voulez aller vous laver les mains quand vous êtes en visite et que vous avez fait 500 bornes pour venir les voir, ces misérables ;
- L'uniforme de travail : les flics et CRS notamment (mais pas qu'eux), sont habillés de combinaisons d'un seul tenant : quand ils vont pisser, ils se dézippent la braguette et ça le fait ; quand ils recrutent des filles (si les filles veulent venir, elles doivent accepter toutes les règles de l'institution, serinent-ils), les filles doivent se désapper pour aller pisser. Il y a eu amélioration -grâce aux filles, maintenant, c'est chemise pantalon en deux pièces. Si c'est la seule braguette-zip qui fait la/le CRS, je refuse de payer la TVA et mes impôts, bordel.
- L'occupation de l'espace et du temps : entassements en open space merdique de grande camaraderie masculine où s'isoler est impossible, sans parler des envahissements de l'espace des femmes qu'ils se permettent sans arrêt, ces saigneurs seigneurs de la terre. Tout leur est dû, le bureau, l'ordinateur de maman, l'espace public avec leurs encombrants et brutaux jeux de ballons et leurs planches de skate, etc...  Occupation du temps : ils "travaillent" de 9 H à 21 H, ils réunionnent après 19 H, réunions où il ne se dit rien mais qui durent des plombes, puisque le service est assuré par des femmes de ménage et des domestiques, des cuisinières, "mamans" chez qui aller épancher ses bobos à l'âme, bref, le repas est prêt. Plus qu'à se mettre les pieds sous la table ! On appelle ça la division sexuée du travail.

Certaines écoles de techniciens et d'ingénieurs dont le cas Epitech documenté par un mémoire de @sweetyclem à lire absolument, mais également, l'école 42 fondée par Xavier Niel, le patron de Free, sont à ce titre parfaitement éloquents : ces écoles de techniciens sont nées de la peur du chômage qui désormais menace tout le monde : même ceux qui ont un beau diplôme peuvent rester sur le carreau, ils garantissent donc un taux d'emploi de plus de 95 % à la sortie. Mais avec prix fort à payer : scolarité chère dans un cas (les parents se saignent ou s'endettent, et les élèves aussi) et surtout dans tous les cas, omniprésence dans l'école : pas d'horaires, pas de vacances, école ouverte tous les jours, samedis, dimanches, fériés, NUIT et JOUR. Car la menace du chômage sert aussi à formater des futurs salariés bien dociles et suiveurs, elle entretient la peur. Le présentéisme, cette plaie, est valorisé : vous faites de l'informatique, vous développez du code, vous mangez dans l'école, vous y vivez, vous ne la quittez plus. Cela crée des liens, renforce, croient-ils, la sacro-sainte cohérence des équipes, le ciment de l'amitié masculine, tant pis pour ceux (CELLES) qui ne sentent pas l'intérêt d'un tel investissement stérilisant. Car évidemment, c'est stérilisant : pas de métissage, et tout ce qui n'est pas enseigné à l'école/entreprise, ne sert pas les buts de l'école est banni, c'est le contraire d'un enseignement généraliste qui append à PENSER, qui développe l'esprit critique, ce que doit faire tout enseignement. Mais au fait qui assure l'INTENDANCE dans ces endroits ? Des femmes, éternelles pourvoyeuses de "services" bénévoles ou mal payés : repas, ménage, nettoyage du linge, secrétariat,... car il faut bien que quelqu'un le fasse. Avec un tel partage des tâches, je ne vois pas comment les femmes pourraient y aller. Donc, l'argument "mais que les femmes viennent, nous on ne demande pas mieux" est faux-cul et foutage de tronche. Indiscutablement, ces pratiques sont des méthodes d'exclusion des femmes pour les deux raisons évoquées.

- Les pratiques rituelles d'intégration : les bizutages où il est difficile de distinguer ce qui relève de la fête bon enfant et ce qui relève du sévice, au besoin sexuel : les premières victimes sont des garçons bouc émissaires, les plus faibles, les différents..., victimes de la mâle-traitance corporelle et psychologique, voire d'agressions sexuelles. Si les filles ne veulent pas y participer, elles seront taxées de faire cavalière-seule, de ne pas vouloir "s'intégrer".

Les stratégies individuelles d'exclusion : 

- Remarques sexistes, blagues lourdes, sous-entendus d'incompétence, refus de travailler avec les femmes, "climat général hostile aux filles", zéro pointé parce qu'une a protesté qu'elle a réparé (corrigé un bug) le programme d'un mec et que le mec se l'est attribué, ne supportant pas qu'une fille soit plus compétente que lui.
Ces stratégies peuvent devenir violentes : harcèlement, pratiques perverses et humiliantes, le viol même est une pratique qui fait régner la terreur (deux affaires récentes de viols dans l'armée et les CRS ont conduit à interpeller les ministres), le terrorisme machiste fait que des comportements d'évitement se mettent place. Les femmes, tout en niant les discriminations, soit n'y vont pas, soit se tiennent à carreau quand elles ou une camarade est agressée, et ne sont pas solidaires entre elles de peur d'être exclues de ces milieux machistes. Evidemment, l'agression sexuelle est paroxystique, mais elle a l'avantage de faire régner préventivement la terreur, et d'être dissuasive. Le "tu l'as bien cherché" est dans l'air. Fréquenter des lieux masculins pour une femme est forcément transgressif, la société nous le rappelle tous les jours.

J'ai personnellement expérimenté plusieurs de ces situations (outre les plafonds de verre, salaire spécial femme...) : pas de toilettes pour les femmes généralement, soupçons de ne "pas s'intégrer dans l'équipe" de joyeux drilles, poussant à l'alcoolisation voire à la délinquance routière dans deux cas, et aussi un pervers harceleur que j'ai supporté 4 jours : j'ai rompu ma période d'essai en lui disant son fait et suis partie avec mes affaires sous le bras en tonitruant dans le couloir. Six mois après, le type était traîné devant un tribunal et mis en retraite anticipée : j'ai la faiblesse de penser que j'ai peut-être ouvert une brèche, sans avoir de certitude, mais la situation pourrissait la boîte depuis longtemps.

Qui peut témoigner de comportements sexistes symétriques dans des établissements à majorité de femmes ? Dans des proportions telles et d'une telle gravité ? Personnellement, je n'en ai pas connaissance ; les principaux reproches sont que les femmes sont mesquines et pestes entre elles, accusations qui relèvent davantage de la misogynie ambiante, et de la haine de soi que développent tous-tes les colonisé-es qui doivent survivre dans un monde qui n'a pas été fait pour eux. Tout cela est parfaitement documenté, et même si personnellement je n'en ai ai pas vécu, je me suis toujours trouvée plus à l'aise dans des milieux féminins. L'argument que les deux camps sont à égalité dans la discrimination à caractère sexiste, est donc parfaitement spécieux et orienté, donc irrecevable.
Les chercheures et scientifiques femmes qui ont permis l'informatique telle que nous la connaissons aujourd'hui - "Les pionnières qui ont rendu l'informatique possible, mais les filles ne devraient pas faire des trucs de garçons, naturellement".

Liens supplémentaires : Open source, closed minds (en anglais) sur le milieu sexiste des développeurs open source.
Sexiste, l'informatique ? aborde l'absence de modèles féminin et/ou l'effacement HIStorique de ces modèles.

lundi 26 janvier 2015

Waleed Al-Husseini, libre-penseur, athée et... persécuté

Par solidarité de blogueuse, puisqu'à l'évidence on peut être embastillé pour avoir exposé ses idées sur la blogosphère, j'ai acheté et lu le récit de mémoires de Waleed Al-Husseini publié chez Grasset. Âgé aujourd'hui de seulement 26 ans, Waleed Al-Husseini est réfugié politique en France depuis 2 ans.


Les prisons d'Allah est sa biographie et le récit de son parcours de libre-penseur en Cisjordanie où il est né et où réside sa famille de commerçants-artisans issus de la classe moyenne. Athée depuis l'âge de 14 ans, et blogueur affichant son athéisme depuis l'âge de 17 ans, Walid Al-Husseini est arrêté, torturé et détenu pendant 10 mois dans les geôles de l'Autorité Palestinienne, libéré sous caution puis en fuite en Jordanie qui a des accords d'extradition avec la Palestine, et ensuite en France (son arrivée à Paris avec un double sentiment d'effroi et d'émerveillement) qui n'était pas son premier choix car il ne parlait pas français. Il voulait aller au Canada anglophone, mais c'est la France qui lui a accordé l'asile la première. Bien que la laïcité soit inscrite dans sa Constitution, sans doute pour complaire à l'Europe, sa principale financeuse, en réalité, l'Etat Palestinien est confessionnel et ne tolère pas les contestataires de l'Islam. Ce livre, dont je recommande chaleureusement la lecture, bien écrit et bien traduit, est enthousiasmant et frais, comme les idées exprimées par ce libre-penseur qui ne veut que la Raison pour inspirer sa vie. C'est un défenseur de la laïcité et des idées des Lumières. Il parle aussi très bien de la situation des femmes dans son pays et, plus généralement, en terre d'Islam, femmes sous tutelle, qui ne peuvent pas non plus choisir leur destin. Ils aborde notamment les cas de mariages forcés précoces.

J'avais écrit ici même un billet sur le hors-série Charlie Hebdo La laïcité, c'est par où ? Cette laïcité, concept tellement français, notre invention républicaine que les autres ont du mal à comprendre, est menacée par le retour du religieux et le relativisme culturel, ce racisme doucereux qui ne dit pas son nom.

La laïcité est la garantie par la République, qui ne reconnaît elle-même aucun culte, qu'on peut pratiquer sa religion ou croyance dans la sphère intime ; en contrepartie, la République refuse tout affichage dans l'espace public, ou au moins dans ses administrations publiques. Citation de Cynthia Fleury sur le plateau de C dans l'air, récemment. Aucun état avec loi religieuse inscrite dans sa constitution ne vous garantit une telle
liberté : les religions sont par définition toutes clivantes, convaincues de détenir la vérité absolue, elles considèrent que les autres religions concurrentes sont blasphématoires envers elles.


Le blasphème n'est pas mentionné dans la loi en France, il n'est donc pas un délit. Vous pouvez remplacer le bicorne de Napoléon par un canotier, ou faire des moustaches à la Joconde, écrire dessous L H O O Q (déjà fait, donc net manque d'originalité), vous pouvez enlever le pagne du Christ en croix et le remplacer par un kilt, et mettre un chapeau haut de forme à Allah, ce n'est pas illégal. Ce qui est un délit en revanche, et relevant du Code Pénal, c'est attaquer une personne sur sa croyance ou ses origines supposées religieuses ou ethniques. Ceux et celles qui ne font pas le distinguo entre les idées et les personnes, entre la satire et le racisme-incitation à la haine, entre des personnes humaines vivantes et les personnages historiques ou fantasmatiques ont juste besoin de cours d'instruction civique : ce n'est pas du tout la même chose. "La laïcité c'est la fraternité/sororité anonyme. Le retour du religieux est un échec de fraternité".

Autres liens liberté d'expression :
Une tribune de Roberto Saviano dans Libé : Saviano, auteur de Gomorra, est menacé de mort par la Mafia, il vit sous la protection de la police italienne en changeant sans arrêt d'adresse.
La voie de la Raison, le blog de Waleed Al-Husseini
Le Facebook du Conseil des ex-musulmans de France, créé avec d'autres par Waleed Al-Husseini
Une critique des Prisons d'Allah chez La règle du Jeu
Felina, journaliste et twitteuse, assassinée par les cartels mexicains de la drogue.