vendredi 24 octobre 2014

La part du lion - Consommation différentielle en Patriarcat - Partie II

Extrait de Économie Politique du Patriarcat : Famille et consommation (suite)
"Si la coercition est employée surtout pour suppléer à l'intériorisation des interdits, absente chez les jeunes, et pour la créer, celle-ci n'est jamais si parfaite que des relâchements ne se produisent. Entre la coercition pure et l'intériorisation pure, le qu'en dira-t-on joue sur les deux tableaux, faisant intervenir à la fin la présence d'autrui et la honte ou son inverse, l'honneur. "On peut, dit toujours Cazaurang, signaler un petit geste d'une maîtresse de maison d'autrefois. Il arrivait qu'elle profite de l'absence des autres membres de la famille pour céder à la gourmandise. Elle se confectionnait en aparté quelque petit plat ou simplement le café. Un importun survenait-il ? Vite, l'objet du péché était glissé dans le four éteint, près du foyer."
Alors que pour les jeunes, les interdictions alimentaires restent -même intériorisées- de l'ordre  de la contrainte, et d'autant plus qu'elles sont liées à un statut nécessairement transitoire, elles sont intégrées, pour les femmes, à un système répressif plus vaste, qui permet une plus grande souplesse dans le détail. Ce système est l'idéologie du rôle d'épouse et de mère. 
En effet, les femmes sont gérantes de la maison, et comme tout contremaître, se trouvent confrontées à des situations pour lesquelles aucune consigne n'existe. A ce moment, un principe général prend le relais des interdictions précises qui deviennent inappropriées. Ce principe général est simple : l'épouse et mère doit en toute occasion préserver les privilèges de l'époux et père, et se "sacrifier".

"Les plus belles œuvres de Dieu ont toujours été créées avec des côtes", Beef Magazine, Édition étasunienne. Allusion, fine comme du gros pâté, au récit biblique selon lequel Eve (bas morceau de la Création, donc) a été créée de la côte d'Adam.

Les choses ne se passent pas de la même façon dans toutes les sociétés. Ainsi en Tunisie, la consommation différentielle est obtenue par des modalités radicalement différentes. Les hommes font deux ou trois repas par jour, les femmes en  font un ou deux, et ces repas ne coïncident jamais. Les femmes utilisent pour les leurs des aliments préparés une fois par an, et obtenus à partir de denrées de deuxième qualité. Les repas qu'elles préparent pour les hommes utilisent au contraire des produits frais de première qualité. La séparation rigoureuse du lieu, du moment et de la substance de base des repas rend toute concurrence pour les aliments impossible entre hommes et femmes (Ferchiou 1968).

En France aujourd'hui, hormis quelques interdits spécifiques, tels que ceux de l'alcool et du tabac, hommes et femmes se nourrissent au même "pain et pot". La consommation différentielle ne procède pas, pour l'essentiel, de l'interdiction de tel ou tel aliment, mais par l'attribution de la part la plus petite et la plus médiocre de chaque aliment aux femmes. Il est difficile de dire si les circonstances -le partage de la même cuisine- rendent nécessaire la création et l'application d'un principe général, ou si l'existence de ce principe rend possible la confection d'une seule cuisine. Peut-être serait-il plus approprié d'avancer que seul un tel principe peut rendre compte de la variabilité du contenu de la consommation différentielle.
Dans un milieu, dans une famille, pour un niveau de vie donné, le contenu n'est pas si flexible : les mêmes plats reviennent régulièrement sur la table de semaine en semaine, et il n'est pas nécessaire de procéder à chaque fois à une nouvelle évaluation ou à une nouvelle répartition. Les parts sont fixées une fois pour toutes: dans chaque famille et dans chaque poulet, il y a le "morceau de papa".

Beef magazine - Pour les hommes qui ont du goût ! Obus : engins phalliques, virils et guerriers s'il en est. 

Là encore, les restrictions sont vécues différemment, selon le degré d'intériorisation et le caractère transitoire ou définitif du statut auxquels elles sont attachées. Les enfants, et surtout les enfants mâles, les vivent comme des brimades, dont ils se vengeront dès la première occasion où ils auront accès au "morceau de papa" convoité durant des années. Les femmes croient avoir choisi le morceau auquel elles ont droit.
[...]
Mais point n'est besoin que le sacrifice soit aimé : il devient une seconde nature. C'est sans réfléchir que la maîtresse de maison prend le plus petit biftèque et, n'en prend pas du tout si, d'aventure, il n'y en a pas assez pour tout le monde. Elle dit : "Je n'en veux pas" et personne ne s'étonne, elle la dernière, que ce soit toujours la même qui "n'en veuille pas". Point n'est besoin non plus qu'elle se réfère à l'idéologie du sacrifice comme partie intégrante de la nature féminine, qu'elle ait conscience de sa générosité ou de son abnégation : le recours à un principe universel supposerait une situation sortant de l'ordinaire où les automatismes de la vie quotidienne ne suffisent plus à conduire l'action.
Quand on passe de la campagne à la ville et quand on passe des tranches basses de revenus aux tranches les plus élevées, la consommation de nourriture s'accroît. La consommation différentielle devient moins marquée dans ce domaine. Le niveau de consommation alimentaire étant plus élevé, on peut penser que les besoins de base sont mieux couverts et que les différences de consommation portent de plus en plus sur des qualités et des modalités moins visibles. D'autre part, la nourriture étant suffisamment abondante, on peut penser que les différences de consommation alimentaire tendent à disparaître tout à fait, et à se déplacer, ou à ne subsister que dans d'autres domaines.
Cependant, le caractère flexible de la consommation différentielle, le fait -commenté plus haut- que ce ne sont pas des contenus spécifiques qui sont définis mais des principes d'attribution, permet des retours en arrière quand pour une raison ou une autre l'échelle des valeurs relatives du ménage est modifiée. Un exemple permet d'illustrer ces retours en arrière qui eux-mêmes illustrent cette flexibilité. Dans la décennie des années 60, la France, et plus particulièrement Paris, connurent pendant une quinzaine de jours une pénurie de pommes de terre. La demande pour cette denrée de base étant peu élastique, les prix montèrent et des queues se formèrent devant les épiceries. Interrogée dans une de ces queues par un reporter radiophonique une femme répondit  : "Je garde les pommes de terre pour mon mari ; les enfants et moi nous mangerons des pâtes ou du riz...". En dépit de la cherté relative des pommes de terre, l'acquisition d'un volume suffisant pour toute la famille n'eut pas grevé outre mesure le budget, eu égard tout au moins au prix subjectif important accordé par cette famille aux pommes de terre. Par contre, si, la valeur de gratification ne compensait pas le sacrifice budgétaire, comme la renonciation par la femme et les enfants le laisse à penser, le mari eût dû logiquement consommer aussi des pâtes et du riz. Il semble que la solution adoptée ne s'explique pas par l'impossibilité physiologique d'absorber des produits (de remplacement dans cette situation particulière) qui sont pourtant consommés de façon aussi régulière que les pommes de terre, ni par la situation économique de la famille, mais par la nécessité symbolique de marquer l'accès privilégié du mari-père aux biens rares ou devenus rares, cet accès privilégié étant à la fois signe et raison d'être de la hiérarchie de consommation.

Beef Magazine - Pour les hommes qui ont du goût - Tentatrices ! peut être interprété d'au moins deux façons.

Si la différentiation était étudiée dans tous les secteurs de consommation, on peut faire l'hypothèse que ce principe et ses corollaires se trouveraient confirmés ; les biens les plus rares dans chaque domaine et les domaines de consommation les plus prestigieux font l'objet d'un accès privilégié ; l'écart relatif entre les niveaux de vie des différents membres de la famille reste à peu près constant dans tous les milieux  (et s'accuse en valeur absolue au fur et à mesure que l'accès privilégié porte sur des biens de plus en plus coûteux et que la différentiation  s'exerce sur un volume global accru). En effet, avec l'accroissement de la part du budget disponible pour des dépenses non alimentaires, des consommations auparavant peu importantes ou inexistantes se développent. L'élévation du niveau de vie général peut donc permettre le développement de la différentiation dans certains domaines. En outre, elle permet l'émergence de domaines nouveaux de consommation, qui sont autant de nouveaux champs ouverts à l'exercice de la différentiation. Ainsi l'acquisition d'une voiture, dans un ménage où auparavant tous prenaient le métro, non seulement accroît considérablement la différence globale de consommation -l'écart de niveau de vie- entre l'utilisateur de la voiture* et les autres membres de la famille, mais aussi introduit la différentiation dans un domaine -le transport- jusqu'alors non différencié."
Christine Delphy - Economie politique du patriarcat - Tome I de L'ennemi principal - Syllepse 3ème édition 2013 - Pages 79 à 88. Les phrases en caractère gras sont de mon fait. Les couvertures de Beef Magazine, destiné clairement à une clientèle masculine, fournissent les illustrations.
 
* Tous les ménages que je connais où il y a deux voitures, c'est Madame qui roule avec la petite vieille voiture, et Monsieur qui roule avec la grosse voiture neuve, et le nombre de km parcourus n'entre même pas en ligne de compte dans cette répartition inégale : net accès privilégié au dominant !

vendredi 17 octobre 2014

La part du lion - Consommation différentielle en Patriarcat - Partie 1

Dans son tome I de L'ennemi principal : Économie politique du patriarcat, Christine Delphy aborde en sociologue le sujet de la consommation dans les familles. Notamment de la consommation de nourriture, différente selon la position hiérarchique de chacun-e dans la cellule familiale. Je vous en propose ci-dessous un extrait (en deux billets, suite la semaine prochaine). Évidemment, les seules protéines considérées valables sont les protéines animales. Mais c'est évidemment un choix non discutable et non discuté du dominant : si le tofu avait été considéré par lui comme désirable, ce serait le tofu qui constituerait la part du lion. Preuve ? Attendez juste d'arriver au paragraphe qui parle d'une pénurie de patates à Paris dans les années 60 en Partie II. J'ai mis en illustration des couvertures éloquentes du magazine Beef, version française ou étasunienne.


"Dans la famille rurale traditionnelle (du 19è siècle) et aujourd'hui encore dans les exploitations familiales marginales comme celles qui prédominent dans le Sud-Ouest de la France, la consommation de nourriture est extrêmement diversifiée selon le statut de l'individu dans la famille.
Cette diversification porte sur la quantité de nourriture et oppose d'abord enfants et adultes, femmes à hommes. Mais parmi les adultes, les vieux mangent moins que les gens d'âge mûr, les membres subalternes moins que le chef de famille. Celui-ci prend les plus gros morceaux. Il prend aussi les meilleurs : la diversification porte autant sur la qualité que sur la quantité.
Les enfants sont nourris jusqu'à deux ou trois ans de lait, de farine et de sucre exclusivement. Les vieux, particulièrement les vieillards impotents retrouvent le même régime à base de céréales et de lait, les panades et les bouillies. 
La viande est rarement au menu, et encore plus rarement au menu de tous. Souvent, elle n'apparaît sur la table que pour être consommée par le seul chef de famille, surtout s'il s'agit de viande de boucherie. Les viandes moins chères -les volailles élevées à la ferme, les conserves faites maison- ne sont pas l'objet d'un privilège aussi exclusif. Cependant, jamais les femmes et les enfants n'auront le morceau de choix réservé au père (ou dans les occasions sociales, aux invités de marque : ainsi les morceaux nobles de jambon, aliment noble en soi, échoient au futur gendre, dit Jean-Jacques Cazaurang -1968) et les nourrissons et les vieux n'y toucheront pas. L'alcool est un autre aliment dont la consommation est fortement différentiée. Elle est le fait des hommes adultes, à l'exclusion des femmes et des enfants. 
Le respect des interdictions alimentaires est obtenu à la fois par la coercition et par l'intériorisation de ces interdictions.
L'impotence physique des enfants en bas âge et des vieux rend la coercition si facile qu'elle en devient non pas inutile, mais invisible. Elle est surtout nécessaire, et devient visible vis à vis des enfants pendant la période où ils sont "voleurs", c'est à dire celle où ils n'ont pas encore intériorisé les interdictions.
C'est ainsi que beaucoup d'aliments qui restent dans la cuisine sont placés en hauteur, sur des planches à pain, ou sur le dessus des armoires, où les seuls individus de taille adulte peuvent les atteindre. Cette coercition par l'altitude est si classique que maint conte populaire a pour héros un enfant décidé à la déjouer. Le conte relate généralement et la solution avantageuse du problème par le héros au moyen d'un escabeau, et la résolution malheureuse de l'histoire par une punition, soit médiate -infligée de main d'adulte- soit immédiate -venue du ciel sous forme d'indigestion. Une marque de confiture a choisi pour réclame l'image d'une petite fille qui trempe ses  doigts dans un pot : elle est perchée sur une chaise.



Mais si certains aliments ne sont protégés physiquement que des enfants, d'autres le sont de toute la maisonnée : "Les provisions qu'on estime bon de ne pas laisser dans le cuisine, sont montées dans la chambre, surtout la chambre des maîtres. Quand il s'agit des pièces de la viande de porc telles que les saucissons, le séjour à l'étage supérieur leur permet de parfaire le séchage. Il les met en outre à l'abri des tentations de jeunes, toujours affamés. C'est dans le même ordre d'idée qu'on y pose une planche qui supportera la provision de pain de la semaine, et qui sera distribuée selon les besoins" (Cazaurang 1968). Certaines mesures, appuyant les interdits d'empêchement physique, s'appliquent à toute la maisonnée, moins les femmes, ou plutôt hormis la maîtresse de maison. Ces mesures seraient gênantes en effet, appliquées à elle qui prépare toute la nourriture. Aussi a-t-elle accès à tous les aliments, même ceux qu'elle ne consomme pas. Mais cet accès est clairement lié à son intervention en tant que préparatrice. L'alcool échappe à cette intervention puisque sa préparation est une prérogative masculine. Le tabou physique dont il est l'objet peut atteindre la maîtresse de maison : souvent la bouteille "du patron" n'est touchée que par ses mains.

[La répression] est essentiellement un fait de coutume, c'est à dire que ses contraintes sont intériorisées et reproduites comme une conduite spontanée par les intéressées.Tout un corpus de proverbes, dictons, croyances, enseigne à la fois le contenu des rôles et la justification de ces rôles.
Parfois ces préceptes prennent l'allure de constatations : "les femmes mangent moins que les hommes". Parfois, ils ont la forme de conseils d'hygiène : "tels aliments sont "mauvais" ou "bons". [...] Ainsi "les confitures gâtent les dents des (seuls) enfants, "le vin donne de la force aux (seuls) hommes, etc.
[...] on pense que les bébés et les enfants n'ont pas besoin de viande , et que les femmes en ont "moins besoin". En revanche, les hommes ont "besoin" de ces aliments nobles. Les légumes qui ne "tiennent pas au corps", "ne nourrissent pas leur homme", mais, apparemment, nourrissent les femmes et les enfants.

Couverture de Beef magazine (sous-titre : Pour les hommes qui ont du goût) Mars 2014 Édition française : le magazine carnivore interdit aux femmes - Article du Nouvel Obs qui traduit bien la croyance carniste et l'intériorisation culturelle du privilège viril.

"La théorie indigène pose une relation entre la taille des individus et la quantité de nourriture nécessaire à leur organisme. Qu'il s'agisse d'une rationalisation et non d'un principe de répartition est rendu évident par le nombre d'exceptions  que cette relation souffre : un mari, un patron, un père, un aîné, aussi chétifs soient-ils n'abandonnent pas leur part privilégiée à une femme, un ouvrier, un enfant, un cadet, aussi importante soit leur taille.
La théorie des besoins différentiels comporte un troisième niveau d'argumentation, celui des dépenses différentielles d'énergie. Cette argumentation ne s'appuie pas sur la mesure de l'énergie réellement dépensée par l'individu, mais établit une relation impersonnelle entre l'activité et la dépense d'énergie. Cette relation est basée sur la classification des activités en "gros travaux" et en "petits travaux". Or, cette classification n'est pas établie d'après la dépense d'énergie requise par l'activité considérée, mais par la nature des activités.
Cependant, l'opération technique elle-même n'est pas le critère réel de la classification : le portage d'eau est considéré comme un "petit travail", le portage de fumier un "gros travail" : la pénibilité de la tâche non plus : le moissonnage à la faux est un "gros travail", le bottelage et le liage sont regardés comme un "petit travail". Partout en France, portage d'eau et bottelage sont ou étaient exclusivement des travaux de femmes, les autres portages et le moissonnage des travaux d'hommes.
Le critère de classification des travaux en "gros" et "petits", réside en fait dans le statut de ceux qui les effectuent ordinairement. Certains travaux réservés aux hommes et donc réputés "gros" dans certaines régions, sont réservés aux femmes dans d'autres et perdent leur qualification. Ainsi en est-il pour ne citer que ceux-là parmi beaucoup d'autres travaux à affectation sexuelle, du binage des pommes de terre, de la conduite des animaux de trait.
Quand les femmes effectuent des travaux réputés "gros" dans la région considérée -d'une façon exceptionnelle, à certaines périodes, ou d'une façon ordinaire, comme en Bretagne ou dans les Alpes où elles réalisent tous les travaux agricoles- l'évaluation de leurs dépenses et besoins en énergie n'en est pas modifiée pour autant. Ceci n'est pas pour étonner, puisque cette dépense et les besoins réels ne sont jamais mesurés ni comparés : le simple décompte du temps d'activité physique journalier, plus élevé en moyenne d'un tiers pour les femmes que pour les hommes, donnerait à penser que, contrairement à la croyance indigène, ces dépenses et donc les besoins d'énergie sont plus grands chez elles. La théorie des "besoins" quoique invoquant explicitement ou se référant implicitement à des impératifs physiologiques objectifs, les ignore totalement."
A suivre.
(Les phrases en caractères gras sont de mon fait).

samedi 11 octobre 2014

La transparence du verre d'eau

Combien d'entre nous, minoritaires dans une assemblée composée d'hommes a tenté d'imposer sa parole dans le concert masculin
tonitruant ? Combien ont essayé de faire prévaloir leur point de vue dans une interminable réunion masculine où il ne se dit au final pas grand chose ?

Je lis et entends régulièrement dire que les femmes ne sont pas une minorité : ça dépend où ! Dans la plupart des réunions auxquelles j'assiste dans l'industrie ou dans l'agriculture-élevage, je suis en général la seule de mon espèce. J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans ce billet la difficulté à imposer sa parole dans ces circonstances. Vous y êtes en général transparente comme le verre d'eau de la publicité qu'on peut voir sur les écrans en ce moment (je la vois sur Itélé), lançant un aromatiseur d'eau aux arômes naturels (sic) que vous n'êtes pas obligées d'essayer, continuez avec le sirop que vous achetez habituellement dans votre supermarché, ou buvez de l'eau pure !



La première fois que je l'ai vue, elle m'a choquée (normal, elle a été faite pour lancer un nouveau produit absolument inutile), et puis j'évolue : les mecs sont tout à fait ressemblants, et portraiturés à leur désavantage, le mot "chatte" les fait taire immédiatement. Ils n'ont que ce qu'ils méritent.  

Deux liens pour approfondir le sujet :
Chez Antisexisme, un article érudit et documenté : Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes. Le genre et la parole
Et chez les G.A.R.C.E.S : Etre une femme et savoir s'imposer dans la conversation.

Méfiez-vous aussi quand ils vous écoutent :  vos excellentes idées, surtout si vous êtes une subalterne, peuvent leur permettre d'aller briller auprès du patron, ils vous les piquent et se parent des plumes du paon. Mais le patron peut aussi vous piquer une idée et l'attribuer à son directeur commercial : ça m'est arrivé un midi d'été dans un super restaurant en Touraine où je déjeunais avec les deux et où j'ai eu la faiblesse de leur glisser une de mes idées. En septembre, réunion nationale, je vois à l'ordre du jour que mon idée, qui était devenue "la merveilleuse idée de Monsieur Barbon, notre Directeur Commercial", était explicitée pendant l'après-midi entière, modalités d'applications incluses et mise à exécution immédiate par toutes les agences. Comme toutes nos réunions, celle-ci s'est terminée par un buffet avec coupe de champagne : j'ai traversé la réception et je suis allée le féliciter.

Dernière recrutée en CDD dans un bureau d'études peuplé d'ingénieurs qui ne vendraient pas un verre d'eau à quelqu'un qui a soif, j'ai pendant 3 semaines potassé les manuels de référence et d'utilisation d'un logiciel pour les réduire à une fiche produit lisible par des généralistes de la santé pour la tenue d'un stand pendant une semaine à Hôpital-Expo à Villepinte. Pendant 5 jours, j'ai fait de la retape debout devant le stand, pendant que l'ingénieur produit (Jean-Pierre, qui potassait des bouquins de marketing, la discipline lui étant parfaitement inconnue) qui m'accompagnait se balançait sur sa chaise dans le fond du stand. Quand je suis rentrée la semaine suivante, ma petite centaine de contacts était devenue "les contacts de Jean-Pierre" devant la machine à café, et moi par la même occasion.

Ces deux dernières anecdotes pour démentir les femmes pionnières dans des milieux masculins qui, quand un interviewer radio ou télé leur tend une énorme perche en demandant si elles ont été victimes du machisme des hommes, nient farouchement qu'une telle chose se soit produite ou soit même possible. Ne nous fâchons pas : des hommes on en a à la maison, on ne peut pas se brouiller avec eux. Mon expérience de tous les jours proclame le contraire : invisibles, inaudibles, invisibilisées, au besoin spoliées de nos mérites, le monde masculin de l'entreprise est impitoyable avec les femmes.

Lien supplémentaire (tout chaud : c'est dans l'actualité) : Pour le PDG de Microsoft, Satya Nadella, les femmes ne doivent pas demander d'augmentation. Son conseil : faites confiance à votre karma, les filles, c'est mieux. 

samedi 4 octobre 2014

Les fileuses tissent le monde

Au commencement, Elle tricotait, et c'était bien. In the beginning, She was knitting and it was good.


Spinster : fileuse (le mot en anglais a dérivé et est devenu "old maid", vieille fille, sans doute parce qu'elle se rendaient utiles en filant la laine, et certainement parce que le patriarcat dégrade tout ce qui ne lui profite pas, et se soustrait de son service) : femme dont l'occupation est de filer la laine, de faire tourner le rouet, participant ainsi au mouvement cyclique de la Création. Une qui s'est choisi un Moi, qui ne définit son choix ni par la relation aux enfants ni aux hommes, une femme qui s'est auto-déterminée ; une derviche-tourneuse, tourbillonnant dans le Temps et dans l'Espace.
Mary Daly - Webster's First New Intergalatic Wickedary.




Sculpture "Araignée" - Bronze de Louise Bourgeois au Musée Guggenheim de Bilbao. Louise Bourgeois a sculpté plusieurs araignées monumentales (il y en a aussi une à Ottawa), sculptures qu'elle a intitulées "Maman" : en effet, sa mère restaurait des tapisseries anciennes. "L'araignée est une ode à ma mère. Comme une araignée, ma mère était tisserande, et elle avait la charge de l'atelier".

"Les fileuses filent et tissent, raccommodant et créant l'unité de la Conscience... Nous tricotons, nouons, interlaçons, entrelaçons, tournoyons et tourbillonnons. Absorbées par le rouet, dans la célébration ludique, à la fois travail et jeu, les fileuses franchissent les dichotomies de la fausse conscience et brisent ses combinaisons aliénantes."
Mary Daly - Spinning : cosmic tapestries - Gyn / Ecology

En ces jours où les culs-bénits, les bigot-es, les forçats de la famille et de la reproduction (qu'on n'arrête pas d'entendre se plaindre alors qu'illes ne sont pas obligé-es) prennent la rue, ce lyrisme subversif fait du bien !
Lien vers mon tableau Pinterest Spinsters spin the world

samedi 27 septembre 2014

La fin du monde : prophétie patriarcale auto-réalisatrice ?

Je vous propose la traduction d'un texte de Mary Daly, extrait de
GYN / ECOLOGY publié en 1979 - Mary Daly (1928-2010) est une philosophe, théologienne et féministe radicale américaine.
J'ai mis, en illustration, quelques titres de romans (ou film) contemporains post-apocalypse, tous écrits par des hommes, tous traitant de l'apocalypse nucléaire réelle ou métaphorique (Stalker), tous romans épiques où il n'y a que des Élus mâles, et jamais une femme dans le scénario ! Devant une telle cécité, l'Apocalypse, une affaire patriarcale ?


"Puisque les mythes fonctionnent comme des prophéties auto-réalisatrices, il est spécialement intéressant de considérer le fait que les mythes chrétiens promettent ce qui a été popularisé comme « la fin du monde ». Une source commune d'information sur cet événement à venir est le Livre des Révélations. Dans ce dernier livre de la Bible, Jean décrit quelques-unes des merveilles de sa vision de ce qui doit advenir dans le futur. Parmi ces phénomènes, il y a les tremblements de terre, les sécheresses, des horreurs dans les cieux (chutes d'étoiles, soleil noircissant, éclairs de lumière aveuglante), et des maladies causant des calamités dégoûtantes et virulentes. Les chrétiens ont interprété cette prophétie de « la fin » en y prédisant la conversion des juifs. Finalement, une des caractéristiques principale de cette vision panoramique est la punition de la célèbre prostituée (supposément la grande et maléfique cité de Babylone), laquelle est mise à nu puis mangée, et dont les restes sont jetés dans le feu, selon l'intention de Dieu.

A toutes les époques, il y a eu des chrétiens convaincus qu'ils vivaient les temps de l'Apocalypse, une supposition raisonnable pour un vrai croyant, puisque l'histoire doit se réaliser à un moment et puisque le patriarcat est à la fin auto-destructeur. Le développement des technologies modernes cependant, a facilité le mouvement, passant d'une simple attente passive, à une promulgation active du « horror show » prédit. Robert Jungk décrit ainsi la première explosion atomique (en 1945) et les réactions des scientifiques qui l'ont créée et vue :

Il est un fait frappant qu'aucun de ceux présents ne réagirent au phénomène aussi professionnellement qu'on l'aurait supposé. Tous, même ceux -qui étaient la majorité- qui n'avaient aucune foi religieuse ni aucune inclination en ce sens, racontaient leur expérience en des termes dérivés des champs linguistiques du mythe et de la théologie.

Il continue en citant le Général Farrell, qui parlait du «  terrifiant rugissement soutenu qui nous avertissait du Jour du Jugement et nous faisait sentir que, nous, choses insignifiantes, nous blasphémions en osant interférer avec des forces jusqu'ici réservées au Tout-Puissant ». Pendant que Robert Oppenheimer regardait, un passage du Bhagavad-Gita, le texte sacré des Hindous traversait son esprit. Comme le gigantesque nuage de destruction se levait au-dessus du « Point Zéro », il se rappelait la ligne supposément proférée par Sri Krishna, l'Exalté : « Je suis devenu la Mort, le secoueur de mondes ». 

Metro 2033 - Dmitry Glukhovsky - 2003, 2010 pour la traduction française - La population moscovite se terre dans le métro sans électricité et sans remonter à la surface, à cause de radiations mortelles provoquées par une guerre nucléaire. Dystopie russe avec un soupçon de fantastique.

Nous voyons ici le mythe chrétien fusionner avec le langage de cette autre secte religieuse qu'est le Patriarcat. Le message est une procession nécrophile vers Nulle Part / Rien. Le point de la religion patriarcale est le Point Zéro. Les technos héritiers de la culture chrétienne ont ouvert la voie à l'accomplissement du mythe de l'Apocalypse, fabriquant le magique nuage du champignon atomique, enfantant les feux d'artifices. Les membres et descendants des autres corps / familles religieuses suivent automatiquement la procession / marche funéraire de la mort atomique. Les scientifiques sont les prêtres du Patriarcat, accomplissant les derniers rites. Typiquement, la justification de la bombe atomique des années 40 était « mettre fin à la guerre ». Traduit, cela signifie «mettre fin au monde ».

Puisque le patriarcat est l'Etat de Guerre, il est intéressant de considérer la propagande persistante sur les « usages pacifiques de l'énergie nucléaire ». Dans les années 70, the Union of Concerned Scientists fit une tentative de coopération contre les processions funéraires conduites par les plus fanatiques de leurs collègues. En 1977, ils envoyèrent des lettres à quelques « camarades citoyens » pointant les dangers des usines nucléaires, et plaidant pour obtenir leur aide pour mettre celles-ci sous contrôle « pendant qu'il en est encore temps ». Ils expliquèrent qu'une centrale nucléaire typique contient l'équivalent en matériel radioactif des retombées de mille Hiroshimas, et ils notaient que dans les 25 prochaines années, l'industrie nucléaire projetait la construction d'un millier de centrales. Leur crainte n'était pas l'explosion, mais plutôt que leur matériel radioactif serait accidentellement dispersé. De fait, aucun moyen n'a pour l'instant été trouvé pour nous débarrasser de milliers de tonnes de déchets nucléaires mortels. En outre, une centrale nucléaire produit des centaines de kilos de plutonium chaque année. Si elle est inhalée, une particule de plutonium provoque un cancer du poumon, et il faut un million d'années pour que le plutonium perde son pouvoir mortel. Les Scientifiques Concernés remarquent qu'il n'y a aucun moyen d'empêcher que des terroristes s'emparent de ce plutonium. Et de plus, ils peuvent l'utiliser pour fabriquer d'autres bombes. 


La Route - Cormac Mc Carthy – 2006 - SF dystopique : un père et son fils survivent à peine sur les routes après la destruction. On ne voit même plus le soleil. Noir, noir, no future.

Les gouvernements plus civilisés du Patriarcat, cependant, sont dirigés par des terroristes. Le plutonium donc, a déjà été détourné. Les Trinités Impies s'en occupent. Les hommes au pouvoir sont possédés par le mythe patriarcal, et ils suivent fidèlement le plan d'action du Livre de La Révélation.

Dans les années 40, de respectés professeurs d'universités, des scientifiques, des docteurs et des industriels de l'Allemagne nazie planifièrent et exécutèrent soigneusement « la conversion des Juifs » en savons, fertilisants, feutres et autres sous-produits. Dans la même décennie, leurs respectés collègues scientifiques en Amérique construisaient la Bombe A et la lançaient pour « mettre fin à la guerre », créant ainsi des signes et des merveilles dans les cieux, l'horreur d'Hiroshima. Dans les décennies qui suivirent, d'encore plus respectés collègues et leurs fils ont industrieusement pavé le chemin pour les tremblements de terre et les sécheresses à venir. A travers « l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire » et d'autres formes de pure pollution, ils ont pavé la voie à des calamités causant de dégoûtantes et virulentes maladies -maladie des radiations et différentes formes de cancers.

Stalker Pirque-nique au bord du chemin – Arkadi et Boris Strougatski – 1972 - Science fiction prémonitoire : une Zone mystérieuse et dangereuse laissée par de mystérieux visiteurs est confinée mais explorée par des arpenteurs. 14 ans plus tard, accident nucléaire majeur à Tchernobyl, dont les alentours contaminés et vidés de leur population humaine sont désormais appelés La Zone.

En faisant cela, les vrais croyants technologiques du Livre de la Révélation font vivre leur foi fatale, la Foi des Pères. Connaissant leur rectitude morale inflexible, ils sont les observateurs participant à la mise à nu, la dévoration et la mise au bûcher de la « fameuse prostituée », la putain haïe de dieu et des rois leaders qu'il a inspirés. La Prostituée « mérite » d'être haïe et détruite, bien sûr, car elle symbolise l'incontrôlable Babylone, la cité du péché. Personne ne se demande qui sont les agents du péché. Il est suffisant d'avoir un bouc émissaire, une victime à démembrer. Tout le monde sait que c'est la faute des femmes : les pères du christianisme ont toujours fait passer le mot, en commençant par l'histoire de la « désobéissance » d'Eve, et le père Freud a prouvé que c'était vrai.

Cependant, l'ultime compétition a été faussement décrite dans le Livre de la Révélation. L'auteur de cette vision a failli dans sa tentative de remarquer la Guerre Sainte engagée par l'Inentamée Prostituée Sorcière rejetant les liens de la Malédiction. Ce sont toutes les sorcières rejetant les derniers restes de vagabondage et de prostitution qui nous ont été imposés, refusant d'être mangées et brûlées, foulant aux pieds les dégoûtants rois et bêtes, ainsi que le proclame Monique Wittig dans Guérillères :

« Elles disent, éprouvez au combat votre résistance légendaire. Elles disent, vous qui êtes invincibles, soyez invincibles. Elles disent, allez, répandez vous sur toute la surface de la terre. Elles disent, existe-t-il une arme qui peut prévaloir contre 
vous ? »

La constellation du chien - Peter Heller - 2013 - Dans le Colorado, 9 ans après la Fin de Toute Chose, survivre est devenu un sport extrême.

L'ultime Guerre Sainte trouve son centre dans la seule authentique « crise de l'énergie ». Son point est la déchirante libération de l'énergie des femmes, capturée et forcée en prostitution par le Patriarcat, dégradée en combustible pour continuer ses processions nécrophiliques. Quand la Sorcière brise ce lien, nous brisons le mauvais sort de la mortelle fraude. Nous brisons le mythe des Maîtres. [...] l'ultime assimilation par les Processeurs parasites, dont la Passion est focalisée sur le point Zéro, et qui désire profondément la mort. "
Mary Daly – Théologienne et professeure de philosophie - 
Gyn / Ecology – Métaéthique du féminisme radical - 1979 - The women's Press. Pages 102 103 104 et 105

Lien : Mon billet sur les processions masculines avec citations de Virginia Woolf - Trois Guinées.

La Jetée - Film de Chris Marker - 1962 - L'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance : la seule femme du film n'est plus qu'un souvenir inaccessible, tandis que l'humanité (masculine) réfugiée dans des souterrains cherche désespérément un passage dans le temps pour corriger ses erreurs passées.

lundi 22 septembre 2014

Marche pour le climat - People's Climate March

Dimanche 21 septembre 2014 : Marche mondiale pour le climat.


Quelques photos prises sur la Twittosphère et par moi-même pour Rennes.
Paris :




Amsterdam :


New York :



























Londres :


Rennes



Un paresseux, resté sous sa couette quelque part :)


Liens pour aller plus loin :
Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre Mère 22 avril 2011, Cochabamba, Bolivie - Accord des Peuples (en trois langues, le français est sous le texte en anglais)
Réseau Action Climat
Le hastag Twitter : #climatemarch (valable quelque temps)

Actualisation 23/9/14

"Nous sommes la première génération à sentir les effets du changement climatique, et la dernière génération qui peut faire quelque chose à ce propos" - Barrack Obama

vendredi 19 septembre 2014

Ce week-end, marchez pour le climat, ou... ce que vous voulez

Le 23 septembre 2014, le Secrétaire Général des Nations unies convoque un sommet à New York. Représentants des états membres, d'entreprises privées, de la finance, et des associations représentant la société civile envisageront ensemble des mesures à mettre en œuvre rapidement pour réduire la température et préparer un accord climatique mondial en 2015.


Pour dire à l'ONU l'importance de trouver un accord satisfaisant, une marche des peuples pour le climat ( People's Climate March) est organisée ce week-end un peu partout dans le monde : New York, Londres, Berlin, Paris, pour ne citer que quelques villes. Il y a des évènements à peu près partout : il y en a forcément un près de chez vous. Pour trouver et vous inscrire, c'est par ICI. Il suffit de taper le nom de votre ville ou de votre région.


Mais vous pouvez aussi aller marcher avec Rosen Hicher pour l'abolition de la prostitution déjà évoquée sur ce blog : samedi et dimanche, la marche est à Châteauroux et Issoudun (Indre, Berry). Avec un peu de chance, le parcours inclut un bout de la Brenne ! Marcher en Brenne, un rêve ! Et pour un excellent objectif : réveiller le Sénat qui tente d'enterrer la loi votée par le Parlement avant l'été. Il est important de soutenir ce combat pour l'abolition.


Vous pouvez aussi, si vous habitez dans le Tarn ou dans les environs, apporter votre aide et un soutien à la Zad du Testet qui défend une zone humide et sa biodiversité, contre un grand projet imposé de barrage. 

Ou alors, vous pouvez aussi aller marcher seul-e dans les bois : mais là, faites bien attention, la chasse est ouverte dans des tas d'endroits et ils tirent sur tout ce qui bouge, ces maladroits !
Mais quoiqu'il en soit, marchez comme vous voulez et où vous voulez ! :))

(Dessin ci-dessus : Insolente Veggie)
En revanche, si vous n'êtes pas armé-e, et que vous rencontrez, dans les bois, le Lapin chasseur masqué, vous ne risquez rien.


lundi 15 septembre 2014

Femmes et économie - L'économie pour toutes

Quand, dans un sondage, on demande à des gens de calculer combien de capital ils ont au bout d'un an de placement de 100 € à 2 %, 39 % de femmes donnent la bonne réponse (102 €) contre 64 % des hommes ! Timidité en face de la discipline (ce n'est pas possible autrement) alors que les femmes font tous les jours des arbitrages économiques chez elles pour la vie de tous les jours. Les femmes sont les ministres des finances de leurs foyers.



J'ai vu, en début d'été, un sujet sur les ventes de voitures dans le magazine Reportages sur TF1 : on suivait un excellent vendeur de voitures avec un couple de clients (Monsieur et Madame) qui souhaitait acquérir une nouvelle voiture en vendant l'ancienne à bon prix sur le marché de l'occasion. On a très vite compris, comme le commercial, que Monsieur parlait le premier sur les détails techniques (vroom vroom) de la future voiture, Madame écoutant sans rien dire, mais au moment de parler budget et décision d'achat, c'est Madame qui reprenait la parole et discutait le morceau. Le vendeur n'a d'ailleurs pas fait d'erreur : il a parfaitement compris au bout de quelque minutes de questionnement sur le besoin et désir d'achat de ses clients, sur le budget qu'ils voulaient y mettre, que le ministre des finances du foyer était Madame et qu'aucune vente ne se conclurait sans son arbitrage final.

L'économie, c'est cela : décider d'acheter ou au contraire d'épargner, s'engager pour 25 ans dans le remboursement d'un appartement en devenant propriétaire ou au contraire, être locataire pour rester mobile et épargner la différence en plaçant son argent en produits financiers diversifiés. Toutes les femmes font cela tous les jours. C'est de la micro-économie. Les mêmes recettes s'appliquent à la macro-économie : PIB, endettement, équipement, emprunts sur les marchés financiers, investissements et bas de laine. Normalement, les ministres de finances et les gouverneurs de banques centrales devraient, à compte-là, être des femmes !

Quand j'ai commencé ma lecture de ce livre écrit par deux économistes femmes, Jézabel Couppey-Soubeyran et Marianne Rubinstein, économistes et Maîtres de conférence en université, j'ai eu un peu peur d'une vulgarisation bas de gamme ; j'ai en effet eu des cours d'économie il y a longtemps : assiette de l'impôt, Milton Friedman et l'Ecole de Chicago, Keynes et le Keynésianisme, Marx économiste classique, Joseph Schumpeter, croissance et rapports de production, etc... et j'adorais ça ! Ma professeure était d'ailleurs une femme. La discipline, "fumeuse quand présentée par les hommes", ne m'a jamais rebutée. C'est juste du bon sens. Ne jamais se laisser intimider par les formules des économistes. Les faire expliquer jusqu'à parfaite compréhension du sujet, et jeter un œil de temps en temps sur la presse économique. Mais non, cet ouvrage est une excellente vulgarisation ou un rappel bienvenu de ce que nous savons de l'économie. Aucun sujet n'est occulté : les explosions des bulles financières et immobilières de 2008, la crise des dettes souveraines en 2010, le pourquoi, les solutions bancales et partielles qui ont été apportées, l'Europe, l'Euro, le rôle de la monnaie et des banques, les inégalités hommes-femmes qui impactent tant l'économie et le bien-être personnel et général, le calcul des PIB qu'il faut dénoncer : "destruction créatrice" (affreux oxymore) des richesses limitées de la planète (voir billet précédent) : la production domestique (le travail des femmes en majorité) non comptabilisée dans cet indicateur de création annuelle de richesse, 60 milliards d'heures de travail domestique représenteraient environ 636 MILLIARDS D'EUROS, soit UN TIERS du PIB de la France ! "Vous repasserez bien un petit coup d'aspirateur" demandent les autrices ! Et quand on n'est pas reconnue comme productrice, on n'est pas non plus associée au partage des fruits de la production. Voilà pourquoi les femmes sont pauvres. Armer des bateaux de guerre à Saint-Nazaire et les livrer (Ou pas ? dilemme de cette semaine) à un Poutine hyper viril qui joue des muscles, fait un gros chiffre d'affaires qui gonfle bien le PIB aux risques de la guerre, mais pas élever des enfants ni les nourrir et les éduquer ? On a vraiment un problème !

Dans l'impasse où nous sommes, "On sait qu'il faut trouver des solutions nouvelles - et, vu l'état du monde, il y a urgence- il n'y a rien de pire que l'entre-soi masculin qui conduit au conformisme de la pensée". La féminisation de l'économie doit profiter à toustes concluent les autrices. Lisez ce livre : il évite le jargon flanelle grise et techniciste des hommes et rend l'économie (c'est-à-dire la vie de tous les jours) compréhensible.

Liens : La finance pour tous parle de L'économie pour toutes.
Et mon économiste préférée : Marilyn Waring et ses travaux dans un ancien billet.

"Nous enseignons l'économie de la même manière qu'auparavant, quand les femmes ne comptaient pas. Or, maintenant les femmes comptent. Alors comment traduire l'économie en girlish ?" - Claudia Goldin Professeure d'économie à Harvard.

lundi 8 septembre 2014

Effondrement de l'éco-système global

Au même moment que l'annonce du Jour du dépassement (Earth OverShoot Day) qui arrive cette année le 19 août, ce qui veut dire que le 20, l'humanité vit au crédit de ses enfants sur la planète -car nous avons en effet dépensé toutes les ressources produites par la Terre en une année- je tombe sur l'article "Global Ecosystem Collapse" du Docteur Glenn Barry sur EcoInternet, site de deep ecology, écologie profonde en français. Après avoir obtenu son accord, je vous en propose la traduction ci-dessous. En effet, ça urge.


L'environnement global est en train de s'effondrer car la croissance industrielle humaine ravage les habitats qui rendent la vie possible. Soit nous choisissons maintenant d'embrasser les changements nécessaires à une écologie globale soutenable, d'abord et avant tout nous arrêtons la destruction des écosystèmes, ou nous ferons face à l'effondrement et à la fin de l'être. Le sens de la vie est la liberté radicale, l'écologie soutenable, la liberté de pensée, la vérité et la justice, et l'amour de toute vie comme faisant partie de notre famille – ainsi la biosphère, l'humanité et toute la vie pourront continuer à évoluer.
DESTRUCTION DES HABITATS

L'écosystème global est en cours d'effondrement et mourant. L'humanité détruit délibérément la nature et les modèles climatiques qui fournissent ses habitats à la vie. Notre unique biosphère partagée, surpeuplée, écologiquement diminuée, affreusement injuste, se dirige vers la rareté, la guerre, la maladie, et enfin l'effondrement social et économique de l'écosystème.
Les menaces à l'environnement sont plus nombreuses que le seul changement climatique, elles incluent la détérioration de l'eau, des forêts, de la nourriture et des océans, tous mettent en péril, en se cumulant, la vie de tous les êtres. De grandes et intactes forêts anciennes et tous autres écosystèmes naturels maintiennent l'habitabilité et les moyens de subsistance locaux et régionaux. Sans le contexte des grands écosystèmes naturels et de l'agro-écologie entourant l'humanité, notre propre espèce et les autres subiront le changement climatique et l'effondrement de la biosphère.
Ce qui renforce le problème du changement climatique et de la perte des écosystèmes, c'est que nous pensons avoir du temps. Or ce n'est pas le cas. Nous faisons face à l'urgence écologique pendant que les écosystèmes qui permettent la vie disparaissent et meurent sous le poids de la croissance industrielle humaine. Notre terre surpeuplée, surconsommatrice, inéquitable, et finalement ravagée, court au collapsus, à moins que nous ne trouvions une voie pour unir la famille humaine et changer rapidement.

LA FIN DE L’ÊTRE

La chute des écosystèmes globaux est cause de guerres supplémentaires, d'épidémies, de pauvreté, d'émigrations et du surgissement de corporatismes autoritaires. La perte des écosystèmes, la surpopulation, les inégalités, les guerres nationalistes, la pauvreté abjecte et le manque de justice menacent la Terre et l'humanité dans son être. Soit l'humanité s'unit immédiatement pour embrasser la liberté universelle, l'écologie, l'équité et la justice, ou nous verront la fin violente et terrifiante de l'être.
L'humanité sur terre est devenue une surespèce ignorante et menaçante, trop obsédée d'elle-même pour remarquer que nous dévorons notre propre habitat juste pour consommer toujours plus de produits nouveaux. Notre monde écologique mourant s’engouffre dans la guerre permanente, les épidémies, la famine, le fascisme, le chaos, la mort de masse et l'effondrement de la biosphère. Des siècles de progrès social sont menacés par un changement climatique abrupt, et par l'avènement des autoritarismes.
Les crises d'émigration des enfants que nous voyons entre les frontières américaine et mexicaine, entre l'Afrique et l'Europe et ailleurs, sont le résultat de cet effondrement, de la surpopulation et de siècles d'exploitation impérialiste des pauvres par les riches. Tous les enfants partout doivent être élevés correctement en restaurant les écosystèmes et en encourageant les familles peu nombreuses. N'importe le/laquelle d'entre nous peut être un-e réfugié-e n'importe quand, et beaucoup d'entre nous le seront quand des régions entières s'effondreront et que la biosphère mourra.

CHERCHER LA VÉRITÉ OU PÉRIR

Il y a une petite fenêtre d'opportunité pour franchir ensemble la transition vers une écologie soutenable. Mais cela dépend de notre capacité à comprendre quelques vérités déplaisantes. La guerre est le meurtre. Le développement industriel est un écocide. Dieu est un mythe. L'inéquité est le mal. Les nations n'existent pas.
La réponse est la vérité. La famille humaine doit s'unir pour une écologie globale, et s'accorder sur d'autres concepts tels que la liberté, la justice, les producteurs/productrices, et l'équité, -ou nous perdrons tout.
Encore une fois, il n'y a ni pays ni dieux, seulement la famille humaine et les autres espèces sœurs, partageant les fruits d'une seule biosphère vivante. De la plus petite créature jusqu'à l'écosystème global, nous sommes toustes parties prenantes du même voyage de l'évolution naturelle, et nous devons aimer tous les êtres comme notre parentèle. C'est une folie sociétale absolue que la famille humaine ne puisse être tenue pour responsable de ses actions alors qu'elle ne cesse de détruire les écosystèmes, au lieu d'apprendre à partager et à vivre en paix pour éviter l'apocalypse écologique.
De large portions des forêts restantes de la Terre, des océans et d'autres écosystèmes naturels doivent être protégés et restaurés pour soutenir la biosphère. Des administrations bureaucratiques bénéficiant de bonnes ressources financières faillissent malheureusement dans leurs actions de promotion, faute d'une vision suffisante pour défendre l'écologie globale : elles doivent être révoquées et leurs fonds redirigés vers de petites communautés de transition soutenable.
Devant la menace, utiliser toujours plus de combustibles fossiles et exploiter les forêts anciennes sont des crimes contre la Terre et contre l'humanité. Pour survivre et prospérer, l'humanité doit renoncer aux combustibles fossiles, protéger et restaurer les écosystèmes, embrasser l'agro-écologie, renoncer à l'agriculture industrielle, avoir moins d'enfants tout en s'occupant mieux de ceux déjà nés.
Pour la survie des humains, de larges portions de forêts anciennes et la permaculture agro-écologique doivent rester notre contexte. Le salut écologique peut être trouvé dans nos jardins, en cultivant de la nourriture bio, en restaurant les éco-systèmes, en diminuant nos émissions et en retournant à la terre.
La vie, c'est la liberté verte -remplir nos obligations vis à vis de l'environnement et du bien-être des êtres vivants, tout en restant radicalement libre. La divergence d'opinions et la paix sont patriotiques ! La guerre, l'écocide, l'ignorance, le corporatisme, la surconsommation ostentatoire et l'inéquité ne le sont pas. Soyons patriotes, pas nationalistes. Aimons notre pays, mais aimons la famille humaine, toutes les vies, et la Terre encore plus. Sachons comment le patriotisme diffère du nationalisme et du militarisme.
C'est à tous et à chacun d'engager notre être entier pour soutenir l'écologie et de vivre de façon modérée sur la Terre... ou alors notre SEULE BIOSPHERE PARTAGEE s'effondrera et nous cesserons d'exister.

Liens supplémentaires - Le texte de ce billet en anglais :
Global Ecosystem Collape by Glen Barry
Sommet des Nations Unies sur le Climat - 23 septembre 2014
Grande Marche Mondiale pour le Climat - 21 septembre 2014
People's Climate March - NYC 9/21/14
Les articles du Monde sur l'Overshoot Day

La terre est une merveille : un complexe agencement d'espèces dans des écosystèmes. Le Facebook de EcoInternet.

mercredi 3 septembre 2014

La marche pour l'abolition de Rosen Hicher

Ce 3 septembre 2014, Rosen Hicher, survivante de la prostitution, dont j'avais relayé le témoignage ICI, entame une marche pour l'abolition de la prostitution (la loi votée par les députés est actuellement bloquée, et les sénateurs ont retoqué l'amende aux clients), marche de 743 KM entre Saintes en Charente Maritime, et Paris : elle fera une halte dans toutes les villes où elle s'est prostituée. Les étapes seront de 25 KM par jour.



Si vous voulez marcher avec Rosen sur un ou plusieurs jours, parce qu'elle passe dans votre région, ou pas loin, ou encore parce que vous souhaitez la soutenir, vous pouvez aller voir le planning ici, en actionnant le menu déroulant "J'indique l'étape où je marche avec elle". La carte plus visuelle de sa marche est par ICI.

Liens : Marche pour l'abolition
Un article du Monde Diplomatique : L'utopie libérale du service sexuel.