lundi 16 avril 2018

King Kong Théorie


Télérama s'étant fendu cette semaine d'un article : Pourquoi il est urgent de (re)lire King Kong Théorie de Virginie Despentes, du coup j'ai suivi son conseil ! Je l'ai lu en 2006, année de sa parution, il y a une éternité. Je l'ai vite retrouvé sous une pile d'autres livres féministes.
Virginie Despentes est une punk (keupon) rock : dans les années 70, 80, elle fréquentait les milieux punks et les concerts rock en faisant du stop, cheveux courts verts ou crête rouge, en vivant de petits boulots en CDD chez Virgin au département musique vinyles et CD, pour payer ses sorties. Comme Michel Houellebecq qui travaillait, lui, à peu près à la même époque, certainement en CDI, normal, c'est un mâle, comme ingénieur recettes -évaluation et maintenance- des logiciels vendus au ministère de l'agriculture par UNILOG sa SSII, expérience dont il tirera Extension du domaine de la lutte. Puis lui aussi est devenu Michel Houellebecq ! Tous deux publient en effet sous leur véritable identité.

En rentrant un week-end d'un concert rock en stop avec une amie, elle est embarquée par trois sales mecs qui violent les deux sous la menace d'un fusil. Sauf que, bien sûr, le mot viol n'est pas employé : les gars "serrent les filles", les "persuadent un peu durement", de toutes façons, si elles n'en sont pas mortes, c'est qu'elles ne se sont pas défendues, donc qu'elles étaient consentantes.
" Car les hommes condamnent le viol, ce qu'ils pratiquent, c'est toujours autre chose ". " Dans la plupart des cas, le violeur s'arrange avec sa conscience, il n'y a pas eu de viol, juste une salope qui ne s'assume pas et qu'il a suffi de savoir convaincre ".

Virginie Despentes en fera un roman BAISE MOI*, qui lui permettra de devenir Virginie Despentes comme elle l'écrit : "et puis je suis devenue Virginie Despentes ", sorte de résilience par l'écriture et la reconnaissance littéraire. Romancière reconnue, mais aussi femme à baffer pour être sortie des clous assignés du "féminin" : ce qui passe bien chez Bukowski et Jack Kerouac (rouler bourré et écrire, en beuglant des gros mots sans ponctuation, en gros) ne passe pas du tout chez une femme. On va la réassigner à son statut de femme, surtout quand elle sortira (double blasphème) Baise moi au cinéma, avec une ex actrice de porno, Coralie Trinh Thi, à la réalisation. Pendant les interviews, raconte-t-elle, les journalistes ne lui posaient des questions qu'à elle, Virginie Despentes ; une ex actrice de porno, fût-elle passée derrière la camera, ne pouvant décidément pas formuler la moindre idée et opinion, n'ayant apparemment pas de tête, puisqu'on n'a jamais vu que son cul.

Dans un chapitre " Coucher avec l'ennemi ", Virginie Despentes voit deux volets à la prostitution : celui prescrit, encouragé par la société, le mariage qui garantit aux hommes une femme pour leur service sexuel gratuit, ainsi que l'entretien de leur ménage et l'élevage de leurs enfants, corvées tout aussi bénévoles, et celui condamné socialement par la société, le service sexuel payant, travail** renvoyé aux marges, dont les femmes portent seules le stigmate social. Il est à noter toutefois que leurs prestations n'incluent ni la lessive, ni la vaisselle, ni l'élevage. Je vous rassure, je ne suis pas passée du côté politique des "travailleuses** du sexe" : les deux asservissements des femmes, mariage comme prostitution m'indignent l'un autant que l'autre. Pareil pour la maternité-élevage. Pondre dans un cas sur deux de l'oppresseur par 70 kg, c'est définitivement non. D'ailleurs je me le suis appliqué. Je ne laisserais pas mes gamètes derrière moi. Tant mieux.

Coup de gueule phénoménal, King Kong Théorie permet à Virginie Despentes d'expliciter ses idées sur le genre, la prostitution et la pornographie, dont elle a sur ces sujets la vision néo-libérale des gens de gauche -elle s'est elle-même livrée au "travail** du sexe" durant trois années en indépendante, via le fameux minitel des années 80, sans y rencontrer de prédateurs, prostitution-addiction dont elle écrit toutefois qu'elle a eu autant de mal à arrêter que certaines drogues dures ou que l'alcool.

La lecture de King Kong est désinhibante, donc à conseiller : on voit qu'elle a lu ses classiques féministes, et les citations "à la manière de" parsèment son pamphlet : Valerie Solanas particulièrement, il y a aussi une citation des Guérillères de Monique Wittig à trouver ! C'est assez jouissif. Personnellement j'ai toujours adoré les citations au cinéma et dans la littérature, sorte de clins d’œils aux initiées, qui partagent une culture commune.

Virginie Despentes conclut son livre par une incitation aux femmes à se dépouiller des oripeaux de la féminité, cette impuissance ("vous n'êtes pas assez connectée à votre féminité, vous ne l'assumez pas" lui dira un psychanalyste qu'elle consulte) pour renouer avec la puissance des femmes, devenir une King Kong Girl, (dans le film King Kong, seule une femme pénétrera sans dommage le monde de la Bête à qui les hommes font une guerre impitoyable) refuser l'humiliation, refuser les rôles auxquels on nous assigne, riposter, pour que la terreur change de camp. Dans cette acception-là, King Kong théorie est indiscutablement un livre féministe puisque le féminisme, c'est tout à son honneur, c'est refuser l'impuissance de la féminité.

" C'est extraordinaire qu'entre femmes on ne dise rien aux jeunes filles, pas le moindre passage de savoir, de consignes de survie, de conseils pratiques simples. Rien. " " Une entreprise politique ancestrale, implacable, apprendre aux femmes à ne pas se défendre. Comme d'habitude double contrainte : nous faire savoir qu'il n'y a rien de grave, et en même temps, qu'on ne doit ni se défendre, ni se venger. Souffrir et ne rien pouvoir faire d'autre. C'est Damoclès entre les cuisses. "
" ...des femmes sentent la nécessité de l'affirmer encore : la violence n'est pas la solution. Pourtant le jour où les hommes auront peur de se faire lacérer la bite à coups de cutter quand ils serrent une fille de force, ils sauront brusquement mieux contrôler leurs pulsions "masculines" et comprendre ce que "non" veut dire. J'aurais préféré cette nuit-là être capable de sortir ce qu'on a inculqué à mon sexe, et les égorger tous, un par un. Plutôt que vivre en étant cette personne qui n'ose pas se défendre, parce qu'elle est une femme, que la violence n'est pas son territoire, et que l'intégrité physique du corps d'un homme est plus importante que celle d'une femme ".

" Ce que les femmes ont traversé, c'est non seulement l'histoire des hommes, comme les hommes, mais encore leur oppression spécifique. D'une violence inouïe. D'où cette proposition simple : allez tous vous faire enculer, avec votre condescendance à notre endroit, vos singeries de force garanties par le collectif, de protection ponctuelle ou de manipulations de victimes, pour qui l'émancipation féminine serait difficile à supporter. Ce qui est difficile, c'est encore d'être une femme, et d'endurer toutes vos conneries. Les avantages qui vous tirez de notre oppression sont en définitive piégés. Quand vous défendez vos prérogatives de mâles vous êtes comme ces domestiques de grands hôtels qui se prennent pour les propriétaires des lieux... des larbins arrogants, et c'est tout. "
Virginie Despentes - King Kong Théorie - Grasset Editeur - 2006 

Complètement d'accord, il n'y aura que l'empowerment (par la loi, par l'éducation, mais aussi par nous-mêmes) pour nous sortir de ce système féminin masochiste. Soyons, redevenons des King Kong Girls. "Rien ne vaut un bon rapport de forces" disait Frederick Douglass, le militant des Civils Rights, à quoi rajoutait Martin Luther King (de mémoire, je ne l'ai pas retrouvée) "mon pacifisme ne fait mouche que parce que j'ai derrière moi un groupe de gens en colère avec des calibres dans les poches" ! Il est temps d'instaurer un bon rapport de forces. Il est temps que la terreur change de camp.

* Je me souviens de l’œil désapprobateur de la libraire du Mans qui a encaissé en 2000 mon achat de Baise-moi, qui reste pour moi, le grand roman de Despentes, quoi qu'on dise ou pense.

** Je fais toujours le distinguo entre travail et emploi. Le travail peut souvent être bénévole, l'emploi lui, est généralement salarié, en tous cas payé. L'un est féminin, l'autre masculin. Précision qui vaut pour les défenseurs des "travailleuses du sexe" qui trimbalent par leur vocabulaire cette notion de travail-, corvée, due en remboursement d'une dette aux dominants par les serfs (attachés à un fief, sans possibilité de le quitter) et les femmes, qui échangent dans un contrat de dupes, leur autonomie et leur sécurité à un seul homme contre services gratuits, et contre une "protection" bien illusoire contre toutes les saloperies aux femmes perpétrées possiblement par les autres mâles.

Les citations de Despentes sont en caractères gras et rouge.

lundi 9 avril 2018

C'est quoi la ZAD #NDDL ?

L'évacuation de la ZAD de Notre-Dame Des Landes a commencé ce lundi 9 avril 2018 :
2500 gendarmes contre 100 zadistes, la presse, tenue à l'écart, est priée de se fournir en images et communiqués auprès de la Préfecture de Loire-Atlantique. Guerre des images, la Macronie En Marche.

La ZAD et la guerre civile mondiale

Editorial par Hervé Kempf à Reporterre.


Pour suivre les derniers évènements sur la ZAD :

Le site des occupants de la ZAD (avec radio Klaxon à droite de l'écran)
Reporterre (plusieurs journalistes sur le site NDDL)
Presse Océan (avec des journalistes sur le site)
L'éclaireur de Chateaubriant
(journaliste sur place)
La Gendarmerie et la Préfecture de Loire Atlantique contrôlent l'accès des journalistes (pour leur sécurité, ben tiens ;(( et produisent leurs propres photos et articles. Guerre des images et de la communication.

mardi 3 avril 2018

A un clic du pire : comment la pornographie a colonisé nos pratiques sexuelles


Cantonnée dans les années 70 à quelques cinémas à public largement masculin, la pornographie est ensuite entrée dans les foyers en utilisant le support video de la cassette VHS, puis le DVD. Désormais, elle est sur Internet, en accès libre, les formats VHS des années 80/90 ont été piratés et mis en streaming gratuit sur Internet ; des actrices qui ont aujourd'hui 70 ans voient leur image exposée en public sans percevoir de droits (les hommes tiennent la caisse enregistreuse, merci pour eux) ni sans pouvoir interdire quoi que ce soit ; tout ceci ruine évidemment les éditeurs et producteurs, et fait baisser les salaires des actrices d'aujourd'hui. L'industrie du porno s'est elle aussi uberisée. Tout le monde peut accéder à ces images : pas de paiement, juste un déclaratif sur l'âge, sans aucun contrôle. De plus, les algorithmes de Google peuvent proposer à tout moment un film pornographique dans les pubs et les liens qu'ils affichent. Les contrôles parentaux ne tranquillisent que les parents crédules, la majorité des films vus par les enfants le sont sur leurs smartphones. Ce qui fait que des enfants -à partir de 8 ans selon leurs déclarations- peuvent être exposés à des images crues de fantasmes sexistes, à une image dégradée des femmes. Ils sont plus familiers du vocabulaire qui accompagne ces images (fist fucking, éjaculation faciale, double pénétration...) que ne le sont leurs parents. Évidemment, cette industrie qui correspond davantage aux fantasmes sexuels masculins, même si, et il n'est pas question de le nier, les femmes regardent et sont intéressées, propose une image sexiste des femmes ; à force de saturer d'images les yeux du public, les enchères montent : " Aujourd'hui, on met des tartes aux filles dans les films, et tout le monde à l'air d'y trouver son compte, sans se demander pourquoi ce qui était marginal est devenu normal en l'espace d'une poignée d'années ", écrit Ovidie.

Pire, la pornographie formate les pratiques sexuelles, et les corps doivent être conformes aux codes pornographiques : épilation partielle ou intégrale du sexe, maquillage et chirurgie de la vulve -nymphoplastie des petites lèvres-, paillettes vaginales dans le but de faire s'écouler des paillettes parfumées durant le rapport sexuel. Toutes ces pratiques qui peuvent être dangereuses pour la santé répondent à un dégoût généralisé du sexe féminin. Les femmes trouvent leur sexe "moche" ! Les garçons trouvent qu'un sexe féminin non épilé c'est "dégoûtant" ! " Le porno, comme n'importe quel media, joue un rôle normatif dans notre rapport au corps " écrit Ovidie, qui constate qu'il est en train de réintroduire les "parties honteuses" du corps, concept dont on avait eu tant de mal à se débarrasser.

Après constat des ravages, Ovidie propose des solutions de bon sens aux parents : éviter l'interdiction qui sera de toute façon contournée, éduquer et avertir très tôt les enfants que cela existe, qu'ils peuvent refuser qu'on leur impose des images qui les dérangent, contextualiser, les prévenir que ce sont des mises en scène, que c'est infaisable dans la vraie vie, et dire aux filles qu'elles peuvent dire non et qu'elles ont le droit de dire ce qui leur ferait plaisir à ELLES AUSSI dans l'acte sexuel ! Il n'y a pas que le plaisir du partenaire qui compte. La conscience de classe n'a apparemment pas accompagné la pseudo libération sexuelle. Internet, le libéralisme radical, et la pornographie ont colonisé nos vies et celles de nos enfants. Il faut les avertir et les éduquer sans tabous, leur apprendre à contrôler leur image. C'est en substance ce que recommande ce petit ouvrage de 120 pages, à mettre entre les mains de tous les parents.

Définition : La pornographie c'est la domination des femmes par les hommes.
N'oubliez pas que ce sont eux qui tiennent le tiroir-caisse et qu'ils dominent le métier, comme dans toutes les industries.

Liens supplémentaires : j'avais fait une précédente chronique sur la pornographie à propos du livre de Jean-Luc Marret : Pornification, qui restitue bien le porno des années 80/90, celui d'avant Internet, à travers la carrière de Karin Schubert, actrice de La folie des grandeurs de Gérard Oury.

La biographie d'Ovidie sur Wikipedia.

lundi 26 mars 2018

Un monde d'hommes

" A men's world 
But finished
They themselves have sold it to the machines "*
Adrienne Rich - Poétesse

Des machines pour remplacer les ouvriers 
(OK, des bras articulés mus par cartes électroniques dans les ateliers de peinture et vernis de PSA, c'est mieux que des humains, les peintures et vernis sont hémato-toxiques)
Des chatbots sur Internet pour répondre aux clientes 
(Quand vous avez perdu un colis ou une lettre, la Poste vous permet de lui écrire sur son site web pour expliciter le dommage, l'accusé de réception est automatique et la réponse qui suit est envoyée par un chatbot, robot bavard (chat) qui apprend en interagissant (machine learning) ;
Des drones pour remplacer les facteurs et livrer les colis par géolocalisation

Des bagnoles autonomes
(qui écrasent les piétonnes pour le moment, mais bon, vous savez comment marche l'industrie, essai, erreur, essai, erreur..., jusqu'à la solution. Uber n'est pas une compagnie de taxis, elle est une entreprise de nouvelles technologies qui développe des applications de géolocalisation avec des petits bonshommes, où des petites voitures se meuvent sur votre écran et s'approchent de vous, signalant que vous allez être pris en charge dans 3, 2, 1 minute, c'est rigolo comme tout ; leurs chauffeurs sont des auto-entrepreneurs de l'économie informelle qui s'endettent pour acheter leur taxi, sont payés à coup de yield management -prix fixés en fonction de l'affluence ou non en une période ou un lieu donné-, mais tout le monde s'en fout, le but de l'opération, c'est de supprimer le chauffeur à terme, avec la voiture autonome de Uber, société de nouvelles technologies, rappelez-vous) ;
Des abeilles robots pour polliniser les cultures
les vraies abeilles étant subclaquantes à cause des saloperies de pesticides qu'ils ont déversés sur les campagnes depuis 50 ans, tant et si bien qu'il n'y a plus d'insectes, ni d'oiseaux non plus d'ailleurs, car ils se nourrissaient d'insectes ;
Des chiens, en tous cas des animaux à 4 pattes articulées qui ouvrent des portes,

Des poupées Xdolls pour leur triste sexualité
Toujours disponibles et pas compliquées, leur rêve !

REVUE DE WEB :

Les salles de marchés des banques sont truffées de robots qui achètent et vendent :
Triste photo de traders de Wall Street réagissant lorsque le marché des actions plonge.

 Nous allons tous mourir  pic.twitter.com/fAUyR2S9hX
Franchement, je ne sais pas ce que je fais si je rencontre CA en face de moi !



 En fait, c'est une robot-e :
Ils (elles) présenteront le journal télévisé ; sachez qu'ils écrivent déjà les articles et brèves que vous lisez sur Internet :


Enfin, les X dolls, poupées sexuelles en silicone à 80 € de l'heure environ : pour les phobiques sociaux mutiques.Triste sexualité quand même.

Actualisation 7 avril 2018

Zoé Lucider me signale le robot-soldat : il n'est pas encore au point, les robots militaires sont encore contrôlés à distance par des soldats humains, mais le robot autonome va suivre !

Robot de reconnaissance Cobra.

Les robots viendront-ils nous concurrencer dans la discipline humaine par excellence, en tous cas, c'est ce que nous prétendons, les animaux en sont pour l'instant exclus malgré quelques expériences avec des chimpanzés et des éléphants, l'art ? Il semble que oui. A preuve cette exposition qui se tient au Grand Palais à Paris du 5 avril au 9 juillet 2018


Obsolescence humaine :

Vous cherchez du travail ? Ressources humaines 2.0
Bientôt recruté-es par des robots ?
Comment séduire les robots recruteurs (pardon, ATS pour Applicant Tracking System) ?
Obsolescence humaine :
Chaque robot introduit sur le marché du travail détruit 6 emplois

Et en attendant une prochaine chronique sur Technically wrong : sexist apps, biased algorithms and other threats of toxic tech, l'excellent livre paru en anglais non traduit en français de Sara Wachter-Boettcher, consultante web californienne sur les biais et algorithmes sexistes d'un milieu dominé de façon écrasante par les hommes (mon billet sera en français évidemment), voici un avant-goût de ce qui nous attend toutes si nous ne prenons pas en main nous-mêmes ces technologies :
De l'automatisation des inégalités 

Bienvenue dans le futur ! 

*Un monde d'hommes. Mais fini. Ils l'ont eux-mêmes vendus aux machines.

PS Quand les femmes font du traitement du signal et de la robotique (j'en ai rencontré une à Rennes en décembre, sur un stand de protection animale où elle faisait du bénévolat) elles travaillent à développer des fauteuils intelligents pour handicapés. C'est en tous cas ce que cette ingénieure faisait. Autrement altruiste.

samedi 17 mars 2018

Intersectionnalité ? Ou convergence / divergence ? Conférence de Marie-Jo Bonnet, féministe historique

J'ai assisté à la conférence donnée le 16 mars par Marie-Jo Bonnet dans le cadre des manifestations du 8 mars 2018 à la Maison Internationale de Rennes. Titre de la conférence -il y a une erreur dans la date, le 16 était un vendredi : "Convergences et divergences des luttes intersectionnelles : l'exemple de l'homosexualité". Cela m'intéressait au plus haut point d'entendre une féministe historique, co-fondatrice du MLF, militante lesbienne, dire son point de vue sur l'intersectionnalité, dernière mutation du féminisme - "des féminismes", diraient certaines. Voici mon résumé de la conférence.

Définition de l'intersectionnalité : "Intersection des courbes (mathématiques) et tendances prenant en compte plusieurs critères et interactions dans l'expression des discriminations et des inégalités sociales selon le genre, l'ethnie, le handicap, l'orientation sexuelle... combinant différents effets de façon positive ou négative.". Le féminisme intersectionnel est au départ basé sur une notion juridique nord-américaine théorisée par le Black Feminism issu du mouvement des Civil Rights dans les années 70 (Elsa Dorlin, anthropologue du féminisme africain-américain), constatant que les femmes noires étaient déboutées de leurs plaintes pour discriminations sexistes au motif que la jurisprudence ne constatait pas ces cas lors de précédents jugements -majoritairement issus de plaintes pour discriminations sexistes de femmes blanches. Il fait le constat que les discriminations sont multicritères, qu'il y a pluralité de discriminations de classe, race et sexe, qu'elles se croisent, s'additionnent et peuvent ou non se renforcer. Il y a invisibilité des discriminations et elles peuvent être relatives à un groupe donné.

Herstoire du Mouvement des femmes, du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) et du FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire)

Cofondé au début des années 70 par des féministes militantes à la suite de Mai 68 : Monique Wittig, Marie-Jo Bonnet ( MJB), Christine Delphy, lesbiennes militantes, Françoise d'Eaubonne, hétérosexuelle homophile, et d'autres, le féminisme du MLF se veut universel : c'est "le Nous des femmes" explique MJB. Proprement révolutionnaire, c'est la première fois dans l'histoire que les femmes libèrent leur parole en disant "nous", de fait, séparateur des hommes. D'ailleurs, les hommes (hormis les gays avec le FHAR qui sera de toutes les manifestations derrière les femmes et leurs banderoles, car dit MJB, " il y avait du commun ", les gays étaient aussi silenciés), la plupart de leurs réunions à la Mutualité à Paris ne seront pas couvertes par l'ORTF de l'époque, les journalistes et les cameramen étaient refoulés de la salle, car de sexe mâle. La prise de conscience suivra, et l'ORTF formera et nommera des femmes dans ces deux métiers masculins pour pouvoir rendre compte du Mouvement des femmes et de leur prises de parole publique, hors lieux clos comme par exemple les prisons. Les années 70 et le mouvement féministe portent une contre-culture avec le "menstruel" féministe Le torchon brûle, Tout!, le journal des homos, et leurs slogans communs : A bas la virilité fasciste, à bas la dictature du phallus !
Monique Wittig, féministe et lesbienne radicale aura une phrase considérée comme malheureuse en 1980, rejoignant ainsi la pensée de Simone de Beauvoir sur le genre, en substance, les femmes sont des hommes comme les autres : "les lesbiennes ne sont pas des femmes" qui doit se lire comme les femmes hétérosexuelles vivent sous le joug du phallus, soumises aux hommes, les lesbiennes, elles, s'excluent de ce genre, car elles n'aiment pas les hommes, elles s'aiment entre elles.

A partir de 1981, c'est la fin de la communauté (classe sociale) des femmes, retour aux rapports sociaux de sexe, le mot femme disparaît au profit de "genre", les gays veulent se féminiser alors que les féministes n'en peuvent plus et rejettent radicalement ce concept de "féminité" considéré comme aliénant, les lesbiennes disparaissent, littéralement occultées, lors des années SIDA. Les hommes gays meurent massivement de l'épidémie, ce qui va provoquer un activisme gay, et les subventions vont aller aux associations gays de lutte contre le SIDA. Les lesbiennes se séparent des gays pour aller vers les femmes hétéros.

Années 2000-2010, le combat pour le PACS et le "mariage pour tous" : ces combats aboutissent selon MJB à une "normalisation des gays" ; pour MJB, l'homosexualité est une chance, c'est être non "main stream", à contre-courant, bénéficier d'un "stand point" (point de vue) hors norme. Le Mariage pour tous a été vendu à l'opinion comme une conquête de l'égalité, alors qu'il ne s'agit pas d'égalité au sens "droits de la personne, droits humains", mais de fait, d'une égalité entre couples hétéros et homos, les discriminations individuelles demeurent. Je pense qu'on peut dire la même chose de la PMA car les femmes célibataires en sont exclues. Quand à la location d'utérus, euphémisée sous l'acronyme de GPA* (tour de passe passe, le A suggérant l'altruisme), elle n'est ni plus ni moins qu'un droit revendiqué des hommes gays à l'accès au corps des femmes qu'ils n'aiment pas charnellement, pour porter leur descendance en effaçant la mère. Leur normalisation (et leur indéniable passage dans le camp du phallus) est achevée.

On assiste, dit MJB, à une " dissolution du féminisme dans les genres, la pratique sexuelle est au cœur de l'identité (homosexualité, trans-sexualisme), et le communautarisme est au centre de la solidarité, plus rien ne se transforme par la prise de conscience. Tout se fige dans un face à face destructeur  qui ouvre le règne des genres et du communautarisme sexuel. Fin de l'idée révolutionnaire, fin de la contre-culture. A force de couper la réalité en morceaux, on perd le sujet ".

Et puis, Année 2017 : retour du collectif, les femmes en tant que groupe social s'expriment à nouveau, la parole se libère comme en 1970-1971 avec le Mouvement mondial #MeToo ; elles n'en peuvent plus collectivement des violences, du silence et de l'omerta. Elles parlent, elles dénoncent et balancent leurs agresseurs. " MeToo, le nouveau cycle de la parole ; c'est le sujet qui parle, tout à coup c'est la libération, on parle de ce qui est refoulé dans l'inconscient."

Espérons que le mouvement #Metoo relance la parole collective des femmes. Mais " il faut être ferme sur les principes " conclut MJB.

En conclusion : Je vais tenter moi aussi, pourquoi pas, ma petite revendication intersectionnelle, puisque je fais partie d'un groupuscule dont on ne parle jamais, qu'on n'entend pas, et qui a le bon goût de raser les murs. Il s'agit des femmes célibataires sans enfant, et le comble, nous ne sommes même pas lesbiennes, donc vraiment aucune excuse ! Il va de soi que nous sommes aussi discriminées sur ce statut, en plus du reste : réputées égoïstes, n'ayant que soi à prendre en charge, imposées sur le célibat par le fisc, taxées dans les hôtels pour chambre à lit à une place, et en permanence emmerdées par les invitations de rigueur en couple. Au point de songer à louer un beau grand chien classieux à la SPA et arriver enfin à deux en smoking aux réceptions ! Tabac assuré. En entretien de recrutement, il n'est pas rare de s'entendre demander "mais pourquoi vous n'avez pas d'enfant ?", question parfaitement illégale ; tentez juste d'aller vous plaindre à l'Inspection du Travail ou même au CIDF, c'est l'expérience extrême, on vous y reçoit avec condescendance ou même mépris : les gars du bâtiment passent en premier à l'inspection du travail, et les femmes battues et/ou mères isolées sont les priorités du CIDF (enfin, j'espère, parce qu'à chaque fois que j'ai eu affaire à elles, j'ai été frappée par leur inertie !). Mais non, nous tenons bon, nous faisons et refaisons tous les jours nos choix, en rappelant aux autres qu'un choix, c'est dire non à toutes les autres possibilités, même (surtout) quand on choisit le mariage et la maternité ; nous travaillons notre assertivité et notre autonomie pour laquelle nous ne sommes prêtes à rien lâcher, nous portons nos noms fièrement et répondons à qui nous demande notre "nom de jeune fille" : j'espère que vous avez demandé la même chose au mec qui est passé avant moi, parce que le double standard ça commence à bien faire !", et sommes et restons surtout de fières féministes universalistes, répétant les slogans MLF des seventies "Un mâle, des maux" et "Une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette" ! Que ferait un poisson d'une bicyclette, grande déesse ?

Mon MLF Albin-Michel Editeur :



MJB est à droite de la photo au premier plan.

"Viol de nuit", "Terre des hommes", "Un mâle, des maux" : slogans du MLF. Très radicaux comparés aux #HeForShe d'aujourd'hui !

Marie-Jo Bonnet, historienne de l'art et des femmes artistes, prépare actuellement une exposition "Les femmes et l'art" avec le Musée des Beaux-Arts de Rennes. Exposition prévue pour 2019. A suivre donc.

*GPA : Gestation Pour Autrui
Les citations de MJB sont en caractères gras et rouge.

jeudi 8 mars 2018

8 mars

Je n'aime pas les journées de commémorations qui permettent d'oublier et de se dédouaner, BA faite, pour le reste de l'année. Dès ce matin, à mes radios, la série habituelle des pataquès est de rigueur : la Journée Internationale des droits de lafâme, le plus répandu, commis par une éditorialiste économique d'Europe 1 ! Elle s'est fendue d'un édito sur le (reprenez votre souffle) "gender-budgeting" : en franglais, c'est plus sexy. Bon, elle a eu un peu de mal à expliquer en français édulcoré et non frictionnel que le pognon des collectivités locales (le vôtre et le mien) pleut sur les infrastructures pour garçons, notamment sur les clubs de foot et les skate parks, dans le vain espoir de canaliser leur violence et mauvais penchants, que les femmes, qui font autant de sport que les hommes, sont les grandes oubliées de ces investissements à fonds perdus.
Sur RFM, je suis réveillée par le journal en 80 secondes : Edouard Philippe promet des sanctions sur les différentiels de salaires entre femmes et hommes à l'horizon 2020 ! Tremblez, entreprises ! On se demande pourquoi pas tout de suite puisque le texte est dans le code du travail depuis 35 ans ? Mais les Inspectrices/teurs du travail ont tant d'autres chats à fouetter aussi : les gars du bâtiments et leur travail non déclaré, les maçons yougoslaves qui dorment sur leurs sacs de plâtres ! Il n'y a que les hommes qui travaillent bien entendu, les femmes ne font que forces supplétives et salaires d'appoint lorsque manque la "force de travail" (manpower disent les anglais) des bras masculins. C'est donc vu comme normal qu'on s'occupe d'eux en première instance. Quoiqu'il en soit, j'attends personnellement des réponses à mes différents courriers envoyés à différentes inspections du travail pour dénonciation de pratiques discriminantes par des entreprises et des cabinets de recrutement. Et je vais les attendre longtemps. Je n'ai même jamais reçu d'accusés de réception.


Cette même semaine, pour l'occasion, la région Ile de France et sa Présidente Valérie Pécresse ont lancé leur campagne contre le harcèlement de rue et dans les transports publics : une bouse pondue par Havas Paris, qui a reçu cinq sur cinq le message que justifiait Valérie Pécresse dans la presse en ligne : comme ce ne sont pas tous les hommes qui se livrent à ce terrorisme machiste (elle n'a pas dit terrorisme machiste, je vous rassure, c'est moi et mon mauvais esprit), on a choisi de montrer sur trois affiches, respectivement un ours, un requin et un loup, menaçant une femme cramponnée à un poteau de métro dans une forêt et au fond de l'océan ! Si. Ne nous fâchons pas avec les mecs, on en a à la maison. Comme les requins, les ours et les loups ne risquent pas de la ramener, vu qu'ils n'ont pas de voix, ni de bulletin de vote, on joue sur du velours. Et d'une pierre deux coups : ces trois animaux emblématiques, haïs des éleveurs et des touristes irresponsables dans le cas des requins (rappelez vous les surfeurs qui vont avec leurs planches dans des zones interdites, car réserves de requins à la Réunion tous les étés), sont, malgré leur statut d'animaux protégés par des conventions internationales ratifiées par la France, régulièrement abattus dans leurs sanctuaires par des préfets voyous à titre de "quotas de prélèvement" en novlangue, pour complaire aux suprémacistes humains que sont les éleveurs subventionnés, et les surfeurs touristes. Amalgamer ces grands prédateurs aux délinquants et incivils machistes des transports publics permet 1) de diffamer des animaux que les gens ont appris à craindre, et 2) d'épargner le seul vrai terroriste qui va du coup impuni : le mâle de l'espèce humaine. L'Aspas, One Voice et Sea Shepherd se sont toutefois fendus d'un tweet pour rappeler que les animaux sont aussi les victimes de la violence humaine -en fait, masculine-, via la violence préfectorale et le braconnage d'éleveurs délinquants. Et que la biodiversité régresse partout ! Cette campagne est infecte, elle manque son but, comme toujours.

Aussi, soyons plus créatives qu'eux : allez bien sûr aux manifestations et happenings prévus dans votre ville, mais vous pouvez aussi laisser libre cours à votre imagination ! Craies (chalk activisme), sprays (pas du tout réservés aux garçons), stencils, collages et marouflages, il y a plein d'idées et de méthodes à utiliser. Un aperçu ci-dessous -dont les 800 collages France entière d'un collectif de street art, Merci Simone qui a édité cette belle affiche.







Soyez créatives ! Bon 8 mars :)

jeudi 1 mars 2018

L'Eglise Catholique s'en va-t-au Salon de l'Agriculture


" Dieu les bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et l'assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur terre. " Genèse 1-28

En totale cohérence avec ses enseignements, son iconographie et ses légendes, l'épiscopat français fait son retour aux sources : la révolution du Néolithique qui domestique quelques espèces d'animaux et les met au service des humains en les esclavagisant, prescrite par la Bible. Les autres, restés sauvages, seront désignés comme l'ennemi du berger et de ses brebis. Le loup notamment, en a fait les frais, nous l'avons littéralement tué avec des mots et son retour rencontre de fortes résistances des éleveurs. Et deuxième ordre, multipliez-vous ! Remplissez la terre. Par tous moyens comme on va le voir, même si certaines techniques de procréation n'ont pas la faveur des religieux, (ce qui renverrait les féministes contre la marchandisation et l'expropriation du corps des femmes à un conservatisme puritain, alors que ce n'est pas le cas ;( -on peut dire que leur fanatisme procréatif a été débordé sur sa gauche. Quoiqu'il en soit, ils sont toujours bloqués sur les droits au choix procréatif ou non (lois sur l'avortement) des femmes.
Le Salon International de l'Agriculture, Salon des Illusions, selon ses opposants qui soulignent qu'il met en scène un élevage qui n'existe plus, faisant perdurer pour les seuls parisiens une fiction aimable, montrable, cette exposition donc, est en réalité plutôt un salon de l'élevage. Les deux activités étaient pourtant bien distinctes au départ : l'agriculteur -agricultrice, selon Françoise d'Eaubonne qui soutient que ce sont les femmes qui ont inventé l'agriculture- n'a pas grand chose à voir avec l'éleveur qui est surtout un nomade, ex chasseur, allant de transhumance en transhumance pour trouver des pâturages pour ses animaux. L'éleveur primitif est nomade, l'agriculteur est sédentaire. Il cultive son champ. Donc, mélanger les deux notions sous le même mot "Agriculture" est une inexactitude assez récente.

La Bible, ce récit épique venant du Néolithique, transmis d'abord à l'oral, est bien une affaire d'éleveurs et de troupeaux. Pensez à l'évêque et à son bâton de berger, aux psaumes et aux écritures qui racontent des histoires de verts pâturages, de brebis égarées et de bergers/pasteurs bienveillants qui les protègent des dangers et des animaux sauvages. "Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien". La pratique professionnelle des prêtres en découlant est d'ailleurs appelée "pastorale". Au passage, on vilipende le loup (dans la bergerie) et les animaux sauvages, tout bénéfice, on fait d'une pierre deux coups. Bien sûr, ces narrations ne sont pas fortuites, elles servent un propos, une idéologie.

Françoise d'Eaubonne dans Les femmes avant le Patriarcat, rappelle la jalousie entre Caïn et Abel qui se termine par le meurtre de Caïn ; Caïn est l'agriculteur et Abel est l'éleveur, ce qui lui permet d'offrir des animaux sacrifiés à Dieu ; ce fayot d'Abel, écrit Françoise d'Eaubonne, se faisait ainsi bien voir et être dans les petits papiers de Dieu. Caïn en conçut une telle jalousie qu'il finit par tuer Abel, commettant ainsi le premier meurtre humain, selon la Bible. A partir de ce moment fondateur, les éleveurs avaient définitivement gagné sur les agriculteurs, commente Françoise d'Eaubonne. Voilà à quoi servent ces narrations, à promouvoir et finalement faire advenir ce qu'on juge souhaitable.Tout le monde va au Salon de l'Agriculture : les hommes politiques, les évêques donc, et même le ministre de l'écologie - en catimini, il n'est pas le bienvenu, avocat qu'il devrait être d'une pratique plus responsable et moins destructrice de l'environnement, tous y vont pour rendre tribut à une industrie mourante de ses excès, mais jusqu’au-boutiste. Le modèle est à bout de souffle, les paysans et les animaux crèvent. Souffrance animale, souffrance sociale. Qui révisera ces narrations bibliques qui ont fait leur temps et nous conduisent à notre perte ?

Père, Fils et Saint-Esprit : auto-engendrement

Ils vont le faire ! Depuis le temps que ça les démange : ils ont d'abord inventé des dieux mâles qui s'auto-engendraient sans passer par les femmes : Jupiter qui tire ses enfants de sa tête et de sa cuisse, puis la Trinité Chrétienne du Père, du Fils et du Saint-Esprit, où Marie, soumise au désir d'un Dieu mâle et pur esprit ayant tout de même besoin de s'incarner, était juste une mère porteuse à son service. "Je suis la servante du Seigneur".
Dans la location d'utérus mal nommée GPA, car supposant la fiction altruiste de la mère porteuse, généralement pauvre et sous influence, ils sont en passe d'effacer la mère. Lisez cet article : Grossesse pour autrui ou location d'utérus ?

"... au sein de la science la plus pointue régnait l’inconscient le plus archaïque, jubilant de l'auto-engendrement, tendant à effacer le corps et le désir (surtout la mère, c'est moi qui souligne)) pour magnifier la Volonté, qui, comme chacun sait, est de fer."  
" La fécondation in vitro était d'abord le simple transfert de techniques qui avaient fait leurs preuves dans l'industrialisation de l'élevage."

lundi 19 février 2018

Comment l'amour empoisonne les femmes


" Le problème avec certaines femmes, c'est qu'elles s'excitent à propos de rien - et qu'elles l'épousent " - Cher, artiste chanteuse.

Cette semaine je propose un billet tentant une critique politique de l'amour qui risque de ne pas trop aller dans le sens des féministes pop, celles qui " reprennent, sans avoir les armes pour le critiquer, le discours des magazines de mode qui détourne depuis longtemps le vocabulaire féministe à son profit "*, selon une citation de Christine Bard, historienne du féminisme, professeure à l'Université d'Angers. Ni dans celui des féministes réformistes libérales qui ont l'air de tout vouloir : le beurre, l'argent du beurre et le crémier. Se marier dans une perspective égalitaire, avoir des enfants, réussir une carrière professionnelle en "conciliant", restent un fort désir des femmes. L'injonction patriarcale et sociétale est puissante : on doit rencontrer l'amour, garder l'amoureux, et pour réussir sa "vie de femme", procréer et donner au moins deux ou trois beaux enfants au Prince Charmant. La politique nataliste française y pousse d'ailleurs fortement. Le problème c'est que la vie nous apprend que nous devons faire des choix et que choisir c'est élire une chose, et dire non aux autres possibilités. Le choix est discriminant. Et frustrant.

Mon fil d'abonnements Twitter est rempli de nouvelles et liens d'agressions sexuelles, de batailles homériques entre époux lors des divorces (demandés à 85 % par les femmes ainsi que la "garde" des enfants -alors qu'on devrait plutôt dire "la charge" (Delphy), mais le choix du vocabulaire fait aussi partie des conventions aliénantes ; il est truffé de recensement des meurtres maritaux relatés en formules euphémisantes comme il se doit par les journalistes complices de la société patriarcale tentant de noyer le poisson eux aussi, dans les pages Faits Divers de la Presse Quotidienne Régionale. Il faut préserver l'institution pour ses principaux bénéficiaires : les hommes. Bravo à ces militantes pour ce travail fastidieux et débilitant, car la fréquence des meurtres, tous les trois jours environ, ne faiblit pas. L'amour blesse et tue, déchire les parents et les enfants, quand il y en a, lors des divorces, mais aucune critique n'est émise sur ce singulier sentiment à l'évidence pathologique qu'est l'amour. Chacune travaille en profondeur son petit segment dénonçant sans relâche la violence masculine endémique, voire épidémique, puisque pour les cas extrêmes, des générations de femmes, de grand-mère, en mère, puis fille reproduisent la malédiction, en tombant comme par hasard systématiquement sur un violent, cogneur, violeur et incestueux. Lire par exemple Laetitia ou la fin des hommes par Yvan Jablonka, ou allez voir le film Jusqu'à la garde de Xavier Legrand où l'on voit clairement la fille tomber dans le même piège que sa mère pour fuir la violence familiale.

Mais ceci posé et documenté, que fait-on ? Quand il y a réponse, elle est toujours la même, partielle selon moi, éduquer les garçons, leur dire de ne pas cogner ni violer, de ne pas agresser les filles. Évidemment je suis 100 % d'accord avec ça, c'est bien la première chose à faire, quoiqu'on ne voit pas la société s'empresser réellement, il y a toujours d'autres sujets tellement brûlants à traiter avant ! Et puis ne rien préconiser pour les filles et femmes, n'est-ce pas répondre seulement à moitié au problème ? Les garçons et la désastreuse façon dont ils sont élevés sont un problème, les filles ne pourraient-elles pas être la solution ? Ne peut-on pas en tous cas travailler sur cette hypothèse ?

C'est quoi l'amour ? Une affaire d'ocytocine, de progestérone ? Une construction sociale ? Un comportement, dévoyé en sentiment pathologique et toxique ?


Selon Peggy Sastre, Docteure ne philosophie des sciences, spécialiste de Darwin, tout est affaire de biologie, de sélection naturelle : l'addictive ocytocine, hormone provoquant bien-être et apaisement secrétée lors de l'orgasme, et la progestérone qui régit les réactions du corps de la femme enceinte et bloque son système immunitaire tentant d'expulser la moitié "non-soi" du fœtus puisqu'une moitié vient du père, voilà les ennemies. " L'amour, même lorsqu'il n'est pas pathologique au sens strict, partage avec la dépendance une foule de structures cognitives, de schémas comportementaux et de processus neurochimiques". On ne présente plus Peggy Sastre : rien à voir avec la construction sociale, tout à voir avec la biologie. Si la préférence des femmes, même des féministes, dont une grande proportion sont des lesbiennes (si seulement, mais c'est faux !) "va à des partenaires physiquement et socialement dominants, des bad boys, des "babouins de compète", c'est parce que ces derniers sont capables de les protéger des prédateurs internes et externes de l'espèce". L'antispéciste que je suis s'insurge : comparer les babouins aux mecs de l'espèce humaine est diffamatoire pour les babouins, franchement :( C'est l'hypothèse du garde du corps. Elle a façonné notre psychologie de femelles. De même, notre aversion pour le sale et les charognes, c'est parce que nos organes génitaux sont plus sensibles, nous avons plus de chance de contracter des infections car nos muqueuses génitales sont plus importantes que celles des hommes ; du coup, nous faisons le ménage pour restaurer le propre, alors que nos mâles font le ménage pour contenir le sale ! Nuance. Ce dégoût qui toucherait plus facilement les femmes fait aussi que les végétariens sont aussi en immense majorité des végétariennes. Bref, Mesdames, libérez-vous de vos hormones. D'ailleurs, Peggy Sastre donne une explication originale : le féminisme se serait imposé à cause de la "pasteurisation de la société". L'hygiène, les vaccins, permettant une plus grande sécurité sanitaire pour les femmes, diminuant les pathogènes et les risques pour la santé auxquels ils exposent, auraient permis l'avènement du féminisme, et une plus grande promiscuité. Bien que truffé de notations scientifiques sur les hormones, le livre est drôle et enlevé, et par moments j'ai beaucoup ri.

Toutefois dans cette perspective du tout hormonal et de l'inscription dans les gènes, on se demande pourquoi la société perdrait un temps infini à nous pourrir la tête, à nous les filles, dès le berceau, avec des poupons et des dînettes en plastique, des contes à dormir debout sur le Prince Charmant -qui a la fâcheuse tendance à transformer la princesse charmante d'un jour en bonniche toujours-, et qu'en plus nous serions désireuses de leur passer la bague au doigt, pendant que les mecs eux, nettement moins investis dans l'aaamourrr -fait indéniable-, cette affaire de femmes dépendantes, seraient tout occupés à retarder le moment fatidique. Évidemment, c'est une grossière inversion patriarcale : eux seuls ont besoin du mariage pour savoir que leurs enfants sont les leurs ; ils détestent les femmes indépendantes, et toute tentative de prise de pouvoir de notre part, même lorsqu'il s'agit juste de maîtriser notre propre destin et notre corps, est vécu comme une tentative castratrice de grande ampleur. Gare aux effrontées.

Selon Peggy Sastre, pour les femmes, "Le mariage est un cercueil dont les enfants sont les clous". Même si nos explications diffèrent, au moins, nous arrivons à tomber d'accord sur le résultat. L'investissement dans l'amour est affaire de femmes et cet investissement est dissymétrique : elles investissent sur leur "féminité" qu'elles pensent puissante, encouragées par la presse féminine et toute la culture pop qui le leur serine à rythme hebdomadaire. Elles font tous les efforts et s'investissent, les hommes se laissent porter, font carrière, se mettent les pieds sous la table, et... perçoivent au final tous les gains économiques. Sauf que.

"La féminité, c'est ce qui est non masculin, ce qui est dépourvu de pouvoir" - Christine Bard.
Non, nous ne sommes pas toute puissantes : le système n'est pas fait pour nous. Cessez de chercher le "mari idéal", il n'existe pas ; et si vous rabattez vos prétentions, cessez de penser que vous "allez le changer" ! Il n'y a pas intérêt. Il passe confortablement de la charge de sa mère à la vôtre : vous nettoierez sa chambre, laverez son linge, élèverez ses enfants, comme a fait sa mère, le système est fait par eux, pour leur plus grand bénéfice. Le mariage est une perte d'identité et d'autonomie pour les femmes. Il y aura un moment où vous mettrez votre carrière entre parenthèse pour vous occuper des enfants. Non, vous pouvez juste limiter la voilure et les dommages pour vous. En attendant que les lois s'appliquent réellement, parce que les lois sont là.

L'amour est d'abord un comportement basé sur l'échange et la réciprocité, mis au point et affiné par l'évolution pour permettre aux êtres animaux d'élever leurs petits, dépendants de leurs parents pour leur sécurité et leur nourriture, les parents dépendants de leurs petits pour se perpétuer. Quand les petits sont grands, ils doivent quitter leurs parents, et soit le couple se défait, soit les deux restent fidèles l'un à l'autre. On trouve ce cas chez certains oiseaux. Que les humains aient fait de ce comportement mutualiste un sentiment pouvant aller jusqu'à la névrose (dans le sens de vouloir à tout prix se conformer à une injonction sociale), et même jusqu'à la pathologie pouvant blesser, tuer et détruire, c'est une construction sociale toxique qui pervertit la notion même d'amour. Même si cette construction sociale peut être aggravée par des pics hormonaux, j'en conviens. Hello, Peggy Sastre.

Que disent les féministes de l'amour ? Le Dictionnaire des féministes a une entrée "Amour" sur trois pages. En substance, "dans l'imaginaire patriarcal, la révolte des femmes constitue une menace pour l'amour". Tiens donc. Le positionnement féministe sur le sujet est que l'amour est "un échange inégal, une duperie, une réduction de l'être, un esclavage. Le féminisme déconstruit une culture de l'amour profondément sexuée et sexiste, condamnant les filles à l'attente du Prince Charmant et les condamnant à une déception programmée ". Le féminisme apporte des proposition neuves, adossées à d'autres courants de pensée politique : libertaire, communiste, queer... Et puis l'amour (lesbien) entre féministes est l'objet de valorisation, de Monique Wittig à Catherine Corsini, à Marie-Jo Bonnet, dont les œuvres "s'intéressent à cet amour qui donne la force de résister et de créer".

Nous ne sommes pas toutes lesbiennes, bien sûr. Mais je crois qu'on peut résister à la propagande et à la pollution patriarcales, choisir en connaissance de cause, bien évaluer ce qu'on veut vraiment dans l'existence, ne pas forcément suivre aveuglément le troupeau et les bons conseils de gens dont les choix ont été clairement non couronnés de succès, et faire des arbitrages qui de toutes façons seront discriminants. Non, on ne peut pas tout avoir dans la vie. C'est une idée dangereuse propagée par des gens qui veulent du mal au femmes. L'amour qui ne propose que la dépendance est infantilisant. L'amour entre adultes doit être un partage contractuel -tacite ou écrit. Il peut ne pas durer toute la vie, cette fiction culpabilisante : élevez vos enfants le mieux possible si vous en avez, quand ils seront partis, vivez vos passions et le temps qui vous reste : à deux, seule, ou avec un-e autre partenaire. Il n'y a pas de mal à cela. Et je rappelle que la maternité est un choix, pas un destin. Un choix qui impacte davantage les vie des femmes que celle des hommes.

" Le problème est la violence qu'entretient la domination masculine et ce que nous faisons (ou ne faisons pas) pour la prévenir, la réprimer d'une manière appropriée et donner à celles et ceux qui en sont victimes, ou risquent de l'être, les moyens de se défendre psychologiquement et physiquement ". Christine Bard.

*Les citations en typographie rouge de Christine Bard, historienne du féminisme et professeure à l'Université d'Angers, sont extraites de son ouvrage Ce que soulève la jupe - Identités, transgressions, résistances. paru en 2010 aux Editions Autrement.
Celles en bleu sont de Peggy Sastre : Comment l'amour empoisonne les femmes - Du surinvestissement sentimental et des moyens d'y remédier, aux Éditions Anne Carrière.

On peut aussi lire l'article de Ti Grace Atkinson, féministe radicale, consacré à l'amour et à l'institution du mariage publié il y a quelques temps sur mon blog : De l'amour, du mariage et du servage. C'est un texte radical.

samedi 10 février 2018

Changer les mots pour changer le monde


Le ROI des CONS ? Non, le ROI des COUILLONS !

Que celles qui ne se "trouvent pas genrées quand elles écrivent", et donc refusent le titre d'écrivaine ; celles qui ne voient jamais le mâle quand le masculin l'emporte conventionnellement car les règles de grammaire sont des conventions, rien de plus ; celles qui trouvent bien d'être englobées dans les droits de l'homme universel désignant l'espèce entière, passez votre chemin. Que vous le vouliez ou non, le langage humain est performatif, c'est à dire qu'il fabrique du réel. Selon le Bible, Le Verbe crée le monde en parlant.
De plus, les différentes turpitudes auxquelles se livre régulièrement l'espèce humaine (notamment sa moitié mâle vis à vis des femmes -on pourrait d'ailleurs faire le même exercice vis à vis des animaux-) sont souvent édulcorées afin de minimiser le tort infligé. On nous embrouille gravement. Quelques exemples.

Employer se "faire" violer impliquant la participation active de la victime du viol,
aller "voir" des prostituées : tiens donc, rien que voir ?
tomber enceinte (juste après être "tombée" amoureuse d'ailleurs, doublement de la chute),
pédophile au lieu de pédocriminel,
parler de bébé (né) quand il ne s'agit que d'un embryon, comme font les antichoix qui se nomment d'ailleurs pro-vie, appellation contestable : tout cela n'est pas innocent. Il s'agit de minimiser l'acte, et de culpabiliser la victime.

Il n'y a qu'une entrée qui me laisse dubitative car elle ne changera pas la réalité en changeant de mot : Florence Montreynaud propose d'abandonner concilier pour le remplacer par articuler (vie de famille et emploi). Ce dernier serait moins psychologique et aurait un sens plus politique. Si la réalité, qui est que les femmes mariées et mère de famille prennent en charge tout le quotidien pendant que les hommes se mettent les pieds sous la table, ce n'est pas en changeant de mot que la vie des femmes mères changera. Ou les mecs s'y collent, ou dans le cas contraire on ne concilie ni n'articule rien. Le mariage et la maternité ne sont pas des destins mais des choix. Si c'est infaisable, ce n'est pas prudent de le faire et, tout bien considéré, personne ne vous y oblige. Ou bien prévoyez dans votre contrat de mariage : partage strict des tâches familiales et ménagères, et chacun son tour d'avoir une promotion de carrière ou une mutation.

Ce petit livre de Florence Montreynaud est de façon bienvenue édité par Le Robert, éditeur de dictionnaires, dans une nouvelle collection Temps de Parole. Une double page par entrée (mot ou expression), sa définition, ses racines étymologiques, ses histoire et origine, et, enfin, par quelle expression plus exacte et moins sexiste le remplacer avec l'argumentation qui va bien.
C'est très convaincant. Les mots façonnent le monde et la réalité ; employons des mots précis, déconstruisons les mythologies sexistes et misogynes. On y gagnera en clarté, il est temps d'appeler les choses par leur nom, sans stratégies d'évitement. 

Ce petit livre de 160 pages paraît le 15 février : à offrir et à s'offrir pour 12,90 €, à transporter partout avec soi, à avoir au bureau et dans son sac, et à consulter sans modération.

Changeons les mots pour changer le monde

Florence Montreynaud est historienne, linguiste et féministe.

mercredi 31 janvier 2018

Béguines, béguinages

Il y a eu des moments dans l'histoire où les femmes s'organisaient entre elles, loin de la tutelle des hommes. Les plus connues sont les amazones, sociétés de femmes rapportées par la littérature épique et plus récemment, par des explorateurs/colonisateurs, puis les moniales, ces femmes religieuses encloses dans les couvents. Le troisième cas est moins connu, car leur statut est moins clair : il s'agit des Béguines, ces communautés de femmes veuves ou célibataires de la région de Gand et de Liège, qui essaimeront en Europe, vivant seules ou en compagnie d'autres femmes dans des maisons individuelles regroupées et encloses dans un béguinage.

Femmes pieuses ne prononçant pas de vœux, elles sont des sortes de religieuses laïques. Leur statut peut être transitoire, elles peuvent se (re)marier, retourner dans leur famille ; elles viennent de toutes les classes sociales, aristocrates, bourgeoises ou simples marchandes, artisanes, ouvrières. Elles enseignent, traduisent des patois régionaux en latin, copient des livres, tiennent des hospices, sont sages-femmes, médeciennes ou transforment les herbes en potions. Elles sont aussi tisserandes, fileuses, soyeuses. Elles sont  protégées par le roi (à Paris, par Louis IX et ses successeurs) et mal aimées par les papes de Rome en conflit permanent avec le pouvoir royal. Mais ce sont réellement des sociétés de femmes, sans tutelle masculine dans leurs béguinages, qu'elles administrent et gèrent elles-mêmes, vivant de leur travail, de dons et legs, de leurs pensions de veuves, ou d'héritages dont elles mettent une partie en commun. Une vraie exception à cette époque où les femmes sont des mineures placées sous la tutelle d'un père, d'un frère, d'un mari. Elles ne vont pas tarder à sentir un retour de bâton, un ressac, un backlash comme on ne disait pas à l'époque même si le phénomène est le même. Des femmes qui font la loi chez elles, ce n'est pas supportable par le pouvoir masculin qui se veut sans partage.


Le roman d'Aline Kiner, historienne spécialiste du Moyen-Age, commence au début du 14ème siècle lorsque les Templiers sont condamnés pour hérésie, et que s'allument les bûchers de l'Inquisition. Dans ce Paris des années 1300, les femmes subissent comme aujourd'hui la terreur machiste et les crimes spécifiques contre les femmes : viols de hasard, viols maritaux, mariages précoces, meurtres et profanations lors de mauvaises rencontres, maternités contraintes après un viol. En juin 1310, une illustre Béguine, Marguerite Porete, mystique chrétienne, considérée aujourd'hui comme une auteure majeure de cette époque, est brûlée vive en Place de Grève à Paris, pour hérésie, alors que son livre Le miroir des âmes simples circule et commence à être traduit en latin.

Pendant tout le roman d'Aline Kiner plane la menace d'une reprise en main par le clergé et les monastères, malgré la protection de Philippe le Bel qui ne faiblit pas. Autour de personnages attachants de femmes, l'intrigue avance montrant leur résistance : elles tiennent à leur autonomie, leur indépendance, leur communauté d'entraide pacifique et bienfaisante. En bonnes politiques, elles entretiennent leur réseau de sympathisants. C'est compter sans l'acharnement du Pape et des moines dominicains pour lesquels c'est trop d'indépendance : pas de maris, pas de vœux, ni de statut les attachant à la vie séculière ni à la vie monastique. De plus, elles travaillent, donc, elles seront accusées de prendre le travail des hommes ! Ça vous rappelle quelque chose ? C'est vraiment une vieille, très vieille histoire avec toujours les mêmes accusations resservant sous tous les prétextes. A la fin du roman, tout est en place pour que commence le féminicide des sorcières. Les bûchers flamberont pendant trois siècles : 80 % des victimes de la chasse aux sorcières seront des femmes.

Liens pour aller plus loin : les appeler féministes est sans doute exagéré, ni le mot ni la notion n'existaient, et elles ne contestent pas l'autorité masculine en général, ni celle de l’Église en particulier, mais elles tiennent à leur indépendance pour la gestion quotidienne de leurs affaires et de leurs maisons. Rien que cela, pour l'époque, c'est révolutionnaire.

Les Béguines, des "féministes" avant l'heure
L'enclave de paix et de tranquillité d'Amsterdam (anglais, photo)
Les "visionnaires" béguines : les femmes mystiques contre l'Eglise
Marguerite Porete, écrivaine subversive.

mardi 23 janvier 2018

Nouvelle offensive contre l'IVG et les droits des femmes


Niki de Saint Phalle - ABORTION - Freedom of choice - 2001 - Lithographie, autocollants.

Les ennemis de la liberté de choix des femmes sont de nouveau en train d'attaquer nos droits. Au Parlement polonais, dominé par une majorité ultra-conservatrice, on discute de  nouvelles restrictions du droit à l'IVG, les anti-choix manifestent en France le même jour que la Women's March 2018.

En 2001, il y a 17 ans, l'artiste Niki de Saint Phalle posait via l’œuvre ci-dessus la question de la surpopulation, montrait que les prétendus pro-life tuent des obstétriciens pratiquant des interruptions de grossesse tout en prétendant défendre la vie, et qu'une partie du monde ne mange pas à sa faim. Les prolife acceptent aussi parfaitement la guerre, et la mort ou les atteintes à la santé des femmes quand elles sont obligées d'avoir recours à l'avortement clandestin. Cela ne leur pose aucun problème déontologique.
Tout cela n'a rien à voir avec la défense de la vie, mais tout à voir avec la contrainte faite aux femmes d'être à la disposition des hommes pour reproduire leurs gamètes, les laisser faire carrière sans la concurrence des femmes, et au final, fournir une abondante chair à canon pour leurs guerres incessantes. Piètre défense de la vie, adhésion sans faille aux vieilles antiennes patriarcales.
Donc, rappelons à ces éleveurs du Néolithique, préférant la quantité industrielle à la qualité, que la loi autorisant l'IVG n'empêche personne de faire des portées de 12 s'illes souhaitent encombrer la planète de leurs descendants -certainement parce qu'illes se trouvent intéressants et beaux. Pas plus qu'une loi sur la fin de vie n'empêche les "pro-vie" de boire le calice jusqu'à la lie en profitant de leur cancer jusqu'au bout ! La liberté individuelle et le droit des femmes à disposer de leur corps et de faire leurs choix sans passer par l'autorisation d'un curé, d'un père, d'un psy, même pour les mineures, est inscrit dans la loi. Ils nous emmerdent avec leur acharnement.

Nous sommes 7,6 milliards sur la planète, l'humanité n'est pas en voie de disparition. On est davantage à la merci d'une "bonne guerre" pour éliminer le trop plein, vu les enragés agités du bocal incompétents, limite psychopathes, que les électeurs portent au pouvoir. Il y a plein de gens qui fuient leurs pays en guerre, et qui cherchent refuge en Europe, je n'ai jamais entendu des "pro-vie" défendre leur droit à un accueil décent.

Tant que j'y suis, je ne supporte plus non plus l'amalgame qui est fait entre ces obsédés de la natalité et nous, féministes, au sujet de la GPA (gestation pour autrui). Je perds mes abonnés gays sur Twitter quand je twitte mon opposition à cette technique d'élevage et d'exploitation / marchandisation du corps des femmes qui me révulse. Faut-il rappeler aux gays que les féministes les ont toujours soutenus lors des combats qu'ils ont menés pour la reconnaissance de leurs droits, y compris le mariage (cette institution patriarcale dont je n'ai pas voulu pour moi) et la PMA pour les lesbiennes (PMA dont je n'aurais pas voulu non plus) parce que dans ce cas, il s'agit d'égalité. Pourquoi accorder la PMA uniquement aux hétérosexuelles en couple, et pas aux lesbiennes dans la même situation ? Ceci précisé, la stérilité n'est pas une tare. Il n'y a pas de droit à l'enfant, ce n'est pas un droit humain. C'est parfaitement déplaisant cette sensation d'être assimilée aux pires curés obscurantistes tellement haineux des femmes qu'ils les veulent asservies à la reproduction, ce soupçon d'être passée côté sabre et goupillon. Mais je ne me fais aucune illusion, la GPA est parfaitement compatible avec le néolibéralisme, comme la prostitution. Elle rentre dans l'économie informelle qui fait des êtres humains des entrepreneurs d'eux mêmes, quitte à vendre leur corps en cas de mauvaise passe économique, le fait que les mauvaises passes économiques ce sont les femmes qui les prennent plein pot ne sera pas évoqué. Choix sur catalogue, stimulation ovarienne, prise d'hormones, implantation d'embryon, étroite surveillance pendant 9 mois et même plus, aucune liberté de mouvement, abandon par contrat de l'enfant que vous avez porté, je pose la question en les regardant bien dans les yeux, QUEL HOMME FERAIT CELA POUR UNE FEMME ?

 Les gays qui n'aiment pas charnellement les femmes, trouveraient quand même normal d'accéder à leur ventre en payant 9 mois de grossesse étroitement surveillée entravant la liberté de mouvement et de circuler d'une femme, pour se procurer une descendance ? La technique est disponible et appliquée avec succès dans d'autres pays, je suis pessimiste, elle sera légalisée. Elle rentrera par la porte dérobée de la nationalité, par la mise devant le fait accompli : comment refuser à un enfant né à l'étranger de l'achat d'un ventre, la nationalité française ? Vous conviendrez avec moi que faire payer à un enfant l'irresponsabilité de ses parents est injuste.

L'adoption semble la solution pour les couples stériles, ce que sont les couples d'hommes gays. Seulement, il n'y a plus d'enfants à adopter en Europe : on ne peut pas le regretter, c'est un progrès humain que les femmes ne soient plus obligées d'abandonner leurs enfants dans des orphelinats. Il y a des enfants adoptables dans le monde tiers, toutefois, prudence aussi de ne pas tomber dans le piège du riche néocolonial, décrit par le Storify à suivre sur ce lien. Un enfant, un être humain, ne sont pas des marchandises aliénables par contrat commercial.

Le changement climatique est un défi sans précédent que nous allons devoir affronter avec les désordres et les conflits qu'il préfigure, d'ailleurs il est déjà là ; la biodiversité disparaît, la terre et ses ressources sont menacées par la surpopulation humaine, MAIS le sujet c'est les techniques de procréation au service des mecs. On en reste sidérée. Depuis les éleveurs nomades du Néolithique, ils n'ont pas progressé d'un centimètre : leurs "besoins", leurs gamètes, les femmes à leur service. Au final leur irresponsabilité auront raison de nous en tant qu'espèce après qu'ils auront fait le vide autour de nous. Comptez sur moi pour garder l’œil sec. On dirait bien que les hommes sont des trous noirs au sens astro-physique du terme : ils absorbent tout mais ne rendent RIEN. Il est temps de prendre le pouvoir.


Niki de Saint Phalle - Artiste, plasticienne, sculptrice, féministe française - 1930-2002
Ici, très chamanique, avec un de ses serpents "arbres de vie" en acrylique. On peut en voir un monumental dans la cour du musée des Beaux-Arts d'Angers.Je vous le conseille, il est bourré de bonnes vibrations :)

mardi 16 janvier 2018

Quelques définitions du Wickedary de Mary Daly


Wickedaire : dictionnaire de sorcières dont les définitions remettent les choses en place, entreprise salutaire connaissant les habitudes patriarcales de fausser le langage et les définitions.

Verbicide n : Forme de biocide. Le meurtre systématique des mots ; la réduction de mots vivants à la condition de simples bruits se faisant écho à travers le monde creux des hommes creux.

Logocide n : Le meurtre sytématique du Logos (la Raison) en Patriarcat, l'Etat de la Mort dormante.

État de Peur : Etat créé, maintenu et légitimé par un incessant terrorisme phallocratique.
Commentaire bitocratique : "Comme l'amour sied à l'homme, la peur sied à la femme. Comme à l'esclave. Non seulement la peur lui sied, mais aussi le tremblement." Saint Jérôme.

Verbigération n : Répétition continuelle de phrases stéréotypées ; une forme de verbicide ; l'incessant, déprimant babillement de la médiasphère.

La société des miroirs : 1- Le Patriarcat, la maison des miroirs, le monde des renversements ;
2 - société dans laquelle les femmes servent de miroirs grossissants, réfléchissant les hommes deux fois leur taille normale ;
3 - société manufacturée par les phallocrates qui projettent leurs propres déficiences sur tous les Autres, dans une tentative de les faire réfléchir leur propre soi inadéquat.

Utilisation, phallique : la caractéristique phallique pratique de maltraiter les autres -les femmes, les mots, et toute la nature ; l'incessant abus des femmes et des animaux "utilisés" pour un tel abus/excès d'usage.
Commentaire phallocratique : " Nous enverrons des femmes dans l'espace, et nous en userons de la même manière que nous en usons sur terre -pour les mêmes objectifs." James Lovell, astronaute US

Vampirisme : composante essentielle du Mystère de l'Homme.
a - L'épuisement de l'énergie des femmes par les maris, les pères, les figures paternelles, sous le déguisement de l'amour.
b - L'épuisement des ressources de la Terre par les technocrates tels les magnats du pétrole, de l'exploitation minière, de la capture d'animaux...

Onctueux fossoyeurs : Les huileux entrepreneurs de la société nécropolitaine. Exemple : les pétromonarchies, les hiérarchies religieuses.

Gaspilleurs : ceux qui sèment ruines et dévastation. Destructeurs, dévastateurs. Les célèbres et célébrés conquérants, missionnaires et héros de la civilisation.
Par exemple Jules César qui se vantait : "Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu".
Commentaire féministe : "Le mâle... a fait du monde un tas de merde". Valerie Solanas.

"Nous ne voulons personne de ces "pays de merde" - Donald Trump

Yahvé & Fils : Mythique paradigme pour n'importe quelle corporation phallocratique ; pour n'importe quelle entreprise familiale paternaliste à organigramme entièrement masculin.

Pierre, Paul, Jacques : des gens pris au hasard, le commun de l'humanité : TOUT LE MONDE, CHACUN ; les trois personnes de la Trinité papocratique ; le commun populaire ; RIEN, PERSONNE.

Mary Daly 1928-2010, est une féministe radicale américaine, théologienne, philosophe et professeure d'université. Auteure de Gyn/Ecology, son œuvre majeure.Définitions que je trouve -et traduis, elles sont basées sur des jeux de mots en anglais, donc certaines sont carrément intraduisibles !- dans l'Intergalactic Wickedary of the English Language, paru en 1987 aux Etats-Unis.

samedi 6 janvier 2018

3096 jours - Le refus de la victimisation

Quand Natascha Kampusch est sortie en 2006 de la cave de 5 m2 où elle était détenue depuis 8 ans et demi, plus personne ne la cherchait, on ne l'a pas crue quand elle a décliné son identité, pour la police Natascha Kampusch, disparue depuis 1998 était morte et on n'avait pas retrouvé son cadavre. Il a fallu les résultats d'un test ADN pour qu'on la croie. Elle n'était évidemment pas reconnaissable, elle pesait à peine 45 kg.


Née en 1988 en Autriche, habitant avec sa mère et son père dans une banlieue de Vienne, Natascha Kampusch, 10 ans, petite boulotte dépressive selon sa propre description, est enlevée en 1998 sur le chemin de l'école, la première fois qu'elle faisait le trajet seule. Son ravisseur Wolfgang Priklopil est un type effacé, discret, vivant dans un pavillon enclos, volets fermés et ne recevant pas de visites, un ancien électricien de chez Siemens qui vit de travaux de maçonnerie et de plomberie, de travaux de réhabilitation de pavillons, sans doute non déclarés. Priklopil, homme discret, était un vrai méchant : paranoïaque, anorexique, en tous cas ayant des troubles alimentaires, manipulateur sadique et sans doute impuissant. Natascha Kampusch réfute dans son récit qu'il l'ait violée, bien qu'il la faisait parfois dormir étroitement attachée à lui dans son lit par peur qu'elle s'enfuie. Il la battait, l'affamait, la faisait travailler comme une esclave, la torturait psychologiquement, mais il n'était pas un agresseur sexuel.

"Le combat a duré 8 années et demi, j'en ai perdu chaque bataille, mais pas la guerre". Natascha Kampusch pourrait faire sienne cette phrase de Christiane Rochefort dans La porte du fond. Natascha a traversé l'enfer, elle en est ressortie en acier trempé. C'est du moins ce que laisse entendre son récit publié en 2010 et traduit immédiatement en plusieurs langues, succès de librairie, tant l'affaire est hors-norme, écrit en collaboration avec deux journalistes. Elle y livre sa vérité de victime pour contrer les fantasmes et approximations, voire les mensonges que provoquent ce type d'affaire de tortionnaire de femmes et d'enfants. Elle dit comment elle a survécu dans 5 m2, comment elle a négocié une radio, une télé, des crayons, du papier, elle décrit les affres de la faim, la douleur des coups répétés et la dissociation pour tenir, la peur effroyable d'être enfermée dans le noir pendant les week-ends derrière un bloc de béton où on ne l'aurait pas entendue crier, face à un pervers maltraitant et paranoïaque qui prenait ses week-ends, et vers qui deux témoignages convergents et un chien policier conduisaient dès les premiers jours de l'enquête, mais que la police autrichienne n'a pas creusés. Natascha Kampusch refuse d'être "rangée dans le tiroir syndrome de Stockholm", elle refuse de nommer "monstre" son kidnappeur, elle le classe clairement dans l'espèce humaine, et nomme le mal :
 " ... j'ai compris que j'avais un peu trop idéalisé cette société . Nous vivons dans un monde où les femmes sont battues et ne peuvent fuir les hommes qui les maltraitent, bien que la porte leur soit théoriquement grande ouverte. Une femme sur quatre est victime de graves violences, une sur deux fait l'expérience au cours de sa vie d'une agression sexuelle. Ces crimes sont partout, ils peuvent se produire derrière chaque porte, chaque jour, et ils ne provoquent que chez quelques personnes des regrets superficiels et un haussement d'épaules. 
Cette société a besoin de criminels comme Wolfgang Priklopil, pour donner un visage au Mal qui l'habite et le tenir à distance. Elle a besoin de ces images de caves transformées en cachots, pour ne pas avoir à regarder dans toutes ces maisons où la violence montre son visage lisse et bourgeois. Elle a besoin de victimes, de cas spectaculaires comme le mien pour se décharger de la responsabilité des crimes quotidiens commis sur des victimes anonymes que l'on n'aide pas -même si elles réclament de l'aide. 
En se fondant sur des crimes comme celui que j'ai subi, la société construit en noir et blanc, les catégories du Bien et du Mal qui lui permettent de tenir debout. Il faut que le bourreau soit une brute pour pouvoir rester soi-même du bon côté. Il faut agrémenter ses méfaits de fantasmes sado-masochistes et d'orgies débridées jusqu'à ce qu'ils n'aient plus rien à voir avec sa propre vie.
Et la victime doit être brisée et le rester, afin que l'externalisation du mal puisse fonctionner. Une victime qui n'endosse pas ce rôle personnifie la contradiction dans la société. On ne veut pas voir cela, car il faudrait alors se poser des questions. "

A rapprocher du refus de la victimisation par Christiane Rochefort :
" Je ne sais pas pourquoi mais je n'y arrive pas. Sale mentalité, hein. Il paraît que je ne marche pas dans la combine. La combine profitable qui est : on est prié de continuer à s'opprimer soi-même quand il n'y a plus personne pour le faire. 
Sinon c'est l'anarchie quoi. "

Natascha Kampusch a réclamé à titre de dédommagement aux victimes dû par l'état auchichien la maison de Priklopil (suicidé sous un train quelques jours après sa fuite) : en en devenant propriétaire, elle évitait les touristes et les visites malsaines de curieux sur les lieux de sa détention ; elle a publié ce livre et un deuxième en 2016, Dix ans de liberté, livres qui lui ont permis de faire ses études ; elle a accordé en exclusivité une interview à la Télévision autrichienne, interview gratuite mais dont les droits de diffusion à l'étranger ont été reversés à des associations d'éducation de filles. Natascha Kampusch a été beaucoup critiquée pour son attitude volontariste de maîtrise de son destin, et son refus du statut de victime. Ce qui ne veut absolument pas dire qu'elle ne reste pas fragile. On lui souhaite le meilleur.

Deux ans après le retour à la société de Natascha Kampusch, une autre "disparue" autrichienne Elizabeth Fritzl échappe à une séquestration de 24 ans - de 1984 à 2008- dans la cave sous la maison de son père incestueux kidnappeur, et de sa mère qui "ne savait rien". Sept enfants conçus et mis au monde dans la cave, quatre vivants, son histoire est racontée par Régis Jauffret dans Claustria. Contrairement à Natascha Kampusch qui vit dans la lumière et publie, Elizabeth Frizl et ses quatre enfants ont été "exfiltrés", tels des repentis djihadistes ou mafiosi, ou des lanceurs d'alerte très exposés. Après indemnisation du préjudice, plus paiement de 24 années de retard d'allocations familiales pour les enfants quelle a mis au monde et élevés pendant sa séquestration, elle a disparu sous une nouvelle identité, de nouveaux papiers, fournis par l'administration autrichienne dont les carences, dans cette affaire aussi, sont patentes. Le père Fritzl purge une peine de prison à vie. Ces hommes, agresseurs et pères abusifs peuvent vraiment dormir sur leurs deux oreilles, tant la société et sa police sont négligentes et tolérantes aux crimes commis envers les filles, les femmes et leurs enfants. Et il n'y a pas de bon moyen d'être une victime, ce statut vous vaudra le scandale, le voyeurisme, et bien sûr, les injonctions de la société qui sait toujours mieux que les femmes, même quand elle a failli à les protéger, ce qui leur convient. Double peine.

Les citations tirées du livre de Natascha Kampusch sont en caractères gras et rouge.