vendredi 14 juillet 2017

Les Prairies Saint-Martin : la petite ZAD rennaise



C'est l'histoire et la fin d'une longue résistance : Les Prairies Saint-Martin avaient déjà échappé dans les années 70 à l'éventration et au bitume d'une "pénétrante" à 4 voies (les patriarcaux bétonneurs ont un de ces vocabulaires, je vous jure, lire ici la façon dont les hommes voient la ville) pour aujourd'hui céder devant un projet municipal de "parc urbain", voire de "marécage d'ornement", selon ses plus farouches opposants. Situées au nord est du centre ville, près du Canal Saint Martin, dans un méandre de l'Ille, ce sont 29 hectares de prairies humides traversées par un ruisseau bordé par une roselière, qui plus est à 20 minutes seulement à pied du centre ville Ouest. Elles sont enserrées par les métastases cancéreuses  l'expansion urbanistique de la ville, bordées par des programmes de logements construits ou à venir. Disons qu'elles reviennent quand même de loin : l'assèchement et la transformation en 4 voies. Il va de soi que le "parc urbain aménagé en zone semi-humide" est une moins horrible solution. Le projet d'une trentaine de millions d'euros est d'en faire "un poumon vert" en novlangue d'urbaniste qui se la pète, ce qu'elles étaient déjà : jardins familiaux (ce qu'elles étaient aussi, d'où la résistance), reconstitution de zone semi-humide (notez que la mairie de Rennes et ses élus sont à fond pour le projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, remarquable zone humide naturelle), et de biotope pour la faune et la flore endémique de ces endroits. Plus bien sûr, zone de délassement et de détente pour citadins stressés : "vergers, ruchers, observatoire, un parc pour découvrir la nature", selon la promesse de la ville. La nature reconstituée au bulldozer, habitants et squatteurs expulsés, vieux arbres fruitiers abattus, pavillons rasés. Mais c'est sûr que ce sera mieux rangé que maintenant ! Avec un peu de pas de bol, on risque même d'y trouver des arbres en pots. Rien ne vaut la main de Lome pour corriger les erreurs et le désordre de la nature qui, comme les femmes, sont vite incontrôlables si on n'y met pas bon ordre.

Les travaux ont commencé cette semaine. Nostalgia. Et pour mémoire :






Des expulsés qui ont laissé des épaves derrière eux !





Coupure d'eau pour les squatteurs en pleine canicule





Maisons promises à la destruction. Ça proteste (avec une faute de grammaire)














Espérons ce ce vieil arbre sera toujours là après les travaux


Mais pour les confitures de mûres, j'ai bien peur que ce soit la fin, ce roncier résistera-t-il ?

Pour mieux voir les photos, double-cliquez sur une et normalement, vous obtenez le mode diapositives :)

Pendant "l'embellissement des prairies", les mecs continuent à dégueulasser les berges du canal Saint-Martin en face, au nez et à la barbe des fluviaux installés sur la berge opposée : polystyrène, canettes de bière, boîtes de jus de fruit, barquettes de frites, ... glissent insidieusement à l'eau où ils tapisseront le fond ou flotteront en surface ; il suffira d'ouvrir quelques vannes, elles dévaleront la Vilaine jusqu'à la Roche-Bernard, où elles se jetteront dans l'océan. C'est pas possible, ils posent leurs détritus à l'endroit exact où ils ont fini de consommer. Voilà ce que c'est que les habituer à passer nettoyer derrière eux après avoir assuré l'intendance.

Liens :

Rien ne semble pouvoir freiner l'expansion humaine. La sixième extinction s'accélère : "anéantissement biologique", "extinction de masse", "défaunation" à lire sur cet article du Monde, la nouvelle a été reprise par tous les grands médias internationaux.
La triste histoire des rennes splendides et décadents de l'Ile Saint-Matthieu. Métaphorique de ce qui peut nous arriver ?

2 commentaires:

  1. 30 millions ! Mazette! Encore un grand projet inutile qui va alimenter les caisses d'un opérateur en siphonnant l'argent public pour remplacer des plantes sauvages par des plantes domestiques. Pfff!

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    1. C'est surtout cette obsession d'éradiquer tout ce qui échappe à l'ordre humain (et patriarcal). Ces prairies n'étaient pas naturelles, plus rien n'est naturel sur cette planète depuis le temps que les humains interviennent partout avec leurs gros sabots, mais effectivement, la municipalité ne supporte pas les friches qui font pourtant le bonheur de la biodiversité. Il est important de conserver des ilots de "mauvaises herbes" et des friches en ville (ex-terrains industriels, pollués en général, puis que l'humanité ne nettoie jamais derrière elle) pour laisser les autres vivre. La LPO explore ainsi des friches et voit les oiseaux revenir. Mais rien à faire, l'humanité a besoin de la place. C'est une catastrophe.

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