vendredi 21 avril 2017

Les programmes des candidats à la présidentielle au prisme de l'écoféminisme

Pour éclairer votre choix pour l'élection présidentielle, voici quelques liens vers les sites qui ont travaillé à examiner les programmes des candidat.es, selon les sujets qui les intéressent chacun.es au premier chef. C'est un vrai travail, et à ce titre, je trouve bien d'en faire la promotion.

Féminisme - Droits de femmes et genre

Connaissances de causes

Les élections présidentielles au prisme du genre, des sexualités et du féminisme 
Les programmes des différent.es candidat.es par ordre alphabétique
Synthèse

Environnement :

Nucléaire
Les candidats les plus et les moins radio-actifs chez Sortir du nucléaire
Déroulez, faites défiler et passez-les au compteur Geiger

Agriculture - Agir pour l'environnement
Présidentielle : qui soutient une agriculture bio, locale et citoyenne ? 
Déroulez !

Santé des océans - Bloom Association
Qui se jette à l'eau pour nos océans et leur habitants ? 

Animaux 
Politique et animaux
Présidentielle 2017 : que feront-ils pour les animaux ?
30 millions d'amis 
Animaux : Que pense chaque candidat ? 
Alliance anticorrida
Les prises de position des différents candidats sur la corrida 

Voilà ! Bravo à toutes ces associations, et blogueuses/chercheuses pour leur travail et leur militantisme infatigable.

L'écoféminisme est un mouvement social et politique qui combine les problématiques écologistes et féministes en regardant les deux comme les résultantes de la domination des hommes sur la société.

vendredi 14 avril 2017

Pâques fête catholique, et de quelques autres inversions patriarcales

"Je suis la résurrection et la vie" - Jean 11, 25

A entendre les scies publicitaires de Carrefour et de Casino à la radio, les gigots d'agneaux de Pâques sont arrivés dans leurs boucheries ! Les abattoirs fonctionnent au maximum de leurs capacités un mois avant la fête : noria de camions sur les routes transportant des bébés animaux aux abattoirs, heures supplémentaires pour le personnel abatteur. On prépare Pâques chez les catholiques. Chaque fête religieuse a son animal ou ses animaux dédiés, ça varie les plaisirs de table : massacre de chapons, oies, dindes à Noël, d'agneaux de quelques semaines à Pâques ; le Cifog essaie même de vous vendre du foie gras, histoire de se sortir du créneau étroit des fêtes de fin d'année et d'élargir la période de consommation d'un produit qui n'est même plus dans la "distinction sociale" (Bourdieu), ni dans le luxe, puisqu'on le trouve chez les hard discounters. Pour le plus grand malheur des canards. L'Aïd el kebir (fête du mouton !) se solde par une hécatombe de moutons chez les musulmans. Pour les juifs je ne sais pas, leur dieu n'étant, au moins, pas un dieu d'amour. Mais la Torah est un catalogue d'interdits alimentaires et de prescriptions sur la façon d'abattre et consommer les animaux et leurs sous-produits. Se nourrir chez les humains : cette construction sociale réglée par Dieu himself !


Une couverture de Beef Magazine, édition US, l'affirme : "Les plus belles œuvres de Dieu ont toujours été faites avec des côtes", allusion fine à la version biblique de la création d’Ève, tirée de la côte d'Adam, comme si les êtres humains ne sortaient pas tous du ventre d'une femme. Encore une inversion patriarcale, ce sont les hommes mâles qui donneraint la vie, selon la Bible ! Vie qui ressemble diantrement à la mort en patriarcat.

Dans Le Royaume, Emmanuel Carrère écrit que les cultes anciens aux déesses primordiales étaient des cultes de plein air (il ne dit pas qu'on n'y faisait pas de sacrifices !), puis quand les dieux mâles ont remplacé les déesses, leur culte s'est déplacé dans des temples où on sacrifiait des animaux pour calmer leur colère. Oui, parce que les dieux mâles sont coléreux : Freud fait l'hypothèse que les déesses mères bienveillantes ont été destituées pour cause de faillite à protéger leurs enfants humains après quelques tremblements de terres, raz de marées, éruptions volcaniques qui tuaient pas mal de monde, il faut bien dire. Du coup, elles furent licenciées pour faute grave et remplacées par des mecs beaucoup plus compétents, mais de sale poil, qui veulent nous faire expier nos fautes. Jupiter représenté avec la foudre à la main et les sourcils froncés fait perpétuellement les gros yeux, un vrai père fouettard, et comme c'est lui le modèle étalon pour toute la suite... Mais revenons aux temples masculins d'Emmanuel Carrère : pour ne pas gâcher, et aussi pour payer les frais généraux, les grands prêtres vendaient ensuite la viande des animaux sacrifiés aux fidèles, ce qui fait que les temples aux dieux masculins étaient en fait de prospères boucheries. Et selon une contribution de Françoise d'Eaubonne dans Le féminisme ou la mort, le malheur des animaux vient aussi de Caïn, le doux agriculteur, et d'Abel l'éleveur. Abel, ce fayot, faisait des offrandes d'animaux sacrifiés à Dieu pour rester dans ses petits papiers, ce qui énervait Caïn qui le jalousait parce que, du coup, Dieu le préférait.  Résultat de cette rivalité de gamins jaloux : Caïn tue Abel et jette l'opprobre sur toute sa descendance d'agriculteurs. Abel victimisé, les éleveurs sacrificateurs avaient gagné : malheur aux animaux. C'est écrit dans la Bible, on ne peut pas lutter.

Du coup, CHARAL a le monopole du cœur. Pour l'éternité.


Voilà comment sont nées les boucheries patriarcales.

Joyeuses Pâques quand même, sans violence, si possible.

jeudi 6 avril 2017

Pause pipi, mais uniquement pour les garçons



Dans la continuité de la ville au masculin, conçue et faite pour les hommes avec l'argent de toustes les contribuables, j'ai trouvé cette invention qui prouve tout de même qu'on est en plein désespoir : les édiles s'arrachent les cheveux qui leur restent. C'est quoi ? C'est un uritrottoir ! Je serais tombée dessus un premier avril, j'aurais cru à un poisson. Mais non, c'est LA solution qu'auraient trouvée Rennes (Le Mensuel de Rennes en kiosques), Nantes, la Gare de Lyon (deux à 9 000 euros pièce installés) pour éviter les "pipis sauvages". A Rennes, à partir des jeudis soirs  durant tout le week-end, les riverains des rues à fêtards du centre historique (à touristes donc, ce qui la fiche mal) se plaignent tellement des odeurs d'urine, que la Mairie planche sur le sujet. Alors, les filles, on pisse contre les murs en sortant de bars ou de boîtes ? Ah mais non, zut, encore un truc pour les mecs, ces incontrôlables asociaux, mais c'est passé sous silence une fois de plus. Donc, là où ils se dézippaient la braguette contre leurs murs favoris, on va mettre des pots de fleurs où ils pourront se soulager : ils pourront donc sortir leur appareil uro-génital en plein jour ou nuit et surtout, en pleine rue. Encore une prime au délinquant, on dirait bien. Vous, Mesdames, pourrez attendre qu'ils aient fini, ou contourner le spectacle (ou vous rincer l’œil éventuellement en faisant des commentaires) et surtout en serrant les fesses pour stopper une envie pressante. Car RIEN n'a été prévu pour vous. C'est vrai que vous, vous feriez plutôt une dilatation de la vessie ou une cystite, et sans vous plaindre en plus : pas de pipi rooms dans les parages ou alors tellement sales que vous préférez généralement attendre d'être à la maison pour vous soulager. Et c'est nous qu'on traite de pisseuses ?

Il est impossible de les contraindre à uriner dans des toilettes publiques ou d'attendre d'être à la maison s'ils ne veulent pas y aller, comme font les femmes ? Ou de les verbaliser lourdement s'ils sont pris sur le fait, sachant qu'il faut envoyer la maréchaussée dans les endroits qu'ils salissent et aux moments où ils sont susceptibles de commettre le délit ? Imaginez de trouver une fille en train de pisser dans une rue où il y a du populo -même la nuit ? Que croyez-vous qu'il arriverait ? Toujours le même double standard : aux hommes les budgets pour recourir aux expédients -même désespérés-, aux femmes de se débrouiller avec la pénurie ou la saleté des "commodités" ! De toutes façons, vous voulez que je fasse une prophétie ? Ils vont pisser à côté, c'est inévitable. Juste pour emmerder le monde.

Et une fois de plus, on se trompe de prioritaire : ce sont les femmes et filles qu'il faut favoriser. Nous ne sommes pas leurs égales, là non plus. A l'école, dans nos pays, des enfants, surtout les filles, se retiennent d'aller aux toilettes pendant la journée pour des raisons de propreté, de non surveillance et de portes qui ne ferment pas, préférant attendre de rentrer à la maison pour se soulager !
Dans les pays du Monde Tiers où le manque de toilettes est criant, les femmes sont les plus pénalisées : les filles quittent l'école lors de la survenue de leurs règles, car elles n'ont pas de lieux où se changer -sans parler du fait qu'elles n'ont pas accès aux protections périodiques ; dans les mégapoles bidonvilles, elles doivent attendre la nuit et sortir se soulager en groupe, et rien n'empêche qu'elles soient attaquées par les hommes rôdeurs, cherchant une occasion de mauvaise action. L'intimité et la dignité élémentaires leur sont refusées.

Et, spéciale dédicace aux boîtes de mecs que j'ai fréquentées en qualité de commerciale consultante et qui n'avaient pas de toilettes séparées pour les femmes, et dont les standardiste, comptable et secrétaire attendaient de rentrer  chez elles les midis et soirs pour n'avoir pas à affronter les rangées d'hommes cramponnés à leur appareil uro-génital, la crasse aussi, pour se soulager : vous êtes en infraction avec le Code du travail. Je soupçonne même certaines de ces entreprises de décourager ainsi sournoisement les candidatures de femmes à un poste chez elles.

Ce n'est donc pas aux hommes qu'il faut réserver des budgets pour améliorer le confort aux toilettes, c'est une fois de plus les femmes qu'il faut favoriser. Ce sont toujours les femmes qui sont oubliées et finalement pénalisées. Les investissements sur les garçons se révèlent au bout du compte être à fonds perdus ; investir sur les filles, leur confort, leur santé est toujours bénéfique pour la société entière. Qu'est-ce qu'on attend ?

mercredi 29 mars 2017

Nommer le problème : la violence masculine

Lycée Tocqueville à Grasse le 16 mars 2017 : un jeune homme de 16 ans rentre dans son lycée armé d'un fusil et de deux revolvers fauchés à ses père et grand-père et déclenche une fusillade, blessant son proviseur et 7 autres personnes. Le garçon est une sorte de fils d'archevêque, normalement bien intégré socialement, rien à voir avec un "jeune de banlieue" (expression consacrée) pouvant susciter la compassion des tenants de la thèse des damnés de la terre ex-colonisés : son père est conseiller municipal passé du Front National à Les Républicains. La Ministre de l'Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem se fend d'un communiqué où elle excuse le geste en désignant "un jeune homme fragile", "fasciné par les armes à feu", complète Christian Estrosi. Le garçon est surtout fasciné par les meurtriers de masse style Columbine High School (USA) ou deux garçons sèmeront la mort en 1999 en tuant 12 élèves et un professeur, mais passons. Moi, je veux bien aussi être "fragile" à la tête d'un arsenal.
#Grasse - "Je m'attendais à voir un fauve en cage, je suis tombé sur un gamin avec une gueule d'ange" dira l'avocat du tireur. Bon, bref, un enfant de chœur. S'en suivent caméras et micro trottoirs des voisins tombant des nues, et cellule psychologique. Le truc habituel. On a évité la énième marche blanche sans pancarte ni insignes, c'est déjà ça !

Deux jours plus tard, 18 mars, un type en cavale depuis le soir précédent tente de dérober son arme à une femme de la force Sentinelle à l'aéroport d'Orly et est abattu par les collègues de la militaire. On apprendra au fil du déroulé de l'enquête, qu'après s'être copieusement alcoolisé dans un bar et avoir pris des stupéfiants, cet habitant du Val d'Oise, français de 40 ans issu l'immigration, délinquant de droit commun condamné plusieurs fois, vient faire une fin à Orly en se réclamant opportunément d'Allah : suicide by cops, disent les anglo-saxons. Suicide par policiers interposés. Le billet sans retour vers l'au-delà quand l'avenir est borné. Je sais, mon analyse n'est pas en phase avec les vendeurs de guerre et de l'"état de guerre" qui font les beaux jours du Front National et de l'Etat d'urgence.
Ce qui était intéressant, c'était d'aller sur Twitter lire les hashtags #Grasse et #Orly ou #OrlyAttack (en anglais ça sonne mieux !) voir les twittos/twittas des deux bords, extrême-droite et extrême-gauche se tirer la bourre à coups de gif animés et de ricanements, spéculations et procès d'intention, avant qu'on sache quoique ce soit sur l'origine des terroristes ni de leurs motivations, en fonction de leurs opinions politiques. Par acquis de conscience, j'ai descendu la timeline histoire de trouver un tweet intelligent, réellement informatif et dépassionnant le débat : en pure perte. Pas un journaliste objectif en vue, ces jours-là. Mais encore plus remarquable, le fait massif qui crevait le yeux et s'imposait à la raison, -en tous cas à la mienne- c'était que pas un.e seul.e des débatteurs (si on peut dire) ne faisait la remarque que dans tous les cas, le fauteur de trouble était de sexe mâle !

Motus, omertà, loi du silence. Bœuf sur la langue", comme écrivait la regrettée Christiane Rochefort.
Aveuglement volontaire ? Consensus mou ? Oubli du fait qu'à chaque Noël on offre aux gars des armes en plastique bien imitées, histoire de leur instiller qu'ils sont les saigneurs de la Terre ? Valorisation des comportements irresponsables des garçons mais diffamation des femmes et filles. Et que ça finit par nous revenir en boomerang dans la tronche, à force ?

Ebahissement des gens de la rue : le tueur est toujours un bon voisin, plutôt taciturne toutefois, voire sanglier solitaire qui n'aime pas qu'on lui casse les burnes, mais sans plus. Les spécistes suprémacistes humains qui ont toujours un autre agenda à nous refiler, -les tirs de loups, espèce protégée par les traités supra-nationaux que la France signe puis viole dans les jours d'après- passent à "loup solitaire" quand ça vire vraiment vinaigre et qu'il faut déclasser le criminel d'espèce humaine à espèce animale réputée féroce, le crime étant par trop insupportable ! Coup double, l'expression s'impose. "Gueule d'ange", beauté du diable dans un cas, petit délinquant de droit commun dans l'autre (oui, à 16 ans on est plus frais qu'à 40, surtout quand on a passé quelques années à l'ombre d'une geôle !). L'(a fausse, c'est pas possible autrement) ingénuité de l'espèce humaine laisse pantoise : mais quoi, quoi, quoi, les délinquants ne sortent pas du ventre de leur mère avec "violeur, terroriste,..." tatoué sur le front ? Comme le monde est mal fait, mon pauvre Monsieur !

Eh bien non, les enfants qui naissent, garçons ou filles, ne sont pas prédestinés à devenir violeurs ou tueurs de masse, ni même petits délinquants ou terroristes fous : c'est la société qui les y conduit, par l'abandon sociétal, les mauvaises rencontres, un père de famille incestueux ou violeur, une mère impuissante, épuisée et abandonnée, que sais-je, mais il faut tout de même constater aussi que tous les enfants victimes d'inceste, de mauvaises rencontres, ou d'un père violeur ne deviennent pas non plus tous des délinquants, que leur libre-arbitre continue à fonctionner. Rappelons aussi que la vie est plus difficile pour les filles et femmes, l'éducation plus restrictive et répressive, qu'elles sont plus souvent victimes d'injustices sociales et de prédateurs sexuels, MAIS qu'elles fournissent moins d'inadaptées sociales, que tout en ayant à surmonter plus d'obstacles, elles s'intègrent, qu'elles sont plus vertueuses et méritantes, ces gros mot méprisants ! La "vertu"*, vous pensez, quel ennui, dans une société qui valorise au plus haut point la violence, l'inconduite et les bad boys.

96, 2 % de la population carcérale sont des hommes. Qui finissent par coûter cher à la société : en skate parks, en terrains de foot, en cours du soir préventifs (en tous cas, à en croire les pubs Acadomia ne ciblant que les garçons), et autres "investissements" en pure perte, puisque les garçons restent largement en tête des statistiques de la délinquance, puis, ensuite, en frais de justice et places de prisons. Sans compter les victimes abîmées à vie de leur violence - routière incluse. Alors ? Il est temps de cesser ce silence, ces omissions, ce déni, il est temps de soulever le couvercle patriarcal et regarder en dessous : il est temps de nommer la violence masculine et de dénoncer les torts qu'elle cause à la société. Il est impossible de porter remède à ce qu'on refuse de voir et de nommer. Il faut aussi valoriser les filles et leurs comportements positifs, leur courage et leur combativité dans une société qui ne valorise que leur abnégation et ne voit qu'en négatif leurs indéniables qualités.



Un lien qui confirme l'effacement de la violence masculine dans Mondes sociaux  -Radicalisation et injonction à l'individualisation- qui emploie ad nauseam l'adjectif substantivé "jeune.s" et qui noie bien le poisson. Les filles ne sont jamais jeunes, elles, certainement.

* Je sais que vertu est connoté religieux, mais je ne trouve pas de synonyme satisfaisant. Pas faute d'avoir cherché pourtant.

lundi 20 mars 2017

Les animaux ne sont pas comestibles

C'est l'itinéraire d'un omnivore, devenu végétarien, puis végétalien, puis végane (définitions ci-dessous), au hasard des épreuves infligées par la vie : un chien et un mouton offerts dans l'enfance déclenchent une première prise de conscience non suivie d'effet, normal quand on est un enfant impuissant face à l'injustice, car ce sont les adultes qui imposent leur loi. Le chien su(rv)ivra, mais le mouton finira en conserves lors d'une migration de la famille de l'auteur vers la ville, la pauvreté servant d'argument pour le meurtre du copain animal mouton, pas celui du chien. Il faut du temps et de l'indépendance d'esprit pour se forger une conscience dans une société qui pratique à telles doses les incohérences spécistes et l'annihilation de toute empathie depuis la plus tendre enfance pour faire passer ses messages et traditions carnistes. Les épreuves personnelles (deuil, chômage, maladie,...) peuvent faire évoluer vers une alimentation non-violente. C'est le cas de pas mal de végétariens et végétaliens que je connais. Les traitements hospitaliers inhumains infligés en fin de vie au père de Martin Page contribueront aussi à cette conscientisation. De végétarien se nourrissant d'œufs et amateur de fromages, il glisse vers le végétalisme strict, en donnant un blouson de cuir, adoré pendant des années, parce qu'il ne supporte plus de le porter. Puis vient l'étape de l'engagement politique en véganisme, mouvement pacifique de libération des animaux, êtres sentients et nés libres comme nous, non destinés à finir à la boucherie pour les animaux dits d'élevage ou de rapport, non destinés à être torturés dans les laboratoires des sous-sols des hôpitaux parisiens ou d'ailleurs, et non destinés à être enfermés et dressés pour le caprice des humains dans des delphinariums et dans des cirques.


LES DÉFINITIONS DE MARTIN PAGE

Végétarisme : "Pratique alimentaire qui exclut la consommation de chair animale (petit rappel : les poissons sont des animaux, si on mange du poisson on est donc un omnivore)."

Végétalisme : "Régime alimentaire qui exclut les produits animaux et issus des animaux. C'est la version alimentaire et dépolitisée du véganisme."

Véganisme : "Mouvement politique en faveur des animaux et opposé à la suprématie humaine. Il consiste à ne consommer aucun produit ou service issus des animaux ou de leur exploitation, et à militer publiquement pour que les animaux soient considérés comme des individus."

Spécisme : "Considération morale supérieure que les humains accordent à leur propre espèce, et le traitement discriminatoire qui en découle, notamment à l'encontre des animaux d'élevage, destinés à l'expérimentation ou considérés comme nuisibles." Par extension, il  renvoie aussi à une considération morale discriminant les espèces : les animaux de compagnie et les animaux en voie de disparition voient leur intérêt davantage pris en compte.

Vademecum de la / du parfait.e militant.e, à potasser et à avoir sur soi, ce livre est aussi une somme de ressources : mon choix forcément partial.

Conseils en alimentation, très pragmatiques, où trouver ses protéines (partout), son calcium, toutes les vitamines et nutriments nécessaires à une bonne alimentation et une bonne santé sans exploitation des animaux, comment lire les étiquettes. C'est là où serait ma critique : on tombe un peu dans la technique technologique, ce défaut typiquement masculin. Mais ses recettes et celles de sa femme artiste valent certainement le détour. Les différents sites Internet et réseaux sociaux de Martin Page sont à la fin du livre. C'est très didactique et passionnant.

Politique : le végétalisme, et donc le véganisme, sont souvent  présentés comme élitistes, ou comme une nourriture de bobos. Alors qu'il est au contraire tout à fait économique : un kilo de lentilles (même bio) est moins cher qu'un kilo de poisson ou de viande. En revanche, le capitalisme carniste fait que les les plus pauvres vivent dans des déserts alimentaires, des quartiers "défavorisés" où il n'y que Mc Do et la chaîne de supermarché à rayon fruits et légumes étiques, importés et fanés pour aller faire des courses, ou aller manger. Les centres-villes ont des marchés approvisionnés en produits frais, de saison, et locaux qui devraient être accessibles à toustes. Il est plus simple pour pas mal de gens modestes d'aller vers de la viande de mauvaise qualité , parce que tout (l'industrie, la pub, la désinformation nutritionnelle) pousse les pauvres en direction d'une alimentation médiocre ".

Argumentatif : comment répondre (ou ne pas répondre !) aux "cris de la carotte" et autre "Hitler était végétarien" (faux, bien sûr), ces diversions (il y en a d'autres) des carnistes sans arguments : le massacre animal est massif, donc la réalité est douloureuse, faisons diversion, prenons la tangente. Staline, Pol Pot, Napoléon étaient omnivores, il ne viendrait à l'idée de personne de l'utiliser comme argument contre l'omnivorisme parce que le carnisme est l'idéologie dominante et incontestée. Les féministes luttant contre l'idéologie patriarcale sont aussi confrontées aux diversions (reconnaître qu'on subit une oppression massive est douloureux), accusées de ne pas aimer les hommes, alors qu'elles combattent un système. "Tu n'aimes pas les hommes, tu n'aimes pas la viande". Euh, non, les hommes je m'en fous un peu, c'est l'inéquité qui me fout la gerbe, et la viande, j'ai juste dit que je n'en mange pas, et que " ne pas manger les animaux est une libération."

Féminisme et Convergence des luttes : C'est [la philosophe] Margaret Cavendish qui fut une des premières à répliquer à la théorie des animaux-machines de Descartes... On peut aussi citer, plus tard, Frances Power Cobbe et nombre de suffragettes, ainsi que Louise Michel, Rosa Luxembourg, Sophie Zaïkowska, Angela Davis. Evidemment, comme dans tout mouvement, les hommes sont arrivés et ont pris beaucoup de place. Ils ont minoré l'apport des femmes. Qui sait qu'avant Peter Singer, il y a eu Brigid Brophy (The rights of animals) et Ruth Harrison (Animal machines) ? ".  Je rajouterais Mary Shelley pour le végétarisme et son héros compassionnel et végétarien le Monstre de Frankenstein.

Il est aussi regrettable d'entendre sans cesse parler de Singer comme du père de la cause animale. Un combat politique n'a pas besoin de père (toujours cette même vision patriarcale). C'est oublier que l'essentiel des textes et des actions ont été produits précédemment par des femmes dont on a minoré l'importance ".

" Les opprimés ont un privilège épistémologique "- Nancy Hartsock, féministe matérialiste, auteure de The féminist standpoint.

Faites gaffe les hommes et animalistes qui maîtrisez mal certaines notions, et qui faites des rapprochements dangereux, comme j'en vois de temps en temps passer. C'est délicat. Voici ce qu'écrit Martin Page à ce sujet : " si je parle clairement de la guerre faite aux animaux par l'espèce humaine, j'évite de comparer l'oppression des animaux à celles subies par les esclaves, par les femmes, par les Juifs et les Tziganes. [...] Quand Isaac  Bashevis Singer compare le génocide animal à celui des Juifs, et quand il écrit "ce que les nazis avaient fait aux Juifs, l'homme le faisait à l'animal" et "pour les animaux, c'est un éternel Treblinka", il est légitime car il a perdu une partie de sa famille dans les camps de la mort. Ça lui appartient, c'est lié à son histoire ". 

" Je trouve problématique d'entendre des hommes blancs peu engagés contre le racisme comparer l'esclavage des animaux à celui des Africains. Je trouve problématique quand des hommes utilisent l'image du viol pour parler de la manière dont les vaches sont inséminées. Mais quand la militante végane Dallas Rising le fait, je l'écoute. Elle a été victime d'un viol. "

Et à propos de végéphobie : attention aussi à l'emploi à tort et à travers du suffixe phobie : " les véganes ne sont pas opprimés : ce sont les animaux qui le sont ".



Voilà mon résumé, partiel et partial forcément, j'y ai mis ce qui m'a le plus touchée, selon mes préoccupations et convictions. Mais ce livre n'est pas que de la philosophie, il est un vademecum pour les omnis qui veulent évoluer, pour les végétariens et les végétaliens non encore sortis du placard, comme pour les plus avertis des militants. Un investissement utile, un livre à garder et à consulter quand on en a besoin.

Tu ne mangeras plus jamais mes lasagnes, alors ? Demande la mère de l'auteur dont les lasagnes au bœuf avec une louchée de crème, couvertes d'une couche de gruyère fondu, constituaient les repas des dimanches en famille. Mais bien sûr que si qu'on va continuer la tradition familiale, d'ailleurs on a complètement transposé ta recette, elle est devenue végétalienne et elle est tout aussi délicieuse, répond Martin Page. Comme Jonathan Safran Foer qui décide dans Faut-il manger les animaux que désormais on continuera à fêter traditionnellement Thanksgiving avec du tofu, du seitan, et des légumes, mais qu'il n'y aura plus jamais de dinde sur la table.

Les citations du livre de Martin Page sont en caractères gras et rouges.
Les illustrations sont de Laurence Chéné.
Désolée pour les liens en anglais, mais les notices Wikipedia en français des philosophes anglaises sont soit quasi vides, soit ne mentionnent pas le véganisme d'Angela Davis, ni les féministes "for animal rights" américaines.

lundi 13 mars 2017

Rôles-modèles 2 : femmes pionnières de l'informatique et des mathématiques

Je complète mon billet sur les pionnières du codage informatique avec ces trois femmes ingénieure spatiale, responsable du projet informatique IBM, et mathématicienne de la NASA qui a calculé à la main et à la craie la trajectoire de mise en orbite de John Glenn pour le projet Mercury, Friendship 7 en 1962, ainsi que le lieu exact de son retour sur terre. Katherine Johnson étant une pure mathématicienne, je préfère leur dédier un billet spécial à l'occasion de la sortie de Hidden figures (Les figures de l'ombre) en 2017, film-hommage de Theodore Melfi.


Katherine Johnson - 1918- Mathématicienne de la NASA affectée au Projet Mercury qui envoie le premier américain en orbite terrestre en 1962, après que les Soviétiques eurent mis en orbite leur premier vol habité en 1961 avec Youri Gagarine, coiffant les USA au poteau. Katherine Johnson, "génie des maths" calcule à la main la trajectoire de vol du Colonel Glenn, et retour. Obligation : ramener l'astronaute vivant. Contraintes : qu'il ne rentre pas trop vite dans l'atmosphère ce qui le transformerait en steak grillé, et sans dévier, ce qui le renverrait en orbite, où il aurait le temps de mourir gelé, en attente de secours improbable. John Glenn fera d'ailleurs les manipulations de retour à la main, le dispositif automatique étant tombé en panne. Katherine Johnson collabore également au projet Apollo 11 de conquête de la lune en 1969. Elle a fait toute sa carrière à la NASA.


Dorothy Vaughan - 1910-2008 - Mathématicienne du groupe de calcul de la NASA, puis responsable du programme informatique de la mission Mercury Friendship 7. Elle dirige le groupe des 30 mathématiciennes programmeuses en Fortran, (eh oui, rien que des femmes !) langage machine pour l'ordinateur IBM de la Nasa qui produit les calculs intermédiaires du premier vol spatial Mercury en 1962.


Mary Jackson - 1921-2005 - Mathématicienne et Ingénieure spatiale pour la NASA où elle fait toute sa carrière ; elle travaille d'abord dans le groupe de calculatrices spatiales de Dorothy Vaughan, avant de devenir ingénieure spatiale : analyse de flux d'air, poussée, compressibilité.

Toutes trois font partie du groupe d'afro-américaines qui travaillaient à part, à Langley, pour la recherche spatiale, dans un état où sévissait encore la ségrégation raciale, la Virginie.

Que dire du film ? Que Theodore Melfi est un honnête metteur en scène, que filmer des équations mathématiques (Katherine Johnson en jupe, juchée sur une échelle, écrivant des équations à la craie sur un tableau noir, devant des mecs blancs dubitatifs puis envieux de ses fulgurances, qui regardent !) et de la programmation en Fortran, ce n'est pas cinématographique du tout, mais qu'il s'en tire tout de même bien, avec tous les défauts du cinéma
hollywoodien : sentimentalité envahissante, mères courage, et glamour. C'est harassant de voir ces femmes se battre contre le racisme-machisme, les préjugés des hommes blancs, la passivité des femmes blanches, et le sexisme paternaliste des hommes noirs de leur entourage. Elles valent bien un article à elles seules. Allez voir le film, il est empowering et ces trois femmes sont magnifiques, courageuses et charismatiques. Je suis sûre et certaine qu'il va déclencher des vocations chez les filles. Math is for grrrlz.



mercredi 8 mars 2017

#8mars Journée Internationale des Droits des Femmes

International Women's Day



C'est notre 8 mai 1945 à nous, notre journée d'armistice, sans traité de paix, comme il se doit, contre les femmes la guerre reprend dès le lendemain ! Discriminations, doubles-standards, plafonds de verre, double bind, contrainte à la sexualité et à la reproduction, harcèlement, insultes dans la rue, terrorisme machiste histoire de nous rappeler qui détient le pouvoir et n'a pas l'intention de le lâcher, surtout sur les sujets qui nous concernent au premier chef. Bien entendu les patriarcaux et leurs agent.es s'arrangent pour en mal prononcer l'intitulé et les intentions : attendez vous à des "journée de la fame" prononcés par des journalistes et présentateurs atteints de psittacisme, et qu'en plus, elle va tourner à l'avantage des confiseurs, des fleuristes, et des fabricants de soutifs. Donc, préparez bien vos oreilles et buvez des verveines histoire de calmer votre rythme cardiaque.

Le 8 mars est une journée de militantisme quoique, pour ce qui me concerne, le militantisme dure toute l'année. En attendant, voici le programme de la journée, les actions partout en France : cliquez sur les liens vers le site d'Osez le Féminisme



Si vous bossez et n'arrivez pas à vous libérer, vous pouvez peut-être mettre à profit cette journée pour obtenir un rendez-vous de votre patron pour lui demander une promotion ou une augmentation de salaire en lui mettant sous le nez des graphiques, tableaux et arguments montrant que vous faites tous les jours progresser -selon votre poste : la gestion, le chiffre d'affaires, la qualité de l'accueil ou industrielle, la propreté, des recrutements de qualité, la communication, la productivité,... de son entreprise. Qui sait ? L'effet 8 mars peut jouer en votre faveur. Si vous n'obtenez rien, promettez-vous de revenir à la charge. La cooptation masculine est la source inépuisable de l'incompétence au pouvoir dans les entreprises ! Vous ne pouvez définitivement pas laisser faire.

 Devenez le PDG que vous parents ont toujours voulu vous voir épouser ! Source Twitter

Imaginez la "Journée du Noir " dans le même style que la Journée de la 
fâme ?

J'ai trouvé sur Twitter cette capture d'écran d'un compte Facebook -introuvable- puisque je ne suis décidément pas dans les papiers de Zuckerberg, qui par ailleurs se garde l'exclusivité des publications de ses abonné.es.  


Vous pouvez aussi y aller de vos pochoirs, tags, bandeaux adhésifs contre le harcèlement de rues ou le sexisme des affiches publicitaires.

Bon #8 mars militant :))

Actualisation 8 mars 14H30 
Ne ratez pas dans Charlie Hebdo de ce mercredi n° 1285 la double page centrale : Féministes, immigrées et laïques : la triple peine.
Betty Lachgar : marocaine, psychologue, fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles MALI.
Diaryatou Bah : Franco-guinéenne, animatrice au Centre social de Montreuil.
Fatima Benomar : Fondatrice des efFRONTTées, groupe féministe progressiste, laïque, antiraciste, antilibéral. Ex-militante d'Osez le féminisme qu'elle a trouvé "sans culture de la désobéissance civile et de l'éducation populaire".
Soudeh Rad, iranienne en France, éditorialiste de sites internet en persan. Assistante administrative en entreprise.

Actualisation 8 mars 18H30




PS : Mon billet est optimisé sur Chrome (espacements, centrages images et texte). Je m'aperçois qu'il n'a pas le même aspect en fonction du navigateur -Mozilla notamment, qui est en berne chez moi, depuis hier soir.

vendredi 3 mars 2017

Revue d'actualité

Ressac - Backlash

Le Texas, qu'on ne présente plus, -il avait déjà tenté d'imposer en 2016 une inhumation pour tous les fœtus avortés-, récidive avec une proposition de loi autorisant le médecin (article en anglais) à se réserver le choix de révéler à la femme enceinte qui le consulte, l'état de santé du foetus qu'elle porte. La future mère serait ainsi incapable de faire le choix informé de mener ou non sa grossesse à terme. Le médecin pourrait être autorisé à trahir son serment, à mentir au moins par omission, à tromper sa patiente, de quoi entamer sérieusement la confiance en son praticien. Ne parlons pas de l'éternel état de mineure, irresponsable, où ces législateurs pensent pouvoir tenir les femmes. A moins qu'il n'y ait des arrières-pensées : les contraindre à procréer, les éloigner durablement du marché de l'emploi où elles sont perçues comme des concurrentes des hommes, et bien sûr, les maintenir dans la faiblesse économique, ce qui alimente un pool de désespérées qui n'auront que la prostitution comme dernier expédient de survie. Ces méthodes d'arraisonnement des femmes sont ancestrales comme le patriarcat.

Trump, les libéraux et l'inutilité économique des femmes

Dans la droite ligne de ce qui se passe au Texas, la virilité toxique ayant repris le pouvoir en la personne de Trump aux USA, des décrets contre les pauvres, donc les femmes, sont signés en rafale : désengagement financier aux agences d'aides nationales et internationales dont les femmes sont principales récipiendaires à cause de leur pauvreté endémique, suppressions d'emplois dans la fonction publique, relances de chantiers liés directement ou indirectement à l'extractivisme, constructions de pipe-lines..., à forte concentration d'emplois masculins : généralement sur ces chantiers, comme lors d'événements à majorité masculine, sessions parlementaires, tournois sportifs.., on observe un afflux de prostituées. L'article, excellent, est à lire en français en suivant ce lien.

Les conjointes d'artisans, toujours pas de couverture sociale.

J'avais rendez-vous cette semaine avec mon assureure pour un point matrimoine. Après avoir évacué le sujet, nous avons parlé boutique commerciale : elle rencontre dans ses activités des artisans-commerçants et donc les conjointes (généralement, ce sont des femmes à 98 %) pour leur vendre des assurances. Elle m'a raconté comment elle marne pour tenter de faire comprendre à Monsieur, et même à Madame, qu'il vaut mieux mettre à l'abri sa conjointe avec une couverture sociale et une assurance en cas d'accident de la vie : divorce, décès, accident, Robert qui part avec la caisse (c'était ma contribution, j'ai vu faire), etc... Toutes les joyeusetés du mariage et de la séparation en somme. Et bien, figurez-vous qu'elle trouve encore des femmes sans couverture sociale en propre alors qu'elles travaillent avec leur mari : secrétariat, comptabilité, tenue d'agenda, travail réel, non fictif mais NON REMUNERE et non déclaré. Elles sont toujours ayant droit du mari. J'ai, moi, déjà rencontré des cas où Robert fait croire à sa femme qu'il la déclare, alors que non. Mais impossible de parler de divorce ou séparation selon mon assureure, c'est la meilleure façon de perdre un client et de faire fuir un prospect. Beau savoir qu'un couple sur deux divorce, rien n'y fait. L'hystérie de l'amourrrrr toujourrrrrs continue ses ravages. Je vais faire œuvre de salubrité publique : Mesdames, si vous passez par ici, exigez un salaire et une couverture sociale, un contrat de séparation de biens, une assurance décès ou invalidité : ils ne tuent pas l'amour, c'est même une preuve d'amour. Faire un testament ne fait pas mourir, là c'est pareil. S'il refuse, barrez-vous ! Vite. Loin. Avant qu'il ne soit trop tard. A la loterie, vous avez tiré un gros sagouin.

Vous avez combien de parts ? 

Me demande une de mes caisses qui vient se servir sur mon compte parce qu'elle a les clés du coffre. Comme le technolecte fiscal ne m'est pas familier, je demande un décodeur : une part, c'est quand vous êtes nokids (nullipare, en obstétrical), célibataire sans personne à charge, me déchiffre-t-on. J'ai effectivement une part, ça me suffit, je ne mange pas la laine sur le dos de la planète moi, je ne balance pas de jouets cassés ni d'électro-ménager dans les rivières, moi ! J'essaie d'être le plus décarbonée possible, si vous préférez. Et bien voilà, me répond mon interlocuteur, vous avez plus d'impôts et de CSG à payer ! Quel monde étrange : on est 7 milliards 300 millions vivant sur la bête, très mal pour plus de la moitié du monde ; ici, pas de place en crèche, ni en maternelle, pas de place dans les universités, chômage incompressible avec plus 140 000 primo-demandeurs arrivant sur le "marché" de l'emploi tous les ans à cause de la natalité française "dynamique" SIC, pas de place en maison de retraite, plus de place dans les cimetières, mais la fiscalité incite à la natalité ? On est vraiment mal barrées.

dimanche 19 février 2017

Steak Machine : souffrance animale, souffrance sociale



Abattoirs, boîtes noires :
" Les barons de l'élevage industriel savent que leur modèle d'activité repose sur l'impossibilité par les consommateurs de voir (ou d'apprendre) ce qu'ils font. " Jonathan Safran Foer - Faut-il manger les animaux ? 2011

" Il est plus facile de rentrer dans un sous-marin nucléaire que dans un abattoir " - " Les abattoirs sont des lieux totalement clos et cachés. Pour les trouver physiquement, il n'y a jamais de pancarte, même le GPS ne trouve pas... " - Olivier Falorni - Député de Charente Maritime, Président de la Commission d'enquête sur les conditions d'abattage - 2016

" L'occultation totale du sort réservé aux animaux est le pilier de la consommation  de masse de viande "Paul Bigard, patron de Bigard Charal, premier groupe français, 4,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Sur une suggestion de son éditrice, Geoffrey Le Guilcher, journaliste,  change d'apparence, de prénom, se bidouille un nouveau CV plus conforme à la sociologie des abattoirs, et l'envoie à une société d'intérim de Bretagne "région-abattoir" : une quarantaine pour 4 départements, sur les 183 abattoirs que compte le territoire français.
Évidemment, trois semaines plus tard, sur ces métiers en tension qui peinent à embaucher et fidéliser des salariés, il est engagé pour trois semaines, à l'essai, au parage dégraissage dans une nacelle qui le porte au niveau des carcasses de vaches qui arrivent saignées de la tuerie.

Pratiques de la profession : minimum 15 mois à deux ans en intérim avant (s'ils tiennent !) le mythique CDI, graal du travail posté industriel. Soit environ deux ans à 2 ans et demi sans prendre de congés, alors que les abattoirs sont des hachoirs à viande aussi bien animale qu'humaine. A petits chefs qui parlent mal à leurs salariés, allez comprendre quelque chose à cet "univers viril de taiseux" ! Pressions au rendement, cadences infernales : ne tiennent que les plus solides qui vieilliront prématurément, puis seront jetés au rebut, sans reconnaissance de "maladie professionnelle", l'homologation pénalisant le coût du travail et les caisses de protection sociale. " Les abattoirs, comme n'importe quel employeur payent des cotisations en fonction de leur sinistralité... ils ont intérêt à contester l'origine professionnelle d'une maladie ". Alors que le fordisme (chaîne d'assemblage, travail en miettes) s'inspirait directement des chaînes de désassemblage des abattoirs de Chicago à la fin du XIXème siècle, et que le fordisme a intégré des robots sur ses postes les plus éprouvants pour ses ouvriers, " les abattoirs eux n'ont pas réussi la mutation. [...] Chaque animal étant différent, l'humain dominera encore longtemps le sujet avec son couteau". Seule piste envisageable pour le moment, la recherche sur les exosquelettes. En attendant, les ouvriers d'abattoirs se démolissent sûrement les cervicales et lombaires, les phalanges et les épaules. Ils tiennent en prenant des substances psychotropes -hachich, LSD, alcool... Sans parler de la casse morale et psychique : " On a auditionné des gens qui faisaient des cauchemars la nuit et voyaient des êtres humains pendus à des crochets. " témoigne Olivier Falorni, président de la Commission d'enquête de 2016 sur les conditions d'abattage.

" De toutes façons, soyons lucides, qui se soucie des damnés de la viande ? "

Cadences infernales et saisonnalité de la viande :

Alors que les trois quarts de la viande sont achetés via la grande distribution, sa consommation fait des pics saisonniers aux fêtes religieuses (Noël, Pâques, Ascension, Aïd,... occasions incontournables de faire couler le sang des animaux), aux rentrées scolaires (redémarrage des cantines, achats en gros des collectivités) et à la rentrée tout court, pour les ménages qui ont vidé leur congélateur en juillet au départ en vacances pour le remplir fin août, à coups de promotions "deux gigots pour le prix d'un" de la grande distribution, qui profite de l'occasion. Évidemment, cela se traduit à l'abattoir par des coups de feu, heures supplémentaires et extension de plages horaires sur des ouvriers déjà épuisés, qui rattrapent les jours fériés non travaillés en heures supplémentaires.

Comment dans ces conditions parler de "bien-être animal" dans un abattoir ? 

Depuis que les activistes et whistleblowers de L214 (la photo de Sébastien Arsac de L214 est accrochée aux fléchettes dans les bureaux de tous les directeurs d'abattoirs de France, selon Le Guilcher) publient des vidéos accablantes d'animaux mal étourdis et mal tués, des vaches et des veaux pendus par la patte arrière "qui font l'hélicoptère" au dessus des bacs à sang et à viscères, la tuerie de l'abattoir breton de Le Guilcher a été invisibilisée derrière un mur aux visiteurs occasionnels, aux personnels n'appartenant pas à la tuerie stricto sensu, et aux éventuels journalistes ou témoins, munis d'une camera dissimulée, devenus la terreur de tous ces industriels. Il va se soi que parler de "bien-être animal" à l'abattoir est un sinistre fumisterie incompatible avec des cadences infernales, la course au profit et la réduction de coûts, de la poudre aux yeux pour ministres, ONG welfaristes réformistes, et clients consommateurs cherchant à calmer leur (mauvaise) conscience. Dans chaque abattoir, il y a bien une formation "bien-être animal" de 7 heures, et un "responsable de la Protection Animale" -RPA) MAIS ce sont les cadres responsables de la cadence qui portent le badge RPA ! Tout ceci démontre que nous avons affaire à des cyniques qui ne veulent en aucun cas de la transparence qui tuerait leur industrie : c'est impossible de mettre à mort facilement un animal jeune et en bonne santé, qui a la vie chevillée au corps, en une minute temps requis, étourdissement et égorgement-saignée incluses, sous peine d'arrêter la chaîne ! Ni de l'amendement de leurs pratiques maltraitantes.
Le pouvoir, ce ne sont pas les directeurs d'abattoirs qui le détiennent, ni à fortiori les prolétaires qui les servent, c'est bel et bien le consommateur : vous arrêtez d'acheter, ils arrêtent de tuer !


Le livre de Geoffrey Le Guilcher raconte une plongée dans un des infernaux hachoirs industriels qui broient en France un milliard de volailles par an, 3 millions de bovins, porcs, moutons, volailles... par jour, et plus de 50 000 ouvriers qui s'y abîment la santé. Le style en est alerte, drôle parfois, humain toujours ; l'auteur finira par déjouer la surveillance et traverser le mur infranchissable de la tuerie pendant quelques minutes. Avant de quitter en fin de mission l'abattoir, où resteront derrière lui les maliens, les tunisiens, les roumains qui tentent leur chance hors de leurs pays frappés de misère, et les sous-prolétaires bretons des élevages hors-sol et de l'industrie du bâtiment au chômage. Clairement, l'option abattoir n'est pas une vocation professionnelle. Après son immersion dans la broyeuse Machine à steaks, Geoffrey Le Guilcher se déclare désormais "flexitarien" : végétarien chez lui, omnivore en société. Allez, encore un effort...

" L'abattoir est le dinosaure qui a permis la naissance de l'ère de la consommation de masse. Un vieil animal toujours bien vivant. "

Les phrases en caractères gras et rouge sont des citations de Steak Machine.

vendredi 10 février 2017

Who cooked Adam Smith's dinner ? Qui cuisinait le dîner d'Adam Smith ?

Ce livre d'économie écrit par Katrine Marçal, journaliste suédoise, que j'ai lu en anglais car il n'est pas traduit, m'a été suggéré par un de mes abonnés canadiens dans une conversation Twitter sur l'économie et les femmes. Je l'en remercie. En plus d'être un pamphlet contre l'économie au masculin, c'est un bon manuel rappelant l'HIStoire économique, ses principes et ses auteurs.


La main invisible du marché

A la serpe, la théorie économique d'Adam Smith, père de l'économie, est la suivante : les agents économiques (vous, moi, votre boucher..) sont des entités mues par leurs propres intérêts et égoïsmes. Votre boucher ne vous vend pas sa viande (c'est le malheureux exemple utilisé) par altruisme et goût pour son prochain, mais par self-interest, il en fait son profit, ce qui lui permet de vivre. La sphère économique est une constellation d'agents atomisés, dominés par leur égoïsme, qui tous mis ensemble forment un ensemble cohérent qui se régule lui-même en convergeant vers l'intérêt de tous, cela s'appelle "la main invisible du marché". Une somme d'intérêts individuels parfaitement divergents aboutissent à une cohérence générale qui profite à tous. L'agent économique de base, toujours selon Adam Smith, serait parfaitement rationnel, il n'a pas d'affect, pas d'histoire, pas de liens, il serait mû, dans un vide affectif et émotionnel, par la gagne et la satisfaction de ses besoins immédiats.

Les économistes tous mâles qui succéderont à Adam Smith, entérineront cette théorie (on devrait écrire croyance, car la "main invisible du marché" rappelle furieusement Dieu) en l'enrichissant de leurs propres remarques et commentaires : Bernard de Mandeville, Jean-Baptiste Say, Friedrich Hayek, Gary Becker, Karl Marx, même Keynes, puis Milton Friedman et l'Ecole de Chicago, aucun ne remettra en cause le dogme. Tous qui ont pourtant des épouses (sauf Keynes qui était homosexuel, mais il avait une mère) sont frappés de cécité sur les contributions des femmes à l'économie et à leur confort : affection, soins, élevage, éducation, sollicitude, bien-être. Les femmes et leur travail* sont et demeurent les invisibles de la sphère économique. Il y a bien Marilyn Waring, seule femme économiste citée, qui publiera dans les années 80 un travail sur les dépenses publiques alors qu'elle est députée à la Chambre de Nouvelle-Zélande, thèse où elle démontre que les femmes ne comptent pas. Seul comptent dans les PIB (Produits Intérieurs Bruts) les emplois masculins marchands, destructeurs et pillant sans contrepartie les ressources naturelles, préparant la guerre (industries de l'armement), faisant la guerre, puis réparant les dommages de guerre. La destruction crée de la croissance et du profit. Dans le brouhaha général et la pensée (masculine) unique, son œuvre est toujours ignorée et passée sous silence par les pontifes et prélats de l'économie qui, rappelons-le tout de même, n'est pas une science exacte.

Pourtant on sait, comme de nombreuses études universitaires de psychologues l'ont démontré au siècle dernier, que ce n'est pas l'égoïsme qui meut notre espèce -comme chez tous les mammifères et pas mal d'autres animaux : c'est l'altruisme et la coopération. Pas de chance on est tombés sur des économistes autistes et égotiques. Mais il y a pire.

"Les hommes jouent, et le jeu suprême, c'est la guerre" - Pierre Bourdieu

Théorie des jeux et comportements économiques - John Von Neumann

" Entre deux joueurs rationnels, il n'y a rien de mieux pour chacun que de choisir une stratégie optimale et de s'y tenir " selon la Théorie des jeux à somme nulle du mathématicien John Von Neumann, utilisée pour modéliser les comportements économiques. C'est ici qu'il faut souligner que John Von Neumann a participé au Manhattan Project qui a mis au point la bombe A et l'a expérimentée in vivo en 1945 : Little Boy** le 6 août 1945 sur Hiroshima, puis Fat Man** trois jours plus tard sur Nagazaki, le 9 août 1945. La théorie des jeux de Von Neumann fut utilisée pour tirer au sort les villes japonaises où il était le plus "stratégique" de frapper, Tokyo étant le premier choix des militaires US. " Kurt ( Gödel) m'avait expliqué qu'ils y démontraient qu'une description des phénomènes sociaux ou économiques peut être donnée par des jeux de stratégie appropriés comme le Kriegspiel. A son grand regret, toute cette matière grise était consacrée une fois encore, à un sujet militaire " In La déesse des petites victoires - Yannick Grannec -Anne Carrière Édition, contant sous forme de roman la vie de la femme de Kurt Gödel, logicien, pur génie des mathématiques, neurasthénique, paranoïaque et anorexique, il ne mangeait que quand sa femme avait goûté tous ses plats et ça se corsait quand il prétendait qu'elle aussi voulait l'empoisonner ; à sa mort en 1978, il pesait 30 kg ! Madame Gödel, totalement effacée de l'histoire, était pourtant la seule à rattacher à la vie terrestre ce pur esprit perdu dans ses conjectures mathématiques et théorèmes d'incomplétude. Je digresse à peine, le roman est l'histoire d'une femme effacée, sur fond de grande HIStoire.

" John Von Neumann meurt en 1957. En plus de son implication dans Hiroshima, il nous a légué les développements de l'informatique moderne, avec aussi la suggestion moins fructueuse de peindre les calottes polaires en noir pour que l'Islande ait le même climat que Hawaï. (!) Sa théorie des jeux devint le fondement de la finance moderne. Docteur Folamour s'en alla travailler à Wall Street ".

Conséquences pour les femmes - Leur travail : une inépuisable ressource naturelle

" Women's work is a natural resource that we don't think we need to account for. Because we assume it will always be there. It's considered an invisible, indelible infrastructure."
" Without importance for the whole, and actually it wasn't an economy at all but an inexhaustible natural resource ".

Les conséquences concrètes de cet effacement des femmes comme agents économiques et de leur exclusion des moyens de production -sauf quand elles font supplétives du travail masculin dans le secteur marchand, généralement à moins 20 % de salaire à responsabilités égales, différentiel basé sur la croyance issue du XIXème siècle qu'elles n'ont pas la force physique donc pas la même productivité que les hommes, c'est la pauvreté plus ou moins grave où elle végètent. Rôdant dans les parages des banquets des mecs, après avoir fait les courses, la cuisine et la vaisselle, elles doivent se contenter des miettes qui tombent de la table. A la retraite, par exemple : le montant de leurs pensions trahissent l'effacement de leurs contributions (soins aux plus faibles et dépendants, -vieux et enfants-, reproduction, affection, entretien...) à l'économie. Évidemment, tout cela sert un propos : fournir en désespérées un pool de prostituées rendant des services sexuels payants aux mâles à "pulsions et besoins irrépressibles" selon eux. D'ailleurs le développement radical de la théorie d'Adam Smith aboutit à l'économie informelle : mon outil de travail c'est moi et mon corps, j'en suis l'auto-entrepreneure, et en gérant bien mon "capital humain", je dois pouvoir m'en sortir. Nous serions tous égaux devant le dieu Marché et There is no alternative.

Finance casino - Les autres conséquences économiques sont les bulles spéculatives (tant que je gagne je joue ! pense le parasite de casino), les cracks boursiers et les milliards de dollars qui s'évanouissent dans la stratosphère supposément, suivis de quelques suicides de banquiers et traders mâles (franchement, tant mieux,des parasites en moins) et d'encore moins de mises en examen et de procès, comme en 2008 -crise du crédit- et en 2010 -crise des liquidités financières. En moyenne, une bulle spéculative crève tous les 2 ou 3 ans. Prochaines à venir : une anecdotique, les footeux, ces autres parasites poussifs dopés aux anabolisants payés des milliards pour courir derrière un ballon ! Et plus grave, la faim, les traders mâles pariant sur les marchés à terme en jouant avec les céréales qui nous nourrissent, et en général avec toutes les matières premières. Jouer, gagner, PERDRE, et faire perdre l'humanité entière au casino de la finance. Si on ne débranche pas rapidement le patriarcat parasite, de graves ennuis nous attendent. La nature n'est pas inépuisable, au contraire de l'égoïsme d'homo économicus, modèle Adam Smith.

Il devient urgent de calculer les PIB autrement : je ne suis pas comptable ni statisticienne, je ne peux donc pas fournir la formule du mode de calcul idéal. Je suis évidemment contre un salaire de femme au foyer, l'enfermement dans la sphère domestique est déjà suffisamment une calamité. Ce que je sais en revanche, c'est que le pillage de la nature (extractivisme forcené, atteintes graves aux pollinisateurs, destruction de forêts pour le bois et les terres cultivables, pollution des eaux, avancées des déserts), des animaux et de la biodiversité, en plus de l’extorsion aux femmes des services utiles et indispensables à l'humanité, ne peuvent plus continuer sous peine de disparition de notre espèce irresponsable. Les politiques doivent imaginer une solution, et autre que celle du BNB, le bonheur national brut, cette autre fumisterie destinée à noyer le poisson. S'illes passent par ici -au lieu de me solliciter via la DM de mon compte Twitter- pour cause de campagne électorale, voilà un sujet sur lequel travailler. Il est indispensable de retirer des PIB (et pas d'ajouter) les dommages causés à l'environnement, la déplétion des ressources, et de faire payer LE JUSTE prix des choses, de la viande et du poisson par exemple, en y incluant tous les coûts et d'arrêter de subventionner ces activités délétères. Et d'y tenir en compte les fonctions infrastructurelles de coopération et de sollicitude, sans lesquelles il n'y a pas d'aventure humaine.

Who cooked Adams Smith's dinner ? Elle s'appelait Margaret Douglas.

Margaret Douglas - 84 ans - Oeuvre de Conrad Metz - 1778

De fait, Adam Smith est resté célibataire toute sa vie. C'est sa mère, puis ensuite sa cousine, qui ont tenu le foyer du père de l'économie, assurant son bien-être et ses besoins quotidiens. Margaret Douglas nait en 1694 dans une noble famille écossaise et elle épouse à 26 ans Adam Smith senior, plus âgé qu'elle de 15 ans. Son mari meurt deux ans plus tard, 6 mois après la naissance de son fils, Adam Smith junior, notre distingué économiste. Margaret Douglas ne se remariera jamais. Elle consacre sa vie à son fils, le suivant dans ses différents postes et affectations. Elle est totalement dépendante économiquement, puisque c'est le fils qui hérite de la fortune de son père. Après la mort de sa mère, le foyer d'Adam Smith est pris en charge par sa cousine Janet Douglas, dont on sait encore moins de choses que sur Margaret. Quand Janet meurt en 1788, Adam Smith écrit à un ami : "Depuis qu'elle n'est plus là, je suis l'un des hommes les plus destitués et désarmés d'Ecosse."

Comme on comprend ce pauvre garçon ! Plus de cuisinière, ménagère, intendante, secrétaire : la catastrophe. Pourtant en contraste, les femmes sont totalement absentes de la pensée économique d'Adam Smith ! Fourmis ouvrières invisibles œuvrant à rendre le quotidien supportable, confortable, comme ceux de la nature, leurs services sont considérés comme un dû dans lesquels puiser sans contrepartie : ils sont "naturels". " Derrière la main invisible du marché, il y a surtout un sexe invisible ". Si Margaret, puis ensuite Janet Douglas avaient abandonné Adam Smith en choisissant de vivre leur vie d'êtres libres, sans doute que la pensée du grand homme, soit n'aurait pas émergé, soit aurait été d'une autre nature. Il est temps d'arrêter de leur servir la soupe. Nous contribuons à notre propre effacement. Les hommes sont des trous noirs, ces objets célestes qui absorbent la chaleur, la lumière, l'énergie des femmes, sans rien restituer. Le trous noirs ont été nommés d'après les travaux d'Einstein, physicien, ami et contemporain des mathématiciens Kurt Gödel et de John Von Neumann.

*Ne pas confondre travail et emploi : on peut parfaitement travailler sans avoir d'emploi et sans toucher un salaire. Qui pense que les bénévoles ne travaillent pas ? Hormis certaines associations, je veux dire ?
** Quand les hommes enfantent, ils engendrent des monstres. Marylin French

Les citations en gras et rouge sont tirées du livre de Katrine Marçal, traduites ou non. 

jeudi 2 février 2017

Noms de métiers : double standard - Fillongate

Au nom de l'universalisme, porté par le masculin en français qui n'a pas, comme l'anglais de neutre, les noms de métiers et professions, à l'origine masculins puisqu'il n'y a que les hommes "qui travaillent", les femmes se contentant de "rester à la maison" où les corvées qu'elle accomplissent, extorquées dans le mariage, comptent pour des cacahuètes dans les PIB masculins marchands, les noms de métiers et professions donc sont tous déclinés au masculin : pompière, policière, avocate, bâtonnière à fortiori, écrivaine..., sont considérés comme non légitimes par celles même qui exercent ces métiers. Sur ce sujet, allez voir le Tumblr militant d'Adelphité* du langage qui s'est donné pour mission de relever ce qui est bien dit et mâle dit, mâle exprimé, dans les journaux, productions culturelles, et ailleurs.
* Adelphe : épicène grec, frère, sœur, né de même parents.

J'ai souvent entendu des féministes beauvoiriennes (ceci écrit sans irrévérence) pour qui une femme se doit d'être un homme comme les autres, tordre le nez devant un métier dit au féminin, comme si on avait proféré une obscénité : menuisière, ingénieurE, peuh, n'y pensez même pas, "c'est d'un ridicule" ! Toutes les écoles à dominante mâles (ingénieurs notamment) qui font mine de faire des appels du pied aux femmes se lamentent : "elles ne viennent pas, on n'y peut RIEN", refrain habituel, et articles lénifiants, il y en a dans tous les coins sur les réseaux sociaux où la misogynie serait de plus en plus mal portée. Mais ça s'arrête là : si les femmes veulent venir, qu'elles acceptent les contraintes du vocabulaire, porter le nom du métier au masculin garant de leur légitimité au sein de la confrérie, et... des vêtements qui grattent et ne sont pas faits pour leur morphologie ni leurs besoins spécifiques, je pense entre autres, aux femmes CRS et aux policières et à leurs gilets pare-balles !

Le/la sage-femme

Mais que l'on veuille attirer des gars dans les professions dites "de femmes", infirmières par exemple, traditionnellement formées dans des Écoles d'infirmières, s'applique immédiatement le double standard : on masculinise vite fait, bien fait, plus personne n'a d'états d'âme ! Ainsi les écoles d'infirmières sont-elles devenues des "instituts de formation en soins infirmiers" comme lettre à la poste. Il est inconcevable de nommer un infirmier "infirmière" au motif que ce sont les femmes qui ont inauguré la profession, alors que c'est l'inverse chez eux ! Le comble du ridicule -et de l'inexactitude- est atteint avec la profession de sage-femme : en 1984, l'Europe, toujours en pointe pour voler au secours des mâles discriminés, a imposé l'entrée d'hommes dans cette profession historiquement féminine ; s'est aussitôt posé LA question de comment les appeler, "femme" étant caca beurk pour un mec, certainement ? Sexisme doublé d'ignorance crasse : dans le nom composé sage-femme, femme réfère à la parturiente, pas à la personne qui exerce le métier : la/le sage qui assiste la femme parturiente. Du coup, on a eu des propositions ridicules comme "maïeuticien *" en référence à Socrate dont la pauvre mère effacée de l'HIStoire était sage-femme, ce qui a bien aidé son génie de fils à mettre au point -j'allais dire à accoucher de- ses théories philosophiques ! Bizarre, vous avez déjà vu une école d'ingénieurs qui aurait féminisé son intitulé pour mieux accueillir les femmes, vous ?
* J'ai entendu dans un coin de lucarne que la première année de médecine est désormais commune aux futurs médecins, pharmaciens, dentistes, "maïeuticiens" SIC, le présentateur s'est fait préciser : il n'avait pas compris que c'était sage-femme. C'est donc entériné. Les hommes arrivent, les femmes sont effacées de l'HIStoire.  

FillonGate et cafouillages freudiens

L’affaire du penelope gate du nom de la femme de François Fillon qui aurait occupé un emploi fictif d’assistante parlementaire au service de son mari en touchant 500 000 euros pendant 4 ans (puis 900 000 pour la famille entière sur une plus longue période selon le dernier développement), en dit long sur la psyché française, et sur sa mauvaise foi, à propos du travail des femmes, généralement extorqué dans le mariage : travail RÉEL mais NON REMUNERE, et sur les éternels gaps toujours irréductibles et béants, de salaires entre femmes et hommes quand il s'agit de travail marchand posté, modèle masculin !
Festival de grosses boulettes : du député François de Rugy soucieux de transparence qui publie les bulletins de salaire de deux de ses assistants parlementaires, dévoilant involontairement le différentiel de salaire entre son assistANT et son assistANTE dû à l’assignation des tâches, et donc des salaires, en fonction de leur sexe/genre -en gros le profil assistANTE convient mieux pour commander les billets d’avion et elle travaille plus d’heures, c’est affligeant-, et du président du sénat Gérard Larcher qui se banane lui-même dans un communiqué où il tente d’affirmer que la profession d’assistant parlementaire est la seule où les femmes sont plus payées que les hommes, en omettant de préciser que c’est dû à la prime d’ancienneté -accessoire de salaire et pas salaire de base- les femmes y restant stagner plus longtemps que les mecs, qui tentent d'autres aventures de grands fauves politiques on suppose ? Le factchecking était assuré par France Info Radio. Last but not least, François Fillon lui-même qui, il y a une semaine, condamnait le sexisme de la presse à propos de son épouse, est pris en flagrant délit de discrimination dans la "PME familiale" : sa salariée de fille touchait 27 % de moins que son fils à qualification égale selon le Canard Enchaîné. Espérons que Madame Fillon, épouse effacée et muette de son député puis ministre de mari, réputée bosser pour la peau dans son mariage avec François, était au courant du présumé salaire qu’elle a perçu pour travail parlementaire « fictif ». Au point où on est…

Petit bonus video, tranche de vie saignante :


jeudi 26 janvier 2017

Le piège de la "lutte contre l'islamophobie"

Déniché par Natacha Polony (mais si !) et cité cette semaine dans sa revue de presse sur Europe 1 -que j'écoute, bien m'en prend, même si elle m'agace souvent- cet article de LUTTE OUVRIÈRE m'a vraiment plu. Avec leur accord, je le partage ici. L'extrême gauche et les mouvements altermondialistes pratiquent le relativisme culturel sous couvert de lutte contre l'"islamophobie". A l'opposé, cet article de Lutte Ouvrière propose un décryptage matérialiste convaincant.

    " Une politique de construction de fronts pour « lutter contre 
 l’islamophobie » est de plus en plus défendue par une partie de l’extrême gauche. Au point de perdre tout repère de classe, et d’user de démagogie vis-à-vis de l’islam politique.
Le débat sur cette question s’est amplifié avec les différentes affaires de jeunes filles voilées à l’école, à partir de 1989, et surtout après la loi de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école. Il s’est poursuivi avec la polémique sur l’interdiction du voile intégral dans l’espace public, adoptée en 2010.
Depuis les attentats de 2015 et 2016, cette question a pris de l’ampleur. Par exemple, le lamentable épisode de l’affaire du burkini a remis en lumière, l’été dernier, la façon dont les politiciens de droite comme de gauche sont prêts à faire feu de tout bois pour détourner l’attention de l’opinion des problèmes essentiels du moment, par démagogie électorale.
Cette récupération de la question du voile, de la burqa ou du burkini par des politiciens qui se moquent de l’oppression des femmes et ne sont laïcs que lorsqu’ils parlent de l’islam, est choquante. C’est une campagne raciste.
Pour autant, en tant que militants communistes, nous sommes aussi des adversaires résolus de toutes les religions et de toute oppression, et l’actuelle campagne ne doit pas faire perdre aux révolutionnaires toute boussole.

La galaxie de l’anti-islamophobie

Depuis plusieurs années, une galaxie de groupes se donnant pour objectif la « lutte contre l’islamophobie » se développent et prennent diverses initiatives. Certains, comme l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) ou PSM (Participation et spiritualité musulmanes), sont ouvertement des associations de prosélytisme religieux. D’autres se défendent d’être des organisations religieuses et se cachent derrière des revendications d’égalité, de lutte contre le racisme et contre l’islamophobie. C’est le cas du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), de Mamans toutes égales, du Collectif une école pour toutes, Féministes pour l’égalité, et plus récemment d’Alcir (Association de lutte contre l’islamophobie et les racismes). Le Parti des indigènes de la République (PIR) est aussi à ranger dans cette galaxie.
Depuis l’attentat contre Charlie hebdo, en janvier 2015, les initiatives de ces groupes se sont multipliées : rassemblement anti-islamophobie le 18 janvier 2015 à Paris ; meeting contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire le 6 mars 2015 à Saint-Denis ; Marche de la dignité et contre le racisme organisée par le PIR le 31 octobre 2015 ; meeting à Saint-Denis contre l’état d’urgence le 11 décembre 2015, ou encore, le 21 septembre dernier, le meeting d’Alcir baptisé « Pour un printemps de la liberté, de l’égalité et de la fraternité », organisé dans le 20e arrondissement de Paris.
Ces différentes initiatives ne prêtent pas forcément à la critique. Le rassemblement du 18 janvier 2015 était une réponse à une manifestation d’extrême droite organisée le même jour pour « expulser tous les islamistes ». Et organiser des réunions contre l’état d’urgence ou marcher contre le racisme peut sembler juste. La question est de savoir qui organise ces initiatives, quelles idées s’y expriment, et ce que des militants qui se disent d’extrême gauche y font et y disent.
Ces rassemblements ont tous été en réalité des tribunes pour des organisations islamistes et communautaristes.

Lors du rassemblement du 18 janvier 2015, des jeunes brandissent des drapeaux algériens, turcs, marocains, des panneaux portant des sourates du Coran, et une grande banderole : « Touche pas à mon prophète ».
Le meeting du 6 mars 2015 était coorganisé par l’UOIF. Celui du 11 décembre faisait, lui aussi, la part plus que belle aux militants religieux. Certes, des laïcs (journalistes du Monde diplomatique ou représentante du Syndicat de la magistrature) s’y sont exprimés, mais en partageant la tribune avec Tariq Ramadan, Ismahane Chouder, porte-parole de PSM, ou Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF.
On retrouve les mêmes parmi les signataires de l’appel pour le meeting d’Alcir du 21 septembre 2016. Le nom des porte-parole des associations et groupes religieux musulmans figure sur l’affiche, ornée d’une photo d’une femme voilée drapée… dans un drapeau bleu-blanc-rouge.
Parmi les signataires de cet appel on trouve le NPA, qui a appelé à ce meeting sur son site, avec cette affiche puant le patriotisme et le républicanisme.
Ces différentes initiatives se sont faites avec la participation ou le soutien de groupes ou partis de gauche (Attac, Ensemble, EELV) ou d’extrême gauche (anarchistes libertaires, antifas, NPA). Et le 18 décembre 2016 encore, a eu lieu une conférence internationale contre l’islamophobie et la xénophobie, à Saint-Denis, à laquelle appelaient conjointement le Parti des indigènes de la République et le NPA, et dont l’appel était signé par Olivier Besancenot et Tariq Ramadan.

Des organisations obscurantistes et réactionnaires

Il est vrai que le NPA reconnaît des désaccords politiques avec certaines de ces organisations. Certes ! Quand on sait qui sont ces porte-parole de l’anti-islamophobie à côté desquels une partie du NPA juge bon de s’afficher, on est même en droit de juger que le mot est faible.
L’UOIF ? Elle a participé, en toute logique, aux défilés contre le mariage homosexuel. Elle a notamment accueilli dans ses congrès Christine Boutin, Dieudonné, Alain Soral, et les deux égéries de la Manif pour tous, Frigide Barjot et Ludovine de La Rochère. Réactionnaires de toutes religions, unissez-vous !
Le CCIF est représenté par Marwan Muhammad. Cet ancien trader donne aujourd’hui des conférences en compagnie d’Abou Houdeyfa, l’imam de Brest qui explique dans ses prêches que ceux qui écoutent de la musique « seront transformés en singes ou en porcs ». Marwan Muhammad signe régulièrement des communiqués communs avec Idriss Sihamedi, responsable de l’association BarakaCity, lequel, sur un plateau télé en janvier 2016, expliquait qu’il était « un musulman normal », et qu’en conséquence il « ne serre pas la main des femmes ». Récemment Marwan Muhammad, lors d’un débat, a affirmé que la polygamie ne le regardait pas, puisqu’elle était, « comme l’homosexualité, un choix de vie 
personnel ».
Terminons ce bref tour d’horizon avec l’association PSM (Participation et spiritualité musulmanes), représentée entre autres par Ismahane Chouder, militante provoile, antiavortement et homophobe, qui se définit pourtant comme féministe et a pris la parole dans tous ces meetings. Hassan Aglagal, un militant marocain du NPA, plus lucide que nombre de ses camarades, écrit dans une tribune intitulée Assez de PSM dans nos luttes : « Participation et spiritualité musulmanes (PSM) est l’association qui représente en France le mouvement Al Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance), mouvement de l’islam politique fondé en 1973 au Maroc par le mystique soufiste Abdelassame Yassine. » Ce groupe est notamment responsable, au Maroc, « de l’assassinat de deux étudiants d’extrême gauche », en 1991 et 1993...

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Le retour des « races »


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Lutte de classe à lire et télécharger sur le site du mensuel de Lutte Ouvrière.

« La religion est irréconciliable avec le point de vue marxiste. Celui qui croit à un autre monde ne peut concentrer toute sa passion sur la transformation de celui-ci.» Léon Trotsky

mercredi 18 janvier 2017

Némésis

Je vous propose cette semaine un billet du blog de Volu Bilis : la biographie de Némésis, Grande Déesse primordiale d'avant le patriarcat qui a certainement inspiré le dieu des religions révélées (petit copier-coller revanchard) lors du grand Renversement où les déesses-mères ont été chassées des spiritualités humaines pour cause de faillite à nous protéger contre les catastrophes naturelles, et ont été remplacées par des dieux mâles, éruptifs et de colère : Jupiter puis Yahvé. Si Némésis n'est pas passée dans le langage en français, elle hante celui des anglo-saxons qui répètent à l'envi que tel ou telle va trouver sa némésis. Mais place à Volu Bilis.

Némésis - Alfred Rethel - 1837

" Némésis est une fille comme je les aime... Son nom vient du grec nemeinn qui signifie "répartir équitablement". Le surnom qu'on lui donne dans certaines tragédies antiques, Adrastée, signifie "celle à laquelle on ne peut échapper" ; on la surnomme aussi l'implacable.
Bref, une bonne copine à moi. Si vous la croisez, c'est plutôt mauvais signe, c'est pas une rigolote.

Cette -discrète- déesse de la mythologie grecque personnifie la vengeance divine, non pas cataclysmique et aveugle, mais juste et source d'équilibre. En quelque sorte, elle distribue les bons et les mauvais points. Elle punit tout particulièrement l'hybris, la démesure humaine masculine, celle qui consiste à se croire l'égal des dieux, le truc qui a poussé Prométhée à voler le feu de l'Olympe. Mais pas seulement : elle fesse les enfants désobéissants, venge les crimes d'infidélité ou massacre le trop grand bonheur des nantis. Ses attributs sont le sablier et la tige de mesure, la roue de la fortune, la balance, l'épée et le fléau..., elle est parfois ailée, ou montée sur un chariot tiré par des griffons (c'est quand même plus facile pour harceler de remords le quidam trop avantagé).

Némésis - Georghe Tattarescu - 1853

Elle punit Aura, une nymphe orgueilleuse qui avait mis en doute la virginité d'Artémis. Il est "amusant" de voir que les textes que j'ai trouvé affirment que le châtiment n'a pas été aussi cruel que l'aurait voulu Artémis, qui voulait la voir changée en statue par Némésis... or sa punition consista a être violée par Dyonisos, lui retirant la virginité dont elle était si fière.

D'ailleurs, Némésis se fera surprendre à son tour par Zeus qui courait tous les jupons du monde et au-delà. Elle repoussa longuement le dieu tout-puissant en prenant diverses formes animales, malheureusement Zeus en était tout aussi capable qu'elle. Feignant un jour d'être un cygne pris en chasse par Aphrodite, il se réfugia auprès de Némésis qui avait elle-même pris l'apparence d'une oie... blanche donc, puisqu'elle l'accueillit sous le tendre duvet de ses ailes avant de s'endormir. Suite à l'union qui ne manqua pas d'avoir lieu, elle pondit un œuf qui fut ensuite remis à Léda, femme de Tyndare. Il en sortit Hélène ainsi que Pollux. Ne vous étonnez pas, en suivant le lien, de lire que Léda est aussi considérée comme la victime de Zeus, c'est apparemment la famille tuyau-de-poêle, ces dieux de l'Olympe.

Némésis elle-même est née de parents inconnus. Parfois, elle n'a pas de père : quand elle naît, selon les versions de Nyx, la Nuit, ou d'Anankè, la Nécessité, le Destin, ou encore de Dikè, la Justice, elle naît alors par parthénogenèse, une reproduction uniquement féminine ; d'autres fois, elle n'a pas de mère -elle a alors pour père Océan ou même Zeus. Ce flou artistique est peut-être dû au fait qu'elle est l'une des déesses les plus primitives, avatar de la Grande Déesse originelle. Cette primauté lui vaut de n'être pas soumise aux lois des dieux de l'Olympe et donc de pouvoir agir en toute autonomie.

Plus tard dans la mythologie latine, elle devient la patronne des gladiateurs. Ces hommes (et ces femmes) tâchaient de mériter leur gloire et leur fortune, ou encore de se racheter une conduite dans la douleur, un truc qu'elle devait kiffer !

Dès l'Antiquité, en encore aujourd'hui, le nom commun némésis désigne désigne la vengeance et la juste colère, et par extension, l'ennemi.

Mais, ce n'est pas tout. En 1984, un chercheur de l'Université de Berkeley, Richard A Muller, utilise son nom pour désigner une étoile hypothétique compagne de notre cher soleil. Hypothétique, car elle n'a jamais été observée ni même détectée.




On soupçonne son existence à partir de la périodicité des grandes extinctions des espèces vivantes de la Terre, dont on l'accuse sans détour. Elle serait une toute petite étoile, plus légère, moins brillante que le Soleil, forte d'une période de 26 millions d'années. Lorsqu'elle est au plus près du soleil, elle fout un bronx monstre dans le Nuage d'Oort, où se trouve un grand nombre de comètes, ce qui provoque la ruée de ces corps célestes dans notre système solaire, et donc potentiellement sur notre planète. Ainsi seraient morts les dinosaures.

Quoique en cherchant un peu vous trouverez des allumés qui vous expliquent qu'elle est très réelle et très proche et serait responsable de l'inversion des pôles et des dérèglements climatiques, je vous rassure son existence est très contestée et, si tant est qu'elle existe, elle serait aujourd'hui logiquement à son apoastre, c'est à dire à son point le plus éloigné du soleil. La vengeance (avec un V comme Volu), c'est pas pour tout de suite."

PS par Hypathie  : pas pour tout de suite, sait-on jamais, à force de la tenter, les arbres ne montant pas au ciel, il vaut mieux recommander la prudence. Nous sommes tout aussi triomphants sur la planète que l'étaient les dinosaures, juste au moment où ils ont rencontré leur némésis.

Le billet écrit par Volu Bilis est par ici en suivant ce lien.