dimanche 14 octobre 2012

Rhétorique de la calomnie, du viol et de la violence





























Calomniez, violentez, dégradez, il en restera toujours quelque chose et ça pourra resservir pour justifier les pires actes. La couverture de Vogue Homme de septembre montrait un mannequin homme étouffant Stephanie Seymour et lui agrippant le sein en guise d'acte d'amour selon cet article de MailOnLine. Des associations féministes, toujours selon l'article, ont demandé le retrait du numéro des kiosques à Conde Nast, l'éditeur du magazine, en invoquant une image perturbante de violence contre les femmes envoyant le signal désastreux que l'étouffement serait un signe de passion et pas de violence. De plus, le photographe, Terry Richardson qui a réalisé le cliché a été accusé en 2010 de harcèlement sexuel sur un autre modèle pendant des séances de photographie. Cette photo nous rappelle en France une affiche contre le viol (bas d'écran) où une femme est agrippée de la même façon par son agresseur. Plus de doute, le message est clair, il s'agit de la glamourisation d'une agression sexuelle par Vogue Hommes.


Pas en reste, l'actuelle campagne de publicité de France 3 utilise la calomnie en parodiant au « deuxième degré » les émissions de télé-réalité, suivez le lien  La nouvelle pub de France 3 qui pique les yeux. Parmi trois autres, il y a le visuel ci-dessus « communiquant » sur l'émission 30 Millions d'Amis, émission consensuelle et familiale s'il en est, montrant de gentilles bébètes, chats, vaches, ânes, chiens, toutes sortes d'animaux bien sympas, surtout quand ils sont au service de l'espèce humaine, tels les fidèles chiens de chasse, les Saint Bernard ou les chiens d'avalanches, et ces braves malinois qui cherchent de la drogue, des explosifs et des armes planqués sur les délinquants ! Message : regardez comme ils nous rendent des services, ces gentils animaux, en flattant l'utilitarisme borné de l'espèce humaine ! Malheur aux animaux sauvages en fond de décor : on peut les braconner sans vergogne et sans pitié puisqu'ils ne « servent à rien » ou qu'ils "sont nuisibles", eux ! Bref, dans une série de trois noms d'animaux (j'allais dire d'oiseaux !) deux sont au masculin : cochons, porcs, et un au féminin : chiennes. Et d'aucuns se demandent si c'est sexiste ? Bien sûr que c'est sexiste, chienne a une connotation sexuelle torride, en plus, une insulte au féminin est toujours plus stigmatisante. C'est absolument sexiste mais c'est aussi spéciste : cochons, porcs, progression de la saleté corporelle à la saleté des moeurs. Tant pis si le visuel montre deux lapins ! Note à France 3, les cochons ne sont pas sales : ayez-en un chez vous, laissez le organiser son intérieur lui-même, et vous allez voir son ingéniosité à mettre son coin pipi contre le vent pour que cela ne lui reflue pas dans le groin qu'il a délicat ! Stupéfiant et intelligent cochon à mauvaise réputation, calomnie taillée sur mesure pour mieux le tuer pour nos besoins : spécisme et sexisme, cela marche tellement bien ensemble. Animalisation des femmes et ostracisation des animaux : coup double.

L'Express en rajoute une couche. Le photomontage est emprunté à Arrêt sur images. Les Nouvelles News en a fait un article à lire en suivant ce lien Ces unes qui détestent les femmes.Tout ça pour faire de l'audience et augmenter les ventes au numéro. Objectif atteint pour les ventes ? Je ne sais pas, mais ça a bien agité les réseaux sociaux qui y ont exprimé leur indignation !




















Et un dernier lien édifiant de La Libre Belgique vers un article qui parle de 4 policiers inculpés de viol collectif. Leur syndicat précise que les policiers ont d'excellents états de service, mais que leur présumée victime en revanche a "un certain pedigree au sein de leur zone de police". Outre le fait qu'ils l'animalisent (ce sont les animaux qui ont un pedigree) cela signifierait qu'elle est menteuse, affabulatrice, malhonnête, pire ? On se doute que ce n'est pas une remarque flatteuse, en tous cas. Après le verdict désastreux du procès des viols collectifs de Fontenay sous bois, on se doute que ce champ lexical dégradant pour les femmes est bien destiné à nier les crimes commis et à décrédibiliser la parole des victimes.
Sale temps pour les femmes, décidément.

Une pétition des Féministes en mouvement est en ligne : 
Après le verdict de Créteil, nous exigeons une réponse politique #contreleviol

4 commentaires:

  1. "La guerre des dames" c'est directement une allusion à "la paix des dames" http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.de/2012/08/la-paix-des-dames.html
    négociée entre Marguerite d'Autriche et Louise de Savoie en 1529 parce que les hommes (François Ier et Charles Quint) étaient incapables de se mettre d'accord !
    Il ne sera pas dit que la guerre n'est qu'une affaire d'hommes, n'est-ce pas ? Ben voyons.
    Sauf que si, justement !

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    1. Non, mais c'est lamentable ! C'est juste pour faire des phrases, creuses, sans fondement et diffamatoires. Merci de la rectification.

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  2. Ca me paraît bien vu et bien analysé. J'ai trouvé la couve de Vogue Homme détestable, aussi. Je ne comprends pas comment une femme, Seymour je crois, accepte de se laisser traiter de cette façon par un photographe.

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    1. Merci. Elle est payée (cher) pour faire cela, et ne doit pas avoir vraiment voix au chapitre !
      Mon dernier billet sur le même sujet :
      http://hypathie.blogspot.fr/2012/11/femme-produit-de-consommation-qui-se.html

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