jeudi 20 septembre 2012

Le miliciens du patriarcat

Une organisation d'hommes canadiens Walk a mile in her shoes a créé une marche pour lutter contre les violences faites aux femmes, impliquant ainsi les hommes dans la solution au problème : ils marchent un mile chaussés de stilettos comme on dit en anglais, ou talons aiguilles en français. Ci-dessous l'affiche de Toronto pour cette année :


















et la vidéo de promotion de la marche :




En attendant le jour béni de l'éradication de ces violences, il faut bien dire que sur notre passage dans la rue, cela ressemble à du harcèlement.

La première fois dont je me souvienne, c'était à Saint-Brieuc, en face de la gare, il y a très longtemps. Un mec a trouvé que ma tenue vestimentaire ne lui convenait pas : il l'a braillé à la cantonade dans la rue. J'en suis restée transie (j'étais très jeune) et je n'ai pas eu de répartie. Il y a eu les compliments intéressés dans les rues des différentes villes où je suis passée professionnellement ou en vacances, puis surtout les insultes, pas gratuites du tout non plus, puisqu'elles sont destinées à nous rappeler que l'espace public appartient aux mâles et que nous y sommes juste tolérées ; les mots qui revenaient le plus souvent : morue, salope ! Les insulteurs sont les miliciens du Patriarcat qui écument l'espace public et maintiennent la terreur pour que nous y limitions nos déplacements, et ça marche bien auprès de certaines. Pour eux, la place d'une femme est à la cuisine, selon son statut de larbine bénévole du Patriarcat. J'ai commencé à trouver que la moutarde me montait au nez vers l'âge de 40 ans, trop tardivement. J'ai riposté au moins aussi violemment dans un premier temps, puis je suis allée me plaindre à la police pour ne pas mourir idiote. Il faut essayer de voir si les institutions chargées de maintenir l'ordre et payées pour nous protéger font leur boulot, nom de nom : je suis adepte d'expériences extrêmes !

Fin des années 90, début 2000, le fils d'une de mes voisines d'immeuble, a trouvé intéressant pendant des mois de m'abreuver d'injures quand je passais à sa portée dans mon quartier, MAIS UNIQUEMENT quand il était accompagné de 3 ou 4 camarades, seul, il n'a jamais moufté, ce grand courageux. J'ai évidemment répondu sur le même ton, ce qui a contribué à l'exciter. Les gars qui l'accompagnaient ne semblaient pas tellement d'accord avec lui, mais leur lâcheté les a toujours empêchés de s'opposer. J'ai évidemment prévenu mon propriétaire plusieurs fois, qui n'a pas bougé non plus. Illes doivent encore penser que c'était forcément de ma faute et que mon comportement avait provoqué les agressions, alors que je ne voyais jamais arriver ce type ! Je les méprise tous pour leur absence de réaction et leur manque d'empathie, et pour leur collaborationnisme, en ce qui concerne les employées femmes. Le commissariat de police n'a daigné remuer son (gros) derrière que lorsque j'ai signalé des exhibitionnistes sur le bord de la rivière : le reste selon eux n'est que vétilles, forfanterie adolescente de mâles bourrés d'hormones, pas de quoi fouetter un chat ni surtout déranger un flic !

Depuis que je suis équipée d'un aérosol anti-agression, on me fiche la paix en matière de braguettes ouvertes. Courageux mais pas téméraires ! Il y en a encore qui se trouvent sur mon passage pris d'une soudaine envie de pisser et qui la sortent sans complexe. Je leur rappelle haut et fort à la cantonade -c'est mieux quand il y a du public- que les chiottes ne sont pas faites pour les chiens et qu'en plus c'est dégueulasse ! Pour les insultes, je suis au moins aussi mal embouchée qu'eux, pire même, mais sans utiliser d'insultes spécistes -les animaux leur sont supérieurs, et traiter un mec de "gros porc" n'est pas productif, c'est le sortir de l'espèce humaine alors qu'il en est le nec/mec plus ultra, selon leur prétentieuse littérature : Ecce Homo ! Comme ils sont habitués à ce que les femmes fassent le gros dos et mettent l'humiliation dans leur poche sans répliquer, ça leur fait bizarre, donc ils s'esbignent sans demander leur reste, ces mâles alpha territoriaux, ou prétendus tels.

En résumé : inutile de compter sur la solidarité des passants ni des passantes habituées à toutes sortes d'humiliation et les mettant sur le dos de la fatalité. Inutile non plus de compter sur la maréchaussée : elle est occupée à surveiller les édifices publics, mairie, préfecture ou palais de justice, tâches bien plus importantes. Dixit le commissariat : "non, madame, nous ne prenons pas ce type de plainte". Donc, bien obligée de se débrouiller seule. Comme je suis une militante avec personnalité éruptive (le Vésuve en face d'Herculanum en gros), je trouve cette scène de Thelma et Louise très inspirante. La vidéo est en anglais avec les vraies voix de Suzan Sarandon et de Geena Davis, donc pour celles qui ne le comprennent pas voici ce que ça dit en résumé : toutes deux fuient la police après une tentative de viol sur Thelma et un meurtre car Louise abat l'agresseur. Durant leur périple à travers le Sud des USA, elles rencontrent toujours le même camionneur (une sorte de running gag pas drôle) qui leur montre son entrejambe et leur fait des gestes obscènes avec sa langue à chaque fois qu'il les croise, croyant sans doute vanter la marchandise ! Jusqu'à une dernière fois où, foutu pour foutu, mort et re-mort, elles décident de lui infliger une punition. Elles lui demandent de les suivre, ce que le mec croyant à une bonne aubaine, va faire, pour son malheur. Elles demandent des excuses, il répond par l'insulte : il faut dire qu'il n'a manifestement pas l'électricité à tous les étages, surtout aux derniers, ce qui n'est pas une excuse. En plein écran, c'est mieux. C'est sublimement mis en scène par Ridley Scott. 



Il est hors de question de limiter mes déplacements ou de passer par des chemins détournés ; les gars qui tiennent les murs de ma bibliothèque municipale depuis 3 semaines, et qui crachent sur mon passage peuvent s'attendre à des plaintes aux bons endroits ; de même pour les brutaux jeux de ballons et les mobylettes dans les espaces piétons et les squares où ils sont interdits MAIS tolérés par une société patriarcale couchée devant les démonstrations machistes, pire même, les encourageant, ils ne passeront pas davantage. Casse-burnes jusqu'au bout, je relance quand je n'obtiens pas de réponse. Mes impôts valent ceux des mecs et l'administration fiscale ne m'a jamais refusé mon argent au motif qu'il proviendrait d'un sous-citoyen ! Puisque je paie, j'ai droit aux mêmes égards que les mâles.  
Les mâles suprémacistes ne passeront pas.

Lien : Les marches exploratoires pour la sécurité des femmes dans l'espace public.

10 commentaires:

  1. J'adore les mecs qui ont décidé de marcher avec des talons aiguilles ! Ca fait plaisir de voir des hommes sensibilisés à ce genre d'aliénation ! Malheureusement c'est toujours au Canada qu'on les trouve, jamais chez nous !
    Pour ce qui est des insultes en public, ma fille y a eu droit dans un café et non seulement personne n'a rien fait mais le type était en couple avec une femme qui trouvait très justifié d'injurier ma fille.
    Celle-ci ne sachant plus quoi faire et totalement excédée s'est levée de table et a tapé sur le bonhomme a bras raccourci vu qu'il était assis.
    Le type a porté plainte pour coups et blessures. Mais sa plainte n'a pas été retenue.
    Il faut dire qu'un vieux type très laid et frustré face à une toute jeune fille toute fine et mignonne comme un coeur avec de grands yeux bleus innocents cela semblait déplacé comme plainte.
    Elle a beaucoup culpabilisé parce que plein de gens lui ont dit qu'elle aurait jamais du faire cela. Moi je lui ai dit que c'était OK et que le type hésitera la prochaine fois à se défouler sur des jeunes filles.
    (Je me demande si je ne l'ai pas déja raconté).
    En fait je suis super fière d'elle !:)
    Sauf que je ne veux pas non plus l'encourager à la violence mais que faire face à la violence ?

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    1. Non, tu as raison, les femmes acceptent tout depuis trop longtemps ! Il faut riposter, c'est un signe de bonne santé physique et psychique. En faisant gaffe tout de même à ne pas se mettre en danger. Et puis, il y a les flics aussi quand même, si on ne peut rien tenter sur le lieu du délit. Et on n'est pas les seules à se défendre : hier, RTL Belgique rapportait cette nouvelle sympathique (le LOL du jour) de deux jeunes filles iraniennes ripostant à un religieux qui leur demandait de se couvrir : 3 jours d’hôpital, ça devrait le faire réfléchir avant de recommencer !
      http://www.rtl.be/info/monde/international/908242/iran-deux-jeunes-filles-tabassent-un-religieux-qui-avait-demande-a-l-une-d-elles-de-se-couvrir

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  2. Ahahah ! Génial ! Que toutes les iraniennes fassent de même et les religieux arrêteront de les persécuter !

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  3. Les femmes ont du mal, conditionnées depuis si longtemps de cette façon, à exprimer leur violence et leur force, la lionne qui est en elles, sauf, souvent, quand leur progéniture est menacée directement.
    Peut-être la pratique des arts martiaux pour les filles devrait être généralisée dans les écoles et les associations sortives?
    Cours obligatoires et non optionnels au collège en commencant par les villes et les quartiers où les filles sont le plus dévalorisées et en risque ?

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    1. Oui, je suis assez d'accord avec vous : on doit apprendre aux femmes à se défendre, en leur enseignant les arts martiaux, mais aussi en les valorisant et en cessant de leur détruire la tête avec des stupidités comme la légende du mec qui va les défendre (le mari protecteur) car on sait que c'est lui qui tue, le foyer étant l'endroit le plus dangereux pour les femmes ! Les femmes doivent être persuadées qu'elles doivent se défendre seules, comme des lionnes vous avez raison, c'est la clé de l'autonomie. Mais je vais encore me faire traiter de solitaire free-lance, évidemment ! Une anecdote : quand je dis que j'ai un spray anti-agression sur moi ou dans mon sac, c'est moi qui passe auprès des femmes (!) pour agressive, les mecs ne disent rien ou approuvent. Je ne m'en sers jamais, mais il me rend assertive et je suis sûre que ça se voit dans mon comportement, j'ai la démarche sûre et dégagée, l'éventuel prédateur n'est plus aussi sûr que ça va être facile !

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  4. Effectivement la force c'est d'abord dans la tête; connaître des techniques de défense sans volonté de se défendre cela ne sert à rien. Même une vieille dame toute petite qui fait des moulinets avec son parapluie et qui crie très fort quand on l'agresse risque moins qu'une jeune femme athlétique mais craintive et timorée.

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  5. Super article comme d'habitude :) Cette année j'ai changé de fac mais je reste dans la ville dans laquelle je vivais auparavant, je rencontre beaucoup de nouvelles personnes et je suis effarée de voir à quel point certaines filles sont effrayées de se promener seules dans une ville qu'elles ne connaissent pas. On m'a même demandé si à Bordeaux on pouvait se mettre en jupe ?! J'ai l'impression que beaucoup ont intégré que la rue n'étaient pas à elles, que c'était un grand lieu de danger. Que dès qu'il fait nuit, on ne peut pas se promener sans un grand mec baraqué qui nous protège. Stop ! c'est à devenir folle si on ne peut même plus circuler comme bon nous semble, c'est tout de même une des libertés élémentaires ? Les filles vivent dans un climat de peur insupportable, chaque homme est un prédateur potentiel et nous sommes de gentilles proies sans défense...

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    1. C'est culturel ! On présente toujours les filles comme des petites choses fragiles qui ont besoin d'un grand baraqué avec elles, sinon malheur. Certaines féministes ne sont pas toujours en reste : victimisation des femmes. Il faut réagir. Et il faut être prudente : des talons aiguilles de 15 cm de haut et à plateforme la nuit, seule, je ne conseille pas. Deux paires de chaussures (une pour rentrer) un spray anti-agression et le culot de revendiquer la rue pour soi n'importe où, n'importe quand, il y a peu de risques. Et ne surtout pas raser les murs ! Si tu t'écrases, ils t'écraseront !

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